Égalité ?

Dire que les gens sont égaux quand ils ne le sont pas est créer de l’inégalité.

Tout l’aveuglement du socialisme est dans cette phrase. Dire les gens égaux n’augmente l’égalité apparente que dans une société coercitive. Dans un monde libre, cela aggrave les inégalités.
Le droit à l’importance, véritable fondation du collectivisme, est extrêmement précis : il s’agit d’un droit à s’améliorer. Un droit de moyens, pas d’assistance pour gommer les effets des inégalités.

La démocratie n’est pas un processus égalitaire, mais utilitaire. C’est un système plus souple pour réduire les inégalités quand elles deviennent insupportables. Au lieu de faire la révolution, on change de politique. Les têtes sont coupées médiatiquement. On ne salit plus la guillotine.

Le seul système authentiquement égalitaire est l’anarchie. Il se moque de la loterie environnementale comme de la génétique. L’homme préhistorique était le seul véritable égalitaire.
Ce n’est plus tenable. L’homme moderne est égalitariste, c’est-à-dire qu’il veut forcer l’égalité. Est-ce davantage tenable ? Non. Tout ce qu’il cherche en réalité, c’est répandre le rêve élitiste dans chaque tête. Une illusion mirifique. C’est pour cela qu’il laisse gérer les conséquences de l’inégalité par ceux qui en profitent le plus.
Comment celle-ci ferait-elle autrement que croître ?

Père à tous

santa-clausLes cadeaux de Noël, entre adultes, ne sont pas vraiment des cadeaux. On offre aux autres, attendant qu’ils nous offrent en retour. Un échange en fait, et non pas un don. C’est une sorte de test de l’intérêt de chacun pour l’existence de l’autre. « Quelle importance ai-je pour toi ? ».
Le cadeau du Père Noël aux enfants n’a rien d’aussi convenu. Un fabuleux magicien vient réaliser le souhait du bambin. L’univers répond à son imagination. Qui peut ancrer aussi fortement un peu d’optimisme ?
Pour que les parents semblent indépendants de cette affaire, mieux vaudrait préserver l’invisibilité du magicien que l’exhiber dans chaque magasin. Imaginez le Vatican en train d’engager une bande d’intermittents du spectacle pour se déguiser en Christ à la sortie des églises !
Malheureusement Père Noël n’est pas aussi généreux avec tout le monde. Il est clairement capitaliste. Les enfants de riches reçoivent de plus beaux cadeaux. Peut-être la pire des injures à notre idéal solidaire ?

Pourquoi ne pas nationaliser le Père Noël, le poser en champion de la lutte contre les inégalités ?
Il est des prestations familiales qui atteignent moins directement leur but…

Morales Lula – Ce que les femmes attendent des hommes

ce-que-les-femmes 9/10 Acheter sur Amazon

Ce petit ouvrage délivre la même impression qu’un jardin laissé habilement un peu sauvage : ça sent bon, c’est naturel, ce n’est pas balisé, vous ne repartez pas avec une liste de courses à faire pour réussir votre prochaine rencontre, comme dans beaucoup de livres du même genre, au risque de la standardiser impitoyablement.
Celui-ci se contente d’accumuler les petits éléments du Lego dont monsieur va se servir pour façonner son nid personnel, et surtout de vous montrer comment madame procède de son côté. Une psychologie élémentaire, à la portée de tous, évitant le travers du dépeçage psychanalytique du sexe autant que le cours de gymnastique à l’envers. Au lieu de lui donner une odeur de laboratoire, il réussit le tour de force de conserver la magie attendue des rencontres pour les novices.
A l’opposé de la théorie du genre, rude terrain d’entraînement destiné à faire des femmes des combattants aussi féroces que les hommes dans la jungle sociale, Lula Morales sauve la féminité. Dans ce livre très sexualisé et sans en avoir l’air, elle prend le contrepied de la victimisation culturelle de la femme. Elle trouve naturellement des principes masculins et féminins tout en montrant qu’aucun ne peut être source de domination sur l’autre. Elle parle de XX et de XY et non d’hermaphrodites égaux dont on se demande pourquoi ils devraient aller par deux. On sent en elle la fusion parfaite des glandes et des idéaux. Un féminisme qui n’ampute en rien de la féminité. Convaincant.
lula-morales

La majorité

La majorité ? Un repère initiatique. Sauf qu’il n’existe pas réellement de processus d’initiation, ni de cérémonie permettant d’attribuer le caractère exceptionnel que ce repère devrait avoir sur le nouvel adulte. Telle quelle, administrative, la majorité ne représente rien. Cette vacuité dramatique produit dans certains cas des adultes dépendants (les« Tanguy »). Plus souvent, elle sert au contraire à se débarrasser d’un adolescent tardif et lourd à gérer (« Tu es majeur maintenant, il faut te débrouiller »).

Le processus d’adultisation est continu, s’étale sur toute une vie. Il est naturellement produit par l’extension de notre passé, qui stabilise notre futur. La partie Biographie de notre Moi s’étend ainsi sur un espace de temps croissant ; elle n’est plus simplement ballotée dans le présent, à la merci des évènements.

Si vous souhaitez conserver une part de votre adolescence, gommez donc une partie de votre passé pour laisser plus libres les perspectives d’avenir.

Tandis que si vous manquez de l’assurance de l’adulte, retracez et unifiez davantage le fil de votre passé, faites-le ressurgir pour vous l’approprier, dans ses pires comme ses meilleurs instants, quitte à rembourser les premiers, car c’est dans cette fusion plus équilibrée que vous allez étendre votre identité.

La Biographie est continue mais doit s’articuler autour de repères. Lorsque nous avons dépopularisé la religion et ses croyances trop immatérielles, nous avons perdu en même temps un grand nombre de repères mis en place par la culture religieuse à propos de la vie sociale et de l’adultisation, qui n’ont toujours pas été remplacés.

La « majorité » de l’état laïque est navrante de ridicule et de pauvreté d’imagination. Un recul de plusieurs millénaires en matière de civilisation. L’on attribue l’étiquette « adulte » sur un état civil pour satisfaire à un stupide concept égalitaire, que pas la moindre constatation objective ne vient étayer. L’on considère officieusement certains comme plus adultes que d’autres sur le niveau de connaissances, comme si la note en mathématiques permettait de déterminer la qualité de coopérant social. Ainsi nous sommes propulsés en importance, dans le monde des adultes, par des tests réduits à la mémoire et au Q.I. Les apprentissages valorisés par la société sont restreints à ceux vantés par la courte vue utilitariste. Abruptement : la note de « connardise » importe peu pourvu que vous soyez pointu dans une spécialité recherchée.

Cette vacuité du modèle social joue certainement un rôle essentiel dans son inhumanité, définie par la perte des repères coopératifs.

Dans la société utilitariste, la coopération est enseignée comme une matière scolaire. Elle s’installe de façon prédigérée, uniforme, dans les tempéraments individuels, menaçant à terme leur diversité. Endoctrinés par cet académisme, nous sommes incapables de voir si notre morale est toujours juste, s’il est normal de croiser des épaves humaines dans la rue.

La société doit réemprunter à toutes celles qui l’ont précédée la notion de richesse des repères de maturation, ne pas voir les apprentissages comme une interminable chaîne continue mais comme des marches à franchir, différentes pour chacune de nos formes d’intelligence, sans en dévaloriser aucune. Elle doit réintroduire les étapes initiatiques sociales, les « communions » avec ses semblables. C’est à ce prix que nous pourrons exercer à nouveau individuellement notre faculté coopérative, au lieu d’être obligé de la confier à l’État parce qu’autrement peu s’en préoccuperaient.

bebe

Quelle politique publique pour lutter contre l’obésité ?

politique-alimentaireHandicap terrible du politicien : il doit prendre des mesures générales face à une incroyable diversité d’expression de chaque problème chez ses administrés. Le surpoids en est un exemple caricatural. Tout le monde n’est pas en excès de poids. Nous sommes tous, par contre, exposés à l’aliénation du comportement alimentaire par une industrie qui cherche à séduire et non à faire bien manger. Il existe des gens dont les défenses sont déjà effondrées (les obèses), d’autres qui résistent (ceux qui remplissent le caddie avec un oeil critique), quelques-uns dont le rapport à l’alimentation est psychopathique (anorexie, boulimie). Dès lors, quelles mesures généralistes vont bénéficier à tous les comportements alimentaires, corriger les néfastes sans nuire aux bons ?

