Pour ou contre la peine de mort en 2020

La peine de mort a été abolie en France contre l’opinion publique majoritaire. Cette préférence du « pour » a diminué, puis la voici qui se réveille. 30 ans après, certains intellectuels tentent de reconvaincre de la nécessité du « contre ». Je me précipite avidement sur la tribune de Philosophie Magazine.

Mon Dieu quelle déception ! Je sors de cette lecture avec l’impression que loin d’une logique intellectuelle, l’auteur a cherché à enrober un commandement biblique avec quelques arguments vaseux.

Mauvais début : l’affaire devait être entendue. Pas besoin de revenir sur le sujet. Aïe ! Si les idéaux proposés à la société ne devaient jamais être remis en question, peut-être serions-nous en train de vivre un ‘1984’ de Georges Orwell. Une société n’est jamais idéale et l’idéal doit constamment s’y justifier.

Cesare Beccaria, un juriste italien du XVIIIè siècle, est appelé à la rescousse. Quels sont ses arguments imparables ?

1) La peine de mort n’est pas démocratique. Il serait « absurde qu’un citoyen donne au représentant du pouvoir la possibilité de le tuer ». L’auteur semble ignorer qu’un collectif n’est pas une collection d’individus. Le collectif s’impose aux individus en tant qu’intérêt du plus grand nombre. Il est arrivé que des meurtriers réinvestis par leur conscience sociale réclament d’être exécutés.

2) La peine de mort n’est pas dissuasive. « Ce n’est pas la sévérité de la peine qui produit le plus d’effet sur l’esprit, mais sa durée ». Probablement l’auteur pense-t-il que tous les condamnés sont des aliénés. En effet les citoyens doués de raison sont sensibles à la dissuasion. Certes les circonstances entourant les grands crimes ne favorisent pas les décisions rationnelles. Mais dans ce cas c’est la punition en général, et pas la peine de mort en particulier, qui n’est pas dissuasive.

3) La peine de mort est contre-productive. « La peine de mort est nuisible par l’exemple qu’elle donne. […] Il me paraît absurde que les lois, qui réprouvent et punissent l’homicide, en commettent elles-mêmes ». L’auteur oublie opportunément à présent que « les lois » en question n’ont pas été adoptées démocratiquement. Elles dénigrent leur propre principe, qui est de représenter l’opinion majoritaire.

En outre l’auteur ne comprend visiblement pas ce qu’est un langage. Un langage utilise des mots, des concepts, des émotions, des attitudes, compréhensibles par les deux parties. Avez-vous déjà essayé de calmer une personne en colère avec un ton calme ? C’est sans espoir. Il est plus efficace de s’énerver également, d’adopter le même langage corporel vigoureux, en lui donnant une tonalité empathique. C’est alors que le contenu de votre discours atteint l’autre et le ramène à d’autres pensées.

4) La peine de mort est illogique. « Un crime ne peut-être puni par le moyen dont il use lui-même. On ne punit pas un voleur en le volant lui-même ». Confusion à nouveau entre le point de vue de l’individu et du collectif. La moralité d’un acte peut s’inverser radicalement en passant de l’un à l’autre. C’est grâce à cette inversion que nous ne condamnons pas un soldat de retour de guerre à la prison à perpétuité.

N’existe-t-il pas de meilleurs arguments contre la peine de mort que cette médiocre tribune ?

Car malgré mes vitupérations précédentes je n’en suis pas un partisan, pour une raison essentielle, qui était sans doute à la racine de la démarche de Badinter : les prisons sont emplies d’individus au psychisme aliéné blessé ou tordu par la société elle-même. Il n’existe pas de déterminant génétique du crime. Le collectif peut affirmer que les citoyens sont collectivement responsables du destin de chacun d’eux, de chaque traumatisme en particulier, de chaque défaut de prise en charge.

Au Moyen-Âge, qu’est-ce qui faisait hurler la foule de joie devant une exécution publique ? C’était le soulagement, en chacun des spectateurs, de ne pas être à la place du condamné. Il leur ressemblait trop. Aujourd’hui encore, ce que nous cherchons à détruire avec la peine de mort, c’est une idée bien dissimulée dans l’inconscient : que dans un état de révolte ou de délire aussi extrême que l’accusé, nous aurions pu faire la même chose.

Le seul argument juste de la tribune précédente est « la peine de mort est contre-productive ». Pas pour les raisons données. Elle est contre-productive parce que le condamné n’a aucune chance de rembourser la victime, sa famille, ou la société. Le drame est une perte sèche. Avec la peine de mort au moins arrête-t-on les frais : la société ne paiera pas le coût très élevé d’un internement à vie.

Mais si la société se préoccupait véritablement de “productivité“, elle mettrait le condamné en demeure de rembourser le préjudice. Par un travail soutenu. Il n’existe qu’une seule voie vers la réhabilitation : être à nouveau désiré. Comment s’y engager du fond d’une cellule ?

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Tribune contre Edwy Plenel et autres planificateurs du musée colonial

Magnifique intervention de 4 intellectuels calédoniens, kanaks et européens unis dans une même voix, contre le discours daté typique de certains métropolitains. Comme tant d’autres, Edwy Plenel parle d’une distance d’une demi-planète et d’un demi-siècle de ce qu’il ne connaît pas. Il symbolise cette névrose coloniale encore bien active en métropole et qui s’est transformée depuis longtemps en lutte de classes dans les colonies. La névrose est métropolitaine et non calédonienne, et la thérapeutique de Plenel est exactement le contraire de celle qui est nécessaire. Lisez donc « L’erreur de la France », mon précédent article sur le référendum, monsieur Plenel.

Edwy Plenel : « la France doit saisir l’occasion du référendum du 4 octobre sur l’avenir du Caillou pour se libérer elle-même de la question coloniale, en accompagnant l’indépendance en relation voulue par les indépendantistes de Kanaky. »

Ceci n’est pas une thérapeutique de la névrose coloniale, c’est la reconnaissance de sa validité. C’est dire à quelqu’un qui a peur du vide : « Tu as raison d’avoir peur du vide, mais je vais t’accompagner au bord ». Non, monsieur Plenel, les calédoniens n’ont plus aucune raison d’avoir peur du vide. Kanaks ou européens, ils sont adultes.

Les liens:
La 1ère France TV
Tribune sur Le Monde

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L’erreur de la France

Dans cet article j’explique la relation psychologique entre la Nouvelle-Calédonie/Kanakie et la France, avec l’aide de l’analyse transactionnelle. Cette approche montre que non seulement la France se fourvoie dans son attitude actuelle de non-ingérence, mais que cette politique est la pire pour une Calédo-Kanakie éventuellement indépendante. Quand deux frères se battent violemment et que papa a toujours été là pour les séparer, la non-ingérence devient un message très fort. C’est : « Blessez-vous gravement, je m’en lave les mains ». Je montre que l’ingérence productive n’est pas celle de la relation parent-enfant exercée depuis deux siècles, mais celle du partenariat entre économies indépendantes, privilégié par les liens culturels.

