Le mal de dos est une grande populace de problèmes individuels qu'il est difficile
de comparer. Ici plus encore que dans d'autres domaines de la santé,
gardez-vous de comparaisons avec les histoires des voisins, des amis -
même s'ils ont eu eux aussi une Hernie Discale -. Aucun traitement
ne marche de façon prédictible. Aucune évolution
favorable ou défavorable ne peut être prédite avec certitude.
Nous allons essayer néanmoins de définir de grandes catégories
de douleurs du rachis.
Il faut séparer les douleurs cervicales, dorsales et lombairesvue
d'ensemble.
Le
rachis cervical est soumis à des contraintes de poids relativement
modérées mais est très mobile. Les troubles viennent
de cette mobilité:
-dysfonctionnements intéressant les enveloppes articulaires très
sollicitées: appelés vulgairement "blocages",
"dérangements intervertébraux" dans le jargon
médical.
-usure rapide des disques intervertébraux pouvant donner des signes
radiologiques d'arthrose dès la trentaine.
-mais la vraie hernie discale, généralement liée
aux contraintes de poids, est peu fréquente à cet étage
de la colonne.
Le
rachis dorsal est la partie qui ressemble le plus au mât d'un
navire: peu mobile, s'il est correctement étayé, il ne cause
aucun souci. Les dérangements sont plus rares mais ont moins tendance
à disparaître spontanément. Les hernies discales sont
très rares. L'arthrose est tardive, modeste, et peu gênante.
Mais c'est là que l'insuffisance musculaire peut être une
cause principale de douleurs: dans les positions longtemps figées
(bureau), la protection insuffisance du dos (le mât) par ses muscles
(les haubans) peut entraîner des douleurs de posture de plus en
plus permanentes sans dégâts réels sur la colonne.
Le
rachis lombaire est assez mobile et soumis aux contraintes de poids
les plus sévères. C'est le siège le plus fréquent
de lésions définitives telles que la hernie discale, auxquelles
on ne peut pas toujours s'adapter même avec la meilleure hygiène
de vie possible.
Les dérangements sont également fréquents, mais de
moins en moins isolés au fur et à mesure que l'on vieillit
(de plus en plus associés à des lésions discales
et de l'arthrose).
Les
douleurs du rachis sont particulières par leur extrême
variété.
Ce n'est pas toujours la colonne elle-même qui est la plus douloureuse. Parfois d'emblée ou plus volontiers quand
le trouble vertébral a traîné, la douleur siège
principalement sur le territoire du nerf qui est "agressé"
au niveau de son départ vertébral: la zone de sensibilité
du nerf est une portion de peau (parfois d'autres organes) appelée
métamère. Le métamère a la forme d'une bande
qui part horizontalement de la colonne. On parle souvent de "trajet
du nerf" ressenti au bras ou à la jambe, mais il s'agit en
fait de l'irradiation de la douleur à toutes les terminaisons nerveuses
de cette bande. Pour comprendre le trajet descendant au bras ou à
la jambe, il faut visualiser le corps avec les membres relevés
à l'horizontaleschéma.
La douleur du nerf (névralgie) étant la plus pénible,
elle prend le pas sur la douleur de la colonne proprement dite; pour simplifier,
disons que le système nerveux n'est pas capable de faire "attention"
à toutes les douleurs simultanément. Vous pouvez le vérifier
par exemple quand 2 douleurs aiguës surviennent l'une après
l'autre: vous avez une migraine, vous vous faites écraser le pied:
la douleur de migraine diminue tant que celle du pied prédomine.
Quand la névralgie disparaît, fréquemment la douleur
de colonne semble réaugmenter: elle était en fait toujours
là, mais masquée par l'intensité de la névralgie.
Elle donne faussement l'impression que la lésion vertébrale
s'est aggravée.
Les impressions fausses: c'est une cause essentielle de l'évolution
chronique (plus de 6 mois) des douleurs du dos. Vous ne pouvez pas vous
fier à ce qu'ils vous indiquent puisqu'ils sont eux-mêmes
perturbés.
D'abord ils ne vous renseignent pas sur le véritable endroit de
la lésion: dans la sciatique, la jambe souffre, alors qu'elle est
intacte, et la région lombaire peut rester indolore, alors qu'elle
est l'origine de la lésion. Le fait d'écouter sa douleur
devient paradoxalement aggravant: vous vous mettez à boîter
pour préserver ce membre malade, et ce faisant imposez des contraintes
inhabituelles sur votre colonne en vous déhanchant, ce dont il
n'a vraiment pas besoin. Le sujet est traité en détail au
chapitre Sciatique.
Le nerf peut assurer une grande variété de sensations: s'il
est irrité, il ne s'en prive pas. Ses terminaisons peuvent vous
apporter moult impressions désagréables et erronées:
fourmillements douloureux, hypersensibilité au contact doublée
paradoxalement d'un engourdissement, gonflement qui n'est pas constaté
par d'autres (si vous ne cherchez pas à les convaincre à
tout prix que c'est enflé), sensation de peau en carton, etc...
La multiplicité des impressions anormales et l'intensité
de la douleur ont un effet "inhibant" sur le comportement qui
dépasse largement son but. Le repos est efficace sur un certain
nombre de douleurs vertébrales, mais pas toutes. Il s'agit généralement
des douleurs aiguës déclenchées par un traumatisme
ou un surmenage inhabituel. Même alors, les douleurs peuvent inciter
à un repos excessif dans sa durée, qui peut déclencher
des effets pervers sur la musculature et sur la coordination des mouvements
quotidiens (la proprioceptivité).
Dans
les douleurs chroniques, le repos a des effets carrément délétères:
une réduction permanente et générale des activités
physiques affaiblit la musculature protectrice de la colonne et l'on se
retrouve à souffrir pour des efforts de plus en plus minimes voire
dans certaines postures qui ne sont plus tolérées.
Le point essentiel à garder en mémoire est que la douleur
vertébrale n'est pas adaptée aux lésions qu'elle
signale: elle est beaucoup trop intense et déborde largement de
l'endroit où se situe la lésion. Elle entraîne une
appréhension et des conduites inappropriées. On se contracte
trop, on fait trop attention, on finit par bousiller tous les automatismes
de mouvement au niveau de la colonne et des membres et là on est
installé très durablement dans la douleur chronique.
Cette réaction est bien sûr très individuelle. Elle
se voit particulièrement souvent chez les gens dits "nerveux".
On comprend intuitivement que les gens déjà assez "toniques"
par nature vont avoir plus de mal à se décontracter quand
surviennent les douleurs pénibles et traînantes de la colonne.
C'est pour cela que les médecins parlent souvent du tempérament
individuel dans les douleurs chroniques. Ce sujet est traité en
détail au chapitre Douleur et psychisme. Mais il faut se garder
de faire des douleurs chroniques un problème psychique. Il s'agit
toujours de troubles vertébraux qui ont été conduits
dans l'impasse par une conduite physique inappropriée, conduite
sur laquelle les facteurs psychiques interviennent.