Noir et blanc

Les kanaks sont identiques aux blancs.

Mêmes nombres de chromosomes. Mêmes Homo Sapiens. Mêmes cerveaux. Les bébés kanaks naissent identiques aux bébés blancs. Puis leur environnement diffère.

Un kanak n’est pas identique à un blanc. Chacun possède sa génétique et son environnement particulier. Les individus ne sont pas égaux. Raison pour laquelle, déjà, un blanc n’est pas identique à un blanc.

Si je suis kanak je dois donc faire une différence critique entre ‘être kanak’ et ‘être un kanak’. Être kanak n’apporte aucun inconvénient ni avantage. Aucune différence générale avec les blancs. Tandis qu’être ‘le kanak particulier que je suis’ me rend unique, comme n’importe quel autre individu, noir ou blanc.

A l’évidence nous constatons tous les jours qu’être un kanak, ce n’est pas la même chose qu’être un blanc. Comme ce sont génétiquement les mêmes Homo Sapiens, cela démontre le poids extraordinaire de l’environnement.

Notre environnement peut sembler agité, agressif, hasardeux, difficile à contrôler. Pourtant il est très organisé. Notre esprit le divise subrepticement en départements dont s’occupent automatiquement ses grandes tâches mentales.

Le département le plus vaste et omniprésent est l’environnement matériel. Univers extraordinairement varié des lieux et des objets qui nous entourent. Les sens éveillent les représentations de ces choses dans notre esprit et celui-ci renvoie des ordres à nos muscles. Les habitudes patiemment mises en place dans l’enfance rendent la plupart des comportements quasi-automatiques. L’intention de se diriger vers un endroit suffit pour que le corps se mette en marche. Pas besoin de s’occuper des détails. Sensations et contractions se coordonnent. Les pensées peuvent vagabonder. Notre programmation mentale est bien adaptée à notre milieu physique habituel.

L’environnement ne comporte pas que des objets. Des êtres vivants y habitent. En particulier des congénères. Être vivant c’est afficher une certaine autonomie. Pour l’esprit ce sont des entités plus difficiles à prédire. Nos représentations mentales à leur sujet restent approximatives. Même une fourmi peut être difficile à attraper. Son trajet est imprévisible. Quant à deviner ce qu’un cerveau aussi sophistiqué que le nôtre va inventer comme projet… Les autres Homo Sapiens sont les plus compliqués. L’esprit consacre davantage de ressources à les représenter. Finalement, au quotidien, nous avons l’impression de concentrer l’essentiel de nos efforts mentaux aux relations avec nos proches, et très peu à l’environnement matériel.

Car ces Homo Sapiens il n’en existe pas deux qui soient similaires. Vous pensez avoir compris comment l’un fonctionne ? L’autre réagit différemment. Impossible de recueillir suffisamment d’informations pour les gérer tous. Comment se débrouiller dans une foule ?

C’est l’utilité de nos cercles sociaux et de nos classes socio-culturelles. Ces départements-là de l’esprit sont virtuels. Ils ne servent pas à gérer l’environnement matériel mais les relations avec les êtres vivants, des négligeables aux prioritaires.

Les cercles principaux sont le couple, la famille, les amis proches, le clan, les relations professionnelles, les amis plus lointains, les voisins, les gens partageant la même culture, la race, la nationalité, l’appartenance à Homo Sapiens (vis à vis des animaux). Les gens (et les animaux) traversent ces cercles pour se rapprocher ou s’éloigner de vous.

Plus ils sont près du centre plus leurs représentations sont détaillées et actives dans votre esprit. Au point que leur absence crée un vide. Mais toutes ne sont pas associées au plaisir. Vos rivaux, opposants, supérieurs tyranniques sont très présents également. Cette proximité perturbe les relations avec les autres. Une altercation vous rend irritable avec vos proches.

