Pourquoi la France va-t-elle mal ?

L’aveuglement est une protection.

Une nation est protégée par l’idée qu’elle peut tout entreprendre.

La France est en train de perdre cette certitude, héritage de la Révolution,

parce que son âme s’est faite refiler une névrose,

une chaude-pisse sociétale,

cachée dans le triptyque Liberté-Égalité-Fraternité.

L’Égalité s’est joliment maquillée pour s’associer aux merveilleuses Liberté et Fraternité,

mais a introduit sa vilaine jumelle, l’Assistance.

Cette France syphilitique en est au stade des symptômes neurologiques.

Elle bascule lentement dans la crise psychotique.

Seule issue : refondre la Trinité républicaine.

La remplacer par : Liberté-Diversité-Fraternité.

Qui doit créer la société du vivre ensemble ?

« Être civilisé » ne veut rien dire, car cette expression en contient deux autres, parfaitement contradictoires : « être tolérant » et « apporter la civilisation ». Vous accepterez d’ailleurs probablement l’un ou l’autre sens, mais rarement les deux. Pourquoi contradictoires ? « Apporter » la civilisation implique que les repères de l’autre ne sont pas les bons ; c’est, obligatoirement, une intolérance, quelque soit la justesse des arguments.

La seule formule ayant un sens est « représenter une forme donnée de civilisation ». Ce qui élargit considérablement la définition : tous les membres d’une culture quelconque, qui en respectent la conscience sociale, sont « civilisés ». Les vantardises de l’une ou l’autre culture en vue de les hiérarchiser ne sont pas ici notre propos.

Ce qui nous intéresse est que « ne pas être civilisé » garde un sens aigu.

Il s’agit des individus n’appartenant à aucune culture, qui construisent leurs propres règles, en empruntant bien sûr aux sociétés qu’ils connaissent, néanmoins sans avoir eu la moindre expérience historique de ce nouveau jeu de règles, sans vouloir avouer de filiation avec les autres groupes sociaux, sans tissu social l’unissant à eux.

Une partie de la jeune génération kanak, aussi bien que blanche, est dans cette situation. Jeunesse urbaine et tribale, car la brousse n’est pas étanche à l’influence de Nouméa. Ces jeunes sont moins civilisés que leurs parents. Ils flottent entre deux cultures, sans avoir encore créé les fondations d’une nouvelle. C’est la raison de leur agressivité. Difficile d’exister. Impossible de s’adosser à des repères éprouvés, qu’il s’agisse de l’individualisme occidental ou du collectivisme mélanésien. Ceux-ci sont contradictoires. Il faut renoncer à un héritage, ou aux promesses du productivisme personnel. Comment trancher ?

jumeaux-anne-geddesLorsqu’un conflit est insoluble, la défense passe par des comportements névrotiques. L’identité personnelle n’est pas unifiée. L’on s’enfuit dans une société alternative, souterraine, elle-même névrotique.

Qui doit créer la société du vivre ensemble ? Les adultes déjà réalisés, qui ont juste besoin de ravaler un peu de fierté, ou les jeunes grandissant dans un environnement aliénant créé par les désaccords des parents ?

Les jeunes seront les décideurs de demain. Cependant si on les laisse gérer la patate chaude, il faudra une génération supplémentaire pour assainir toutes les perversions que leur individualisme déçu aura créées.

Comment exercer la Justice dans les îles ?

Le problème majeur rencontré par une société îlienne est que sa taille l’empêche d’accéder à une indépendance suffisante de ses parties.

Le rôle fondamental de l’opposition individualité/solidarité vous est apparu à la lecture de « Stratium ». Elle existe à tous les niveaux d’organisation de la réalité. Nous allons l’utiliser à deux étages dans cet article. Le premier concerne le mécanisme de pensée, la fabrication des concepts ; nous traduirons ici l’opposition par les termes d’« indépendance » et « dépendance ». Le second étage est l’organisation sociale ; là nous utiliserons « individualisme » versus « solidarité ».

Je vous demande encore un petit effort intellectuel et nous allons entrer dans le vif du sujet. Les pôles Individualité et Solidarité communiquent ; l’individualité est placée au milieu du grand bain solidaire ; elle est en relation avec lui. Cependant la force de l’individualité vient de sa capacité à masquer ces relations, de manière à se croire indépendante. Une individualité très puissante parvient à se rendre complètement aveugle aux intérêts solidaires. Le contraire est possible : une solidarité omniprésente peut étouffer l’intérêt individuel. Dans les deux cas les effets sont catastrophiques ; l’un des deux pôles a réduit l’autre à néant ; le bénéfice constructeur du conflit est perdu. Chaque pôle doit conserver une indépendance relative… et donc tout aussi bien une dépendance relative.