Mais revenons d’abord à la racine des informations que vous recevez : au discours. Chacun d’entre vous sait qu’un discours dissimule une foule d’interprétations possibles selon la personnalité qui l’énonce et celle qui écoute. Un discours est une émergence, minuscule partie visible de l’énorme complexité de l’esprit. Le discours ne ressemble pas forcément au reste. Il peut être aigu, tranchant, et l’esprit est tout en rondeurs sous la surface. Ou au contraire le discours est mielleux, réconfortant, et l’esprit sous-jacent est dur, avide, méprisant.

Un discours contient finalement très peu d’information exploitable si vous ne connaissez pas intimement celui qui parle et celui qui écoute. En entendant le compte-rendu d’un sujet qui vous touche de près, vous vous dites souvent : « Mais de quoi parle ce journaliste ? Est-il seulement venu voir ce qui se passe ici ? ». Les médias seraient-ils alors une vaste fumisterie ? S’ils ne transmettent que des discours, c’est effectivement une information sévèrement tronquée. Les réseaux sociaux sont pires encore. Loin d’analyser qui parle et qui écoute, ils multiplient les « ce que moi j’en pense ». Qui fait pour vous le tri dans toutes ces manipulations ?

Parmi les médias existent heureusement ceux qui vont dans l’intimité des personnages. Regards psychologiques, philosophiques. Ils ne vous vendent pas leur réalité personnelle, ils démontent les autres, dont la vôtre. Incision difficile ? Respirez un bon coup.

La France est lourdement handicapée, chroniquement, par sa névrose coloniale. La psychanalyse n’est pas terminée. La culpabilité se transmet de décideur en décideur (blanc). Peut-être faudrait-il un président noir ou beur pour y mettre fin ? Cette culpabilité transgénérationnelle donnerait presque du sens au décodage biologique, une pseudo-science qui pousse très loin le psychosomatique : nos maladies seraient héritées de conflits remontant jusqu’à nos aïeux. Ton cancer est un message. Ton arrière-grand-père est parti en exil ? Tu en subi le stress. Tes arrière-arrière-arrière-grands parents ont colonisé la Nouvelle-Calédonie ? Aujourd’hui c’est toi qui paye la dette, qui travaille à la place de l’autre.

Vis à vis des anciennes colonies devenues départements, collectivités associées, la névrose française se résume ainsi : j’allaite, j’écoute, je n’interviens pas. Je suis papa mais je n’éduque pas. Je donne des jouets, peu importe qu’ils soient cassés. Je donne des billets, tant pis s’ils sont brûlés ou volés. J’attends que mes enfants grandissent, en espérant qu’ils finiront par me pardonner.

L’analyse transactionnelle est fondée sur l’idée simple que notre personnalité peut prendre plusieurs états, Parent, Adulte et Enfant. Elle correspond à des réflexions que chacun se fait en observant les autres : « Il est paternaliste », « c’est un adulte responsable », « il fait l’enfant ». L’analyse transactionnelle ajoute des règles de bon sens : une attitude paternaliste place d’emblée l’autre en position infantile, et vice versa. Tandis que deux Adultes ensemble ont une relation équilibrée.

Désignons comme ‘la France’ la conscience culturelle partagée par les gens originaires de métropole, et ‘la Kanakie’ la conscience culturelle kanak. Sous le regard transactionnel, la France a constamment endossé l’état Parent, obligeant la Kanakie à occuper l’état Enfant. Enfant… devenu rebelle, depuis le temps. L’agressivité de cette rébellion adolescente kanak envers le parent français n’est plus dissimulée. Lassée, la France-Parent finit par démissionner de son rôle, abandonnant la Kanakie-Enfant dans une révolte toujours pas digérée.

Car la rébellion, dans une relation Parent-Enfant, n’est pas un désir de rupture. C’est l’attente d’une reconnaissance : celle que l’Enfant a grandi, qu’il mérite le statut d’Adulte, l’égalité avec le Parent. Parent qui doit lui-même basculer dans l’état d’Adulte et abandonner son paternalisme.

Si le switch n’est pas fait, de part et d’autre, chacun stagne dans son état initial. Le Parent tombe dans une névrose paternaliste. L’Enfant végète dans une névrose infantile. L’indépendance des Nouvelles-Hébrides en Vanuatu en est le parfait exemple. N’importe quel autre Parent (Australie, Chine) peut réadopter ultérieurement l’enfant abandonné, qui a perdu l’envie de se défendre.

La non-ingérence de la France ne favorise pas la maturité de la nouvelle Kanakie. Elle l’étrangle. Elle l’assassine. Rares sont les dirigeants indépendantistes qui en ont conscience. La plupart n’ont pas réglé le difficile sujet de leurs propres frustrations de jeunesse. Le décodage biologique a raison : c’est la prochaine génération kanak qui sera malade du conflit irrésolu que ces dirigeants vont léguer. Kanakie… ou Kanaku ?

Rétorquez-moi, c’est facile, que parler péjorativement de Kanaku est un jugement de métropolitain. Le kanak, lui, ne va-t-il pas hurler de joie ? Le vanuatais n’a-t-il pas été cité comme le citoyen le plus heureux au monde ?

Aïe ! Là aussi c’est un jugement, et un classement, fait par des occidentaux. La réalité est que tout jeune vanuatais un peu curieux, talentueux, ne rêve que de quitter son île et voir le monde. Les plus volontaires s’installent en Nouvelle-Calédonie et se considèrent chanceux, alors qu’ils occupent des postes très subalternes par rapport à leur intelligence.

Quel est le jugement le plus indépendant ? C’est celui de l’humanité collective, celui d’un citoyen du monde. Il est ceci : le citoyen chanceux est celui qui décide de son destin comme il l’entend. Rester, partir, revenir, tous les choix lui sont permis. Nous faisons le plus bel honneur à nos racines… quand nous pouvons les déterrer, et les replanter. C’est dans la décision de les garder que réside l’hommage, et non dans l’impossibilité d’en changer.

Pour avoir connu l’intimité des vanuatais avec l’association Solidarité Tanna, je dirais qu’ils sont heureux dans le présent, et mélancoliques dans leur destinée. Vivre dans un présent perpétuellement identique, en refusant les conflits. Être ce présent, sans pouvoir le guider. Être impuissant s’il est menacé, parce que l’avenir est planétaire et que votre voix est inaudible à cette hauteur…

Que devrait faire la France en pratique, pour échapper à son erreur ?

