Clemot Hugo – Le paradoxe de l’horreur épidémique

Tentative d’explication philosophique du film d’horreur et de sa séduction. Mal embarqué, l’article de Clemot démarre en exacerbant un paradoxe inexistant, celui qu’il faudrait voir entre la répulsion naturelle éprouvée par le spectateur d’un film d’horreur et l’attrait qui le conduit malgré tout dans les salles obscures et hurlantes.

Pourquoi n’est-ce pas un paradoxe ? Il n’existe pas réellement de différence entre le film d’horreur et n’importe quelle fiction. Interrogeons les amateurs pour constater qu’ils vont assister aux différents genres dans le même état d’esprit. Pas besoin d’une quelconque préparation ou séparation psychologique. Le seul film qui déclenche une excitation particulière est celui transgressant vicieusement les codes sociaux par une histoire réaliste. Par exemple les « snuff movies ». Ici existe le parfum de l’interdit. Même état d’esprit que si l’on achète de la coke. Le genre sélectionne l’amateur, dans ce cas précis, bien davantage que l’horreur fictive.

Dans le film d’horreur et dans la fiction en général, ce qui attire le spectateur est la réalité alternative. Nous sommes en permanence à la recherche de nouvelles visions du monde. Notre imagination y travaille à plein. Même la nuit, par les rêves. Nous construisons des scénarios fictifs car il est toujours possible qu’un jour ils ne le soient plus, et nous sommes alors mieux préparés à les affronter. Même des monstres dont l’existence semble impossible y contribuent, pour deux raisons : parce que dans notre enfance des anticipations monstrueuses sont devenues bien réelles — et dépourvues de leur caractère inconnu et effrayant grâce à notre anticipation —, et parce que le danger exceptionnel attaché aux histoires fictives donne une importance particulière aux solutions proposées. Notons cependant que le caractère trop improbable de l’horreur finit par perdre son attrait spécifique. Le film gore est regardé comme un spectacle comique et non plus effrayant. L’horreur moins spectaculaire mais étiquetée « histoire vraie », comme Blair Witch, fait de meilleures recettes que la super-fiction.

Nous préférons généralement une fin heureuse ; pourtant l’issue catastrophique, apanage du film d’horreur, ne dérange pas : elle montre ce qu’il ne faut pas faire, scénario plus utile que la fin lénifiante. Le spectateur s’exclame : « Qu’ils sont crétins de s’être conduits ainsi ! ». Le genre prend d’ailleurs soin de distribuer des comportements stupides aux personnages — à l’excès, pourrait-on dire : le spectateur cortiqué souhaiterait voir les conséquences de réactions un peu plus malignes —. Même lorsque aucune solution ne semble possible, que l’histoire conduit à une destruction inéluctable des personnages auxquels on a pu s’identifier, elle apporte encore un profit : celui de savoir que l’histoire n’est pas réelle, que le monde véritable est finalement un paradis. L’on est soulagé de sortir du film comme on est soulagé de réaliser au sortir d’un cauchemar qu’il en est un.

Le film de fiction est tout simplement du lait en tube pour notre imagination. Il décuple ses possibilités par l’image, ce qui fait sa séduction. L’émotion est un bonus. Elle récompense une débauche d’imagination, et contribue ainsi à la reproduire. Mais elle ne devient un but en soi que chez le blasé, comme tout plaisir. Autrement elle est incitative ; elle nous pousse à accumuler toujours plus d’anticipations, de contrastes aptes à recentrer le fil de notre vie.

Ne reste malheureusement de l’article de Clemot, malgré la somme indéniable de travail entrepris, que la baudruche de ce paradoxe crevé.