Maintenant prenons la situation d’un juge. Son rôle est d’assurer l’échange entre le pôle Solidarité, matérialisé par un code de lois (dont on espère qu’il représente l’intérêt collectif), et le pôle Individualité, c’est-à-dire la situation spécifique des gens présents à son tribunal.

Regardez comment nous pouvons compliquer les choses ! Le juge fait respecter une valeur phare, la loi. Il cherche en quelque sorte à protéger l’« individualité » de ce repère solidaire. De l’autre côté il se sent solidaire, jusqu’à un certain point, avec l’intérêt individuel des prévenus.

Je vous ai perdu ? C’est bien pour cela que je vous ai embêté au début avec les deux étages du concept. Ici nous parlons de la manière de penser du juge. L’esprit de celui-ci peut se sentir dépendant de la Loi, et alors il l’appliquera probablement de façon tyrannique ; ou bien il peut se sentir dépendant de l’intérêt des prévenus, ce qui l’amène à une coupable mansuétude. Dans les deux cas, il ne fait pas correctement son travail, parce que son esprit ne garde pas suffisamment d’indépendance.

Notez ce corollaire étonnant : un juge sévère, appliquant la loi à la lettre, ne fait aucunement preuve, comme on l’imagine généralement, d’indépendance. Il n’est qu’une copie caricaturale de l’idéal solidaire, telle qu’il est écrit dans le code des lois. Cette dépendance l’empêche de voir qu’éventuellement la règle n’est pas totalement juste dans le cas précis des personnes jugées.

Pour éviter cet écueil, les lois les mieux conçues facilitent les ajustements, en précisant leur « esprit » autant que leur lettre.

Le magistrat obtus a son pendant : le juge plus coulant qu’un camembert arrivé de métropole dans un frigo en panne. C’est malheureusement une espèce fréquente dans les clientélistes sociétés îliennes. Le juge connaît trop bien les prévenus et se laisse aller à une dépendance excessive envers leurs attentes, qui anéantit la position-repère de la loi.
Là encore, notez l’erreur fort courante : le juge estime être « solidaire » avec ses amis, alors qu’en réalité il fait valoir l’intérêt individuel de ceux-ci contre l’intérêt collectif, base de la véritable solidarité.

D’où vient cette confusion ?

Le clientélisme n’est pas inscrit dans le patrimoine génétique des îliens. Ses effets dépendent de la taille des groupes en relation sociale. Il a une utilité indéniable pour les petits (personne ne s’en offusque au sein d’une famille), est d’autant plus pervers que le groupe s’agrandit.

L’individualité existe chez tout être humain. Quant à la solidarité, elle est représentée presqu’idéalement chez les membres d’une tribu, parce que l’esprit humain est naturellement conçu pour l’étendre jusqu’à une grosse centaine de personnes, soit la taille d’un tel groupe.
Au-delà il devient difficile que les incitations solidaires s’opposent efficacement à la pulsion individualiste. Impossible, pour l’habitant d’une grande cité, de se préoccuper à l’identique de tous ses concitoyens. Il se sent davantage concerné par la vie des gens de son immeuble. Plus souvent le groupe auquel il appartient est dispersé géographiquement et rassemblé par des critères ethno-culturels. Il fait la même taille qu’une tribu.

Il est possible de se préoccuper de l’intérêt général, bien sûr, grâce à l’idéal que nous concevons pour la société. Ne nous leurrons pas cependant ; l’idéal est une marque d’identification personnelle ; il valorise l’individu à travers le projet collectif, mais n’apporte pas forcément de valeur ajoutée aux autres individualités. Il est essentiellement bénéfique au porteur de l’idéal, et à ceux, pas trop nombreux, qui vont y trouver également un mimétisme identitaire. Dès que l’idéal devient la propriété de tous, il perd complètement sa force. Si la pulsion identitaire est toujours vive, il faut lui trouver un autre projet.

Paradoxalement, les grands idéalistes ont été souvent très attachés à leur famille, comme s’ils réalisaient inconsciemment qu’un tel amour était impossible à distribuer à la masse et qu’ils le rétrécissaient encore plus à quelques uns.