Le Parent donne de l’argent de poche (que se disputent les deux frères). L’Adulte fait des affaires.

La France doit être, avec ses colonies, le meilleur des représentants de commerce. Il doit les démarcher activement, incessamment.
« J’arrête l’argent gratuit dont seuls quelques intermédiaires véreux profitent ».
« Je veux être votre partenaire privilégié avec des conditions sans concurrence ».
« Produisez vous-même votre nickel et je vous l’achète au meilleur prix ».
« Manque de fonds pour une usine ? Donnez-moi une part minoritaire. A vous d’assurer sa rentabilité ».
Etc… Relation d’Adulte à Adulte, par une négociation commerciale directe de la France avec les partis indépendantistes, qui contrôlent de fait le congrès.

Qui refuse la meilleure offre quand il est enfin traité comme un égal ?

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Pourquoi les mâles féministes de la première heure ne se retrouvent pas dans le militantisme contemporain ?

Vous avez en effet certainement remarqué cette évolution du féminisme, d’un idéal universel porté par des intellectuelles, à une secte qui tente de faire assimiler toutes les mains aux fesses des siècles passés à des crimes contre l’humanité.

Comment en est-on arrivé là ? Les soutiens masculins du féminisme, quand ils sont interrogés sur ses excès actuels, se réfugient derrière l’argument du passif historique. Les féministes sont disculpées de leurs débordements par le fait que leurs aînées ont longtemps tenu des seconds rôles.

Cela ne vous rappelle-t-il pas la dette coloniale ? Les descendants de colonisateurs sont censés être toujours débiteurs vis à vis de descendants des colonisés, malgré que les concernés soient tous éteints depuis longtemps. Débiteurs comment ? Jusqu’à quand ? Quelles faiblesses et incapacités bien contemporaines cache-t-on derrière ces revendications ?

Il ne s’agit pas de déplacer le sujet mais de faire un parallèle avec les solutions préconisées : discrimination positive, pourquoi pas, mais temporaire. Égalité des chances à préférer à l’assistance. Mais surtout ne pas faire des ex-colonisés une nouvelle génération d’esprits étroits, ayant épousé tous les défauts des anciens colonisateurs.

C’est-à-dire que le féminisme ne devrait pas former une génération de machos féminins, empreinte des défauts les plus caricaturaux de l’ex-dominant masculin : intolérance, défaut de nuance, égocentrisme, violence, provocation, etc.

C’est pourtant bien à cela que nous assistons aujourd’hui. Le féminisme est une poussée d’exigence de droits individuels pour les femmes identiques à ceux des hommes. Poussée d’individualisme ? Peut-on croire qu’elle ne se fait pas au détriment du collectivisme ?

Je vais cesser un instant de parler de femmes et d’hommes et définir arbitrairement un principe féminin collectiviste et un principe masculin individualiste. Les deux existent en chacun d’entre nous, avec une force variable. Il existe des femmes où le principe masculin est fort et des hommes où c’est l’inverse. Néanmoins la génétique, et ses corollaires anatomiques et métaboliques, influencent l’équilibre moyen entre ces principes selon le sexe.

Le principe féminin est le souci de l’autre, de la progéniture, de partager, d’exercer et recevoir une protection. Ce n’est pas une construction entièrement psychologique et culturelle. La culture est une émanation de la nature. Nous ne sommes pas déterminés par la nature, mais sous son influence à coup sûr.

Les contenus conscients sont fortement impactés par l’environnement socio-culturel. Heureusement pour la cause féministe : c’est là qu’est situé le levier le plus efficace pour les changements. Mais la conscience n’est que l’émergence d’un processus mental fait de propositions inconscientes pour l’essentiel.

Certes c’est dans cet inconscient que se cache la programmation inadéquate du mâle conquérant encouragé à assujettir la femme par ses apprentissages sociaux. L’éducation est à revoir. Mais que fait-elle surtout aujourd’hui ? Elle apprend les femmes à faire la même chose : à assujettir l’autre quand il ne montre pas les mêmes performances que soi.

L’éducation contemporaine exalte l’individualisme. Elle valorise la performance individuelle, pas le comportement social. Même le travail en groupe est vanté comme stimulant la moyenne des résultats individuels plutôt que soutien aux moins performants. La solidarité est laissée à charge du collectif institutionnel. Les individus sont débarrassés de cette charge. Il n’y a plus d’incitation individuelle à aider. Que reste-t-il encore pour s’en charger, spontanément ? Notre principe féminin.

La culture passée était simple, manichéenne : des hommes encouragés à développer leur principe masculin, les femmes à exercer leur principe féminin, peu importe leurs élans individuels. Aujourd’hui les aspirations sont clairement plus personnalisées. Il est juste que les femmes prétendent satisfaire les leurs égalitairement avec les hommes. Mais qu’est-ce qui peut compenser cette poussée générale de l’égocentrisme ?

Pour que le collectivisme ne s’effondre pas, il aurait fallu que les hommes fassent un effort parallèle pour libérer leur principe féminin. Rien que cette manière de le présenter est un marketing catastrophique ! Mais à vrai dire, qu’est-ce qui pourrait inciter les hommes à évoluer ainsi dans une société qui promeut la réussite individuelle ? Il existe un véritable problème général d’affaiblissement du collectivisme. Il ne tient plus que par des lois et des punitions. Il n’est plus propriétaire des individus. Alors qu’au siècle précédent il était encore vivace chez les plus paternalistes de ces messieurs et les plus maternelles de ces dames.

Le tabou le plus dissimulé du féminisme, c’est le sort de la génération des femmes impliquées malgré elles dans un combat initié par les plus élitistes. Génération éduquée dans l’idée que leur protection serait garantie. Victime des effets pervers de la médiatisation du féminisme : les mères au foyer ont du chercher du travail sans être pour autant débarrassées des tâches familiales. Les maris indélicats ont commencé à dire à leurs femmes vieillissantes : « Puisque c’est l’égalité à présent, séparons-nous et chacun pour soi ». Les tribunaux ont tenté de réparer les torts à travers… les discours devenus égoïstes de part et d’autre.

Cet effondrement de la solidarité a créé un grand nombre de ‘gueules cassées’ chez les femmes de plus de 50 ans, malheureuses rescapées de la guerre sans merci entre les sexes. Le féminisme leur avait promis une vie épanouie. Elle n’est pas plus facile. Plus libre sans doute, mais aussi plus dépourvue d’amour, de cet amour qui se donne sans condition, que les hommes peuvent distribuer à leur tour, mais qui fait la force principale de l’âme féminine et de l’attachement que le principe masculin éprouve pour elle.

