L’apprentissage des langues kanaks à l’école

Nous avions déjà traité le sujet ici, avec des contributions très intéressantes dans la discussion. Tentons de systématiser le problème. Quels sont les apports d’une langue particulière ?

  1. L’identité : elle symbolise un groupe culturel particulier et soutient sa façon originale de penser.
  2. La maîtrise du monde environnant : les concepts véhiculés par un langage permettent d’appréhender au mieux la réalité du monde ; celui-ci change ; un langage efficace est en perpétuelle évolution.
  3. La communication avec le plus grand nombre de personnes, de façon à réduire le caractère « étranger » de membres de l’espèce humaine pratiquant un langage incompréhensible. Constatons que ce critère est contradictoire avec le premier ; si l’on s’identifie par une langue particulière, elle ne peut pas être universelle.
  4. Corollaire du critère précédent, la langue doit être transmissible. Jusqu’à présent il était impératif qu’elle puisse s’écrire, qu’elle soit codifiée par une grammaire. L’essor numérique vient cependant à l’aide des dialectes kanaks, uniquement parlés ; il est désormais possible de tout enregistrer.

 

La synthèse est celle-ci : il est nécessaire de posséder (et de penser, de préférence) une langue connue de la majorité des gens qui nous entourent quotidiennement, suffisamment riche et souple pour exprimer la complexité du monde contemporain. En Nouvelle-Calédonie, c’est le français. Pour un Calédonien amené à s’expatrier souvent, c’est l’anglais.

Notons que peu de français parlent couramment l’anglais, même quand ils voyagent fréquemment. Les deux langues ayant la même richesse, c’est un gros investissement que réapprendre les finesses d’une seconde langue aussi complexe. Le plus important, à vrai dire, est de savoir la lire, surtout si l’on travaille dans un domaine spécialisé, où tout n’est pas traduit.

 

La langue kanak a un fort pouvoir identitaire. Elle véhicule des concepts culturels spécifiques. L’abandonner serait un appauvrissement, une assimilation d’un groupe ethnique par un autre.

Néanmoins la langue kanak est médiocre sur les trois autres critères : elle n’est pas écrite, elle ne permet de communiquer qu’avec un nombre de personnes très réduit (il en existe 28 différentes), elle ne contient pas suffisamment de vocabulaire pour se débrouiller dans un environnement moderne, technique ou intellectuel.

Au total, les nouvelles générations sont pénalisées si le kanak reste leur langue principale, mais il ne faut pas que son originalité identitaire soit perdue.

Le défi : favoriser l'unique, sans sacrifier à l'utile
Le défi : favoriser l’unique, sans sacrifier à l’utile

Le problème n’est pas spécifique à la Nouvelle-Calédonie. Les envahisseurs ont parcouru la planète entière, tentant leurs assimilations forcées. Les cultures dont la singularité a survécu, tout en s’accaparant les avantages de celle du colonisateur, ont utilisé systématiquement la même solution : le patois.

Ce terme traîne une réputation péjorative parce qu’à l’époque de la colonisation « dure », il était interdit aux enfants de parler le patois local à l’école. On en faisait une « sous-langue » assez minable dont il fallait se débarrasser très vite. Aveuglement d’une époque où les grandes cultures étaient encore très fortifiées et en lutte armée permanente. Les choses sont bien différentes aujourd’hui ; la menace vient plutôt de l’uniformisation par la culture numérique anglophone planétaire. Chacun a intérêt à connaître l’anglais, de façon à accéder à la planète entière, et surtout conserver son « idiome », dont la richesse, de préférence, ne le cédera en rien à l’anglais.

 

Quelles sont les solutions possibles pour un kanak ?

  1. Son dialecte comme langue principale et l’anglais comme langue universelle ? Pas très pratique. Il faudrait remettre au point une nouvelle Solution Finale, pour liquider la grosse moitié des calédoniens qui parlent français et aucune langue kanak. Disparaîtrait dans l’affaire un pan de l’identité locale, car le français est profondément inscrit dans la culture kanak à présent. Enfin, les 28 langues différentes ne permettraient pas aux kanaks de se comprendre entre eux.
  2. Le dialecte à la maison et le français à l’école ? Situation récente, héritage de la colonisation. Catastrophique pour l’identité.
  3. Dialecte et français enseignés à l’école ? Si ce n’est pas un problème pour les enfants les plus doués, c’est une difficulté pour ceux qui flirtent déjà avec l’échec scolaire. La décision d’en faire une matière supplémentaire devrait être individuelle, par une discussion entre les parents et des enseignants spécialisés dans le domaine, et débarrassés de tout désir d’assimilation. D’une façon générale, reste l’inconvénient que cette matière remplace d’autres heures d’enseignement dans le cursus des élèves. Elle ne facilite pas la mise à niveau des connaissances générales des petits kanaks par rapport à la moyenne mondiale. Néanmoins on peut certainement supprimer sans pénalité des heures d’Histoire française, qui ne forgent pas l’identité qu’ils souhaitent.
  4. La création d’un vrai patois kanak : l’intégration au français des tournures et concepts spécifiques à chacune des langues kanaks. Le français est la langue universelle régionale, mais quand il ne peut formaliser un élément de culture particulier, il doit s’ouvrir aux termes kanaks. L’avantage est que même les métropolitains désirant s’installer sur le territoire peuvent apprendre ces mots et se rapprocher de la culture kanak, alors qu’ils ne prendront jamais la peine d’apprendre l’une des 28 langues ; à quelle fréquence leur servirait-elle ?

