Souhaitez-vous voir la Nouvelle-Calédonie s’affranchir de la France?

(question posée sur Quora, forum anglophone)

Pour comprendre la situation en Nouvelle-Calédonie, faisons une petite expérience de pensée qui s’en rapproche. Le décor est une petite ville rurale du Middle West, où le revenu moyen est plutôt maigre, qui vote à plus de 90% républicain. Des entreprises high-tech fabriquant des instruments très délicats décident de s’y installer en raison de la totale absence d’activité sismique dans la région. Comme ces entreprises ne trouvent pas localement les compétences nécessaires, une immigration de cols blancs fait grandir un quartier bourgeois et riche qui vote démocrate. Les ruraux et les cadres s’ignorent et se méprisent, pas toujours en silence. Incidents entre jeunes et cambriolages deviennent courants. Policiers et juges sont payés par l’Etat fédéral. Les ruraux les disent à la solde des riches et les cadres les trouvent laxistes. Un référendum est proposé aux habitants pour savoir s’ils veulent s’affranchir de l’Etat fédéral et devenir indépendants. Ils désigneront et payeront à l’avenir leur propre police et leur propre justice. Pensez-vous que les citoyens devraient répondre ‘oui’ à ce référendum pour l’indépendance vis à vis de l’espace fédéral américain dont les lois ont permis l’installation de cette population nouvelle ?

Cette analogie souffre de défauts, certes, cependant elle permet de comprendre à quel point la question posée lors du référendum calédonien est déconnectée de la réalité locale. Ni le ‘oui’ ni le ‘non’ n’ont bien sûr la moindre chance de résoudre le conflit entre les populations locales. Au contraire, le simple fait de tenir un tel référendum n’a qu’une conséquence possible : exacerber les tensions entre deux groupes équivalents en nombre et aux modes de vie difficiles à concilier.

La question que j’aurais voulu voir poser, en tant que calédonien, est celle-ci : « Etes-vous d’accord pour jeter dehors tous les intolérants, qu’ils soient brunis par le soleil ou blanchis par l’éclairage artificiel ? ». Un grand ‘oui’ aurait donné une chance au vivre-ensemble. Malheureusement ce sont les extrémistes des deux camps qui ont projeté ce référendum et décidé de la question à poser. La politique consiste, avant tout, à ne pas menacer sa propre raison d’être.

La situation de tout pays doit être évaluée à différents niveaux d’information. Nous savons tous qu’il existe beaucoup de ces niveaux entre la vie au quotidien et le discours politique/médiatique. Le quotidien, dans la société kanak, c’est énormément de frustations, de violences faites aux femmes, de haines claniques, d’identités fragiles.

Un exemple comme on en rencontre presque chaque jour ici : au cours d’une fête de mariage une femme kanak contredit l’un des hommes présents. Il la tabasse, lui arrache une grande poignée de cheveux et la peau du crâne avec. Elle finit à l’hôpital. Ses amies lui conseillent de porter plainte. Que fait le policier chargé de recueillir sa plainte ? Il lui conseille de renoncer car son agresseur, lui-même cadre de police kanak, a plusieurs témoins prêts à jurer que c’est elle qui l’a provoqué et agressé.

Aujourd’hui comme hier, les nationalismes sont moins une sauvegarde de l’identité culturelle qu’un moyen d’éviter le regard du monde, et protéger ses petites barbaries.

Aux partis indépendantistes avant le référendum

Vous ne savez pas comment guider votre jeunesse.
Vous réclamez davantage de responsabilités alors que vous n’exercez pas correctement celles que vous avez déjà.

Écoutez cette anecdote très banale : mon fils s’est fait voler son scooter devant le lycée. Le voleur a été vu. Tout le monde au lycée sait de qui il s’agit. C’est un Wamytan. Ce nom suffit pour que rien ne soit fait. Ce nom garantit l’impunité. Le jeune Wamytan est baron en son lycée. Les règles ne sont pas pour lui. La police n’entreprendra strictement rien à son encontre.

Un historien célèbre a dit : Quand il s’émancipe, le colonisé commence par copier le pire du colonisateur. Ce n’est que bien longtemps après qu’il commence à copier le meilleur.

Alors je vous le demande, messieurs et mesdames, quand allez-vous cesser de copier le pire et nous aider à améliorer le nôtre ?

Quand allez-vous développer avec nous le meilleur ?

Le monde cessera-t-il de croire en Dieu et la religion ?

Croire en Dieu n’a jamais soulevé de difficultés. Ce sont les religions qui sont un problème. Elles maintiennent encore une majeure partie de l’humanité dans un obscurantisme dont ces gens ne perçoivent pas la réelle extension dans leurs vies, même lorsqu’ils se sentent animés des meilleures intentions possibles. Les religions ont besoin de faire leur pérestroïka.