Ma compagne a l’un des esprits les plus libres que j’ai rencontrés. Il est aussi l’un de ceux où le principe féminin est le plus fort. Cela n’empêche en rien son principe masculin de s’exprimer vivement (elle m’a imposé le titre de l’article). Ses entreprises individuelles sont aussi motivées et ambitieuses que les miennes. Moins affranchies de notre environnement social par contre. Ma compagne tient davantage compte de l’opinion des autres que moi.

Le militantisme féministe est différent. Il exalte le principe individualiste, c’est-à-dire utilise les armes du masculin ; cependant, pour les rendre plus agressives, il réprime aussi le principe féminin. Le désir de procréation devient une entrave. La maternité un emprisonnement. L’éducation un esclavagisme. Le militantisme incite les femmes à devenir plus agressives, plus indépendantes, plus mâles. Il corrompt la réalisation personnelle, incitant à être soi-même tout plus que partie.

J’ai parlé en titre de la déception des hommes féministes, mais les femmes féministes sont aussi concernées. Celles qui ne se sentent pas représentées dans la dérive sectaire sont vilipendées par les autres. Nous ne sommes plus dans une démarche universelle mais bien dans un communautarisme. Le communautarisme n’a rien d’un égalitarisme. C’est un racisme. Un ostracisme anti-masculin. Avec un grand gagnant : le principe masculin, exacerbé chez les XX à présent autant que les XY. Et un grand perdant : le principe féminin, la véritable solidarité éprouvée pour l’autre, et non le principe institutionnalisé que l’on appelle aujourd’hui ainsi.

Si j’ai fait l’analogie avec la dette coloniale, c’est que l’issue peut être la même. Par son désir d’indépendance, l’ex-colonisé s’est emparé de la volonté d’appropriation du colonisateur, de son principe masculin hypertrophié. Il en a épousé les excès, affiché les pires côtés. Il est devenu à son tour raciste, égoïste, violent. Génération à l’esprit dévasté par les frustrations.

Un positiviste dirait qu’ensuite il cicatrise, il pardonne, se pardonne, retrouve sa fierté. D’un amour de soi renforcé peut jaillir à nouveau l’amour des autres. Ces gens-là existent, mais ne sont pas nombreux. La plupart d’entre nous sont leurs cicatrices. Néanmoins réaccéder à notre principe féminin permet un effort essentiel : choyer la génération suivante. Ne pas les faire hériter de nos névroses. Les encourager à développer autant leurs deux principes, qui coopèrent bien plus souvent qu’ils ne s’opposent.

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Sommes-nous au bord de l’extinction?

Il faut scinder ce problème en extinctions intrinsèque et extrinsèque.

L’extinction extrinsèque vient des facteurs extérieurs à l’humanité (comète, hyperactivité solaire, etc). Pas prévue dans un proche avenir, imprévisible au-delà.

L’extinction intrinsèque concerne l’humanité en tant que gigantesque organisation vivante placée dans un écosystème. Cet organisme est-il bien adapté à son environnement ? Peut-il le modifier et survivre ? Peut-il s’en échapper ?

La qualité d’organisation de l’espèce humaine en décide. Ses conflits internes sont-ils létaux ou solvables ? Les conflits sont ceux d’individus réunis dans un collectif. Comment sont-ils gérés ?

Ces conflits sont analogues à ceux des cellules dans un organisme. Bactéries devenues eucaryotes, les cellules coopèrent à l’aide d’un code génétique partagé. Certaines s’en émancipent. Elles se multiplient sans frein pour devenir une colonie cancéreuse, capable de détruire le collectif. Les cellules immunitaires sont la police chargée de les éliminer avant qu’elles n’aient acquis trop d’importance.

De même la société est un ensemble de citoyens qui coopèrent à l’aide d’une conscience sociale et de lois, mais certains s’en émancipent. En petit nombre ils sont emprisonnés. En grand nombre ils font des révolutions qui, espèrent-ils, vont faire muter le collectif, mais qui peuvent aussi provoquer son extinction, comme un cancer trop avancé.

Les relations entre individus et collectif sont médiées par le système politique. La question devient : nos systèmes politiques peuvent-ils prévenir une extinction intrinsèque ?

La démocratie est le meilleur système historiquement sélectionné. Mais l’humanité n’a pas construit une démocratie mondiale. Affirmons même que nos démocraties actuelles n’en sont plus vraiment. ‘Démocratie participative’ est le nom à la mode pour une anarchie.

Une démocratie repose en effet sur la délégation du pouvoir individuel. C’est une hiérarchie politique, locale, nationale, mondiale en théorie, mais également professionnelle, culturelle, scientifique. Ces hiérarchies sont des niveaux d’organisation dotés de leurs propres règles. Les critères diffèrent des aspirations individuelles, dans une indépendance relative. Une démocratie compétente possède des contre-pouvoirs efficaces.

L’anarchie fonctionne autrement. Le pouvoir n’est plus délégué. L’individu cherche à l’exercer lui-même. Pouvoir théoriquement égalitaire avec ses voisins. Mais l’image positiviste que chacun a de soi rend cette égalité impossible. La société anarchiste est une collection d’individualistes et non un collectif. C’est un chaos social, une atmosphère de groupes de hautes et basses pressions. Modèle de nos sociétés actuelles, aussi connectées que les masses atmosphériques.

Malheureusement la disparition des hiérarchies rend une société plus fragile, parce que moins structurée. La preuve vient d’en être donnée avec un virus bénin qui manque de peu effondrer l’économie mondiale, sous la direction d’une foule anarchiste et non plus du niveau de décision épidémiologiste. Que provoquerait une épidémie véritablement destructrice ?

Nous pourrions ainsi être au bord de l’extinction parce que l’humanité est en pleine mutation de ses systèmes sociaux, et que l’anarchie participative n’a pas fait la preuve de son efficacité dans des circonstances difficiles.

Mutation qui pourrait rendre le grand organisme de l’espèce humaine plus vulnérable que jamais aux accidents de son environnement, malgré son impressionnant progrès technologique. La technologie sert à détruire autant qu’à protéger. Comment peut-elle nous sauver si chaque cellule décide de suivre ses propres règles et qu’il n’existe plus de système immunitaire ?

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Noir et blanc

Les kanaks sont identiques aux blancs.

Mêmes nombres de chromosomes. Mêmes Homo Sapiens. Mêmes cerveaux. Les bébés kanaks naissent identiques aux bébés blancs. Puis leur environnement diffère.

Un kanak n’est pas identique à un blanc. Chacun possède sa génétique et son environnement particulier. Les individus ne sont pas égaux. Raison pour laquelle, déjà, un blanc n’est pas identique à un blanc.

