L’être humain doit anticiper. C’est une contrainte évolutive qui nous vient de l’aube de la vie et que nous partageons avec les organismes les plus simples. Une jeune mouche qui échappe de peu à notre taloche anticipe mieux notre mouvement suivant. L’homme a tellement développé cette faculté, y mettant toute son imagination, qu’il a inventé une pathologie de l’anticipation. Elle existe particulièrement dans les civilisations occidentales, où s’est renforcée l’idée qu’une vie heureuse devait maîtriser parfaitement son environnement, non seulement à l’instant présent, mais aussi de notre conception — voire avant — à notre terminaison, moment qui pose alors des soucis considérables puisque, par définition, la mort est l’échec total de notre politique de maîtrise : Rien ne dit en effet que nous aurions « choisi » ce jour pour disparaître d’un univers jusque là fort bien géré… Continue reading »
Jean-Paul Delevoye, médiateur de la république, a rendu son rapport sur l’état de la France en 2010. Vous en trouverez ci-dessous l’éditorial.
Son diagnostic est bon mais la grandiloquence masque mal une absence totale de solutions nouvelles, voire une grosse erreur d’appréciation : Les français n’ont pas perdu le chemin des valeurs. Ils sont déçus que les respecter n’ait fait que les enfoncer davantage, si bien qu’ils se demandent aujourd’hui s’il est bien judicieux de toujours les sacraliser, comme le propose Delevoye dans ce discours un peu passéiste.
La radicalisation du dialogue social annonce une évolution vers le pragmatisme anglo-saxon, et, quand la France sera sortie de cette crise, son « exception » sera bien réduite. Continue reading »
Telle est la réputation du corbeau calédonien, par sa capacité non seulement à se servir de branchettes comme outil, mais à les façonner, et utiliser un outil pour en modifier un autre.
Jusqu’où va cette intelligence ? C’est le sujet de cette expérience étonnante :
7/10 Livre azur
Idée essentielle : Les lois de l’univers sont un assemblage délicat et précis ayant permis l’émergence de la vie — nous —. Une modification même mineure de l’une de ces lois aurait probablement entraîné un univers complètement différent et inhabité. Certains, même parmi les scientifiques, y voient la preuve d’une intention divine. D’autres, comme Hawking, l’expliquent simplement par la multiplicité des univers possibles, selon les principes de la physique quantique appliqués à l’intégralité de l’univers : le seul où nous avons pu naître est celui qui nous permettait de naître — et d’observer, car il pousse la théorie quantique jusqu’à dire que c’est notre examen de l’histoire de l’univers qui la crée —. C’est donc notre existence qui nous permet de déduire la configuration sur laquelle s’est arrêtée la loterie probabiliste, et non pas le contraire : une intention supérieure qui aurait tout ordonné.
Ici la science, loin de diluer l’antagonisme entre athées et croyants, l’amplifie. Pourquoi tous ces gens ne rejoignent-ils pas le seul camp possible — installé sur la plage — : les sans-détermination ?
Une petite méchanceté : Ce n’est pas la physique mais le physique de Hawking qui a éliminé de l’univers la possibilité que Dieu existe. Continue reading »
Certains livres récents donnent l’impression d’avoir été tous écrits par la même personne : Un style fluide, clair, accessible… standardisé. Il s’agit en général d’auteurs étrangers. Est-ce du à la traduction, par le biais de logiciels qui débrouilleraient l’essentiel du texte, et le traducteur se contentant de vérifier la mise en forme et l’absence de contre-sens ?
Mais combien de temps encore avant le correcteur de style automatique — à l’exemple des correcteurs musicaux qui placent les fausses notes à la bonne tonalité — qui avalera n’importe quel texte pour le régurgiter sous la forme préférée par la majorité des lecteurs ?
6/10
Premier tiers tout à fait exaltant qui combine une initiation à la philosophie de la morale aux problèmes éthiques de la création d’une conscience ex nihilo. Un trésor d’humour et d’habileté, qui ne demandait qu’à être fouillé.