Les cercles sociaux ne sont pas complètement virtuels. Certains reçoivent une validation officielle, attestée par des documents : mariage, livret familial, contrat de travail, membre d’une association, passeport national. D’autres sont officieux : les fans d’un même groupe musical ou d’une pratique artistique aiment se retrouver mais ne sont pas fichés. Enfin certains cercles sont montrés du doigt. La différentiation sur des critères physiques peut facilement déraper. C’est le racisme et divers ostracismes vis à vis des handicapés, des petits, des gros, des bizarres en tous genres. Nous y reviendrons dans un instant.

Les cercles sociaux habitent réellement notre esprit. C’est leur présence qui règle vos décisions, les modifiant parce que « C’est la famille », « C’est un kanak », ou « Il est blanc ». La même affaire peut aboutir à une conclusion radicalement opposée selon où se situe la personne. Les cercles excluent autant qu’ils rapprochent. Le classement se fait dans la relation avec chaque individu. C’est parfois l’autre qui s’exclue lui-même, par son agressivité. Vos critères ne sont pas toujours en cause.

La conséquence est importante. Ostracismes et exclusions ne sont pas forcément répréhensibles. Un condamné qui croupit en prison s’estime victime d’un ostracisme. Mais la justice, qui représente la conscience sociale majoritaire, considère cet ostracisme nécessaire. Ce n’est pas l’individu qui est cible de l’ostracisme mais le comportement qui l’a conduit là. S’il abandonne cette part de lui-même il est considéré comme réhabilité. Nous sommes une collection d’éléments de personnalité. Qu’ils se réajustent autrement et le prisonnier réintègre le cercle ‘citoyen libre’.

Les ostracismes sont l’issue inévitable des conflits ne trouvant pas de solution. Qu’indiquent des ostracismes forts dans une société ? Des membres qui ne discutent pas. Des cercles étanches. Des Homo pas si Sapiens. L’ostracisme est à la fois cause et conséquence de la non-circulation des idées. Cause parce qu’il est une barrière étanche aux idées nouvelles. Conséquence parce qu’il s’installe sur la pauvreté du débat intérieur.

Un ostracisme fort est appelé racisme. Il n’est plus un filtre qui renforce l’identité. Il est devenu une interdiction de changer. Le racisme s’auto-entretient très bien. Après tout il met à l’abri des conflits. Plus de questions litigieuses, déstabilisantes. Le racisme apporte assurance et solidité… à un univers intérieur étriqué.

Il est dommage que le terme ‘racisme’ ait pris un tel sens. ‘Race’ est devenu un mot si péjoratif que  certains scientifiques s’efforcent de le faire disparaître, clamant l’inexistence des races au niveau génétique. Mais l’apparence raciale utilisée par les gens n’est pas une enquête génétique. Elle agrège une multitude de critères : morphologie, langage corporel, habillement, us et coutumes, langue, représentations du monde visible et invisible.

Cette large agrégation a des avantages et des inconvénients. L’avantage est que la classification raciale évite de rentrer dans les détails. Très bien pour les gens pressés. Ou pour parler de populations. Il n’est pas considéré comme raciste de parler « des chinois », « des anglo-saxons », « des mélanésiens ». Par contre le critère racial prend une autre tonalité si en observant un individu vous expliquez son comportement par « C’est un chinois » ou « C’est un blanc ». D’où vient la différence ?

Parler de populations restreint les critères auxquels vous faites allusion. « Les chinois » ne concerne que leur apparence faciale générale, leurs mimiques habituelles, leur langue et leur mode de vie. « Les chinois » ne dénie pas des particularités individuelles à chaque chinois. Tandis que définir un individu par « C’est un chinois » le réduit à ces critères généraux. C’est lui dénigrer le droit d’agir en tant qu’individu, de s’affranchir des caractéristiques collectives de la race.