En matière de comportement, la méthode scientifique hélas la plus répandue attribue aux gens des paradigmes identiques et postule qu’il suffit de quantifier les différents agissements communs pour dépister ceux qui, en moyenne, sont fortement corrélés au surpoids. C’est une approche anti-individuelle, anti-qualitative. Elle ne correspond pas à la réalité. Quelle moyenne peut-on faire, en effet, entre des tempéraments extrêmement méfiants vis à vis de leurs choix alimentaires, voire militants contre la malbouffe, et d’autres qui s’en moquent complètement ?

Les « profils » de comportement sont un progrès. Par contre ils compliquent la tâche d’une politique générale : comment déterminer les mesures profitables à toutes les catégories ?

Il faut redéconstruire ces modèles, découvrir les points-clefs orientant le comportement. Comme les thérapies aujourd’hui les plus avancées en médecine, la lutte contre l’obésité relève de mesures extrêmement bien ciblées, et non de discours généralistes.

Une application immédiate concerne les spots de prévention. Plutôt que dire « il faut maigrir », ils doivent sélectionner des inconvénients précis et méconnus du surpoids, souvent noyés dans la réprobation marécageuse qui entoure l’obésité. Par exemple une caméra peut se promener dans une maison de retraite, parmi les plus âgés encore en bonne forme, et s’arrêter à la fin sur la remarque étonnée : « Mais il n’y a aucun gros parmi vous ! ». A quoi est répondu : « Eh bien non, ils sont tous décédés »…

Notez qu’un tel scénario ne fait pas que pointer l’aspect punitif de l’obésité. Il met l’accent sur la satisfaction des gens normo-pondéraux, leur plaisir à profiter de la vie malgré leur âge. Les clips parlant exclusivement de risques et de complications ne retiennent pas l’attention des gens. Les études en IRM fonctionnelle confirment. Est-ce une surprise ? La société édicte déjà tellement de règles que les nouvelles se mettent à la fin d’une file interminable devant le bureau de l’attention consciente ! Les précédentes n’ont pas encore été gérées.

Beaucoup moins fournie est la file des mimétismes positifs. Surtout au sein de la culture française, particulièrement portée à la critique plutôt que l’encouragement. Un bon clip doit laisser un sentiment d’identification à une personne de poids normal et non un dégoût de soi.

Un préliminaire psychanalysant ? Comprenons pourquoi une campagne doit être centrée sur la personne et non l’obésité elle-même. L’objectif est d’utiliser des méthodes aussi détournées pour changer le goût des gens, que celles populaires chez les publicitaires pour mettre au poignet une montre de luxe ou faire rouler dans une voiture coûteuse. Il faut agir sur l’identité des personnes. La nouvelle image de soi doit être propriétaire, et non appartenir à une CAFAT avide d’économies, ou une société préférant des citoyens dans la norme.

Cette appropriation se fait de manière essentiellement inconsciente, par petites touches, de manière à ne pas détruire l’équilibre de l’identité existante. On ne veut pas des gens qui se détestent, mais qui s’apprécient autrement.

Nous voici arrivés aux décisions pratiques. Le sucre est-il une drogue ? Les avis sont partagés. Peu importe, nous nous cantonnerons à un principe universel : tout ce qui est outrancièrement séduisant doit être délimité par quelques barbelés. Ces protections s’appellent « luxe », « cérémonie », « rite initiatique ». Celui qui baigne dans le plaisir facile n’en voit plus ni les avantages ni les inconvénients. Le « luxe » est une difficulté d’accès au plaisir, qui le raréfie et l’amplifie. De ce point de vue le sucre doit être traité comme une drogue. S’en procurer devrait être plus compliqué. L’espèce humaine est handicapée par un goût féroce pour le sucre, un carburant rapide et très efficace pour l’organisme. C’est l’un des rares aliments qui ne fait pas l’objet d’une programmation dans l’enfance, interaction entre ce qui nous est nécessaire et disponible, et qui fait la variété des goûts individuels. Tout le monde aime le sucre. L’instinct pousse à s’en gaver comme un ours de miel.

Comment transformer le sucre en produit de luxe sans pénaliser le portefeuille des consommateurs ni les entreprises locales du secteur ?

Déplaçons toutes les taxes des produits de première nécessité, comme les « bons » aliments et les produits d’hygiène, sur les produits sucrés. Coup double : l’hygiène s’améliore (1er facteur d’allongement de l’espérance de vie, loin devant tous les traitements médicamenteux), les maladies métaboliques diminuent.

Les bénéfices des producteurs, après un creux, redeviendront identiques. Moins de débit, mais marge adaptée en conséquence. L’industrie du luxe n’est pas la moins rentable.

Le consommateur va-t-il modifier ses habitudes, si son caddie ne coûte pas plus cher, s’il économise sur l’hygiène ce qu’il dépense en plus sur le sucre ? Oui, parce que le statut de l’aliment change. Il devient, comme l’alcool, un produit spécifique. Ce n’est plus quelque chose que l’on prend sans y penser, comme de l’eau versée dans un verre. Il existe un intérêt à l’économiser. Surtout si les plaisirs qu’il apporte apparaissent mièvres face aux risques. De ce point de vue le sucre est beaucoup moins séducteur que l’alcool. Personne ne croise d’obèse en plein trip après avoir englouti une boite de gâteaux. Le malheureux fait même peine à voir, le souffle court, la démarche basculante, le sac de médicaments à la main, raccordé jusqu’à la fin de sa vie à un médecin référent… Bref son corps lui appartient-il encore ?

Le succès dans la lutte contre l’obésité vient d’un déplacement des repères. Pas ceux de la société, qui sont clairs, trop impératifs même. Il s’agit d’une individualisation du problème. Les changements inconscients sont plus efficaces que les conscients. Plus besoin d’y attacher son attention de façon épuisante. C’est l’image personnelle du Soi qui nous dirige, et non les modèles idéaux enseignés par les professeurs du bien-être. Les obèses sont fréquemment ceux dont l’attention avait déjà du mal à se fixer à l’école, ceux qui décident d’après le « j’aime » ou « j’aime pas ». Le statut social est moins en cause que l’aptitude à s’observer vivre, à s’évaluer avec une certaine indépendance devant le miroir, posséder ce que j’appelle un « Observateur » intérieur.

Les futurs obèses sont les personnes les plus vulnérables aux manipulations du sociotope sur l’inconscient. Jusqu’à présent ce sont les publicistes et les industriels qui en profitent. Une réglementation devrait l’interdire pour le sucre comme pour le tabac ou les médicaments. Nos congénères ont un choix énorme d’éléments pour construire leur identité, néanmoins ne faut-il pas exclure les bombes à retardement ?

Alors la politique préventive peut occuper la place, en s’appuyant sur les vraies ficelles de la pub, en abandonnant l’idée fleur bleue que les gens deviennent spontanément responsables quand on leur tend un panneau « Attention ! ». La conscience n’est pas aux commandes du comportement, ce sont les habitudes. La conscience ne peut que constater les dégâts. Ses efforts pour modifier les automatismes de vie sont d’autant plus lents et difficiles que l’âge avance. La cible privilégiée est l’adolescent.