Conserver précieusement la croyance en Dieu, qui ne peut rencontrer d’opposition, seulement de l’agnosticisme. Se débarrasser des prophètes de la Parole de Dieu, en faire des philosophes majeurs de leur époque, ancrés dans des sociétés archaïques, pourvus de connaissances superficielles sur la réalité. Plutôt que faire des miracles dont la réalité est seulement attestée par des disciples enthousiastes et avides de répandre un nouveau pouvoir, Jésus aurait pu simplement écrire « E=MC2 ». Message intemporel pour un fils de Dieu voyant toute l’étendue du temps déroulée à ses pieds. Les religions doivent être abandonnées parce que le message qu’elles propagent, en apparence collectiviste, a en fait une identité, raciale territoriale et culturelle. Le message collectiviste est en fait communautariste. Il est détourné, torpillé, tronqué inéluctablement par cette identité de sous-groupe de l’humanité. Il interdit de s’approprier la solidarité de manière véritablement personnelle. Les gens ne peuvent la construire, c’est-à-dire organiser autour d’elle la structure de leur personnalité ; la religion leur apprend la manière dont ils doivent être solidaires. Et cette manière entre en conflit avec d’autres injonctions, incompatibles, égocentriques. Des petits conflits trop personnels et quotidiens pour que la religion les résolve à leur place. L’identité de groupe rend moins solidaire vis à vis de tous les autres.

Dieu n’est pas un père. La religion est paternaliste. Nulle trace d’un protectionnisme divin. Les humains se protègent entre eux. C’est la seule réalité en laquelle nous devons avoir foi.

Échec de l’école française ?

Les suites de l’épisode Charlie Hebdo sont difficiles en France, en particulier à l’école où l’on découvre un rejet inattendu et répandu chez les enfants d’immigrés de la solidarité pour les victimes de l’attentat. Yves Michaud parle ainsi « d’échec de l’école républicaine à transmettre non seulement des connaissances mais tout simplement le sentiment d’appartenance à une société commune ».

Pourquoi tant de pression sur l’école, pourtant plus multicolore et plus orientée vers le vivre ensemble qu’elle ne l’a jamais été ?

Le problème vient d’ailleurs. C’est celui de la place de la culture dans l’identité. Les enseignants ne peuvent gérer ce problème seuls. Si les parents font de leur culture propre un élément central de l’identité, sans compromis, aucun professeur ne peut être entendu. Le souci vient ainsi du discours public, pas seulement gouvernemental, celui des intellectuels aussi. Il vante (vantait avant Charlie) la tolérance, sans préciser que la tolérance, très précisément, est l’adoption des références du pays où l’on émigre permettant le vivre ensemble.
C’est la politique des très multi-ethniques USA, dont la population latino-américaine va bientôt dépasser la population blanche, et qui pourtant n’ont pas changé leurs valeurs d’origine. Ce qui est entendu dans les écoles françaises est impensable là-bas.

A vrai dire je pense que la tolérance tricolore est de meilleure qualité que l’anglo-saxonne, tous les ex-peuples colonisés le savent, mais il faut l’exercer, pas en faire un effet d’annonce. Le discours public doit être un repère franc, majeur, compréhensible par tous. La tolérance est la façon dont on le rend digeste à tous ceux qui ne le possèdent pas encore.

Père à tous

santa-clausLes cadeaux de Noël, entre adultes, ne sont pas vraiment des cadeaux. On offre aux autres, attendant qu’ils nous offrent en retour. Un échange en fait, et non pas un don. C’est une sorte de test de l’intérêt de chacun pour l’existence de l’autre. « Quelle importance ai-je pour toi ? ».
Le cadeau du Père Noël aux enfants n’a rien d’aussi convenu. Un fabuleux magicien vient réaliser le souhait du bambin. L’univers répond à son imagination. Qui peut ancrer aussi fortement un peu d’optimisme ?
Pour que les parents semblent indépendants de cette affaire, mieux vaudrait préserver l’invisibilité du magicien que l’exhiber dans chaque magasin. Imaginez le Vatican en train d’engager une bande d’intermittents du spectacle pour se déguiser en Christ à la sortie des églises !
Malheureusement Père Noël n’est pas aussi généreux avec tout le monde. Il est clairement capitaliste. Les enfants de riches reçoivent de plus beaux cadeaux. Peut-être la pire des injures à notre idéal solidaire ?

Pourquoi ne pas nationaliser le Père Noël, le poser en champion de la lutte contre les inégalités ?
Il est des prestations familiales qui atteignent moins directement leur but…

La majorité

La majorité ? Un repère initiatique. Sauf qu’il n’existe pas réellement de processus d’initiation, ni de cérémonie permettant d’attribuer le caractère exceptionnel que ce repère devrait avoir sur le nouvel adulte. Telle quelle, administrative, la majorité ne représente rien. Cette vacuité dramatique produit dans certains cas des adultes dépendants (les« Tanguy »). Plus souvent, elle sert au contraire à se débarrasser d’un adolescent tardif et lourd à gérer (« Tu es majeur maintenant, il faut te débrouiller »).

Le processus d’adultisation est continu, s’étale sur toute une vie. Il est naturellement produit par l’extension de notre passé, qui stabilise notre futur. La partie Biographie de notre Moi s’étend ainsi sur un espace de temps croissant ; elle n’est plus simplement ballotée dans le présent, à la merci des évènements.