Quand un blanc dit « C’est un kanak », il réduit la personne désignée à un agriculteur dépourvu de sens de la propriété et soumis à la coutume. C’est raciste au sens péjoratif. Un kanak est en réalité un individu unique, comme tout Homo Sapiens, qui respecte la coutume. Il le fait à sa manière strictement personnelle. La coutume est dure parce qu’issue de conditions de vie difficiles. Le collectif était important pour la sauvegarde des individus. La coutume peut sembler étouffante… comme la plupart des héritages. Mais sous l’étouffoir existent des personnes susceptibles d’interpréter la coutume de façon variable. Le blanc n’a pas la sensibilité nécessaire pour le voir. Il est à l’extérieur du cercle très dense formé par la coutume. Il n’en perçoit pas l’intérieur.

Classer les gens par la race n’est pas dépourvu d’utilité a priori. Tout dépend de la taille de l’échantillon auquel on applique ce classement. Il est utile pour les grands groupes, où seuls des critères généraux sont concernés. Il est calamiteux à propos d’un individu, puisqu’il aveugle à toute la richesse de la personne.

Ce racisme-là est employé par les gens qui ont déjà trop de conflits à propos d’eux-mêmes pour s’embarrasser de ceux créés par la proximité de l’autre. Le racisme est un durcissement des cercles visant à protéger une identité fragile. Car n’oublions pas qu’au centre du cercle se situe… notre propre personnalité. Une personnalité parfois tellement tailladée de névroses que la première chose qu’elle exprime… est le désamour de soi.

Il est catastrophique d’appliquer uniformément le terme ‘racisme’ à ces deux manières très différentes, la globale et l’individuelle, d’utiliser la classification par races. Nos meilleurs philosophes se font piéger. Alors nos politiciens sont des proies rêvées pour une telle manipulation. Ils renoncent à des décisions de gestion concernant les critères socio-culturels des populations qu’ils gèrent, de peur de se voir accuser de racisme individuel. Dans l’autre sens, les électeurs racistes torpillent leurs idées en montrant trop bien qu’il s’agit d’une extension de leurs petites haines du quotidien, du désir de changer de voisins, plutôt que la gestion saine du choc entre les cultures.

Un exemple est l’inclusion de critères raciaux dans les recensements. Le gouvernement français y a renoncé. Alors que le pays n’a jamais été pareille mosaïque socio-culturelle. Comment gérer les équipements, les souhaits des populations, les conflits, sans connaître les ethnies et leurs préférences ? Le racisme des enquêtes généralistes est utile, nécessaire. Le cercle ‘gestion nationale’ est différent de ‘gestion communale’, lui-même différent de ‘gestion de l’immeuble’. Les discours peuvent se superposer puisqu’ils ne s’adressent pas aux mêmes cercles.

Mais il est vrai que nous avons du mal à être plusieurs personnes selon les sujets abordés. Nos départements mentaux ont une indépendance toute relative. La conscience est fusionnelle. Un certain racisme est bénéfique pour nos valeurs identitaires. Un autre est désastreux pour juger celles de nos voisins. Mais l’un déteint sur l’autre.

Si je suis raciste je raisonne correctement quand je dis « Je suis la culture A faite individu ». J’ai accès à suffisamment de choses en moi pour savoir que je suis quelque chose de plus que cela. Je raisonne incorrectement en disant « Untel est la culture B faite individu ». Parce que la conclusion logique est : le premier individu (moi) n’a rien de commun avec le second individu (condensé de la culture B). Cette conclusion est fausse. Les deux individus sont mus par des instincts, des espérances, communs pour l’essentiel. Les besoins corporels sont similaires. Le souci de la progéniture est similaire. La recherche de santé est similaire.

Autrement dit je me trompe en traitant l’étranger comme un symbole de sa culture. Il n’est ni un vêtement folklorique, ni une fête religieuse, ni une couleur de peau. Il est en réalité une personne dotée des mêmes pulsions que moi-même, les confrontant à sa propre culture. Il fait… strictement la même chose que moi.