Qui doit créer la société du vivre ensemble ?

« Être civilisé » ne veut rien dire, car cette expression en contient deux autres, parfaitement contradictoires : « être tolérant » et « apporter la civilisation ». Vous accepterez d’ailleurs probablement l’un ou l’autre sens, mais rarement les deux. Pourquoi contradictoires ? « Apporter » la civilisation implique que les repères de l’autre ne sont pas les bons ; c’est, obligatoirement, une intolérance, quelque soit la justesse des arguments.

La seule formule ayant un sens est « représenter une forme donnée de civilisation ». Ce qui élargit considérablement la définition : tous les membres d’une culture quelconque, qui en respectent la conscience sociale, sont « civilisés ». Les vantardises de l’une ou l’autre culture en vue de les hiérarchiser ne sont pas ici notre propos.

Ce qui nous intéresse est que « ne pas être civilisé » garde un sens aigu.

Il s’agit des individus n’appartenant à aucune culture, qui construisent leurs propres règles, en empruntant bien sûr aux sociétés qu’ils connaissent, néanmoins sans avoir eu la moindre expérience historique de ce nouveau jeu de règles, sans vouloir avouer de filiation avec les autres groupes sociaux, sans tissu social l’unissant à eux.

Une partie de la jeune génération kanak, aussi bien que blanche, est dans cette situation. Jeunesse urbaine et tribale, car la brousse n’est pas étanche à l’influence de Nouméa. Ces jeunes sont moins civilisés que leurs parents. Ils flottent entre deux cultures, sans avoir encore créé les fondations d’une nouvelle. C’est la raison de leur agressivité. Difficile d’exister. Impossible de s’adosser à des repères éprouvés, qu’il s’agisse de l’individualisme occidental ou du collectivisme mélanésien. Ceux-ci sont contradictoires. Il faut renoncer à un héritage, ou aux promesses du productivisme personnel. Comment trancher ?

jumeaux-anne-geddesLorsqu’un conflit est insoluble, la défense passe par des comportements névrotiques. L’identité personnelle n’est pas unifiée. L’on s’enfuit dans une société alternative, souterraine, elle-même névrotique.

Qui doit créer la société du vivre ensemble ? Les adultes déjà réalisés, qui ont juste besoin de ravaler un peu de fierté, ou les jeunes grandissant dans un environnement aliénant créé par les désaccords des parents ?

Les jeunes seront les décideurs de demain. Cependant si on les laisse gérer la patate chaude, il faudra une génération supplémentaire pour assainir toutes les perversions que leur individualisme déçu aura créées.

Selfies et narcissisme

lutin-selfieLa génération Facebook n’est pas hyper-narcissique. Avide d’exhibitionnisme ? Non. Elle cherche simplement à exister, comme le font ses détracteurs, et nous tous. Il s’agit d’un effet secondaire de la difficulté à acquérir un minimum de narcissisme, c’est-à-dire une identité.

En effet les membres de cette génération hyper-communicante éprouvent une grande peine à établir les limites du Soi. Ils sont éponges dans un bain de mèmes (les concepts qui circulent entre individus, mais vous pouvez aussi bien lire « mêmes »). Jusqu’au contact physique : il n’a pas la même valeur que pour leurs parents. Ceux-ci traçant nettement la frontière du Soi à cette enveloppe cutanée, l’attouchement est un signal fort d’intimité. Tandis que pour les facebookiens il est un signe de mélange parmi d’autres. Même les rapports sexuels ne créent pas le même rapprochement. Il faudrait déjà que les deux individus soient au préalable nettement séparés.

Ce n’est pas qu’ils soient moins poussés à l’individualité. Au contraire. Aux injonctions pubertaires s’ajoutent les culturelles, devenues hyper-individualistes, plus l’effondrement de la féminité (que je définis comme une émanation de la solidarité) au profit du machisme personnel, chez les filles comme les garçons. Ceux d’ailleurs qui obtiennent les moins bonnes places dans la compétition récupèrent et sauvegardent les lambeaux de la féminité, quelque soit leur sexe.

Poussés à l’individualisme comme jamais mais freinés terriblement par la communication, voici ce qui définit la nouvelle génération. Quand on partage tout, on se fait dépouiller de tout. De quoi l’individualité pourrait-elle rester propriétaire ? De quel jardin secret ?

L’identité toujours facile à acquérir est celle du groupe. « Je suis ado donc je suis différent des adultes ». C’est l’utilitarisme caché dans la faible inclinaison à discuter avec les parents ; je me sépare. C’est aussi la sauvegarde contenue dans la déclaration « Tu ne me comprends pas ». Si les parents pouvaient me connaître, de quoi serais-je unique propriétaire ? Où résiderait ma singularité ?

Une conséquence pratique est que si vous souhaitez influencer la « composition » de l’identité de vos enfants, ne soyez pas la source de l’influence. Demandez à un comparse, membre de la famille, aîné, éducateur avec lequel l’enfant entretient de bonnes relations. Faites offrir par lui le livre que vous voudriez le voir s’accaparer.

Les selfies, ainsi, n’ont rien à voir avec un exhibitionnisme particulier. Le narcissisme est une variation individuelle. Cela n’a pas grand sens d’en accuser les individus d’une génération quand c’est la culture qui met l’emphase dessus. Qui donc a créé celle-ci sinon… leurs parents.

Les selfies paraissent rituels néanmoins sont chacun différents. Ils sont bien un élément identitaire si l’on est doté de la sensibilité propre à ceux qui les réalisent. Plutôt qu’y voir un narcissisme, j’y vois un symptôme des entraves terribles que nous avons laissées se poser sur nos enfants dans la tâche difficile de se définir.

Un verre cassé…

jeune-Guillaume-TellIl existe une foule d’automatismes très fins dont nous nous servons sans en avoir conscience. Par exemple, si vous prenez un objet et le gardez à la main en marchant, votre cerveau démarre une action dont est avertie la conscience, puis c’est un automatisme qui contrôle le juste degré de tension dans tous les muscles concernés pour que l’objet ne vous échappe pas, qu’il ne soit pas abîmé par la pression, et que ces muscles fatiguent le minimum pour un long trajet.

Idem pour manipuler un verre sans le casser. Automatisme bien rodé. Voyez alors un enfant qui laisse échapper le verre et le brise. Il se fait engueuler !… au mieux pour « inattention », au pire parce qu’il « ne se rend pas compte de ce que ça coûte ». En réalité il n’a tout simplement pas l’automatisme performant dont vous disposez. Plus judicieux que l’incendier est de lui faire prendre un autre verre et profiter que son attention est motivée par l’incident pour lui faire travailler sa manipulation des objets. Vous rétablissez immédiatement sa confiance ébranlée.

Cependant il ne serait pas non plus judicieux de dire : « Ce n’est pas grave. Ce n’est qu’un verre ». Si ce n’est pas grave, pourquoi travailler son habileté ? Et dans ce cas, recassons-en un autre, puisque les objets n’ont aucune importance.
Sensibilisons à la qualité des objets en tant que produit fini, remplaçable mais pas gratuitement. Un enfant est rapidement en mesure de comprendre ce que veut dire son bilan carbone. Ce zeste d’appropriation de l’importance des objets produira alors toute l’attention nécessaire pour que l’automatisme devienne performant.
Si ce n’est pas le cas… emmenez l’enfant chez un ophtalmologue !