Si je suis kanak je dois donc faire une différence critique entre ‘être kanak’ et ‘être un kanak’. Être kanak n’apporte aucun inconvénient ni avantage. Aucune différence générale avec les blancs. Tandis qu’être ‘le kanak particulier que je suis’ me rend unique, comme n’importe quel autre individu, noir ou blanc.

A l’évidence nous constatons tous les jours qu’être un kanak, ce n’est pas la même chose qu’être un blanc. Comme ce sont génétiquement les mêmes Homo Sapiens, cela démontre le poids extraordinaire de l’environnement.

Notre environnement peut sembler agité, agressif, hasardeux, difficile à contrôler. Pourtant il est très organisé. Notre esprit le divise subrepticement en départements dont s’occupent automatiquement ses grandes tâches mentales.

Le département le plus vaste et omniprésent est l’environnement matériel. Univers extraordinairement varié des lieux et des objets qui nous entourent. Les sens éveillent les représentations de ces choses dans notre esprit et celui-ci renvoie des ordres à nos muscles. Les habitudes patiemment mises en place dans l’enfance rendent la plupart des comportements quasi-automatiques. L’intention de se diriger vers un endroit suffit pour que le corps se mette en marche. Pas besoin de s’occuper des détails. Sensations et contractions se coordonnent. Les pensées peuvent vagabonder. Notre programmation mentale est bien adaptée à notre milieu physique habituel.

L’environnement ne comporte pas que des objets. Des êtres vivants y habitent. En particulier des congénères. Être vivant c’est afficher une certaine autonomie. Pour l’esprit ce sont des entités plus difficiles à prédire. Nos représentations mentales à leur sujet restent approximatives. Même une fourmi peut être difficile à attraper. Son trajet est imprévisible. Quant à deviner ce qu’un cerveau aussi sophistiqué que le nôtre va inventer comme projet… Les autres Homo Sapiens sont les plus compliqués. L’esprit consacre davantage de ressources à les représenter. Finalement, au quotidien, nous avons l’impression de concentrer l’essentiel de nos efforts mentaux aux relations avec nos proches, et très peu à l’environnement matériel.

Car ces Homo Sapiens il n’en existe pas deux qui soient similaires. Vous pensez avoir compris comment l’un fonctionne ? L’autre réagit différemment. Impossible de recueillir suffisamment d’informations pour les gérer tous. Comment se débrouiller dans une foule ?

C’est l’utilité de nos cercles sociaux et de nos classes socio-culturelles. Ces départements-là de l’esprit sont virtuels. Ils ne servent pas à gérer l’environnement matériel mais les relations avec les êtres vivants, des négligeables aux prioritaires.

Les cercles principaux sont le couple, la famille, les amis proches, le clan, les relations professionnelles, les amis plus lointains, les voisins, les gens partageant la même culture, la race, la nationalité, l’appartenance à Homo Sapiens (vis à vis des animaux). Les gens (et les animaux) traversent ces cercles pour se rapprocher ou s’éloigner de vous.

Plus ils sont près du centre plus leurs représentations sont détaillées et actives dans votre esprit. Au point que leur absence crée un vide. Mais toutes ne sont pas associées au plaisir. Vos rivaux, opposants, supérieurs tyranniques sont très présents également. Cette proximité perturbe les relations avec les autres. Une altercation vous rend irritable avec vos proches.

Les cercles sociaux ne sont pas complètement virtuels. Certains reçoivent une validation officielle, attestée par des documents : mariage, livret familial, contrat de travail, membre d’une association, passeport national. D’autres sont officieux : les fans d’un même groupe musical ou d’une pratique artistique aiment se retrouver mais ne sont pas fichés. Enfin certains cercles sont montrés du doigt. La différentiation sur des critères physiques peut facilement déraper. C’est le racisme et divers ostracismes vis à vis des handicapés, des petits, des gros, des bizarres en tous genres. Nous y reviendrons dans un instant.

Les cercles sociaux habitent réellement notre esprit. C’est leur présence qui règle vos décisions, les modifiant parce que « C’est la famille », « C’est un kanak », ou « Il est blanc ». La même affaire peut aboutir à une conclusion radicalement opposée selon où se situe la personne. Les cercles excluent autant qu’ils rapprochent. Le classement se fait dans la relation avec chaque individu. C’est parfois l’autre qui s’exclue lui-même, par son agressivité. Vos critères ne sont pas toujours en cause.

La conséquence est importante. Ostracismes et exclusions ne sont pas forcément répréhensibles. Un condamné qui croupit en prison s’estime victime d’un ostracisme. Mais la justice, qui représente la conscience sociale majoritaire, considère cet ostracisme nécessaire. Ce n’est pas l’individu qui est cible de l’ostracisme mais le comportement qui l’a conduit là. S’il abandonne cette part de lui-même il est considéré comme réhabilité. Nous sommes une collection d’éléments de personnalité. Qu’ils se réajustent autrement et le prisonnier réintègre le cercle ‘citoyen libre’.

Les ostracismes sont l’issue inévitable des conflits ne trouvant pas de solution. Qu’indiquent des ostracismes forts dans une société ? Des membres qui ne discutent pas. Des cercles étanches. Des Homo pas si Sapiens. L’ostracisme est à la fois cause et conséquence de la non-circulation des idées. Cause parce qu’il est une barrière étanche aux idées nouvelles. Conséquence parce qu’il s’installe sur la pauvreté du débat intérieur.

Un ostracisme fort est appelé racisme. Il n’est plus un filtre qui renforce l’identité. Il est devenu une interdiction de changer. Le racisme s’auto-entretient très bien. Après tout il met à l’abri des conflits. Plus de questions litigieuses, déstabilisantes. Le racisme apporte assurance et solidité… à un univers intérieur étriqué.

Il est dommage que le terme ‘racisme’ ait pris un tel sens. ‘Race’ est devenu un mot si péjoratif que  certains scientifiques s’efforcent de le faire disparaître, clamant l’inexistence des races au niveau génétique. Mais l’apparence raciale utilisée par les gens n’est pas une enquête génétique. Elle agrège une multitude de critères : morphologie, langage corporel, habillement, us et coutumes, langue, représentations du monde visible et invisible.

Cette large agrégation a des avantages et des inconvénients. L’avantage est que la classification raciale évite de rentrer dans les détails. Très bien pour les gens pressés. Ou pour parler de populations. Il n’est pas considéré comme raciste de parler « des chinois », « des anglo-saxons », « des mélanésiens ». Par contre le critère racial prend une autre tonalité si en observant un individu vous expliquez son comportement par « C’est un chinois » ou « C’est un blanc ». D’où vient la différence ?