Tous les films cherchant à torpiller le racisme insistent sur ce switch nécessaire de la pensée : aborder l’étranger comme un autre soi-même, et non comme une bizarre icône sur pattes venue s’échouer dans un écosystème qui n’est pas le sien. Malgré tout, cette prise de conscience laisse un sentiment d’insatisfaction. Pour quelle raison ?

Reconnaître l’existence des désirs de l’autre ne diminue en rien les conflits qu’ils provoquent. Au contraire, puisque l’exclusion n’est plus une option, les conflits perdurent. L’exclusion était sans conteste la solution la plus facile et rapide. Qui va gérer efficacement le conflit ? Nos dirigeants ? En sont-ils capables, eux qui ne sont généralement impliqués en rien dans ces problèmes ?

Autant le racisme de cage d’escalier est critiquable, autant l’absence de racisme dans une certaine classe politique l’est également. Erreur inverse, aussi grave : ne pas utiliser le critère ‘race’ dans la gestion d’une large population. Employer un collectivisme d’immeuble pour diriger une nation. Nos politiciens sont des Homo Sapiens comme les autres : trop fusionnés.

Trop fusionnés avec leurs conseillers en communication, avec leurs échéances électorales. Trop investis personnellement, alors que la gestion du collectif relève… d’un collectif. Un collectif ancré dans son cercle de compétence, et disposant d’observateurs indépendants. Mais c’est un autre sujet. Revenons au principal. Quelle est la conséquence du refus d’inclure le critère ‘race’ par nos dirigeants ? Il devient exacerbé dans les esprits individuels. Son affaiblissement dans le cercle ‘nation’ le renforce dans le cercle ‘moi et mon clan’. L’identité individuelle cherche logiquement à se protéger, en particulier quand les conditions de vie la fragilisent.

Ainsi la sensibilité aux thèses racistes se mesure au contenu du portefeuille plutôt qu’à une hypothétique ‘largeur de vue’. L’argent, le meilleur extincteur des conflits, éteint très bien ceux qui sous-tendent le racisme. Malheureusement l’argent n’est pas une solution en soi. Il ne gomme pas nos inégalités, il n’en est que le reflet. Lorsque vous démarrez la simulation d’une société avec des échanges qui ne sont jamais strictement équitables, les inégalités de richesse ne font que s’accentuer. C’est une loi mathématique.

La solution est le refus de traiter la société comme un vaste système unique, de lui reconnaître cette hiérarchie de cercles à travers laquelle nous la manipulons individuellement. La société n’existe que dans nos esprits. L’argent est un carrefour de critères appartenant à différents cercles. Lui aussi est excessivement fusionné. Comment a-t-on pu convaincre les gens que l’argent d’un placement financier est le même que l’argent d’un lopin de terre cultivée ? Ils ne traduisent pas le même niveau d’échange. La dimension complexe de la société est occultée. Lorsque les niveaux d’organisation les plus élevés s’effondrent, les fondations restent. Un argent a disparu, l’autre est intact. A l’évidence ils ne sont pas semblables.

Nous ne sommes pas égaux. Les cercles sociaux sont des outils essentiels à la gestion de nos inégalités. Je suis unique, mais plus je m’écarte de mon centre plus je suis tous les autres. Je le suis par franchissements successifs, qui me permettent de cartographier mon identité. Il existe des endroits où je suis égal en importance à tous les autres, d’autres où je dois construire cette importance. Et je dois la construire d’abord en moi-même. Comment l’élargir sans commencer par s’auto-apprécier ?

Le racisme commence à l’intérieur de soi. Derrière cette sensation d’être un « Je » unique. Fusionné certes je le suis. Mais je cache mes propres conflits. « Je » est le premier cercle, en conscience, organisant ces conflits. Il permet de se dire la ‘même’ personne, alors que nous présentons des visages terriblement contrastés selon les circonstances, de la colère à la sollicitude en passant par la mélancolie. « Je » est efficace quand il a réussi à se débarrasser des racismes vis à vis de lui-même, en particulier ceux que les autres ont injectés. Nous récoltons tant de mauvais points chez nos parents fatigués, nos amis énervés, l’école élitiste, les plus doués moqueurs. Tout cela a sédimenté dans « Je ». Comment s’étonner qu’il y pousse des réactions parfois si inattendues, qui découragent les autres parties du soi ?