La médecine kanak vs occidentale, 8 ans après

8 ans après cet article sur la médecine des deux cultures, l’expérience montre qu’avec leur classification intuitive des maladies en trois catégories, ce sont bien les kanaks qui ont raison.
En effet, les petites affections bénignes (la « bobologie ») se soignent très bien avec les médicaments traditionnels. On ne dispose pas d’études pour savoir s’ils sont seulement symptomatiques ou curatifs. Peu importe, du moment qu’ils ne font pas négliger les précautions d’hygiène (nettoyage des plaies), même un effet placebo pur justifierait leur utilisation (les gens s’auto-améliorent avec un placebo). Pas besoin d’aller voir un médecin pour les plaies courantes, les viroses, les entorses et traumas bénins, les douleurs « attendues » et compréhensibles parce qu’en rapport avec un effort inhabituel, un traumatisme, ou l’âge.

Pas besoin non plus d’aller voir un psychiatre pour les troubles psychologiques purs. Plus efficace d’analyser par le biais du guérisseur pourquoi on a ce problème d’insertion dans l’inconscient collectif. Il aide à trouver une solution identitaire, d’une façon très proche de ce que font les occidentaux avec une psychanalyse. Les uns et les autres reconstruisent leur personnalité au lieu de l’abrutir par des psychotropes. Nous excluons ici les vraies maladies psychiatriques liées à des anomalies biologiques ou très bas situées dans le Stratium (la racine de l’édifice neurologique, il s’agit des neuropathies héréditaires, fréquentes en Calédonie et malheureusement sans traitement efficace la plupart du temps).

Enfin la 3ème catégorie, la seule dans laquelle le médecin blanc est clairement le plus compétent, est celle des maladies graves, les artères bouchées, les fractures, les lésions d’organes, les dérèglements métaboliques chroniques.

Certainement les kanaks perdent-ils quelques années d »espérance de vie dans cette philosophie des soins, car ils sont moins surveillés par tout l’éventail des scopes médicaux. Cependant ils gagnent une vie presqu’intégralement de « bien portance », de confiance corporelle. Tandis que les occidentaux ultra-scannés par la médecine préventive sont des sursitaires, mènent une vie intégralement exposée à une multitude de risques, les plus inquiétants étant ceux que l’on n’a pas encore identifiés…

Chez l’occidental, la mort ne vient pas vous serrer la pince à la fin d’un capital d’existence qu’elle vous a accordé, elle vous suit chaque jour de votre vie pour voir s’il n’existe pas un moyen de la raccourcir. Vous êtes… vulnérable, sous la menace damoclésienne, réduit.
Chez le kanak, la mort pose deux bornes à la vie, début et fin. Deux bornes kilométriques temporelles, sur la route de la filiation ancestrale. La route existait avant, continue après. Les bornes sont indistinctes. Le kanak ne sait pas très bien son âge, ne peut faire aucune prédiction sur ce qui lui reste à vivre. Il vit davantage dans le présent, mais peut anticiper à toute époque de son existence s’il le souhaite.

En conclusion une personne très calme de tempérament (faible « névrosisme ») peut utiliser préférentiellement le petit nombre de médicaments vraiment utiles dans la pharmacopée occidentale, tandis que les anxieux devraient se diriger vers les médecines traditionnelles ou alternatives pour la majorité de leurs maux.
Tous ont intérêt à profiter des avancées « technologiques » de la médecine : remplacement d’artères, d’articulations usées, d’organes défaillants, respirateurs, prothèses, orthèses.
Tous bénéficient également d’un bon diagnosticien disposant de preuves de ses dires, que l’on trouve à l’évidence plus souvent derrière une plaque médicale classique, et qui permet en théorie de s’approprier la compréhension véritable de sa maladie… s’il veut bien vous la transmettre. Et si vous vous arrêtez de temps à autre de parler pour qu’il vous la dise !

postes-medicaux

Quelle juste philosophie pour le piratage ?

Pendant des années, j’ai fait partie de ceux qui achetaient sagement leurs DVD. L’évidence, un jour, est devenue insupportable : en respectant les règles, je me faisais emm… par les pubs et les avertissements imposés d’office au spectateur, je mettais parfois 3 minutes pour arriver enfin sur le film, et j’avais rebaptisé le F.B.I Fous-toi ta Bite dans l’Intestin, tandis qu’un banal pirate s’embarquait dans l’action d’une légère pression sur la télécommande de son disque multimédia, détendu et souriant.

Enfin une loi A-dos-pis efficace ! Désormais une agent de l'État bien formée surveille chacun de vos téléchargements sur l'ordinateur…
Enfin une loi A-dos-pis efficace ! Désormais une agent de l’État bien formée surveille chacun de vos téléchargements sur l’ordinateur…

J’ai brutalement boycotté tout achat de média et rejoint les rangs des vilains téléchargeurs.

Cependant quand une oeuvre me plaît particulièrement, j’éprouve la gêne de ne pas pouvoir récompenser l’artiste, surtout que je n’ai pas l’excuse de manquer de moyens.

Les formules d’abonnement sont inadaptées. Comme pour la SACEM, cela ne prend pas en compte la qualité artistique et le plaisir trouvés personnellement dans chaque oeuvre. Cela relève plutôt d’une cotisation de solidarité supplémentaire, aussi aveugle que les autres, à laquelle on peut prétendre simplement en se déclarant « artiste ». Ça m’ennuierait vivement de donner la moindre pièce pour les trucs uniformes et calibrés du Top 50, ou pour des abstractions tellement poussées qu’on imagine réaliser facilement la même performance musicale et visuelle avec son robot-mixeur de cuisine lancé à pleine vitesse.

Quelles contreparties ai-je trouvées ?

Pour les musiciens je vais sur les sites perso des artistes et je commande des tee-shirts ou d’autres articles dérivés. Pas pour tous les disques écoutés, seulement ceux qui m’ont vraiment plu, mais j’en prends pour plusieurs fois la valeur du CD. Les autres… eh bien si je les avais achetés j’aurais pu les revendre, non ?

Pour les BD, je commande pareillement les séries que j’ai beaucoup appréciées et les envoie à mes neveux et nièces, ou les offre à la médiathèque du quartier. Quand même, pas terrible pour le bilan carbone, cette option.

C’est pour les films qu’il existe le moins de solution correcte. J’évite iTunes pour la musique car ils rémunèrent insuffisamment les artistes, mais peut-être ce service est-il le meilleur choix pour un film. L’avantage est qu’on peut acheter sans re-télécharger.

Comment, autrement, récompenser l’immense équipe qui l’a tourné ?

Néanmoins le modèle de marketing officiel n’est pas satisfaisant. Approuvez-vous, dans ce budget, l’énorme cachet que réclame certains acteurs pour être au générique ? Ne voudriez-vous pas parfois donner un bonus au directeur de la photographie, au cascadeur ou à la costumière ?

Si vous avez trouvé d’autres soluces éthiques, n’hésitez pas à les mettre en commentaire.

Microfictions, de Régis Jauffret

jauffret_microfictions 4/10
Le livre de Régis Jauffret serait globalement une jolie percée dans le poétique morbide. Seulement quel enterrement lui fait ce démarrage sur une histoire de tortures filmées… à chier, il n’y a pas d’autre façon de le dire, et qui patauge d’autant plus dans la merde que les auteurs s’auto-attribuent un satisfecit enthousiaste : « Nous avons filmé ces scènes de torture et de meurtre afin d’en dénoncer le caractère intolérable et la barbarie […] En bref,nous sommes fiers de cette série de reportages qui font honneur à notre profession ».
Le texte complet est ci-dessous. Tout est raconté comme si les caméras étaient seules dans la pièce, et aucun être dit « humain » pour les tenir.
S’aveugler d’un idéal (l’information des foules) pour ignorer un acte contre nature réalisé juste sous son nez rappelle la solution finale.
Elle s’apparente également à un exemple moins lourd mais fréquent : quand on inclue des cancéreux dans des études de chimiothérapies comparées en sachant que leur vie n’a guère de chances de s’allonger, et sa qualité a de fortes chances de se dégrader, au nom de la recherche médicale, profitable au plus grand nombre.
Stupéfiante est la manière dont certaines personnes intelligentes arrivent à s’auto-suggestionner. Aucune indication d’un débat quelconque sur la décision d’entreprendre ce reportage. Tout cela est balayé bien profond dans l’inconscient.
Encore un bon exemple de la banalité du mal. Continuer la lecture de Microfictions, de Régis Jauffret

Existe-t-il une définition de la morale ?