 

Cette solution a été choisie par les derniers mélanésiens ayant réussi leur indépendance : les vanuatais, avec le bislama. Sans doute est-ce malgré tout une langue un peu trop particulière pour avoir l’aura qu’elle mérite. Mais c’était une gageure de faire un patois à partir de deux langues colonisatrices, sans le soutien d’un enseignement au départ. Il est préférable de posséder une de ces langues en détail et de l’enrichir par ses propres items identitaires, puis d’en faire la promotion afin d’en faire des concepts plus universels. Le meilleur moyen, pour un kanak, de renvoyer la politesse au colonisateur…

Sous acide filozophique… final

Les adhérents de l’association VINCRE peuvent désormais télécharger leur exemplaire final de Sous acide filozophique, un essai de 400 pages sur l’unification des sciences physiques et humaines par leur frontière : le support biologique de la conscience.
Ce livre aborde des domaines aussi divers que la médecine, la sociologie, la psychanalyse, le bonheur et la réalisation personnelle, les addictions, le transhumanisme, la neurophilosophie, la science réhabillée de mysticisme. Ce n’est pas un ouvrage d’initiation ni de référence. Il conviendra à ceux qui ont engrangé déjà beaucoup de certitudes.
Constant Prurit et Pierre Detaille y ajoutent leurs déblatérations humoristiques… Continuer la lecture de Sous acide filozophique… final

Et la CAFAT?

Avez-vous lu sur Rhumatologie en Pratique
D’où provient le déficit de la sécu?

L’analyse du système métropolitain est-elle transposable en Calédonie?

La CAFAT subit les mêmes tendances.
Elle flirte au bord du déficit sans y tomber,
grâce à la rambarde d’une bonne conjoncture économique.
Plusieurs particularités locales l’avantagent sur la Sécu:
Continuer la lecture de Et la CAFAT?

Enseigner en mélanésie

Le tissu social mélanésien est l’un des plus serrés.
Il est en train de se dénouer.

Les raisons?
Le partage est remis en question.
Il est facile de partager ce qui est disponible, ne réclamant que du temps et des compétences répandues: travail de la terre, artisanat…
C’est moins facile pour les produits de l’économie occidentale,
de plus en plus convoités,
mais l’argent est un intermédiaire indispensable,
les compétences pour l’obtenir sont moins répandues.

Les kanaks découvrent l’égoïsme.
Les couples se polluent de comparaison.
Les enfants apprennent l’ambition.

On peut refaire la société,
mais individuellement il est plus pragmatique
de s’y adapter,
choix des occidentaux,
qui ont eu des générations pour perdre leurs illusions
sur l’humanité d’une société surbookée et multipliant les contraintes,
occidentaux qui se cristallisent sur l’individualisme,
seule défense contre un destin de fourmi
pauvrement cérébrée.

Les mélanésiens n’ont pas l’impression que l’individualisme est leur choix.
Evolution ressemble trop à colonisation.
Mais l’immobilisme
est bousculé par les paillettes mirifiques
du mode de vie des blancs.

Comment, étant eux-mêmes en pleine défense contre cette société,
les parents mélanésiens peuvent-ils construire une morale pour leurs enfants?
Les adolescents additionnent les frustrations parentales aux leurs,
la valeur de la personne humaine
est divisée par beaucoup de haine,
et, grandit,
une génération qui fait peur à toutes les autres.

Pointons les erreurs de la politique locale d’éducation:
Les grands collèges et lycées centralisés de brousse
favorisent la rupture du tissu familial.
Etre éloigné de plus d’une heure de route de chez soi,
c’est le temps de transport qui mange la vie sociale,
ou pire, l’internat.

Maintenir les enfants dans les villages aurait été préférable,
à l’aide d’enseignants polyvalents,
sans sacrifier l’émulation et l’enseignement spécialisé
grâce à des stages et des échanges de courte durée.