Malheureusement James M. est sans doute lui aussi apprenti philosophe ou peu confiant dans le succès littéraire de la philosophie car la suite s’abaisse au thriller conventionnel, sur une histoire inaccrochable de produits d’avortement montés bien vite en graine et lâchés sur leurs parents démissionnaires par des évangélistes haineux et constipés. Sans doute l’invraisemblance est-elle devenue le fondement du genre — comme les anti-héros — pour un public dopé aux scénarios surréalistes, mais était-ce nécessaire de l’accrocher à un début tellement ancré, avec si peu d’anticipation, dans l’existence d’aujourd’hui ? Continue reading »

La société française va mal. Mixité sociale anémique. Personne n’en veut. Un programme avait tenté de l’imposer : le 10% de logements sociaux dans toute construction d’immeuble neuf. Malheureusement, mettre des gens sur le même palier ne suffit pas à les faire communiquer. Ils ont préféré le rassemblement par qui se ressemble. Une ghettoïsation des cultures s’est installée. Les plus pauvres n’ont pas les moyens de voyager pour assimiler et ressentir les autres cultures et leur mode de vie. En l’absence d’échanges physiques, ils se radicalisent dans leurs références privatives encore davantage que les plus riches, qui font du tourisme. Continue reading »
Les journaux d’infos sont comme la notice d’un médicament : Ils annoncent les effets indésirables de la société sans préciser leur fréquence par rapport au nombre de personnes qui la consomment. Quand un meurtre crapuleux survient chaque semaine, l’on peut se croire entouré de psychopathes, et tout étranger devient suspect. Pourtant, si les infos couvrent un pays de 300.000 habitants comme la Nouvelle-Calédonie ou de 65 millions comme la France, la fréquence des crimes est loin d’avoir la même signification. Dans le premier, la rareté des évènements graves obligera le journal à remplir ses pages avec une actualité positive voire banale : « Tout va bien ». Dans le second, la pléthore d’affaires de moeurs donnera l’embarras du choix au reporter en quête de sensationnalisme.
Les infos amplifient ainsi exponentiellement la peur des citoyens au fur et à mesure que leur nombre grandit, favorisant des ostracismes à grande échelle, qui prennent le pas sur l’opinion que l’on peut se faire personnellement sur son voisin.
Si vous ne pouvez vous sevrer du journal-médicament, consommez plutôt l’édition locale : C’est la moins toxique.
8/10 Livre tempête
Excellente dénonciation des impostures où s’est enterrée la libéralisation des moeurs, qui est loin d’avoir atteint ses objectifs.
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Après avoir terminé le parcours initiatique de « Sous acide filozophique » - qui n’est pas une initiation à la philosophie, mais une tentative intemporelle de neurophilosophie, une soudure solide entre sciences physiques et humaines, par leurs deux extrémités, la connue et l’inconnue -, vous découvrirez deux séquelles dans le blog :
La première est une tribune sur des livres marquants, les oeuvres d’inventeurs, ceux qui infléchissent nettement la course des consciences. Si j’ai voulu écrire « Sous acide » naïf de ces lectures, pour éviter trop de pavés déjà poinçonnés sur mon chemin ontologique, il faut reconnaître l’existence de merveilleux penseurs capables d’amener votre cervelle à des plaisirs d’intensité quasi-sexuelle. Remarquez d’ailleurs qu’à une époque où la sexualité est encouragée à regagner la plus stricte intimité, à déserter le monde du travail, les transports, les médias, à être autorisée dans un spectre d’âge strictement encadré – aux autres il reste Tintin -, mieux vaut la rapatrier dans l’endroit le plus secret possible - pour combien de temps ? - : vos hémisphères cérébraux, complaisamment au nombre de deux, ce qui est fort pratique pour ne rien mélanger, et ce sont des disques durs encore difficiles à éplucher sans votre consentement.
Vous disposez donc de l’hémisphère nord, hébergeant une morale stricte et glaciale, bien utile pour contrôler vos interactions avec vos semblables, particulièrement ceux dotés de rondeurs propres à faire jaillir chez vous une érect… éruption d’instincts volcaniques, dont les projections spermat… magmatiques rétrécissaient fort notre espace vital avant cette réussite technologique qu’est le filet à bit… le préservatif.
Pardonnez cet égarement, mon excuse est le sujet de la première tribune : L’antimanuel d’éducation sexuelle de Marcela Iacub et Patrice Maniglier, qui tire les oreilles au puritain tout en le respectant, ce qui n’est pas le cas de ce dernier quand il tente d’imposer sa morale sexuelle - et tout ce qu’elle cache - à ceux qui attendent toujours de voir réalisée la promesse de liberté des moeurs consentantes.
Vous rangerez cet ouvrage dans votre hémisphère sud, balloté par les cyclones de vos pulsions tropicales, et inviterez les membres de votre société intérieure, habitants du nord, à venir passer leurs vacances dans le corps calleux, la plage où tout est permis.