Parler de populations restreint les critères auxquels vous faites allusion. « Les chinois » ne concerne que leur apparence faciale générale, leurs mimiques habituelles, leur langue et leur mode de vie. « Les chinois » ne dénie pas des particularités individuelles à chaque chinois. Tandis que définir un individu par « C’est un chinois » le réduit à ces critères généraux. C’est lui dénigrer le droit d’agir en tant qu’individu, de s’affranchir des caractéristiques collectives de la race.

Quand un blanc dit « C’est un kanak », il réduit la personne désignée à un agriculteur dépourvu de sens de la propriété et soumis à la coutume. C’est raciste au sens péjoratif. Un kanak est en réalité un individu unique, comme tout Homo Sapiens, qui respecte la coutume. Il le fait à sa manière strictement personnelle. La coutume est dure parce qu’issue de conditions de vie difficiles. Le collectif était important pour la sauvegarde des individus. La coutume peut sembler étouffante… comme la plupart des héritages. Mais sous l’étouffoir existent des personnes susceptibles d’interpréter la coutume de façon variable. Le blanc n’a pas la sensibilité nécessaire pour le voir. Il est à l’extérieur du cercle très dense formé par la coutume. Il n’en perçoit pas l’intérieur.

Classer les gens par la race n’est pas dépourvu d’utilité a priori. Tout dépend de la taille de l’échantillon auquel on applique ce classement. Il est utile pour les grands groupes, où seuls des critères généraux sont concernés. Il est calamiteux à propos d’un individu, puisqu’il aveugle à toute la richesse de la personne.

Ce racisme-là est employé par les gens qui ont déjà trop de conflits à propos d’eux-mêmes pour s’embarrasser de ceux créés par la proximité de l’autre. Le racisme est un durcissement des cercles visant à protéger une identité fragile. Car n’oublions pas qu’au centre du cercle se situe… notre propre personnalité. Une personnalité parfois tellement tailladée de névroses que la première chose qu’elle exprime… est le désamour de soi.

Il est catastrophique d’appliquer uniformément le terme ‘racisme’ à ces deux manières très différentes, la globale et l’individuelle, d’utiliser la classification par races. Nos meilleurs philosophes se font piéger. Alors nos politiciens sont des proies rêvées pour une telle manipulation. Ils renoncent à des décisions de gestion concernant les critères socio-culturels des populations qu’ils gèrent, de peur de se voir accuser de racisme individuel. Dans l’autre sens, les électeurs racistes torpillent leurs idées en montrant trop bien qu’il s’agit d’une extension de leurs petites haines du quotidien, du désir de changer de voisins, plutôt que la gestion saine du choc entre les cultures.

Un exemple est l’inclusion de critères raciaux dans les recensements. Le gouvernement français y a renoncé. Alors que le pays n’a jamais été pareille mosaïque socio-culturelle. Comment gérer les équipements, les souhaits des populations, les conflits, sans connaître les ethnies et leurs préférences ? Le racisme des enquêtes généralistes est utile, nécessaire. Le cercle ‘gestion nationale’ est différent de ‘gestion communale’, lui-même différent de ‘gestion de l’immeuble’. Les discours peuvent se superposer puisqu’ils ne s’adressent pas aux mêmes cercles.

Mais il est vrai que nous avons du mal à être plusieurs personnes selon les sujets abordés. Nos départements mentaux ont une indépendance toute relative. La conscience est fusionnelle. Un certain racisme est bénéfique pour nos valeurs identitaires. Un autre est désastreux pour juger celles de nos voisins. Mais l’un déteint sur l’autre.

Si je suis raciste je raisonne correctement quand je dis « Je suis la culture A faite individu ». J’ai accès à suffisamment de choses en moi pour savoir que je suis quelque chose de plus que cela. Je raisonne incorrectement en disant « Untel est la culture B faite individu ». Parce que la conclusion logique est : le premier individu (moi) n’a rien de commun avec le second individu (condensé de la culture B). Cette conclusion est fausse. Les deux individus sont mus par des instincts, des espérances, communs pour l’essentiel. Les besoins corporels sont similaires. Le souci de la progéniture est similaire. La recherche de santé est similaire.

Autrement dit je me trompe en traitant l’étranger comme un symbole de sa culture. Il n’est ni un vêtement folklorique, ni une fête religieuse, ni une couleur de peau. Il est en réalité une personne dotée des mêmes pulsions que moi-même, les confrontant à sa propre culture. Il fait… strictement la même chose que moi.

Tous les films cherchant à torpiller le racisme insistent sur ce switch nécessaire de la pensée : aborder l’étranger comme un autre soi-même, et non comme une bizarre icône sur pattes venue s’échouer dans un écosystème qui n’est pas le sien. Malgré tout, cette prise de conscience laisse un sentiment d’insatisfaction. Pour quelle raison ?

Reconnaître l’existence des désirs de l’autre ne diminue en rien les conflits qu’ils provoquent. Au contraire, puisque l’exclusion n’est plus une option, les conflits perdurent. L’exclusion était sans conteste la solution la plus facile et rapide. Qui va gérer efficacement le conflit ? Nos dirigeants ? En sont-ils capables, eux qui ne sont généralement impliqués en rien dans ces problèmes ?

Autant le racisme de cage d’escalier est critiquable, autant l’absence de racisme dans une certaine classe politique l’est également. Erreur inverse, aussi grave : ne pas utiliser le critère ‘race’ dans la gestion d’une large population. Employer un collectivisme d’immeuble pour diriger une nation. Nos politiciens sont des Homo Sapiens comme les autres : trop fusionnés.

Trop fusionnés avec leurs conseillers en communication, avec leurs échéances électorales. Trop investis personnellement, alors que la gestion du collectif relève… d’un collectif. Un collectif ancré dans son cercle de compétence, et disposant d’observateurs indépendants. Mais c’est un autre sujet. Revenons au principal. Quelle est la conséquence du refus d’inclure le critère ‘race’ par nos dirigeants ? Il devient exacerbé dans les esprits individuels. Son affaiblissement dans le cercle ‘nation’ le renforce dans le cercle ‘moi et mon clan’. L’identité individuelle cherche logiquement à se protéger, en particulier quand les conditions de vie la fragilisent.

Ainsi la sensibilité aux thèses racistes se mesure au contenu du portefeuille plutôt qu’à une hypothétique ‘largeur de vue’. L’argent, le meilleur extincteur des conflits, éteint très bien ceux qui sous-tendent le racisme. Malheureusement l’argent n’est pas une solution en soi. Il ne gomme pas nos inégalités, il n’en est que le reflet. Lorsque vous démarrez la simulation d’une société avec des échanges qui ne sont jamais strictement équitables, les inégalités de richesse ne font que s’accentuer. C’est une loi mathématique.

