La tribu est une polyconscience (1) implantée dans un corps multiple. L’interdépendance est étroite. Chacun de ses membres est atome d’une vaste molécule clanique, dont les méandres s’étendent aussi bien sur les terres tribales que dans le Temps, reliant la procession des ancêtres.
Le magnifique avantage de cette structure est que personne n’est abandonné, isolé. Ni le vieux, ni le simple d’esprit, ni le blessé. Il n’est pas nécessaire de gagner son importance pour exister.
L’inconvénient est la lenteur des échanges au sein de cette polyconscience trop éclatée, produisant une société d’apparence statique, vulnérable aux agressions des plus conquérantes : Celles qui favorisent les consciences indépendantes forment des êtres compétitifs, prompts à bousculer les codes sociaux, à s’emparer des terres et des biens.
La tribu est menacée de décomposition par l’éloignement de ses membres. Le bain des jeunes esprits dans l’éducation occidentale libère des atomes libres, réactifs, dont les charges positives séduisent - leur compétence à s’emparer du mode de pensée occidental -, les négatives inquiètent - scindés de la tribu, ils pensent et décident indépendamment, au point d’apparaître étrangers -.
Alors, la kanakie traditionnelle ne devrait-elle pas militer pour le maintien de la dépendance ?
La présence occidentale, elle, assure l’essor de… l’indépendance.

(1) Cf Sous acide filozophique

 

 

Les adhérents de l’association VINCRE peuvent désormais télécharger leur exemplaire final de Sous acide filozophique, un essai de 400 pages sur l’unification des sciences physiques et humaines par leur frontière : le support biologique de la conscience.
Ce livre aborde des domaines aussi divers que la médecine, la sociologie, la psychanalyse, le bonheur et la réalisation personnelle, les addictions, le transhumanisme, la neurophilosophie, la science réhabillée de mysticisme. Ce n’est pas un ouvrage d’initiation ni de référence. Il conviendra à ceux qui ont engrangé déjà beaucoup de certitudes.
Constant Prurit et Pierre Detaille y ajoutent leurs déblatérations humoristiques… Continue reading »

 

Avec un scénario dont la finesse est en chute libre,
pas la peine de se crever à refaire les dessins…

 

 

 

 

Après l’excellente Horde du Contrevent, puissante science-fiction d’aventure, Alain Damasio récidive dans son style inimitable avec La Zone du Dehors, tout en dévoilant bien davantage de sa philosophie personnelle. Après un départ trompeur qui laisse penser que la plus belle part va être faite à l’imaginaire, et qui n’intéressera personne d’autre que les amateurs du genre, l’intrigue nous ramène à une anticipation bien proche de nos réalités quotidiennes, avec la (ré)volte d’un groupe qu’insupporte le conformisme et la manipulation ambiante. Le punch que Damasio place dans les pamphlets de ses héros renvoie le Traité de savoir-vivre de Raoul Vaneigem au rang des poèmes ronsardiens. Mais la parole est donnée, sincèrement, au pouvoir adverse, d’une façon si balancée que l’on devine le chemin personnel suivi par Damasio, qui tient l’équilibre entre ses convictions anarchistes de jeunesse et le réalisme dont la maturité est venue les teinter. Au total un livre incontournable pour les amateurs d’action, d’envolées lyriques et ceux qui s’intéressent aux rouages de notre société… ça doit faire à peu près tout le monde, non ?

 

5/10 Livre azur
Livre de pensée positive, ici sous la forme de « l’expérience optimale ». On peut le parcourir comme on suce un esquimau à la fraise : On ne se demande pas une minute si le colorant peut nous empoisonner. Comme le reste de la pensée positive, c’est un livre thérapeutique : Il est fort utile à une étape de sa réalisation personnelle, particulièrement quand on est en recherche d’assurance, mais sa portée philosophique est limitée : Il faudra s’en dégager, comme on quitte une île paradisiaque en sachant qu’y rester trop longtemps nous en rendrait blasés.
Continue reading »

 