La seconde séquelle est un hyperlivre, c’est-à-dire un espace de discussion sur les très nombreuses questions abordées dans « Sous acide ». Le ton provocateur n’a pas pu manquer de vous faire réclamer un droit de réponse. Cet espace n’est pas cependant un forum classique : Je publierai les contributions intéressantes. Aucune censure. Seul critère : faire avancer la discussion. Exit les louanges, les dénégations non argumentées, les truismes trop élémentaires.
Passez sur l’hyperlivre et envoyez-moi l’extrait que vous commentez si le sujet n’est pas déjà ouvert.
La tribu est une polyconscience (1) implantée dans un corps multiple. L’interdépendance est étroite. Chacun de ses membres est atome d’une vaste molécule clanique, dont les méandres s’étendent aussi bien sur les terres tribales que dans le Temps, reliant la procession des ancêtres.
Le magnifique avantage de cette structure est que personne n’est abandonné, isolé. Ni le vieux, ni le simple d’esprit, ni le blessé. Il n’est pas nécessaire de gagner son importance pour exister.
L’inconvénient est la lenteur des échanges au sein de cette polyconscience trop éclatée, produisant une société d’apparence statique, vulnérable aux agressions des plus conquérantes : Celles qui favorisent les consciences indépendantes forment des êtres compétitifs, prompts à bousculer les codes sociaux, à s’emparer des terres et des biens.
La tribu est menacée de décomposition par l’éloignement de ses membres. Le bain des jeunes esprits dans l’éducation occidentale libère des atomes libres, réactifs, dont les charges positives séduisent - leur compétence à s’emparer du mode de pensée occidental -, les négatives inquiètent - scindés de la tribu, ils pensent et décident indépendamment, au point d’apparaître étrangers -.
Alors, la kanakie traditionnelle ne devrait-elle pas militer pour le maintien de la dépendance ?
La présence occidentale, elle, assure l’essor de… l’indépendance.
(1) Cf Sous acide filozophique

Les adhérents de l’association VINCRE peuvent désormais télécharger leur exemplaire final de Sous acide filozophique, un essai de 400 pages sur l’unification des sciences physiques et humaines par leur frontière : le support biologique de la conscience.
Ce livre aborde des domaines aussi divers que la médecine, la sociologie, la psychanalyse, le bonheur et la réalisation personnelle, les addictions, le transhumanisme, la neurophilosophie, la science réhabillée de mysticisme. Ce n’est pas un ouvrage d’initiation ni de référence. Il conviendra à ceux qui ont engrangé déjà beaucoup de certitudes.
Constant Prurit et Pierre Detaille y ajoutent leurs déblatérations humoristiques… Continue reading »
Avec un scénario dont la finesse est en chute libre,
pas la peine de se crever à refaire les dessins…





Après l’excellente Horde du Contrevent, puissante science-fiction d’aventure, Alain Damasio récidive dans son style inimitable avec La Zone du Dehors, tout en dévoilant bien davantage de sa philosophie personnelle. Après un départ trompeur qui laisse penser que la plus belle part va être faite à l’imaginaire, et qui n’intéressera personne d’autre que les amateurs du genre, l’intrigue nous ramène à une anticipation bien proche de nos réalités quotidiennes, avec la (ré)volte d’un groupe qu’insupporte le conformisme et la manipulation ambiante. Le punch que Damasio place dans les pamphlets de ses héros renvoie le Traité de savoir-vivre de Raoul Vaneigem au rang des poèmes ronsardiens. Mais la parole est donnée, sincèrement, au pouvoir adverse, d’une façon si balancée que l’on devine le chemin personnel suivi par Damasio, qui tient l’équilibre entre ses convictions anarchistes de jeunesse et le réalisme dont la maturité est venue les teinter. Au total un livre incontournable pour les amateurs d’action, d’envolées lyriques et ceux qui s’intéressent aux rouages de notre société… ça doit faire à peu près tout le monde, non ?
5/10 Livre azur
Livre de pensée positive, ici sous la forme de « l’expérience optimale ». On peut le parcourir comme on suce un esquimau à la fraise : On ne se demande pas une minute si le colorant peut nous empoisonner. Comme le reste de la pensée positive, c’est un livre thérapeutique : Il est fort utile à une étape de sa réalisation personnelle, particulièrement quand on est en recherche d’assurance, mais sa portée philosophique est limitée : Il faudra s’en dégager, comme on quitte une île paradisiaque en sachant qu’y rester trop longtemps nous en rendrait blasés.
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