Si vous souhaitez conserver une part de votre adolescence, gommez donc une partie de votre passé pour laisser plus libres les perspectives d’avenir.

Tandis que si vous manquez de l’assurance de l’adulte, retracez et unifiez davantage le fil de votre passé, faites-le ressurgir pour vous l’approprier, dans ses pires comme ses meilleurs instants, quitte à rembourser les premiers, car c’est dans cette fusion plus équilibrée que vous allez étendre votre identité.

La Biographie est continue mais doit s’articuler autour de repères. Lorsque nous avons dépopularisé la religion et ses croyances trop immatérielles, nous avons perdu en même temps un grand nombre de repères mis en place par la culture religieuse à propos de la vie sociale et de l’adultisation, qui n’ont toujours pas été remplacés.

La « majorité » de l’état laïque est navrante de ridicule et de pauvreté d’imagination. Un recul de plusieurs millénaires en matière de civilisation. L’on attribue l’étiquette « adulte » sur un état civil pour satisfaire à un stupide concept égalitaire, que pas la moindre constatation objective ne vient étayer. L’on considère officieusement certains comme plus adultes que d’autres sur le niveau de connaissances, comme si la note en mathématiques permettait de déterminer la qualité de coopérant social. Ainsi nous sommes propulsés en importance, dans le monde des adultes, par des tests réduits à la mémoire et au Q.I. Les apprentissages valorisés par la société sont restreints à ceux vantés par la courte vue utilitariste. Abruptement : la note de « connardise » importe peu pourvu que vous soyez pointu dans une spécialité recherchée.

Cette vacuité du modèle social joue certainement un rôle essentiel dans son inhumanité, définie par la perte des repères coopératifs.

Dans la société utilitariste, la coopération est enseignée comme une matière scolaire. Elle s’installe de façon prédigérée, uniforme, dans les tempéraments individuels, menaçant à terme leur diversité. Endoctrinés par cet académisme, nous sommes incapables de voir si notre morale est toujours juste, s’il est normal de croiser des épaves humaines dans la rue.

La société doit réemprunter à toutes celles qui l’ont précédée la notion de richesse des repères de maturation, ne pas voir les apprentissages comme une interminable chaîne continue mais comme des marches à franchir, différentes pour chacune de nos formes d’intelligence, sans en dévaloriser aucune. Elle doit réintroduire les étapes initiatiques sociales, les « communions » avec ses semblables. C’est à ce prix que nous pourrons exercer à nouveau individuellement notre faculté coopérative, au lieu d’être obligé de la confier à l’État parce qu’autrement peu s’en préoccuperaient.

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Microfictions, de Régis Jauffret

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Le livre de Régis Jauffret serait globalement une jolie percée dans le poétique morbide. Seulement quel enterrement lui fait ce démarrage sur une histoire de tortures filmées… à chier, il n’y a pas d’autre façon de le dire, et qui patauge d’autant plus dans la merde que les auteurs s’auto-attribuent un satisfecit enthousiaste : « Nous avons filmé ces scènes de torture et de meurtre afin d’en dénoncer le caractère intolérable et la barbarie […] En bref,nous sommes fiers de cette série de reportages qui font honneur à notre profession ».
Le texte complet est ci-dessous. Tout est raconté comme si les caméras étaient seules dans la pièce, et aucun être dit « humain » pour les tenir.
S’aveugler d’un idéal (l’information des foules) pour ignorer un acte contre nature réalisé juste sous son nez rappelle la solution finale.
Elle s’apparente également à un exemple moins lourd mais fréquent : quand on inclue des cancéreux dans des études de chimiothérapies comparées en sachant que leur vie n’a guère de chances de s’allonger, et sa qualité a de fortes chances de se dégrader, au nom de la recherche médicale, profitable au plus grand nombre.
Stupéfiante est la manière dont certaines personnes intelligentes arrivent à s’auto-suggestionner. Aucune indication d’un débat quelconque sur la décision d’entreprendre ce reportage. Tout cela est balayé bien profond dans l’inconscient.
Encore un bon exemple de la banalité du mal. Continuer la lecture de Microfictions, de Régis Jauffret

Existe-t-il une définition de la morale ?

Que fait cet article ici ?, pouvez-vous penser. Il aurait été mieux à sa place sur le blog philo ou polyconscience, non ? Voyez-le en fait comme du matériel pour le dossier « décolonisation ». Comment en parler, en effet, sans savoir de quoi est faite cette morale, couleur de chacun de nos jugements ?

En contraste saisissant avec la connaissance spontanée que nous avons de la moralité d’un acte, il est rigoureusement impossible de définir simplement la morale. Pourquoi ?

Il s’agit d’une définition à plusieurs étages. Si l’on en oublie un, on parle alors d’une morale, mais pas de la morale. En effet, plus l’on arrive vers le sommet de notre définition à étages, qui est l’extrémité culturelle, plus l’on se trouve devant une morale différentiée. Lorsque l’on remonte vers ses racines au contraire, on aperçoit une morale commune à toute une ethnie, puis un continent culturel, puis à l’espèce, et même voit-on ses prolongements dans ce qui pourrait être une morale animale.