Un diplomate israélien a récemment fait sourire la communauté diplomate aux Nations Unies :
Il s’est avancé pour débuter son intervention :
« Avant de commencer mon discours, je désire vous raconter une histoire à propos de Moïse : Lorsqu’il frappa le rocher et que l’eau se mit a jaillir, Moïse pensa « Quelle belle occasion de prendre un bain ! ». Il se déshabilla, posa avec soin ses vêtements sur un rocher puis entra dans l’eau. Lorsqu’il en ressortit, ses vêtements avaient disparu, volés par un palestinien. »
Le représentant palestinien à l’ONU, estomaqué et furieux, interrompt brutalement ce discours en s’écriant : « Que racontez-vous donc ? Les palestiniens n’étaient pas là à cette époque ! »
Le diplomate israélien sourit puis dit : « Maintenant que ce fait est clairement établi, je peux commencer mon discours… »

Le palestinien a malheureusement raté la plus belle des répliques à cette blague stupide, qui aurait été de se tourner vers le représentant américain et dire : « A l’époque de Moïse, qui vivait aux USA ? Des peaux-rouges… »

 

Affichez vos désirs et non pas seulement votre différence,
car cette affiche est votre C.V.

La discrimination raciale dans la recherche d’emploi est un fait avéré. Mais n’est-il pas simpliste de la réduire à un rejet de couleur ? Les signes identitaires sont essentiels à la construction de l’adolescent. Doivent-ils pour autant faire obstacle à la réalisation de ses désirs ?
Un français bon teint qui adopte le look bonnet-survet’-claquettes n’a pas davantage de chances de décrocher un job qu’un mélanésien dans la même tenue. Pourquoi affirmer également qu’il serait plus « naturel » pour un jeune français des beaux quartiers d’endosser pour la première fois costume et col blanc ?
Le look professionnel est une rupture avec l’adolescence, pas avec sa culture. Partir à la recherche d’un travail avec l’allure d’un drapeau identitaire est se faire obstacle, parce qu’on affiche un reliquat de puérilité : C’est l’attitude de l’enfant qui se rend odieux envers ses parents, tentant ainsi de vérifier qu’il est aimé tel qu’il est, et non pas tel qu’on voudrait qu’il soit,
ce que peu de parents comprennent… mais encore moins d’employeurs !
Faites preuve de finesse : Nuancez habilement le look qu’espère votre futur patron, avec quelques signes identitaires : C’est, alors, démontrer votre inventivité. Voici un C.V. qui sortira de l’anonymat. A vous ensuite de vous hausser à l’altitude de ces prétentions…

 

Une agent de l’Etat bien formée est désormais présente dans le dos de chaque surfeur pour surveiller ses activités.

 

 

 

J’avais titré, dans une première parole sur l’émancipation féminine aux mélanésiens : « L’émancipation féminine doit venir des hommes ». L’idée contenue dans un tel début provocateur était celle-ci : Le « combat » des femmes pour leur place souffre d’un côté « masculinisant » pour les femmes, et surtout castrateur pour les hommes. Mieux vaut que ceux-ci proposent spontanément une place différente aux femmes, quand elles en émettent le désir, et ceci dès la plus tendre enfance, pour la petite fille, de façon à éviter l’accusation d’un formatage social obligeant la femme à rester à une place que certaines voient comme « sous-membre » de l’espèce.

Mais le titre ultime de cette affaire reste bien : « L’émancipation féminine doit venir des femmes ». En effet, le changement de condition nécessite un préalable : La femme doit cesser de se considérer comme un objet de désir.
Le mâle suit son instinct de couvrir les femelles. Son besoin de pouvoir sur elles est surtout un besoin de les soustraire au pouvoir des autres mâles. La femelle suit son propre instinct : éveiller désir et protection dans le cerveau reptilien de son partenaire élu. Voici un besoin qui s’affiche publiquement dans la société quotidienne bien davantage que la vilaine pornographie masculine, et soutient un large pan de l’économie mondiale.
La culture a sublimé les méthodes, l’intention est toujours la même. Nous avons vu les dangers qui entourent le rejet de l’animalité. Certaines femmes sont prêtes à courir le risque, confiantes dans les plaisirs étourdissants que leur procure leur intellect. Mais elles ont placé beaucoup de consoeurs, par militantisme, dans une situation difficile. Effets secondaires de l’idéalisme, toujours. Beaucoup n’ont pas décidé de renoncer à être objet de désir.

« L’émancipation féminine doit venir des femmes » : Voyez, ainsi, dans cette prophétie, non pas un combat, madame, mais un choix. L’homme doit offrir la place, la femme ne doit pas être contrainte de l’occuper.