La solution est le refus de traiter la société comme un vaste système unique, de lui reconnaître cette hiérarchie de cercles à travers laquelle nous la manipulons individuellement. La société n’existe que dans nos esprits. L’argent est un carrefour de critères appartenant à différents cercles. Lui aussi est excessivement fusionné. Comment a-t-on pu convaincre les gens que l’argent d’un placement financier est le même que l’argent d’un lopin de terre cultivée ? Ils ne traduisent pas le même niveau d’échange. La dimension complexe de la société est occultée. Lorsque les niveaux d’organisation les plus élevés s’effondrent, les fondations restent. Un argent a disparu, l’autre est intact. A l’évidence ils ne sont pas semblables.

Nous ne sommes pas égaux. Les cercles sociaux sont des outils essentiels à la gestion de nos inégalités. Je suis unique, mais plus je m’écarte de mon centre plus je suis tous les autres. Je le suis par franchissements successifs, qui me permettent de cartographier mon identité. Il existe des endroits où je suis égal en importance à tous les autres, d’autres où je dois construire cette importance. Et je dois la construire d’abord en moi-même. Comment l’élargir sans commencer par s’auto-apprécier ?

Le racisme commence à l’intérieur de soi. Derrière cette sensation d’être un « Je » unique. Fusionné certes je le suis. Mais je cache mes propres conflits. « Je » est le premier cercle, en conscience, organisant ces conflits. Il permet de se dire la ‘même’ personne, alors que nous présentons des visages terriblement contrastés selon les circonstances, de la colère à la sollicitude en passant par la mélancolie. « Je » est efficace quand il a réussi à se débarrasser des racismes vis à vis de lui-même, en particulier ceux que les autres ont injectés. Nous récoltons tant de mauvais points chez nos parents fatigués, nos amis énervés, l’école élitiste, les plus doués moqueurs. Tout cela a sédimenté dans « Je ». Comment s’étonner qu’il y pousse des réactions parfois si inattendues, qui découragent les autres parties du soi ?

Un « Je » qui s’apprécie. Qui d’autre peut repousser la pression si forte de l’environnement, dont nous parlions au début ? Qui d’autre peut améliorer les habitudes qui vont mettre de l’ordre dans un quotidien chaotique ? Qui d’autre va identifier les cercles qui protègent mon identité sans exclure les autres ? « Je » suis au centre de mon destin.

Je reste unique, que je sois noir ou blanc.

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ColisExpat, l’ArnaqueExpat

Surtout, surtout, surtout… ne recourez jamais à un service de réexpédition comme ColisExpat !! 

Les soldes et ventes flash vous séduisent-elles comme moi ? Sur Amazon et CDiscount, entre autres, les affaires sont réelles. Surtout comparées aux prix surcotés de l’outremer.

Mais avec ColisExpat, le mauvais sur-prix s’échange contre une mauvaise surprise. Le service n’utilise que l’avion. Rapide mais hors de prix. Colis volumineux taxés en frais de réexpédition délirants. Total : coût du transport supérieur de 30% au prix des articles lors de ma première commande.

Cerise à l’arrivée : les taxes à l’entrée du territoire, calculées sur le prix des articles plus celui du transport. Au final, marchandises plus onéreuses que si elles avaient été achetée sur place, parvenues dans des colis déformés, et avec des délais décourageants si vous devez recourir au SAV.

Seul bénéfice : ma compulsion sur les soldes est guérie 🙂

Mon gilet jaune fait mine grise

Je fais partie des nantis. Il n’y a pas grand chose qui m’énerve chez les gilets jaunes. Le pire reproche est qu’ils m’ont pourri mon propre gilet jaune. Il diminuait le risque que je me fasse pulvériser en vélo sur la route. A présent j’ai l’impression d’être un militant et que le risque de pulvérisation a augmenté.

Rien ne m’énerve chez les gilets jaunes parce que leurs revendications sont globalement justes. Malgré cela leur démarche est foncièrement erronée. Le souci n’est pas d’avoir des revendications. Tout le monde en a. Trop de monde en a. Le souci est de savoir comment porter les revendications.

Ne s’estimant représentés par aucun parti, les gilets jaunes militent de fait pour la démocratie participative. Extrémisme ultime de la démocratie, qui rejoint dans son inefficacité l’extrémisme du communisme, où les citoyens se pensent égaux en toute circonstance. Non !! Nous sommes égaux en importance à la naissance, mais pas en compétences ni en pouvoir personnel, qui dépendent des choix que nous avons exercés. Renier cela serait renoncer à son libre-arbitre. C’est vendre son individualité pour récupérer une parcelle de pouvoir collectif que cette individualité n’a su s’accaparer.

‘Égalité’ est à enlever au burin du fronton de la République. Une imposture. Personne ne vit ‘à égalité’ avec les autres. Pas même les plus chrétiens, les plus charitables. Pas les plus pauvres, qui trouvent toujours plus miséreux que soi, et qui partagent quand il n’y a presque rien à partager.

La société est une gestion des inégalités omniprésentes et conflictuelles. Chaque tentative de réduire ces inégalités a fabriqué une société aliénée, dotée d’élites encore plus inaccessibles et brutales. Négation de l’individu, qui par définition n’est pas le reste du monde.

La démocratie contemporaine ne gère pas correctement les inégalités. C’est un fait avéré. Que 26 personnes possèdent autant de richesse que la moitié de l’humanité témoigne que l’économie est devenue une entité autonome, presqu’entièrement indépendante des préoccupations humaines. Du moins elle est devenue autonome dans l’esprit de ceux qui la gèrent. Absence de connexion entre la tâche ‘économie’ et la tâche ‘humanité’. Robotisation de la fonction cérébrale. Les repères économiques peuvent ainsi évoluer dans leur monde virtuel, émancipé de la réalité qui est une agrégation de tous les repères.

La démocratie participative serait-elle une issue ? Aujourd’hui les citoyens demandent à un pantin appelé ‘président’ d’exercer en leur nom un contrôle sur le robot ‘Économie’. Toutes les pressions et les résistances s’exercent sur lui. Immobilisme garanti. Celui qui sort de son rôle aura une vie brève.

Participer, est-ce demander son avis à tout le monde, quel que soit le niveau de compétence individuelle sur le sujet désigné ? La sagesse de foule fonctionne-t-elle vraiment ? Seulement dans certaines conditions précises, en particulier chacun doit ignorer ce que va dire l’autre. Impossible avec les médias. Les buzz créent au contraire des mouvements de foule, qui sont l’inverse de sa sagesse. La foule s’aligne sur une opinion extrême et non sa moyenne, comme elle le devrait.