Morale à deux étages
Morale à deux étages
Oblitérer cette étendue conceptuelle de la morale conduit à des erreurs fréquentes. Par exemple la plupart des articles contemporains sur la morale assimilent la morale à la solidarité. C’est faux. A l’époque de la Grèce Antique ou de la chevalerie, les valeurs liées à l’individualité masculine, la sauvegarde de l’honneur, prenaient largement le pas sur la solidarité, même envers l’épouse et les rejetons. Hautement morale était la recherche de gloire personnelle. La solidarité apparaissait à l’état de résidu suintant de la puissance du protecteur.
Aujourd’hui, la morale occidentale semble encore fortement individualiste à un oriental. Ce que nous appelons un geste « moral » est pour lui un acte « normal ».

Quels sont donc ces étages qu’il nous faut considérer pour mieux cerner la morale ?
Le plus bas est le repère. Morale implique jugement. C’est une prise de pouvoir d’un concept sur un autre. Le vainqueur voit sa valeur grimper en flèche, jusqu’au statut de repère.
L’étage suivant est l’opposition individualité / solidarité. Ici nous pourrions définir la morale comme la mise en exergue du principe trop vampirisé par l’autre. L’éthique est le défenseur du faible. Néanmoins ce n’est pas obligatoirement la solidarité.

Mais d’abord, pourquoi celle-ci est-elle si privilégiée dans la morale d’Homo sapiens ?
Ce que nous voyons de nous est avant tout notre individualisme. Aucune difficulté à se reconnaître égoïste. Classiquement le souci de l’autre est une valeur spirituelle élevée, avec laquelle on ne naît pas. Il faut la conquérir de haute lutte. D’où l’attachement automatique de la solidarité au champ de la morale, espace des acquis supérieurs de l’humanité. Par contraste, l’individualisme semble bassement animal, poussant à ne remplir que son seul ventre.

En réalité c’est inexact. La solidarité est bien innée. Mais nous n’en avons pas conscience, et ce d’autant moins qu’elle parvient à se manifester seulement par l’intermédiaire de la récompense individuelle.
Comment ? Le véritable altruisme n’existerait pas ? Sans doute nos grands charitables ont-ils plus de mal à le percevoir, car leur identité en serait plus gravement menacée, mais le citoyen moyen devine assez facilement qu’il tire un bénéfice personnel de ses bonnes actions. Il compte même généralement dessus. Les altruistes « purs » sont une secte religieuse en voie de disparition. Damnation ! Peut-être le Paradis est-il complet et n’en laisse-t-on plus naître…

Que la solidarité soit instinctive elle aussi, mise en place par l’évolution, est en train d’effacer une grande partie de son lustre. Désormais, le citoyen contemporain, bien informé, cherche un équilibre entre ses pulsions. La solidarité, c’est génial, mais il est tout aussi moral que je m’occupe de moi. Il n’est plus acceptable que je délègue l’essentiel de mon pouvoir à un représentant politique ou le distribue à des plus miséreux que moi.

Ce n’est pas la première fois que la morale fait un retour vers l’individualisme. Dans les régimes communistes radicaux, où la solidarité était révérée comme un dogme, il était « moral » (on utilise le terme plus flatteur de « courageux ») de laisser son individualisme se rebeller contre le système qui prétendait assurer la même pitance à chacun.

Nous voici parvenus à l’étage historique et culturel de notre morale. Voyons qu’elle a complètement changé de visage. Devenue en fait identitaire et beaucoup moins universelle, elle mute en une force capable de dresser haineusement les populations les unes contre les autres.

Ainsi avons-nous passé les dernières décennies à déconstruire la morale, à détricoter les principes rigides de la génération précédente, à l’origine des guerres les plus meurtrières de l’Histoire. Au rang des principes moraux, nous avons eu l’anti-sémitisme, la virginité avant le mariage, la christianisation forcée des indigènes, la lobotomie des hystériques, etc…
Un tel mouvement déconstructeur explique que nos anciens n’y retrouvent plus « leurs » repères.

Nous sommes revenus à un étage plus généraliste de la morale. Nous aimons l’appeler ses « valeurs fondamentales ». Cependant nous sommes loins d’en approcher les fondements. Regardez les transhumanistes, qui tentent de l’étendre au règne animal. Combien de temps tiendra la « morale » d’élever des bêtes pour l’abattage ?

Tenons-nous enfin, à la suite de cette étrange descente dans les profondeurs de l’esprit, notre définition de la morale ? Il semble que de repère, elle soit passée au statut d’aiguille dans une botte de foin ! Pourtant nous la sentons bien, notre aiguille personnelle, fort roide (!) et prête à nous asticoter la conscience dès qu’un acte paraît litigieux.
Voici alors une définition alternative et scandaleuse de la morale : une mouvance personnelle plutôt qu’un repère fixe, une propriété individuelle plutôt qu’universelle, un jugement corrélé à notre degré de conscience.

Cela veut-il dire qu’on peut la choisir à sa guise ? Que l’on peut manipuler sa morale ?
Oui si vous vivez en ermite. Et encore le misanthrope ne garde-t-il pas sa morale étanche à toute influence ; il s’en découvre une pour son environnement. Les morales misérables sont toujours celles que l’on a empêché de grandir normalement.