Un « Je » qui s’apprécie. Qui d’autre peut repousser la pression si forte de l’environnement, dont nous parlions au début ? Qui d’autre peut améliorer les habitudes qui vont mettre de l’ordre dans un quotidien chaotique ? Qui d’autre va identifier les cercles qui protègent mon identité sans exclure les autres ? « Je » suis au centre de mon destin.

Je reste unique, que je sois noir ou blanc.

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ColisExpat, l’ArnaqueExpat

Surtout, surtout, surtout… ne recourez jamais à un service de réexpédition comme ColisExpat !! 

Les soldes et ventes flash vous séduisent-elles comme moi ? Sur Amazon et CDiscount, entre autres, les affaires sont réelles. Surtout comparées aux prix surcotés de l’outremer.

Mais avec ColisExpat, le mauvais sur-prix s’échange contre une mauvaise surprise. Le service n’utilise que l’avion. Rapide mais hors de prix. Colis volumineux taxés en frais de réexpédition délirants. Total : coût du transport supérieur de 30% au prix des articles lors de ma première commande.

Cerise à l’arrivée : les taxes à l’entrée du territoire, calculées sur le prix des articles plus celui du transport. Au final, marchandises plus onéreuses que si elles avaient été achetée sur place, parvenues dans des colis déformés, et avec des délais décourageants si vous devez recourir au SAV.

Seul bénéfice : ma compulsion sur les soldes est guérie 🙂

Mon gilet jaune fait mine grise

Je fais partie des nantis. Il n’y a pas grand chose qui m’énerve chez les gilets jaunes. Le pire reproche est qu’ils m’ont pourri mon propre gilet jaune. Il diminuait le risque que je me fasse pulvériser en vélo sur la route. A présent j’ai l’impression d’être un militant et que le risque de pulvérisation a augmenté.

Rien ne m’énerve chez les gilets jaunes parce que leurs revendications sont globalement justes. Malgré cela leur démarche est foncièrement erronée. Le souci n’est pas d’avoir des revendications. Tout le monde en a. Trop de monde en a. Le souci est de savoir comment porter les revendications.

Ne s’estimant représentés par aucun parti, les gilets jaunes militent de fait pour la démocratie participative. Extrémisme ultime de la démocratie, qui rejoint dans son inefficacité l’extrémisme du communisme, où les citoyens se pensent égaux en toute circonstance. Non !! Nous sommes égaux en importance à la naissance, mais pas en compétences ni en pouvoir personnel, qui dépendent des choix que nous avons exercés. Renier cela serait renoncer à son libre-arbitre. C’est vendre son individualité pour récupérer une parcelle de pouvoir collectif que cette individualité n’a su s’accaparer.

‘Égalité’ est à enlever au burin du fronton de la République. Une imposture. Personne ne vit ‘à égalité’ avec les autres. Pas même les plus chrétiens, les plus charitables. Pas les plus pauvres, qui trouvent toujours plus miséreux que soi, et qui partagent quand il n’y a presque rien à partager.

La société est une gestion des inégalités omniprésentes et conflictuelles. Chaque tentative de réduire ces inégalités a fabriqué une société aliénée, dotée d’élites encore plus inaccessibles et brutales. Négation de l’individu, qui par définition n’est pas le reste du monde.