Concevoir une sagesse de foule participative serait pondérer la force de l’avis individuel selon la compétence. Avec une sorte de permis à points pour voter en tel ou tel domaine. Structure terriblement lourde à mettre en place, sujette à toutes les erreurs possibles, comme les tests de Q.I. ou la justice. Cependant elle aurait l’immense avantage d’une évolution dynamique, face à l’inertie et au conservatisme des hiérarchies en place.

La vraie participation est remettre sa parcelle de pouvoir à quelqu’un qui nous ressemble et organisera notre désir avec ceux conflictuels des autres, grâce à ses compétences supérieures en médiation. La vraie participation n’est pas de court-circuiter davantage les étapes successives qui mènent à la décision. Elle est d’augmenter ses compétences pour éventuellement s’élever dans la hiérarchie décisionnaire. Court-circuiter la hiérarchie, qu’est-ce d’autre qu’un profane expliquant à l’expert ce qu’il doit faire ?

La hiérarchie doit être multipliée, enrichie, et non abolie. C’est en additionnant davantage de niveaux qu’il devient plus facile de passer de l’un à l’autre. La hiérarchie est pesante parce que les gens s’y installent et deviennent rapidement addictifs à ses privilèges. Une hiérarchie ne fonctionne correctement qu’avec un ascenseur toujours en mouvement. Chaque étage dispose de ses pouvoirs et contre-pouvoirs. Les compétences croissantes dans l’un ou l’autre font monter dans l’ascenseur, descendre dans le cas contraire. Il n’existe pas de chute libre sauf quand on s’est fait parachuter sur le toit.

Les dysfonctionnements dramatiques de la hiérarchie l’ont faite déconsidérer. Plus personne n’en veut. Et pourtant ceux-là s’offusquent de la disparition de la hiérarchie. Quand des ‘jeunes cons’ ou des ‘émigrés’ s’estiment valoir autant qu’eux. Le droit du sol est hiérarchique. Avoir un métier est hiérarchique. La famille est hiérarchique.

Une hiérarchie en bonne santé est indispensable. Il faut l’hospitaliser et non la rendre encore plus bouffie et malade avec de nouvelles revendications ignorant sa présence. La thérapeutique est simple ; elle repose sur deux principes :

1) Vérifier à chaque étage l’équilibre du conflit entre pouvoir et contre-pouvoir.

2) Vérifier que l’objectif est d’organiser au mieux les conflits de l’étage sous-jacent et non de rendre l’étage indépendant des autres. L’économie internationale organise les conflits des pays, le ministère national ceux des entreprises, la direction des entreprises organise les conflits des cadres, les cadres ceux des employés de leur service, etc. Le succès de chacune de ces gestions n’est possible que si la gestion sous-jacente est garantie. Elle n’est pas indépendante. Il s’agit d’une superposition d’organisations (le terme exact est superimposition). Une économie qui cherche à s’émanciper des citoyens est un esprit qui pense inutile de nourrir son corps.

Est-ce une opinion de plus ? Encore un qui veut avoir raison plus que les autres ? Notez que cet article ne contient aucune revendication. Juste le rappel du principe fondamental qui fait le destin de la réalité : l’auto-organisation. Une société malade est une société qui a cessé de s’auto-organiser.

Plus de détails dans un prochain livre : Societarium.

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Sèchinondation

Pourquoi la Calédonie subit-elle à la fois sécheresses et inondations répétitives ? Comment se fait-il qu’aucun réservoir (autres que ceux des mines) ne vienne réguler les deux, dans une contrée où le relief s’y prête remarquablement ? La Calédonie n’a aucun déficit global en eau, et l’eau est un problème permanent. Les barrages régulent efficacement le réseau hydrologique. Ils ont l’avantage supplémentaire de pouvoir héberger de petites unités hydro-électriques. Énergie renouvelable complémentaire du solaire dans les périodes où le soleil est caché par les pluies. Un pas de plus vers l’indépendance énergétique. Plusieurs petits barrages défigurent moins le paysage qu’un seul grand, ont un risque de rupture très faible, et réduisent le coût de transport de l’électricité. Production plus proche de la consommation. Eau et énergie dans un réservoir à la porte de la commune. Le financement ? Les aides constantes en période de sécheresse et d’inondation sont aussi coûteuses qu’un emprunt finançant les transformations, dont les effets se feront sentir bien après son remboursement. Du travail pour les entreprises du territoire, dans une période où le bâtiment fléchit…

La Calédonie manque-t-elle de visionnaires ? Ses politiciens sont-ils plus habiles à partager récriminations et pleurs de ses habitants spoliés, plutôt que dire « Je vais faire en sorte que cela cesse » ?

Qu’est-ce que les supporters de Trump et ceux de Clinton ne comprennent pas les uns à propos des autres ?

(Question posée sur Quora à la suite des élections)

Que les uns comme les autres ne sont pas tant supporters que ça. Plutôt dans le rejet. Le rejet de Clinton a dominé le rejet de Trump. Est-ce vraiment une surprise après la façon dont s’est déroulée la dernière décennie ? La crise de 2008 a laissé des rancoeurs terribles contre l’establishment. Obama a été réélu parce qu’il a plutôt bien géré la crise, et parce qu’il a montré sa volonté de réformer la finance avec le Dodd-Frank act. Cette réforme n’a guère effacé les conséquences de la crise pour un grand nombre d’américains, cependant Obama avait l’excuse d’être empêché de faire sa politique : les banques ont envoyé au Congrès des bataillons de lobbyistes qui n’ont pas relâché une seconde la pression pour faire modifier le texte. De fait, ce dernier a été largement édulcoré. L’électeur n’est pas capable de juger la pertinence d’une réforme, mais il connaît son salaire ; il sait si sa maison lui appartient…

Quand on lui présente une Clinton personnalisant à ce point l’establishment… peu importe que son adversaire soit milliardaire et fasse des promesses intenables. Avant tout, il est anti-conformiste. Ce qui convient très bien aux gens qui pensent que leurs pertes ne sont pas conformes.

Démo-crade

Les démocraties nationales n’ont rien d’un cadre pour le respect du droit des individus. Ce sont des groupes soudés autour de la promotion de leur prince, persuadés de pouvoir s’élever dans son sillage.
Tous ses mensonges, toutes ses corruptions sont excusables. L’on s’enthousiasme de le voir paraître au balcon, alors que derrière, dans l’ombre, des peuples entiers travaillent comme esclaves, leurs chefs vénaux achetés sans mal, leurs femmes vendues aux riches, leurs enfants placés sur des chaînes de montage.
Démocratie nationale, ou tribale ?