Si vous espérez vivre en société, à l’évidence choisissez les gens de même saveur morale que vous. Sinon des barreaux vous en sépareront. Terminons ainsi sur un adage : quand vous jetez votre aiguille dans un tas de foin, ne vous élancez pas dedans avec n’importe qui…

La morale, un phénomène de groupe ?
La morale, un phénomène de groupe ?

La Kanakie sans repères

Centre ville. Quelques adolescents finissent la soirée en discutant sur un balcon. Dans la rue, un couple sort d’une boite de nuit. Il est blanc, elle est kanak. Ils ont fait seulement quelques mètres quand cinq kanaks surgissent et les agressent. Le blanc est juste maîtrisé et tenu à l’écart. La fille, elle, se fait vicieusement casser la figure par ses congénères. Ils la frappent sur le nez, qui éclate. Elle répand du sang partout.
Horrifiés, les ados appellent la police et descendent pour lui prêter secours. Le temps qu’ils arrivent en bas, les agresseurs ont disparu. La fille est prostrée, sanglotante. Elle est conduite à l’hôpital. Méchante soirée.

La haine. La jeunesse kanak est dépositaire d’une chape effrayante de frustrations. Comment exister ? La coutume traditionnelle n’est plus un cadre de vie. On espère créer sa fierté en reconquérant son pays, volé, violé par l’odieux envahisseur blanc. Malheureusement la colonisation est plus profonde qu’ils l’imaginent, jusque dans leurs têtes. Ces jeunes ne sont plus de vrais kanaks. Ils débordent des envies de la société occidentale, salivent devant les gadgets technologiques et les belles voitures, tout en étant très mal formés à se les approprier. Tous se voient en rentiers du nickel ou en fonctionnaires, pas en travailleurs besogneux au bas de l’échelle. Le blanc est l’exploiteur qui leur dénie leurs droits à la richesse facile. Le racisme de ces jeunes est pire, sans doute, que celui des ex-colonisateurs. Ils n’ont pas conscience d’être devenus la caricature de ceux qu’ils exècrent.

Comment peut-on à ce point se tromper de repères ? La haine ne concerne en fait qu’une partie de cette jeunesse, exclue aussi bien de la société mélanésienne que de la blanche. Jeunes fatigués de la brousse où ils ne se passe jamais rien, attirés par les débouchés de la vente de cannabis et les vitrines aguichantes de Nouméa. Aucun milieu pour les encadrer. Tous ont de la famille, bien vaguement en charge. Ils établissent leurs repères exclusivement à l’intérieur d’un gang, avec des références terriblement étriquées. Aucun n’a jamais quitté le pays. Ceux qui le font reviennent profondément transformés, tellement qu’ils deviennent étrangers à leurs amis restés dans la prison de la haine.

Que ces médiocres croient s’affirmer en allant tabasser une fille en dit long sur l’inhumanité à laquelle aboutit une telle perte de repères. On est capable de chosifier l’autre au point d’en faire un rôti bon à découper et à suspendre à une porte, pour servir de publicité à la cause. La mélanésienne est encore plus facile à réduire à l’état d’objet que le blanc. Elle n’a aucun droit de penser par elle-même. Le jeune kanak est ainsi : le désir de modernité n’efface pas les traditions raciales préhistoriques. Dans son esprit indiscipliné, ne sont conservées que les règles qui l’arrangent. On cherche à reprendre le pouvoir aux blancs, on ne va pas se le laisser prendre par les femmes !

Pourquoi les kanaks adultes, qui eux sont devenus responsables grâce au cadre stable de la coutume, laissent-ils faire ?
Ils ont commis l’erreur de transmettre leurs frustrations à leurs enfants. La colonisation, c’est vrai, a laissé un lourd héritage. S’éduquer, c’est percevoir à quel point tout un peuple s’est trouvé spolié. Mais simultanément, le kanak perceptif a conscience que ce n’est pas son peuple qui a construit tout ce qu’il veut aujourd’hui s’approprier. Il n’est pas un commerçant. Il ne sait pas faire tourner des entreprises. Dilemme. Doit-il retourner à une vie traditionnelle après avoir chassé le blanc, comme l’ont fait ses compatriotes du Vanuatu ? Ou s’intégrer à la société mixte issue de la colonisation, avec une hiérarchie difficile à grimper à cause du manque de formation ? Que les vanuatais rêvent de venir habiter en Nouvelle-Calédonie les fait réfléchir. Ils cherchent l’interdépendance plutôt que l’indépendance.

Mais la jeune kanakie n’a pas encore de sagesse. Elle a hérité des frustrations coloniales avec le manichéisme de l’adolescence. Un seul objectif : la revanche. On est pour ou contre la Kanakie. L’avenir ensemble, c’est pour les traitres.
Les adultes n’ont pas su prévoir la violence qui allait imprégner cette génération de jeunes bien davantage complexés qu’ils l’étaient eux-mêmes au moment des Évènements. Les anciens s’étaient construits dans la coutume. Les jeunes n’ont rien de stable à part leur haine et la loi du gang. Ils sont devenus incontrôlables par leurs propres familles. Ils font peur.