Pour la majeure partie des gens, la solidarité ne peut s’étendre largement. C’est la fonction de l’ostracisme, qui protège un cercle restreint. En conséquence, la solidarité devient mal représentée à l’échelle de la population globale du secteur.
La société a trouvé un moyen fort efficace de résoudre le problème : la stratification, avec la création de représentants. Ceux-ci sont chargés de gérer les relations entre différents intérêts, qu’ils soient culturels, économiques, financiers, corporatistes, coutumiers, tout en faisant respecter les idéaux élus par la collectivité (quand elle est démocratique).
Les représentants se scindent en deux catégories : décideurs, et assistants chargés d’appliquer les décisions. Ils comprennent les politiciens, les juges, ainsi que l’appareillage administratif qui les entoure, assesseurs, policiers… Il s’agit des catégories professionnelles où l’autarcie est la plus nécessaire. Comment faire respecter des règlements auprès de personnes avec lesquelles on est étroitement solidaire, parce que participant de la famille plus ou moins proche ? Impossible.

Pourtant il importe de faire valoir ces règlements, puisque, nous l’avons vu, la solidarité spontanée des citoyens se dilue dramatiquement vite dès que la population locale dépasse les deux cent personnes. Les personnes non reliées par des liens familiaux ne trouveront plus aisément d’accord en cas de différent. A cette échelle, il faut qu’une règle s’impose à elles.

L’indépendance des repères propres à assurer la cohésion sociale est donc essentielle dès qu’une ville comporte quelques milliers d’habitants, mais il est difficile d’y trouver des fonctionnaires imbibés de l’idéal tant qu’elle n’atteint pas plusieurs dizaines de milliers d’habitants, ou davantage en cas de grande hétérogénéité ethno-culturelle. Il faut qu’existe au sein de chaque ethnie une concurrence suffisante pour ces postes, propres à motiver les candidats à respecter l’éthique de leur profession.
Car si la solidarité est innée jusqu’à un entourage d’environ deux cent personnes, l’idéal d’une collectivité plus grande, lui, s’apprend.

En résumé, la solidarité restreinte que l’on appelle clientélisme est efficace pour la famille et de petits groupes, mais devient pénalisante pour un représentant de la collectivité, contraint de s’adjoindre une éthique différente. Celui qui n’y parvient pas est trop fusionnel. Il ne réussit pas à scinder métier et amitié, la plupart du temps tout simplement parce qu’il ne sait pas correctement l’expliquer, aux autres et donc à lui-même. La solidarité avec les proches s’éprouve. Facile. La solidarité collective s’enseigne. Plus dur. Il existe pourtant une question tellement simple à poser : « Qu’est-ce que tu ferais à ma place ? » (elle oblige bien sûr l’autre à inclure la place du métier).

Nouméa n’est pas une cité de taille suffisante pour un fonctionnement optimal de la Justice, en raison de son hétérogénéité et de son héritage clientéliste. La présence des fonctionnaires métropolitains est une véritable aubaine pour le territoire, pas seulement parce qu’ils sont payés par une nation éloignée. Où trouver des professionnels à l’éthique aussi imperméable ? Pas sur place. Pénalisent-ils l’emploi local ? Ce n’est pas le secteur de la production, mais des frais de fonctionnement. Ne coûtant rien, c’est autant de moyens redirigés ailleurs.

Ne représentent-ils pas une justice « blanche » plutôt que pluri-ethnique ?
Ils appliquent en pratique les règles souhaitées par le gouvernement calédonien. Les grandes valeurs qui les fondent sont transculturelles et communes à toutes les communautés d’importance. La rigidité avec laquelle on les applique est un curseur facilement positionné, actuellement, par la volonté politique.
Notons qu’au sein des mélanésiens, il n’existe déjà plus d’unité pour se soumettre exclusivement au jugement de la coutume. Un grand pas sera franchi quand reviendront de métropole des juges mélanésiens, comme existent déjà des médecins mélanésiens.

L’autonomie de ces représentants est tellement nécessaire à une population de petite taille comme la nôtre, qu’il vaudrait mieux les payer nous-mêmes plutôt que les remplacer par des fonctionnaires locaux. Nous avons tellement pris l’habitude de les voir imposés sans que personne n’ait rien demandé, qu’ils semblent presque des envahisseurs. Pourtant, lorsque nous souhaitons un avis spécialisé et indépendant, une expertise, une cour des comptes, ne nous semble-t-il pas évident qu’il faille recruter à l’extérieur ?