Que fait cet article ici ?, pouvez-vous penser. Il aurait été mieux à sa place sur le blog philo ou polyconscience, non ? Voyez-le en fait comme du matériel pour le dossier « décolonisation ». Comment en parler, en effet, sans savoir de quoi est faite cette morale, couleur de chacun de nos jugements ?

En contraste saisissant avec la connaissance spontanée que nous avons de la moralité d’un acte, il est rigoureusement impossible de définir simplement la morale. Pourquoi ?

Il s’agit d’une définition à plusieurs étages. Si l’on en oublie un, on parle alors d’une morale, mais pas de la morale. En effet, plus l’on arrive vers le sommet de notre définition à étages, qui est l’extrémité culturelle, plus l’on se trouve devant une morale différentiée. Lorsque l’on remonte vers ses racines au contraire, on aperçoit une morale commune à toute une ethnie, puis un continent culturel, puis à l’espèce, et même voit-on ses prolongements dans ce qui pourrait être une morale animale.

Morale à deux étages
Morale à deux étages
Oblitérer cette étendue conceptuelle de la morale conduit à des erreurs fréquentes. Par exemple la plupart des articles contemporains sur la morale assimilent la morale à la solidarité. C’est faux. A l’époque de la Grèce Antique ou de la chevalerie, les valeurs liées à l’individualité masculine, la sauvegarde de l’honneur, prenaient largement le pas sur la solidarité, même envers l’épouse et les rejetons. Hautement morale était la recherche de gloire personnelle. La solidarité apparaissait à l’état de résidu suintant de la puissance du protecteur.
Aujourd’hui, la morale occidentale semble encore fortement individualiste à un oriental. Ce que nous appelons un geste « moral » est pour lui un acte « normal ».

Quels sont donc ces étages qu’il nous faut considérer pour mieux cerner la morale ?
Le plus bas est le repère. Morale implique jugement. C’est une prise de pouvoir d’un concept sur un autre. Le vainqueur voit sa valeur grimper en flèche, jusqu’au statut de repère.
L’étage suivant est l’opposition individualité / solidarité. Ici nous pourrions définir la morale comme la mise en exergue du principe trop vampirisé par l’autre. L’éthique est le défenseur du faible. Néanmoins ce n’est pas obligatoirement la solidarité.

Mais d’abord, pourquoi celle-ci est-elle si privilégiée dans la morale d’Homo sapiens ?
Ce que nous voyons de nous est avant tout notre individualisme. Aucune difficulté à se reconnaître égoïste. Classiquement le souci de l’autre est une valeur spirituelle élevée, avec laquelle on ne naît pas. Il faut la conquérir de haute lutte. D’où l’attachement automatique de la solidarité au champ de la morale, espace des acquis supérieurs de l’humanité. Par contraste, l’individualisme semble bassement animal, poussant à ne remplir que son seul ventre.

En réalité c’est inexact. La solidarité est bien innée. Mais nous n’en avons pas conscience, et ce d’autant moins qu’elle parvient à se manifester seulement par l’intermédiaire de la récompense individuelle.
Comment ? Le véritable altruisme n’existerait pas ? Sans doute nos grands charitables ont-ils plus de mal à le percevoir, car leur identité en serait plus gravement menacée, mais le citoyen moyen devine assez facilement qu’il tire un bénéfice personnel de ses bonnes actions. Il compte même généralement dessus. Les altruistes « purs » sont une secte religieuse en voie de disparition. Damnation ! Peut-être le Paradis est-il complet et n’en laisse-t-on plus naître…

Que la solidarité soit instinctive elle aussi, mise en place par l’évolution, est en train d’effacer une grande partie de son lustre. Désormais, le citoyen contemporain, bien informé, cherche un équilibre entre ses pulsions. La solidarité, c’est génial, mais il est tout aussi moral que je m’occupe de moi. Il n’est plus acceptable que je délègue l’essentiel de mon pouvoir à un représentant politique ou le distribue à des plus miséreux que moi.

Ce n’est pas la première fois que la morale fait un retour vers l’individualisme. Dans les régimes communistes radicaux, où la solidarité était révérée comme un dogme, il était « moral » (on utilise le terme plus flatteur de « courageux ») de laisser son individualisme se rebeller contre le système qui prétendait assurer la même pitance à chacun.

Nous voici parvenus à l’étage historique et culturel de notre morale. Voyons qu’elle a complètement changé de visage. Devenue en fait identitaire et beaucoup moins universelle, elle mute en une force capable de dresser haineusement les populations les unes contre les autres.

Ainsi avons-nous passé les dernières décennies à déconstruire la morale, à détricoter les principes rigides de la génération précédente, à l’origine des guerres les plus meurtrières de l’Histoire. Au rang des principes moraux, nous avons eu l’anti-sémitisme, la virginité avant le mariage, la christianisation forcée des indigènes, la lobotomie des hystériques, etc…
Un tel mouvement déconstructeur explique que nos anciens n’y retrouvent plus « leurs » repères.

Nous sommes revenus à un étage plus généraliste de la morale. Nous aimons l’appeler ses « valeurs fondamentales ». Cependant nous sommes loins d’en approcher les fondements. Regardez les transhumanistes, qui tentent de l’étendre au règne animal. Combien de temps tiendra la « morale » d’élever des bêtes pour l’abattage ?

Tenons-nous enfin, à la suite de cette étrange descente dans les profondeurs de l’esprit, notre définition de la morale ? Il semble que de repère, elle soit passée au statut d’aiguille dans une botte de foin ! Pourtant nous la sentons bien, notre aiguille personnelle, fort roide (!) et prête à nous asticoter la conscience dès qu’un acte paraît litigieux.
Voici alors une définition alternative et scandaleuse de la morale : une mouvance personnelle plutôt qu’un repère fixe, une propriété individuelle plutôt qu’universelle, un jugement corrélé à notre degré de conscience.

Cela veut-il dire qu’on peut la choisir à sa guise ? Que l’on peut manipuler sa morale ?
Oui si vous vivez en ermite. Et encore le misanthrope ne garde-t-il pas sa morale étanche à toute influence ; il s’en découvre une pour son environnement. Les morales misérables sont toujours celles que l’on a empêché de grandir normalement.

Si vous espérez vivre en société, à l’évidence choisissez les gens de même saveur morale que vous. Sinon des barreaux vous en sépareront. Terminons ainsi sur un adage : quand vous jetez votre aiguille dans un tas de foin, ne vous élancez pas dedans avec n’importe qui…

La morale, un phénomène de groupe ?
La morale, un phénomène de groupe ?

On m’appelle l’Avalanche, de Francis Masse

On-mappelle-lavalanche 10/10 Acheter sur Amazon

« On m’appelle l’Avalanche » est la virée métaphysico-surréaliste d’un mélanésien urbain et philosophe, se baladant à demi nu avec un guidon de vélo dans le nez, à travers des cités fantômes aux architectures fantastiques. Des dialogues hilarants au décalé vertigineux. Un dessin baroque à la Druillet. Bref, peut-être le plus incroyable O.V.N.I. de la bande dessinée. Vraiment, à ne pas laisser tomber dans l’oubli !

Francis Masse est un artiste français né en 1948 à Gap, connu depuis les années 1970 d’abord par ses sculptures, puis par son travail dans l’animation et la bande dessinée. Son univers poétique est servi par un graphisme étonnant où les scènes sont créées au moyen de trames, ainsi que par un emploi subtil du relief, du cadre et des perspectives. Un auteur magicien.