Les mesures de justice, le laxisme ou l’enfermement, sont toujours aussi pauvres et contre-productives. Quelle contre-éducation pourrait bien apporter une prison aliénante ? Comment la justice pourrait-elle resocialiser alors qu’elle est une force hostile ? La réhabilitation, c’est le retour dans le système d’échanges, dans la compensation.
Si j’étais juge, je condamnerais ces cinq jeunes à un travail obligatoire, dont la moitié de la rémunération irait à la fille agressée, pendant cinq ans.

Anti-Dieudonnisme : la dérive de l’élite française

dieudonneDieudonné n’est pas anti-sémite mais anti-sioniste. Il est anti « ultras » de tous bords, en fait. Le côté vulgaire de ses sketches répond à la grossièreté du bigotisme religieux, des politiciens radicaux, des affairistes dépourvus de scrupules. Comment une démocratie telle qu’Israël et une culture, la juive, peuvent-ils être cibles de ses pamphlets, dans ces conditions ? N’a-t-on pas raison de l’accuser de haine raciale ?

L’histoire d’Israël est récente. Elle s’est construite sur un authentique besoin de liberté et d’identité, pour un peuple à l’état de diaspora mondiale et objet d’ostracismes bien connus. Au fil du temps cependant, le rêve s’est transformé en cauchemar : Israël est devenu un régime de promotion de la pensée unique, autrement dit un fascisme, certainement l’un des plus rigides actuellement sur la planète si on le rapporte au niveau d’éducation de ses citoyens. Ceux-ci en ont peu conscience à cause d’un phénomène courant : la pente glissante. Quand la poursuite d’un idéal impose des compromis avec l’éthique, ces écarts deviennent l’habitude et perdent leur caractère répréhensible. L’on finit par exécuter des gens par routine.

« Le refus d’assimilation n’est-il pas le fondement de la préservation d’une culture ? », pourrait-on rétorquer. Israël n’a-t-elle pas eu raison de s’isoler de ses voisins et de réagir agressivement à la moindre ingérence ?
Le régime sioniste souffre d’une paranoïa envers l’assimilation qui rappelle paradoxalement une célèbre philosophie de la pureté aryenne dont les juifs ont eu beaucoup à souffrir. Quelle communauté peut se passer de ponts culturels avec les autres ? Comment, sans ces liens, ses membres s’apercevront-ils que les autres contiennent les mêmes désirs ? Vie meilleure, réussite personnelle, avenir pour la progéniture, sont des instincts universels… si l’on n’a pas classé ses voisins comme espèces extra-terrestres. En effet, l’un des critères d’appartenance à la même espèce est que les mariages mixtes sont possibles. Pas chez les juifs pratiquants.

L’abcès sioniste, qui suppure depuis une cinquantaine d’années tout de même, a créé une profonde névrose chez les juifs du monde entier. Soutenir ou ne pas soutenir le fascisme israélien, est synonyme d’être juif ou ne pas être juif. Comment tant d’intellectuels de cette communauté ont-ils pu tomber dans un piège aussi grossier ? Pourquoi un tel jusqu’au-boutisme dans le soutien à Israël, au-delà de l’acceptable, qui finit par provoquer un sentiment anti-juif dans les démocraties du monde entier ?

Sans doute parce que l’élitisme, même intellectuel, est lui aussi un refus d’assimilation.
On ne souhaite pas être contaminé par les espérances médiocres des gens moins bien nés. Les étiquettes « vulgaire », « raciste », permettent d’annihiler une position dérangeante, où l’on apparaîtrait soi-même comme intolérant. L’ostracisme est-il bien du côté que l’on imagine, quand est torpillé le principe de l’expression libre ? La question devrait être : pourquoi Dieudonné recueille-t-il un tel succès populaire, toutes ethnies confondues, ainsi que les voix intellectuelles les moins timorées ? N’est-ce pas parce que son discours est anti-élitiste et non raciste ?

Cela, les élites françaises, même non juives, l’ont bien senti. C’est pourquoi les protestations du milieu juif ont autant d’influence parmi les décideurs, et pas seulement parce qu’ils fréquentent les mêmes canapés.
Symptôme majeur de cette névrose, Dieudonné est un volumineux bubon sur le nez de notre aristocratie. Il donne envie de se gratter, de désinfecter en interdisant ses spectacles. L’humour de Dieudonné est certes lourd, grinçant, mais vise juste. Il a réussi l’extraordinaire renversement sociologique d’initier une réaction idéaliste dans le peuple et non dans son élite, qui renvoie aux beaux jours de la Révolution française. La sensibilité de la plèbe s’avère supérieure en bon sens à celle de ses intellectuels.

Ce texte lui-même n’est pas contre l’élitisme. Il en montre les excès, comme ceux de l’égalitarisme. Tout humain, même le plus humble, fonctionne sur le principe du pouvoir. La démocratie n’a rien changé. Néanmoins seuls les tissus sociaux denses sont capables de perdurer. Le liant est la création de ponts entre tous échelons hiérarchiques, toutes ethnies, par dessus les fossés des inégalités génétiques, des spécificités culturelles.