La démocratie contemporaine ne gère pas correctement les inégalités. C’est un fait avéré. Que 26 personnes possèdent autant de richesse que la moitié de l’humanité témoigne que l’économie est devenue une entité autonome, presqu’entièrement indépendante des préoccupations humaines. Du moins elle est devenue autonome dans l’esprit de ceux qui la gèrent. Absence de connexion entre la tâche ‘économie’ et la tâche ‘humanité’. Robotisation de la fonction cérébrale. Les repères économiques peuvent ainsi évoluer dans leur monde virtuel, émancipé de la réalité qui est une agrégation de tous les repères.

La démocratie participative serait-elle une issue ? Aujourd’hui les citoyens demandent à un pantin appelé ‘président’ d’exercer en leur nom un contrôle sur le robot ‘Économie’. Toutes les pressions et les résistances s’exercent sur lui. Immobilisme garanti. Celui qui sort de son rôle aura une vie brève.

Participer, est-ce demander son avis à tout le monde, quel que soit le niveau de compétence individuelle sur le sujet désigné ? La sagesse de foule fonctionne-t-elle vraiment ? Seulement dans certaines conditions précises, en particulier chacun doit ignorer ce que va dire l’autre. Impossible avec les médias. Les buzz créent au contraire des mouvements de foule, qui sont l’inverse de sa sagesse. La foule s’aligne sur une opinion extrême et non sa moyenne, comme elle le devrait.

Concevoir une sagesse de foule participative serait pondérer la force de l’avis individuel selon la compétence. Avec une sorte de permis à points pour voter en tel ou tel domaine. Structure terriblement lourde à mettre en place, sujette à toutes les erreurs possibles, comme les tests de Q.I. ou la justice. Cependant elle aurait l’immense avantage d’une évolution dynamique, face à l’inertie et au conservatisme des hiérarchies en place.

La vraie participation est remettre sa parcelle de pouvoir à quelqu’un qui nous ressemble et organisera notre désir avec ceux conflictuels des autres, grâce à ses compétences supérieures en médiation. La vraie participation n’est pas de court-circuiter davantage les étapes successives qui mènent à la décision. Elle est d’augmenter ses compétences pour éventuellement s’élever dans la hiérarchie décisionnaire. Court-circuiter la hiérarchie, qu’est-ce d’autre qu’un profane expliquant à l’expert ce qu’il doit faire ?

La hiérarchie doit être multipliée, enrichie, et non abolie. C’est en additionnant davantage de niveaux qu’il devient plus facile de passer de l’un à l’autre. La hiérarchie est pesante parce que les gens s’y installent et deviennent rapidement addictifs à ses privilèges. Une hiérarchie ne fonctionne correctement qu’avec un ascenseur toujours en mouvement. Chaque étage dispose de ses pouvoirs et contre-pouvoirs. Les compétences croissantes dans l’un ou l’autre font monter dans l’ascenseur, descendre dans le cas contraire. Il n’existe pas de chute libre sauf quand on s’est fait parachuter sur le toit.

Les dysfonctionnements dramatiques de la hiérarchie l’ont faite déconsidérer. Plus personne n’en veut. Et pourtant ceux-là s’offusquent de la disparition de la hiérarchie. Quand des ‘jeunes cons’ ou des ‘émigrés’ s’estiment valoir autant qu’eux. Le droit du sol est hiérarchique. Avoir un métier est hiérarchique. La famille est hiérarchique.

Une hiérarchie en bonne santé est indispensable. Il faut l’hospitaliser et non la rendre encore plus bouffie et malade avec de nouvelles revendications ignorant sa présence. La thérapeutique est simple ; elle repose sur deux principes :

1) Vérifier à chaque étage l’équilibre du conflit entre pouvoir et contre-pouvoir.

2) Vérifier que l’objectif est d’organiser au mieux les conflits de l’étage sous-jacent et non de rendre l’étage indépendant des autres. L’économie internationale organise les conflits des pays, le ministère national ceux des entreprises, la direction des entreprises organise les conflits des cadres, les cadres ceux des employés de leur service, etc. Le succès de chacune de ces gestions n’est possible que si la gestion sous-jacente est garantie. Elle n’est pas indépendante. Il s’agit d’une superposition d’organisations (le terme exact est superimposition). Une économie qui cherche à s’émanciper des citoyens est un esprit qui pense inutile de nourrir son corps.