Le punitif à ralentir

parent-cerbere La conjonction de deux de nos principes fondamentaux du fonctionnement de l’esprit, le positivisme (ou auto-illusionnement sur soi) et le mimétisme, fait comprendre sans difficulté que les punitions n’ont qu’une très faible vertu incitative, contrairement aux félicitations. L’enfant ne trouve aucune valorisation personnelle dans le fait d’éviter une punition même douloureuse. Tandis qu’il en existe un réservoir considérable dans le fait d’être distingué.

Si vous avez l’habitude de punir, il suffit juste de déplacer votre « gamme » de jugements envers l’enfant. Les punitions sont remplacées par de l’indifférence (et des travaux compensatoires présentés comme d’intérêt collectif et non plus punitif). Les grommellements approbateurs laisseront la place à d’authentiques cérémonies de récompense !

Vous pouvez également sélectionner ainsi les médias éducatifs, contes, films, histoires véridiques ; les scénarios où le mauvais comportement aboutit à une catastrophe ont moins d’influence qu’une bonne attitude récompensée. Néanmoins, cela se vérifie surtout pour les enfants déjà installés dans les mauvaises conduites ; pour les autres au contraire, la visualisation des drames enrichit leur éventail d’alternatives. Il est nécessaire, de surcroît, que la bonne attitude apparaisse suffisamment inventive et originale : un point particulièrement spécifique à chaque enfant. C’est tout un art de déterminer, pour chacun, l’histoire qui saura masquer son conformisme moral, et rester accessible à un mimétisme.

Finalement, ne reste pour les parents qu’un seul avantage au punitif : c’est de l’expéditif…

Cure thermale à Rotorua

Pour les rhumatisants calédoniens, la cure à l’établissement Queen Elizabeth de Rotorua est un classique. Le service néo-zélandais est irréprochable. Une traductrice est disponible. La CAFAT rembourse un forfait pour la cure, sur entente préalable. Voyage et hôtellerie sont à votre charge.
calloutLa consultation avec le rhumatologue sur place est onéreuse. Elle n’est pas indispensable, en particulier si vous avez déjà effectué une cure et savez comment composer votre « menu » parmi les physiothérapies proposées. Pour les premières fois, cette consultation est de bon conseil.

Téléchargez ici la dernière brochure d’information disponible, en français

Petites histoires sur la décolonisation (1)

Un représentant de la nation des Zèbres d’Afrique se présenta un jour à l’ONU avec un volumineux dossier.
Il exposa sa requête devant une importante commission. De longues palabres s’ensuivirent. A l’unanimité, l’organisme décida de satisfaire à la demande. A partir de ce jour, la nation des Zèbres d’Afrique fut considérée comme réellement décolonisée.
Quelle était la requête ?
Depuis le début de la colonisation, l’on considérait qu’un zèbre était blanc avec des rayures noires.
Ils seraient désormais noirs avec des rayures blanches…

2118 : La Calédonie toujours occupée…
2118 : La Calédonie toujours occupée…

Comment exercer la Justice dans les îles ?

Le problème majeur rencontré par une société îlienne est que sa taille l’empêche d’accéder à une indépendance suffisante de ses parties.

Le rôle fondamental de l’opposition individualité/solidarité vous est apparu à la lecture de « Stratium ». Elle existe à tous les niveaux d’organisation de la réalité. Nous allons l’utiliser à deux étages dans cet article. Le premier concerne le mécanisme de pensée, la fabrication des concepts ; nous traduirons ici l’opposition par les termes d’« indépendance » et « dépendance ». Le second étage est l’organisation sociale ; là nous utiliserons « individualisme » versus « solidarité ».

Je vous demande encore un petit effort intellectuel et nous allons entrer dans le vif du sujet. Les pôles Individualité et Solidarité communiquent ; l’individualité est placée au milieu du grand bain solidaire ; elle est en relation avec lui. Cependant la force de l’individualité vient de sa capacité à masquer ces relations, de manière à se croire indépendante. Une individualité très puissante parvient à se rendre complètement aveugle aux intérêts solidaires. Le contraire est possible : une solidarité omniprésente peut étouffer l’intérêt individuel. Dans les deux cas les effets sont catastrophiques ; l’un des deux pôles a réduit l’autre à néant ; le bénéfice constructeur du conflit est perdu. Chaque pôle doit conserver une indépendance relative… et donc tout aussi bien une dépendance relative.

Maintenant prenons la situation d’un juge. Son rôle est d’assurer l’échange entre le pôle Solidarité, matérialisé par un code de lois (dont on espère qu’il représente l’intérêt collectif), et le pôle Individualité, c’est-à-dire la situation spécifique des gens présents à son tribunal.

Regardez comment nous pouvons compliquer les choses ! Le juge fait respecter une valeur phare, la loi. Il cherche en quelque sorte à protéger l’« individualité » de ce repère solidaire. De l’autre côté il se sent solidaire, jusqu’à un certain point, avec l’intérêt individuel des prévenus.

Je vous ai perdu ? C’est bien pour cela que je vous ai embêté au début avec les deux étages du concept. Ici nous parlons de la manière de penser du juge. L’esprit de celui-ci peut se sentir dépendant de la Loi, et alors il l’appliquera probablement de façon tyrannique ; ou bien il peut se sentir dépendant de l’intérêt des prévenus, ce qui l’amène à une coupable mansuétude. Dans les deux cas, il ne fait pas correctement son travail, parce que son esprit ne garde pas suffisamment d’indépendance.

Notez ce corollaire étonnant : un juge sévère, appliquant la loi à la lettre, ne fait aucunement preuve, comme on l’imagine généralement, d’indépendance. Il n’est qu’une copie caricaturale de l’idéal solidaire, telle qu’il est écrit dans le code des lois. Cette dépendance l’empêche de voir qu’éventuellement la règle n’est pas totalement juste dans le cas précis des personnes jugées.

Pour éviter cet écueil, les lois les mieux conçues facilitent les ajustements, en précisant leur « esprit » autant que leur lettre.

Le magistrat obtus a son pendant : le juge plus coulant qu’un camembert arrivé de métropole dans un frigo en panne. C’est malheureusement une espèce fréquente dans les clientélistes sociétés îliennes. Le juge connaît trop bien les prévenus et se laisse aller à une dépendance excessive envers leurs attentes, qui anéantit la position-repère de la loi.
Là encore, notez l’erreur fort courante : le juge estime être « solidaire » avec ses amis, alors qu’en réalité il fait valoir l’intérêt individuel de ceux-ci contre l’intérêt collectif, base de la véritable solidarité.

D’où vient cette confusion ?

Le clientélisme n’est pas inscrit dans le patrimoine génétique des îliens. Ses effets dépendent de la taille des groupes en relation sociale. Il a une utilité indéniable pour les petits (personne ne s’en offusque au sein d’une famille), est d’autant plus pervers que le groupe s’agrandit.

L’individualité existe chez tout être humain. Quant à la solidarité, elle est représentée presqu’idéalement chez les membres d’une tribu, parce que l’esprit humain est naturellement conçu pour l’étendre jusqu’à une grosse centaine de personnes, soit la taille d’un tel groupe.
Au-delà il devient difficile que les incitations solidaires s’opposent efficacement à la pulsion individualiste. Impossible, pour l’habitant d’une grande cité, de se préoccuper à l’identique de tous ses concitoyens. Il se sent davantage concerné par la vie des gens de son immeuble. Plus souvent le groupe auquel il appartient est dispersé géographiquement et rassemblé par des critères ethno-culturels. Il fait la même taille qu’une tribu.