Les sionistes se sont environnés de murs, plus gigantesques dans les esprits que celui construit à Jérusalem par leurs maçons.

L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine – Ruwen Ogien

l-influence-de-l-odeur 1/10 Livre azur
Le titre suscite la curiosité, comme a pu le faire « Platon et son ornithorynque entrent dans un bar », mais le contenu n’est pas à la hauteur. Ce livre relate des expériences de pensée censées nous faire réfléchir sur la moralité. Médiocre résultat. Certes c’est un livre de vulgarisation, mais là il cible des primates. Ogien part du principe, entre autres, que « les cas similaires doivent être traités de façon similaire ». En fait la règle est souvent tournée en « décidons que les cas sont similaires et nous pourrons les traiter de façon similaire ». C’est ce qu’Ogien ne se prive pas de faire, au point qu’on se demande si sa jonction temporo-pariétale droite, fortement impliquée par les neuro-scientifiques dans le traitement déontologique, fonctionne correctement. La déontologie est un travail de réflexion complexe et ceux qui ne s’en dépêtrent pas basculent dans l’utilitarisme, qui consiste à additionner les points de « bien » et soustraire ceux de « mal » pour établir un score à chaque attitude morale.
Par exemple, la façon dont Ogien tente de démonter l’argument du « naturel » ferait sourire un étudiant en philosophie. L’idée que l’homme doit suivre la nature serait irrationnelle parce que « toute action humaine revient à altérer le cours de la nature ; ne rien faire contre la nature reviendrait à ne rien faire du tout ! ».
Mais ce n’est qu’un exemple. Tout le livre repose sur des considérations aussi simplistes. La méthodologie d’Ogien est désastreuse : il tente de se placer sur une position « moyenne », soi-disant objective, alors qu’en matière de morale c’est impossible. Mieux vaut laisser libre cours à sa polyconscience et dépeindre les différents belvédères moraux de façon caricaturale. Libre au lecteur ensuite de voir où s’établissent ses résonances personnelles.

Faut-il ou non révéler une liaison adultérienne?

Premier point de vue : prendre un amant, pour une femme, est vivre une existence «à côté».
Bien des motifs glissés dans le mariage n’ont rien à voir avec l’amour, tel que tout simplement pour une femme la sécurité matérielle, dans une société qui n’a émancipé que les plus intellectuelles. Si elle ne se considère pas comme un objet sexuel propriété du mari, elle peut, en bonne conscience, prendre un amant tout en continuant à satisfaire son mari.
Il existe un monde entre «ne pas prendre l’initiative d’annoncer une liaison existante» et «avouer une liaison parce que l’autre est empli de soupçons». Continuer la lecture de Faut-il ou non révéler une liaison adultérienne?

L’adoption par les couples homosexuels : l’illogisme de cette polémique

S’opposer au droit des homosexuels au mariage et à l’adoption est une position intenable, dans l’état actuel des mentalités, pour une simple question de logique :
Cela signifierait que nous avons des critères solides permettant de savoir ce que sont des « bons parents », ou ce qui les rend aliénants pour leurs enfants. Ce n’est hélas pas le cas, bien que chacun d’entre nous ait généralement une opinion bien arrêtée sur la question.
Admettons cependant que ces critères existent, et que nous puissions les connaître si nous y mettions suffisamment d’acharnement : nous aurions alors une grille statistique permettant de savoir qui sont, parmi les futurs parents, ceux promis à l’excellence et ceux à la médiocrité. Bien entendu, l’homosexualité ne serait qu’un des critères étudiés, parmi beaucoup d’autres, ou ce serait discriminatoire. Serait désignés, ainsi, des personnes pour lesquelles il serait déraisonnable de les laisser élever un enfant…
Connaissez-vous des gens qui soutiendraient, actuellement, l’instauration d’un tel « permis de progéniture » ? Non ? Alors vous ne devriez pas non plus rencontrer d’opposants à l’adoption par des couples gays.

Soyez bons pour l’auteur

La bonté est sans aucun doute le moyen de s’attirer les faveurs du plus grand nombre. Comment se fait-il, dans ces conditions, que nous ne soyons pas entourés d’une humanité mielleuse et bonasse ?
bonteHélas, le véritable bon est très pauvre. La bonté est donc un procédé fort coûteux pour les riches, tandis qu’il ne demande aucun effort aux déjà pauvres. Nul doute en fait que tous les pauvres seraient bons… s’ils ne se disputaient la bonté des riches.
En pratique, les défauts de la bonté font qu’on l’exerce à la condition qu’elle ne change pas son état : le riche reste riche, le pauvre gît toujours dans la pauvreté.
A présent il nous est facile de déterminer la bonté admirable : celle qui fait changer d’état : le riche qui abandonne ses biens, ou mieux encore le pauvre ayant accédé à la richesse et la distribuant pour retourner à l’état pauvre.
Bien sûr l’admiration aussi a un coût, et plutôt que le payer, certains avares affirment que donner ses biens n’a jamais fait reculer la pauvreté, et que les bons admirables sont pauvres… d’esprit.