C’est le prix à payer pour éviter de retomber dans le marasme îlien clientéliste, ne pas être une société qui entretient l’illusion de maîtriser son propre destin et est en réalité terriblement vulnérable aux influences étrangères, à l’argent, aux catastrophes écologiques, à n’importe quel nouveau colonisateur qui chercherait à s’emparer d’elle.

En vérité l’opposition inter-ethnique, maîtrisée et canalisée, est le moteur qui sauvera la Calédonie à la fois du tribalisme, un mode de gestion qui a eu ses beaux jours mais devient improductif parce que la population a grandi, et de l’intégrisme occidental, ce post-colonialisme terriblement uniformisant, attelé à transformer la population planétaire en conducteurs de caddies…

Quand-la-greffe-va-au-tribunal

Décolonisation veut simplement dire « plus de colons »… En êtes-vous un ?

Tant d’articles mal informés ont été publiés dans la presse métropolitaire que cela fait terriblement plaisir de lire cette page fort juste dans Le Monde. Il faut bien aller interviewer les kanaks pour entendre la vérité, tandis que les blancs sont souvent excessifs, qu’ils soient « pro-kanakie » (et souvent plus « black under the skin » que les blacks) ou « anti-kanakie » (et aveugles aux évolutions du pays).

Bien sûr l’article fera peur à beaucoup, pour deux raisons : il y a « décolonisation » dans le titre (outaipapa outai?), et puis le jusqu’au-boutisme des jeunes de Canala est décrit d’une manière assez effrayante. « Dans la tête de certains jeunes, à l’issue de 2014-2018, période clé des référendums d’autodétermination, c’est soit l’indépendance, soit faut qu’il y ait les fusils ».

A vrai dire, quelle meilleure façon d’exister pour un jeune coincé à Canala que « rendre justice aux kanaks », quand à cet âge nous rêvons tous de laisser notre empreinte sur le monde ? Qu’est-ce qui serait le plus désespérant ? Que le rêve de ces jeunes soit de cultiver traditionnellement un champ, comme la plupart des îliens membres d’une culture enclavée, ou chercher à intégrer la société contemporaine ? Car n’en doutons point : ces jeunes sont devenus de bons petits occidentaux de tempérament, agressifs, revendicateurs, pleins d’illusions précaires. La coutume a protégé leurs parents de la colonisation des esprits. Eux l’ont subie de plein fouet. Les Evènements ont envoyé le puissant signal suivant : « Maintenant je peux prétendre à la même chose que le blanc ».

Malheureusement beaucoup de jeunes n’en ont pas les moyens. Pas facile de naître à Canala et de réussir des études supérieures. Le handicap est flagrant. Pourquoi les parents s’engageraient-ils dans l’éducation militaire nécessaire, et transformer ainsi leur progéniture en de parfaits étrangers ?
Certains ont eu cette abnégation ; mais l’on ne peut pas en vouloir à ceux qui se sont sentis dépassés. L’élite des jeunes kanaks partie étudier en métropole est une sorte de vaisseau colonisateur pour une planète extra-terrestre. On sait qu’ils reviendront à jamais transformés.

Pour ceux restés en arrière, alléchés par les produits du consumérisme blanc, ne reste qu’un discours facile : on a volé la terre (et par effet buvard la voiture, l’ordinateur, le téléphone, les vêtements même…), donc je vole en retour.

L’argumentation est piteuse. Nous allons en voir une meilleure juste après. Elle est piteuse parce que la dette coloniale ne concerne aucun calédonien vivant. C’est une affaire entre nos aïeux, à tous. Cela n’efface rien ? Mais alors où arrêter le procès de la brutalité coloniale ? Deux civilisations ont précédé les kanaks en Nouvelle-Calédonie. Ils ont disparu. Métissage ? Peu probable, car leurs arts ont disparu avec eux. Certainement ont-ils été chassés ou exterminés. L’histoire n’est pas tendre. Elle adoube finalement les envahisseurs les plus violents : si aucun premier habitant ne survit, la dette coloniale disparaît avec eux. Que les colons anglais aient généreusement massacré les aborigènes australiens a évité tout contentieux propriétaire à leurs descendants actuels. Un « Grand Pardon » national et c’est réglé…
Finalement, vouloir réclamer les intérêts de la dette quelques générations plus tard, c’est dire en quelque sorte : « Vous êtes bien bêtes d’avoir laissé en vie nos aïeux ». Bon, sans doute… mais n’est-ce pas préférable de se mélanger à la culture de ceux-là plutôt qu’à celle des utilitaristes-massacreurs ?