Il est possible de se préoccuper de l’intérêt général, bien sûr, grâce à l’idéal que nous concevons pour la société. Ne nous leurrons pas cependant ; l’idéal est une marque d’identification personnelle ; il valorise l’individu à travers le projet collectif, mais n’apporte pas forcément de valeur ajoutée aux autres individualités. Il est essentiellement bénéfique au porteur de l’idéal, et à ceux, pas trop nombreux, qui vont y trouver également un mimétisme identitaire. Dès que l’idéal devient la propriété de tous, il perd complètement sa force. Si la pulsion identitaire est toujours vive, il faut lui trouver un autre projet.

Paradoxalement, les grands idéalistes ont été souvent très attachés à leur famille, comme s’ils réalisaient inconsciemment qu’un tel amour était impossible à distribuer à la masse et qu’ils le rétrécissaient encore plus à quelques uns.

Pour la majeure partie des gens, la solidarité ne peut s’étendre largement. C’est la fonction de l’ostracisme, qui protège un cercle restreint. En conséquence, la solidarité devient mal représentée à l’échelle de la population globale du secteur.
La société a trouvé un moyen fort efficace de résoudre le problème : la stratification, avec la création de représentants. Ceux-ci sont chargés de gérer les relations entre différents intérêts, qu’ils soient culturels, économiques, financiers, corporatistes, coutumiers, tout en faisant respecter les idéaux élus par la collectivité (quand elle est démocratique).
Les représentants se scindent en deux catégories : décideurs, et assistants chargés d’appliquer les décisions. Ils comprennent les politiciens, les juges, ainsi que l’appareillage administratif qui les entoure, assesseurs, policiers… Il s’agit des catégories professionnelles où l’autarcie est la plus nécessaire. Comment faire respecter des règlements auprès de personnes avec lesquelles on est étroitement solidaire, parce que participant de la famille plus ou moins proche ? Impossible.

Pourtant il importe de faire valoir ces règlements, puisque, nous l’avons vu, la solidarité spontanée des citoyens se dilue dramatiquement vite dès que la population locale dépasse les deux cent personnes. Les personnes non reliées par des liens familiaux ne trouveront plus aisément d’accord en cas de différent. A cette échelle, il faut qu’une règle s’impose à elles.

L’indépendance des repères propres à assurer la cohésion sociale est donc essentielle dès qu’une ville comporte quelques milliers d’habitants, mais il est difficile d’y trouver des fonctionnaires imbibés de l’idéal tant qu’elle n’atteint pas plusieurs dizaines de milliers d’habitants, ou davantage en cas de grande hétérogénéité ethno-culturelle. Il faut qu’existe au sein de chaque ethnie une concurrence suffisante pour ces postes, propres à motiver les candidats à respecter l’éthique de leur profession.
Car si la solidarité est innée jusqu’à un entourage d’environ deux cent personnes, l’idéal d’une collectivité plus grande, lui, s’apprend.

En résumé, la solidarité restreinte que l’on appelle clientélisme est efficace pour la famille et de petits groupes, mais devient pénalisante pour un représentant de la collectivité, contraint de s’adjoindre une éthique différente. Celui qui n’y parvient pas est trop fusionnel. Il ne réussit pas à scinder métier et amitié, la plupart du temps tout simplement parce qu’il ne sait pas correctement l’expliquer, aux autres et donc à lui-même. La solidarité avec les proches s’éprouve. Facile. La solidarité collective s’enseigne. Plus dur. Il existe pourtant une question tellement simple à poser : « Qu’est-ce que tu ferais à ma place ? » (elle oblige bien sûr l’autre à inclure la place du métier).

Nouméa n’est pas une cité de taille suffisante pour un fonctionnement optimal de la Justice, en raison de son hétérogénéité et de son héritage clientéliste. La présence des fonctionnaires métropolitains est une véritable aubaine pour le territoire, pas seulement parce qu’ils sont payés par une nation éloignée. Où trouver des professionnels à l’éthique aussi imperméable ? Pas sur place. Pénalisent-ils l’emploi local ? Ce n’est pas le secteur de la production, mais des frais de fonctionnement. Ne coûtant rien, c’est autant de moyens redirigés ailleurs.

Ne représentent-ils pas une justice « blanche » plutôt que pluri-ethnique ?
Ils appliquent en pratique les règles souhaitées par le gouvernement calédonien. Les grandes valeurs qui les fondent sont transculturelles et communes à toutes les communautés d’importance. La rigidité avec laquelle on les applique est un curseur facilement positionné, actuellement, par la volonté politique.
Notons qu’au sein des mélanésiens, il n’existe déjà plus d’unité pour se soumettre exclusivement au jugement de la coutume. Un grand pas sera franchi quand reviendront de métropole des juges mélanésiens, comme existent déjà des médecins mélanésiens.

L’autonomie de ces représentants est tellement nécessaire à une population de petite taille comme la nôtre, qu’il vaudrait mieux les payer nous-mêmes plutôt que les remplacer par des fonctionnaires locaux. Nous avons tellement pris l’habitude de les voir imposés sans que personne n’ait rien demandé, qu’ils semblent presque des envahisseurs. Pourtant, lorsque nous souhaitons un avis spécialisé et indépendant, une expertise, une cour des comptes, ne nous semble-t-il pas évident qu’il faille recruter à l’extérieur ?

C’est le prix à payer pour éviter de retomber dans le marasme îlien clientéliste, ne pas être une société qui entretient l’illusion de maîtriser son propre destin et est en réalité terriblement vulnérable aux influences étrangères, à l’argent, aux catastrophes écologiques, à n’importe quel nouveau colonisateur qui chercherait à s’emparer d’elle.

En vérité l’opposition inter-ethnique, maîtrisée et canalisée, est le moteur qui sauvera la Calédonie à la fois du tribalisme, un mode de gestion qui a eu ses beaux jours mais devient improductif parce que la population a grandi, et de l’intégrisme occidental, ce post-colonialisme terriblement uniformisant, attelé à transformer la population planétaire en conducteurs de caddies…

Quand-la-greffe-va-au-tribunal

Décolonisation veut simplement dire « plus de colons »… En êtes-vous un ?

Tant d’articles mal informés ont été publiés dans la presse métropolitaire que cela fait terriblement plaisir de lire cette page fort juste dans Le Monde. Il faut bien aller interviewer les kanaks pour entendre la vérité, tandis que les blancs sont souvent excessifs, qu’ils soient « pro-kanakie » (et souvent plus « black under the skin » que les blacks) ou « anti-kanakie » (et aveugles aux évolutions du pays).

Bien sûr l’article fera peur à beaucoup, pour deux raisons : il y a « décolonisation » dans le titre (outaipapa outai?), et puis le jusqu’au-boutisme des jeunes de Canala est décrit d’une manière assez effrayante. « Dans la tête de certains jeunes, à l’issue de 2014-2018, période clé des référendums d’autodétermination, c’est soit l’indépendance, soit faut qu’il y ait les fusils ».

A vrai dire, quelle meilleure façon d’exister pour un jeune coincé à Canala que « rendre justice aux kanaks », quand à cet âge nous rêvons tous de laisser notre empreinte sur le monde ? Qu’est-ce qui serait le plus désespérant ? Que le rêve de ces jeunes soit de cultiver traditionnellement un champ, comme la plupart des îliens membres d’une culture enclavée, ou chercher à intégrer la société contemporaine ? Car n’en doutons point : ces jeunes sont devenus de bons petits occidentaux de tempérament, agressifs, revendicateurs, pleins d’illusions précaires. La coutume a protégé leurs parents de la colonisation des esprits. Eux l’ont subie de plein fouet. Les Evènements ont envoyé le puissant signal suivant : « Maintenant je peux prétendre à la même chose que le blanc ».