Si le but était de maintenir la population des villages en province,
c’est raté.
Nouméa n’a jamais été si courtisée,
l’encadrement des jeunes et moins jeunes en difficulté
si relaché.

Effet majeur des difficultés des parents mélanésiens:
la contestation de l’enseignant,
représentant vulnérable
de l’inattaquable société blanche.
Que d’insatisfaction reportée sur lui !
Il est parfois maladroit certes,
quand inconscient de ce rôle d’exutoire
que l’Education Nationale se garde bien de lui expliquer,
il porte en drapeau
les stigmates occidentaux les plus pénibles pour les kanaks:
élitisme, déconsidération, ignorance de la culture locale…
Il est lui-même soumis à des frustrations,
peut-être devrait-il les évacuer
en s’arrangeant avec les parents et les coutumiers pour distribuer quelques corrections choisies…
ou, mieux, les faire administrer par un responsable local.

L’école est au centre de l’épanouissement des enfants.
Epanouissement implique apprentissage des limites (1).
Il n’est possible que si les parents transfèrent de bon coeur leur autorité à l’enseignant.
S’ils ne le font pas, c’est leur propre autorité
qui sera un jour remise en doute.

Le prof est-il ennemi, ou parent associé?
Pourquoi donnerait-il son meilleur aux enfants
s’il est diable ou rival?

Les limites doivent faire l’objet d’un accord,
entre cultures si différentes.
Les parents ont le devoir de rencontrer, souvent, l’enseignant.
moins de diabolisation d’un côté
plus de justification de l’autre.
Communiquons.

L’éducation, est-ce transmettre ses frustrations?
Education

(1) L’éducation la plus judicieuse est de pas fixer de limites,
mais de faire comprendre à l’enfant la nécessité d’en avoir,
les plus malins pouvant presque faire leurs choix seuls,
tandis que d’autres doivent être solidement encadrés…
problème inhérent depuis des années à l’Education Nationale sous influence socialisante: Même règlement pour tous, sans initiative et jugement personnel permis à l’enseignant. Les parents ne soutiennent plus les profs, mais la hiérarchie non plus.

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Les "métros" débarquent sur le Caillou

LE MONDE | 19.04.08 | 14h27 NOUMÉA, ENVOYÉ SPÉCIAL

Comment un journaliste arrive-t-il à prendre le pouls d’un pays en quelques jours et à en faire un article objectif?
Il n’y arrive jamais,
et pond une approximation
très influencée par ses contacts locaux
et par la ligne éditoriale du journal
qui impose une certaine langue de bois.

Voyons quelles sont les déviations
qu’auraient pu découvrir les lecteurs de ce boulevard convenu sur la Nouvelle-Calédonie:
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Monde kanak: L'émancipation féminine doit venir des hommes.

Quand c’est la femme qui guerroie, ça crée quoi?
Des tranchées, des attitudes militaires, l’accaparement des ressources, le recrutement d’alliés… Pauvre entourage.
Pour terminer la guerre, il faut un vaincu.
Peu de mâles postulent.
Mieux vaut que les hommes parlent aux autres.

Le kanak impose à sa femme, par tradition, une muselière et un carcan de règles.Tout en espérant qu’elle vive heureuse. Parfois c’est le cas… surtout si elle a approuvé le choix de son mari. Le plus souvent, elle drape un épais édredon de fatalisme sur sa vie quotidienne, qui lui évite d’en percevoir les aspérités.
Parfois elle est malheureuse. Pas grave. « Un mariage malheureux, peut donner naissance à des enfants heureux, qui perpétueront le bonheur » (proverbe de Lifou).

Rendre sa femme heureuse est un défi. Pour le kanak comme pour l’occidental.
Comment faire en sorte que ma femme ait le désir de me plaire, autrement qu’en montrant mes gros bras?
Nullement nécessaire d’avoir de l’intelligence (un peu quand même), de l’argent (c’est mieux quand même), du muscle, ou l’appui de traditions séculaires.
Montrons notre souci de l’autre: Prévenances quotidiennes, compliments, petits cadeaux, attachement au plaisir de l’autre dans la vie sexuelle, accompagnement des projets de l’autre. Pompeux résumé: L’amour. Ce n’est pas le geste occasionnel qui compte. C’est l’atmosphère de sincérité dans laquelle baigne mon couple. La femme est cet être exceptionnel parce qu’elle partage ma vie (c’est mieux quand elle a choisi). Que je m’en persuade, que ma conduite le montre, la fera encore plus exceptionnelle.
Secret simple pour un couple heureux. Même sans diplôme, sans argent, et quand le physique devient moins séduisant.
Si j’échoue, c’est que les disparités entre nous sont trop importantes. J’ai mal choisi. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.

Crainte ou amour. Messieurs, quelle arme choisirez-vous?