Editorial

L’association VINCRE nous a baptisé « section ». Peuh! Nous revendiquons le titre de SECTE. Nous vénérons le Cynisme et les Idées Noires, nous adorons faire peur aux Bien Pensants, nous nous méfions des personnes d’humeur égale.
Fort heureusement, les gens de bonne humeur sont de grands pudiques: ils ont leurs coups de barre comme les autres, qu’ils ne montrent pas. Nous les invitons à rejoindre les Ventilationnistes, derniers des Bouffons.

Et maintenant, un éditorial de notre Président:

Mon éditorial du N° 0 ( épuisé dès le lendemain de sa parution ), ayant déclenché un important courrier de lecteurs enthousiastes ou furieux, je me dois d’apporter ici quelques précisions sur le sens fondamental du ventilationnisme.
La génération issue de l’échec de mai 68, à laquelle appartenait Gerbert Lemoine, notre théoricien originel, a grandi avec cette idée qu’il fallait changer l’individu avant de changer la société. Le temps des idéologies était fini, le marché de la religion avait sombré dans la religion du marché, le nihilisme était devenu allié négatif du pouvoir en place et les pseudo-philosophes libertaires n’étaient que les peu glorieux excréments du situationnisme.
Dans cette civilisation hédoniste du supermarché dont la caricature ultime est le camp de concentration où les gardiens sont devenus inutiles, puisque nous n’avons plus d’autres ennemis que nous-mêmes, plus personne ne croit que l’individu puisse être changé. Plus personne ne croit même à l’individu : « il n’y a plus rien qu’on puisse appeler encore un moi ; nous sommes multiples » – J-M Vandenberg.
Bref, l’époque de Lemoine était désabusée ; toute velléité de changement était classée au rang des naïvetés ou, pire, des débilités mentales. Même la pensée était devenue suspecte. Ceci explique peut-être l’incompréhension du premier précepte ventilationniste énoncé par Gerbert : « la pensée est aristocratique – elle est incompatible avec le travail – si vous voulez penser, ne travaillez pas ». Bien que le précepte 2 amène immédiatement la correction : « une pensée séparée du corps n’est pas humaine. L’abstraction pure est le berceau des monstres ». Mais qui a lu dans son intégralité l’Evangile Ventilationniste ? ( précepte 31 : « L’esprit appelé à dominer la matière est une source intarissable de culpabilité » ; précepte 32 : « Toute culpabilité travaille pour le pouvoir » ).
Les rapports du ventilationnisme avec l’aristocratie sont en fait les mêmes que ceux de l’anarchisme avec l’ordre : pour qu’il n’y ait plus d’ordre imposé, ordonnons-nous nous-mêmes. Pour qu’il n’y ait plus d’aristocratie dominante, soyons tous des aristocrates. Mais Gerbert Lemoine évitait de s’engluer dans ce genre d’utopie fatale. Il savait qu’il fallait être insensé ou décalé pour imaginer pouvoir déclencher un mouvement social dans la société amorphe de son époque. Son but plus ou moins avoué était de détruire, par tous les moyens, l’idée bourgeoise du bonheur. Tel le Zarathoustra de Nietzsche, il avait fait le choix optimiste : « je fricotte encore l’imprévisible : toutes les chances sont dans ma marmite ». Grand lecteur de Cioran, je l’ai entendu dire, peu de temps avant sa disparition mystérieuse : « j’aime la vie depuis que j’ai compris avec Cioran, qu’il n’y a pas de solution à son non-sens ».
La stratégie de Gerbert peut se résumer ainsi : une action individuelle a plus de poids, plus de fulgurance, qu’une action collective, surtout si elle est le reflet d’un désir collectif. Il ne fait aucun doute qu’Oussama Ben Laden a lu et compris l’Evangile Ventilationniste. Bien que le ventilationnisme soit a-religieux, a-philosophe, a-politique, ses règles de déstructuration sont en effet les armes les plus efficaces pour toutes les formes de combat moderne.
Pour finir, je citerai ces mots de Greta Braunschweig : « Au sens figuré, le ventilationnisme est un alizé. Au sens propre, le ventilationnisme est conscient, gratuit, bouillonnant de colère, ami du style, cynique, dandy, paresseux, égoïste, sain, courageux, orgasmique. Il est l’image d’un dieu grec beau et cruel, lisse et glabre, stoïque et barbare. Il est le principe-même de toutes les métamorphoses ».

Pr H.P. Mosis

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Une réflexion sur “ Editorial ”

  1. Lorsque l’anarchie se prend au sérieux, qu’est ce que serait l’anarchie de l’anarchie? La réponse se trouve dans « Signé Furax », cette oeuvre magnifique exprimant tout de désespoir de ceux qui ne croient même plus au malheur, et c’est pour cela Malvina que tu m’aimes.
    Nils

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