Un bien meilleur discours, pour les jeunes de Canala, serait : « Nos parents ont été exploités dans les mines, les chantiers, dans tous les métiers sous-payés ». Il est indéniable que la richesse n’a pas été correctement partagée sur le territoire, et cette fois cela concerne les calédoniens vivants, tradition clientéliste oblige. L’héritage est une chose importante pour conserver la structure familiale, nous en avons parlé dans le précédent article, mais cela ne veut pas dire qu’il soit normal d’être assis sur un tas d’or sans jamais avoir fourni le moindre effort pour l’obtenir.

Oui, je fais bien allusion aux grandes propriétés terriennes. La moralité de ces héritages mirobolants est douteuse, pour la raison suivante : la distribution des terres date de l’époque où il fallait promettre monts et merveilles aux colons pour qu’ils viennent s’installer au bout du monde. Donc cette richesse provient-elle initialement d’un désir d’être calédonien ? Pas du tout. Au contraire, l’ancêtre du caldoche n’est resté que parce qu’on l’a soudoyé avec la terre.
Cela ne vous rappelle-t-il rien de plus contemporain ? Ces fonctionnaires que l’on paye presqu’au double de la métropole pour les inciter à venir ? Oui, ces pratiques ne sélectionnent certainement pas des gens qui travaillent ici parce qu’ils sont tombés amoureux du pays. Il en existe néanmoins, parmi eux : ceux-là reviennent, et sans l’appât du sur-salaire cette fois.

Pas d'âge pour le catastrophisme
Pas d’âge pour le catastrophisme
Beaucoup de chemin reste à faire pour le Vivre Ensemble. Il progresse heureusement plus vite dans les têtes que par le nombre de mariages mixtes. Il faut aller dans les coins les plus isolés de Calédonie pour entendre un discours « ultra », tandis que la langue de bois disparaît de la bouche des politiciens kanaks et des lycéens nouméens. Les blancs peuvent encore à juste titre s’inquiéter ; la préférence locale pour l’emploi risque d’être, un temps, une préférence ethnique, jusqu’au moment où les compétences vont s’équilibrer. Le discours « ultra » des blancs, lui, n’a plus de meilleure raison d’être que celui des jeunes kanaks. Quand ces derniers ont besoin de se poser la question « Comment vais-je m’intégrer dans cette société concurrentielle ? », les blancs radicaux doivent faire leur propre confession : « Suis-je encore un colon ou non ? »

La paix mondiale est-elle une utopie ?

Existe-t-il une résistance naturelle de l’homme à vivre en paix avec ses semblables ? Plongeons au coeur du problème. L’hostilité entre nations n’est qu’une extension de l’hostilité entre petits groupes, et même entre les meilleurs amis du monde. Il s’agit d’une résistance envers la différence, un corollaire implicite de l’individualisme.

Le besoin de singularité consiste en effet à montrer sa différence. Opération de décalage vis à vis des autres. Ceux-ci ne sont pas si indispensables qu’ils le semblent. Un misanthrope se sent mieux « individu » au milieu des plantes. Néanmoins nous dialoguons continuellement avec l’environnement. Si le misanthrope ne veut pas devenir plante lui-même, ou adopter l’attitude minérale des parois de sa caverne, mieux vaut qu’il rencontre quelques congénères.
L’individualisme doit ainsi composer avec l’échange. Qu’est-ce donc celui-ci, sinon un exercice d’absorption mutuelle ? L’échange gêne l’effort de singularité. Il ne le soutient qu’après la digestion et la reformulation des éléments récoltés dans l’échange, après leur appropriation.

C’est l’explication de ce phénomène étrange : Continuer la lecture de La paix mondiale est-elle une utopie ?

Melting pot

L’intrication des cultures peut être le problème de plusieurs générations ou d’une seule. Si les enfants sont élevés dans la culture adoptive, seule la génération des parents paie ; ce que ceux-ci ont appris jeunes ne leur permet pas de s’adapter à ce qu’on leur demande, adultes. Le revers est que les parents ne se retrouvent pas dans leurs enfants. Le tissu social est détérioré. Aïeux sacrifiés : leurs efforts pour édifier un système culturel spécifique sont perdus.

Quelles solutions ?
Transfert partiel des valeurs culturelles en identifiant et en abandonnant celles qui sont (trop) conflictuelles.
Développer des caractéristiques culturelles qui rendent les gens plus caméléons… s’ils le souhaitent.
Comprendre que les changements doivent faire l’objet d’un engagement de l’immigré et non pas d’une contrainte du premier habitant du pays hôte, donc que l’engagement doit être pris avant l’émigration effective.