Malheureusement beaucoup de jeunes n’en ont pas les moyens. Pas facile de naître à Canala et de réussir des études supérieures. Le handicap est flagrant. Pourquoi les parents s’engageraient-ils dans l’éducation militaire nécessaire, et transformer ainsi leur progéniture en de parfaits étrangers ?
Certains ont eu cette abnégation ; mais l’on ne peut pas en vouloir à ceux qui se sont sentis dépassés. L’élite des jeunes kanaks partie étudier en métropole est une sorte de vaisseau colonisateur pour une planète extra-terrestre. On sait qu’ils reviendront à jamais transformés.

Pour ceux restés en arrière, alléchés par les produits du consumérisme blanc, ne reste qu’un discours facile : on a volé la terre (et par effet buvard la voiture, l’ordinateur, le téléphone, les vêtements même…), donc je vole en retour.

L’argumentation est piteuse. Nous allons en voir une meilleure juste après. Elle est piteuse parce que la dette coloniale ne concerne aucun calédonien vivant. C’est une affaire entre nos aïeux, à tous. Cela n’efface rien ? Mais alors où arrêter le procès de la brutalité coloniale ? Deux civilisations ont précédé les kanaks en Nouvelle-Calédonie. Ils ont disparu. Métissage ? Peu probable, car leurs arts ont disparu avec eux. Certainement ont-ils été chassés ou exterminés. L’histoire n’est pas tendre. Elle adoube finalement les envahisseurs les plus violents : si aucun premier habitant ne survit, la dette coloniale disparaît avec eux. Que les colons anglais aient généreusement massacré les aborigènes australiens a évité tout contentieux propriétaire à leurs descendants actuels. Un « Grand Pardon » national et c’est réglé…
Finalement, vouloir réclamer les intérêts de la dette quelques générations plus tard, c’est dire en quelque sorte : « Vous êtes bien bêtes d’avoir laissé en vie nos aïeux ». Bon, sans doute… mais n’est-ce pas préférable de se mélanger à la culture de ceux-là plutôt qu’à celle des utilitaristes-massacreurs ?

Un bien meilleur discours, pour les jeunes de Canala, serait : « Nos parents ont été exploités dans les mines, les chantiers, dans tous les métiers sous-payés ». Il est indéniable que la richesse n’a pas été correctement partagée sur le territoire, et cette fois cela concerne les calédoniens vivants, tradition clientéliste oblige. L’héritage est une chose importante pour conserver la structure familiale, nous en avons parlé dans le précédent article, mais cela ne veut pas dire qu’il soit normal d’être assis sur un tas d’or sans jamais avoir fourni le moindre effort pour l’obtenir.

Oui, je fais bien allusion aux grandes propriétés terriennes. La moralité de ces héritages mirobolants est douteuse, pour la raison suivante : la distribution des terres date de l’époque où il fallait promettre monts et merveilles aux colons pour qu’ils viennent s’installer au bout du monde. Donc cette richesse provient-elle initialement d’un désir d’être calédonien ? Pas du tout. Au contraire, l’ancêtre du caldoche n’est resté que parce qu’on l’a soudoyé avec la terre.
Cela ne vous rappelle-t-il rien de plus contemporain ? Ces fonctionnaires que l’on paye presqu’au double de la métropole pour les inciter à venir ? Oui, ces pratiques ne sélectionnent certainement pas des gens qui travaillent ici parce qu’ils sont tombés amoureux du pays. Il en existe néanmoins, parmi eux : ceux-là reviennent, et sans l’appât du sur-salaire cette fois.

Pas d'âge pour le catastrophisme
Pas d’âge pour le catastrophisme
Beaucoup de chemin reste à faire pour le Vivre Ensemble. Il progresse heureusement plus vite dans les têtes que par le nombre de mariages mixtes. Il faut aller dans les coins les plus isolés de Calédonie pour entendre un discours « ultra », tandis que la langue de bois disparaît de la bouche des politiciens kanaks et des lycéens nouméens. Les blancs peuvent encore à juste titre s’inquiéter ; la préférence locale pour l’emploi risque d’être, un temps, une préférence ethnique, jusqu’au moment où les compétences vont s’équilibrer. Le discours « ultra » des blancs, lui, n’a plus de meilleure raison d’être que celui des jeunes kanaks. Quand ces derniers ont besoin de se poser la question « Comment vais-je m’intégrer dans cette société concurrentielle ? », les blancs radicaux doivent faire leur propre confession : « Suis-je encore un colon ou non ? »

Quelle peut être une politique de solidarité ?

Commençons par préciser en quoi consiste le pôle opposé à la solidarité, c’est-à-dire l’identité individuelle :

L’identité est moins ce à quoi l’on s’identifie que l’aptitude à fusionner le reste avec le coeur de l’identification, particulièrement ce qui entre en conflit avec lui. Ainsi une identité falote se définit par une difficulté à amalgamer des pulsions contradictoires, parce que l’on attribue à chacune la même importance. C’est une situation très différente de l’identité forte mais conflictuelle parce qu’elle n’arrive pas à concilier les pulsions contradictoires ; dans ce cas précis il en existe une clairement élue comme principale.

L’identité forte est bien un aveuglement plus ou moins prononcé aux intérêts secondaires, une célébration de l’intérêt principal, une individualisation de celui-ci. Elle est le contraire de l’identité faible qui est une solidarité puissante entre les intérêts divergents, interdisant de choisir.
L’identité forte est une défense de l’intérêt principal. L’identité faible est une osmose entre des intérêts contradictoires. Chaque version extrême pose des problèmes en société, la première est tyrannique pour les autres, la seconde transforme en poids mort.

L’auto-organisation du réel nécessite des structures dotées d’indépendance relative. L’évolution a donc créé les individus. Cependant il fallait garder le terme « relativité » en eux. La pulsion solidaire fut donc inscrite en termes d’avantage individuel. L’unité tire un bénéfice partiel de la réussite d’autres unités. Le succès du groupe lui apporte une récompense personnelle. Mais celle-ci est proportionnelle à la taille du groupe. C’est pour cela que l’intérêt général de l’humanité a peu de sens pour l’individu quand il se compte en milliards d’exemplaires, malgré les tentatives de l’idéalisme pour graver de telles convictions. La taille du groupe apportant une récompense significative ne dépasse pas deux cent personnes. Une personne occupée à une tâche humanitaire tire davantage de satisfaction de s’occuper d’un village que de la gestion de l’aide à une nation entière.

Individualiste ou solidaire ? Qu'au moins chacun puisse s'habiller décemment  :-))
Individualiste ou solidaire ?
Qu’au moins chacun puisse s’habiller décemment :-))
Cette analyse trouve son importance dans la façon de concevoir la solidarité sociale. L’étatiser est une lourde erreur. Elle déconnecte les aidants des aidés, empêchant la moindre tractation en retour. Elle crée des nantis fâchés et des assistés hébétés.

La moralité du don anonyme est douteuse. Elle est censée respecter la fierté de l’aidé, préserver l’illusion qu’il peut s’en sortir seul, compenser les inégalités d’une société injuste dans l’arbitraire des critères qu’elle utilise pour valoriser les individus.

La société est injuste, certes… comme la Nature qui nous fait jaillir inégaux d’une loterie génétique. Etonnamment, la justification naturelle est solidaire. C’est la diversité issue de ces inégalités qui profite à l’espèce dans son ensemble, alors qu’elle pénalise certains individus, déclarés par les circonstances plus médiocres que d’autres.
C’est-à-dire que si la société professait l’égalitarisme, soit des situations sociales semblables pour tous ses membres, il ne s’agirait pas de solidarité mais de satisfaire les intérêts individuels de ses membres les moins performants. Le bénéfice solidaire, en effet, s’apprécie à l’échelle du groupe et non pas d’une partie des individus, qu’il s’agisse des favorisés ou des défavorisés. Continuer la lecture de Quelle peut être une politique de solidarité ?