 

Robe de mariée pour la grenouille de mon jardin. N’a-t-elle pas de jolies couleurs ?
Cette photo ne participera pas. Grosse flemme pour l’envoyer.

 

L’essentiel:
Le chemin kanak face à l’assimilation. Continue reading »

 

Pourquoi ne m’intéressé-je guère à la politique ?

La politique n’est ni ridicule ni inintéressante. Ce ne sont pas des mots assez forts. Elle est le résultat d’une amputation de la société. Pas d’un simple orteil, mais de sa tête.

La société est un immense corps, que l’on a décapité lors d’une grande intervention esthétique, la chirurgie démocratique, à l’applaudissement de tous ses membres, mains et pieds, les seconds étant moins habiles mais les plus nombreux. On a juché pudiquement sur la gorge tranchée, une grande tête de clown découpée dans du carton, baptisée en grande cérémonie Paul Itticien 1er, nouveau césar… sans épaisseur.

Pour faire plus vrai, on lui a placé des yeux qui bougent, des sourcils qui haussent le ton. Sa bouche est un théâtre : plein de petits personnages viennent s’y produire, se maquillent, s’invectivent, s’arrachent la palme de la grandiloquence ou de la sincérité… affichée, puis regagnent l’hémicycle où ils sont reprogrammés et recyclés.

Personne, dans le corps de la société, ne croit à leur sincérité. Trop évident. « Factice ! » se moquent-ils. « Marionnette ! » invectivent-ils. Et de barbouiller la tête en carton de bombe à tags, de lancer sur les figurines du théâtre des insultes bien faisandées.

Le corps de la société avance, aveugle - ses yeux sont perdus - et indécis - ne cherchez pas derrière la tête en carton une perspective d’avenir, il faudrait un cerveau pour y penser -.
Car les personnages du théâtre ne cherchent qu’à vous faire rire ou pleurer. C’est pour cela qu’on les a engagées. Pas pour vous faire réfléchir, ça risquerait de rendre la plupart moroses. Le théâtre moderne ne vit pas de sa qualité, mais de son audimat.

La démocratie n’est pas un système où chacun peut participer à la décision, mais où chacun a le même poids dans la décision. Son rejeton économique, le capitalisme, a corrigé le poids décisionnel d’un critère unique, pas l’intelligence, pas le degré de conscience, mais l’argent.
Le corps de la société est celui d’un enfant immature et obèse, qui, décérébré, n’est attiré que par sa nourriture, le plaisir facile, armé de sa fourchette aux dents les plus longues, l’argent.

Peut-être les déviants et les ermites sont-ils les derniers philosophes lucides, ayant préféré se faire chier par le grand corps social… et s’ébattre sereinement dans sa merde.

Groupe de politiciens en séminaire de communication

Groupe de politiciens apprenant à parler sous l’eau pour séduire les petits poissons

 

Aucune frontière n’existe entre réel et virtuel,
le réel est représenté par la virtualité particulière de chaque conscience.
Un mélanésien vit dans un monde où la terre est une entité recélant les esprits de ses aïeux.
C’est un univers virtuel difficile à comprendre pour un occidental,
mais cela n’empêche pas le mélanésien d’être parfaitement adapté à la réalité de son territoire.

Requalifions donc ce qui inquiète les adultes quand les jeunes s’évadent dans une « seconde vie » :
Plus qu’une dépendance, il faut craindre que cette virtualité les rendent inadaptés à leur future « première vie ».

Très difficile de dire ce qu’elle sera, à la vitesse où le numérique évolue.
Les modes de consommation eux-mêmes sont en voie de bouleversement.
L’argent durement gagné par un métier péniblement appris
sera-t-il encore le standard de la prochaine génération ?
La sophistication de l’image et d’autres sensations simulées
anéantira-t-elle l’imagination autrefois stimulée par les limitations de l’écrit ?
Le vécu sera-t-il le tourisme, bien encadré, d’internautes autrement immergés dans leur virtualité ?

Devant ces questions incertaines, formons les jeunes, plutôt qu’à notre vie, à l’adaptabilité.

 

© 2011 V.I.N.C.R.E à Nouméa Suffusion theme by Sayontan Sinha