Le tissu social

Chacun sait ce dont il s’agit, mais réalise-t-on à quel point il est fondamental dans tous les problèmes de société ? Des mailles trop lâches expliquent aussi bien les « irrécupérables », les « laissés pour compte », que la présence d’une aristocratie haïe de l’argent. Les fossés dans le tissu interculturel sont responsables de l’exploitation du tiers-monde. Au sein d’un HLM, le bas salaire comme seul point commun ne suffit pas à recréer un tissu social distendu par les différences ethniques.
Car ce tissu social doit être régulièrement serré à tous les étages. Il est habituel que nous nous préoccupions de sa qualité dans notre entourage. Il arrive même qu’il soit trop étroit, quand les proches prennent une importance telle qu’elle prime sur toute autre considération, source du favoritisme et du clientélisme excessifs.
Nous nous intéressons moins à la continuité lointaine du tissu social. En croisant un étranger, nous le reconnaissons comme tel ; pourtant, que l’échange avec lui soit respectueux ou agressif ne dépend pas de la « distance » sur le tissu humain, mais de la densité des fibres entre lui et nous. La méfiance voire l’agressivité spontanée indique à coup sûr une tranchée emplie de barbelés quelque part sur le chemin.

Les conséquences se devinent, et sont pourtant occultées : le délinquant, en nécessité d’intégrer une structure sociale moins isolée que son gang, est au contraire placé dans un site de stockage : la prison. Au lieu d’un resserrement, par exemple par l’obligation de produire un travail socialement utile, le voici assigné à un clan bien à part : les Taulards, dont les liens avec les autres groupes sont quelque peu tranchés. L’imposture est si évidente que même les gardiens, qui n’y sont pas encouragés, établissent une sorte de fraternisation avec les prisonniers, c’est-à-dire éprouvent la nécessité de recréer un tissu social local, qu’on a voulu éclater en patchwork sévèrement cloisonné.

Un autre exemple de tissu social déchiré est l’entreprise, où parfois un cadre brillant, empli d’un savoir inconnu de ses subordonnés, tente de le mettre en pratique sans intermédiaire. Les objectifs sont mal compris, trop ambitieux, difficiles à tenir, et la relation hiérarchique se dégrade sans espoir de récupération, en l’absence des échelons intercalaires, aptes à faire la soudure.

Histoire calédonienne : un diplômé d’une grande école parisienne vient diriger le destin d’une succursale d’élevage de crevettes dans la « brousse » du nord calédonien. Continuer la lecture de Le tissu social

Encourager les mariages inter-ethniques ?

En Nouvelle-Calédonie existe deux groupes ethniques principaux ; dans chacun d’eux, une bonne part désire expulser l’autre groupe. Les blancs savent que c’est impossible — le temps des génocides est passé — ; les plus radicaux développent ainsi une frustration tenace ; ils sont alimentés par une partie du flux migratoire de la métropole, riche en exclus, insatisfaits, brutalisés de la vie, parfois tellement secoués qu’ils sont tentés par la tolérance, souvent au contraire encore plus intolérants car persuadés que l’argent/le métier fait leur importance.
Une partie des mélanésiens, l’autre groupe, croit que l’expulsion est possible, par le schéma : indépendance > radicalisation des lois favorisant la population d’origine autochtone > découragement et départ progressif des autres groupes qui abandonneront leurs biens. Si l’idée est moins meurtrière que le génocide, elle recèle, de façon peu visible, exactement la même charge de violence. Ceux-là pensent que la race fait leur importance… pas un critère plus brillant que l’argent.

Le facteur le plus exacerbant des antagonismes est l’absence de métissage. Notre esprit est terriblement influencé par l’image Continuer la lecture de Encourager les mariages inter-ethniques ?

Zoreilles sur la brèche

Un lieu commun est de dire, quand on déménage dans un milieu social différent ou un pays lointain, qu’on laisse derrière soi son existence. Niet ! On emporte bien entendu son existence dans ses bagages, avec ses problèmes, qu’il faudra déballer avec le reste à l’arrivée. Cependant il est vrai qu’en réinstallant cette existence dans un décor différent, elle apparaît sous un autre jour. De cet oeil extérieur les questions peinant à trouver leur réponse deviennent clairement insolubles ou faciles à résoudre. L’on est parvenu à la surface de la coquille de son existence, et devenu capable de regarder par les brèches.