Est-ce une opinion de plus ? Encore un qui veut avoir raison plus que les autres ? Notez que cet article ne contient aucune revendication. Juste le rappel du principe fondamental qui fait le destin de la réalité : l’auto-organisation. Une société malade est une société qui a cessé de s’auto-organiser.

Plus de détails dans un prochain livre : Societarium.

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Sèchinondation

Pourquoi la Calédonie subit-elle à la fois sécheresses et inondations répétitives ? Comment se fait-il qu’aucun réservoir (autres que ceux des mines) ne vienne réguler les deux, dans une contrée où le relief s’y prête remarquablement ? La Calédonie n’a aucun déficit global en eau, et l’eau est un problème permanent. Les barrages régulent efficacement le réseau hydrologique. Ils ont l’avantage supplémentaire de pouvoir héberger de petites unités hydro-électriques. Énergie renouvelable complémentaire du solaire dans les périodes où le soleil est caché par les pluies. Un pas de plus vers l’indépendance énergétique. Plusieurs petits barrages défigurent moins le paysage qu’un seul grand, ont un risque de rupture très faible, et réduisent le coût de transport de l’électricité. Production plus proche de la consommation. Eau et énergie dans un réservoir à la porte de la commune. Le financement ? Les aides constantes en période de sécheresse et d’inondation sont aussi coûteuses qu’un emprunt finançant les transformations, dont les effets se feront sentir bien après son remboursement. Du travail pour les entreprises du territoire, dans une période où le bâtiment fléchit…

La Calédonie manque-t-elle de visionnaires ? Ses politiciens sont-ils plus habiles à partager récriminations et pleurs de ses habitants spoliés, plutôt que dire « Je vais faire en sorte que cela cesse » ?

Qu’est-ce que les supporters de Trump et ceux de Clinton ne comprennent pas les uns à propos des autres ?

(Question posée sur Quora à la suite des élections)

Que les uns comme les autres ne sont pas tant supporters que ça. Plutôt dans le rejet. Le rejet de Clinton a dominé le rejet de Trump. Est-ce vraiment une surprise après la façon dont s’est déroulée la dernière décennie ? La crise de 2008 a laissé des rancoeurs terribles contre l’establishment. Obama a été réélu parce qu’il a plutôt bien géré la crise, et parce qu’il a montré sa volonté de réformer la finance avec le Dodd-Frank act. Cette réforme n’a guère effacé les conséquences de la crise pour un grand nombre d’américains, cependant Obama avait l’excuse d’être empêché de faire sa politique : les banques ont envoyé au Congrès des bataillons de lobbyistes qui n’ont pas relâché une seconde la pression pour faire modifier le texte. De fait, ce dernier a été largement édulcoré. L’électeur n’est pas capable de juger la pertinence d’une réforme, mais il connaît son salaire ; il sait si sa maison lui appartient…

Quand on lui présente une Clinton personnalisant à ce point l’establishment… peu importe que son adversaire soit milliardaire et fasse des promesses intenables. Avant tout, il est anti-conformiste. Ce qui convient très bien aux gens qui pensent que leurs pertes ne sont pas conformes.

Démo-crade

Les démocraties nationales n’ont rien d’un cadre pour le respect du droit des individus. Ce sont des groupes soudés autour de la promotion de leur prince, persuadés de pouvoir s’élever dans son sillage.
Tous ses mensonges, toutes ses corruptions sont excusables. L’on s’enthousiasme de le voir paraître au balcon, alors que derrière, dans l’ombre, des peuples entiers travaillent comme esclaves, leurs chefs vénaux achetés sans mal, leurs femmes vendues aux riches, leurs enfants placés sur des chaînes de montage.
Démocratie nationale, ou tribale ?