Une autre justice

NB : Ce texte est extrait du tome 2, à paraître, du « Monde Polyconscient », où est expliqué en détail pourquoi nous n’avons aucun libre-arbitre.

Comment la Justice pourrait-elle s’accommoder de la disparition du libre-arbitre ?

Bien sûr, que les coupables soient déclarés espèce en voie d’extinction ne changera pas fondamentalement sa politique de rétorsion : les irresponsables dangereux sont toujours là. Ce qui pourrait évoluer est la réhabilitation. Plutôt que mettre au passif des comptes sociaux de très coûteux prisonniers, comment les transformer en investissements rentables ?

Si on les considère, sous l’impulsion des neurosciences, comme des ordinateurs biologiques défectueux mais capables d’auto-réparation, il serait tentant de les remettre en circulation avec des traitements psychotropes et des thérapies cognitives, en commençant par les moins « abimés », et en gardant à l’ombre les plus dangereux. Il existe en effet des critères permettant d’identifier statistiquement ces derniers, facteurs génétiques, congénitaux — habitus de la mère pendant la gestation —, et environnementaux dans la prime enfance. En poussant ce raisonnement jusqu’au bout, l’on pourrait multiplier les critères et affiner tellement les statistiques qu’il deviendrait possible de suivre pas à pas le destin des déviants et prédire très fiablement le risque de récidive. Ce serait bien entendu dans un but humanitaire : la Justice pourrait alors leur proposer de rééduquer leur Observateur, c’est-à-dire de reprendre le contrôle de leurs pulsions inconscientes, en alternative à un enfermement.

Cette vision utilitariste a des airs de Solution Finale, trouvez-vous ? Vous avez raison. C’est une folie que seule la panconscience pourrait approuver. Or elle est puissante. Où s’embourbe un tel mode de pensée ? Continuer la lecture de Une autre justice

Justice et juriste

Quand les gens cherchent la justice, ils tombent le plus souvent, par malheur, sur un juriste.
Un juriste est un religieux qui cherche exclusivement la justice dans la bible écrite.
Tout professionnel de la justice contient un Juriste, et une identité plus vaste et personnelle, construite sur l’expérience et la multiplication des repères dans les difficultés de l’existence.

Parfois la justice est volontairement punitive, parce que la loi est écrite pour des consciences fort éloignées de celle de l’accusé et lui est étrangère : il s’agit de tatouer cette référence dans l’esprit du coupable, en faire une persona parentale impérieuse.
Très souvent à présent, la loi est bien présente dans les consciences impliquées, mais grossière pour décrire la spécificité de chaque contexte. Au lieu d’être éducative, elle devient génératrice de petites injustices.
Si le plaignant n’a affaire qu’au Juriste, il n’a plus qu’à prier pour que la chose écrite soit la moins différente possible de sa situation particulière, de façon à ne pas recueillir trop grand capital d’injustice.

Les professionnels ne sont pas encouragés à affiner leurs décisions, plutôt à se réfugier derrière la loi écrite, pour plusieurs raisons : manque de moyens, multiplication des situations identiques encourageant les conduites stéréotypées, loi-bouclier élevée devant les récalcitrants à la conscience un peu trop sauvage, et enfin absence de gratification pour un travail de qualité.
En effet, plus que dans toute autre profession, il semble difficile d’aller sonder les plaignants pour savoir si le magistrat a fait du bon travail… De ce fait, il n’existe pas d’évaluation des interventions de la Justice, pas de prime à l’efficacité. Comme pour les médecins, l’avancement provient davantage de la qualité des relations intra-professionnelles que du travail bien fait.
Comme pour la médecine, la justice a besoin d’une réflexion sur l’évaluation des pratiques, qui encourage intuition et perspicacité du magistrat à sortir du bois des édits centenaires.

Émancipation et transsexualité

L’émancipation féminine dans son sens égalitaire a-t-elle un sens ?

Est-il possible de parler d’émancipation féminine sans désexualiser les relations ? On est, avec le sexe, au coeur des affaires de pouvoir : je veux, je ne veux pas ! Quand se promènent dans les lieux publics d’incessants messages « désire mais ne touche pas », l’auto-contrôle des instincts masculins est le seul gendarme face à des éruptions violentes de frustration. Ne parle-t-on pas ainsi en réalité d’affranchissement de la gent masculine, vis à vis de sa « perversité » naturelle ? La véritable émancipation à point de départ féminin est le refus de se transformer en objet de désir, se banaliser si l’on est spontanément attractive, renoncer à l’esthétique dans le cas contraire.
L’émancipation produit, d’une façon ou d’une autre, des êtres peu sexualisés, tels qu’on les retrouve dans les couches intellectualisées de la société occidentale. Le choix n’est pas toujours librement consenti. Certaines « émancipées » ont tenté la marche arrière, déçues d’une vie frigidifiée. Mais les chaleurs hormonales se réduisant avec l’âge, il est difficile de nager à contre-courant.

Le monde de l’émancipation tel que produit par les militantes n’est pas une évolution de la société mais un monde à part. Les relations sont difficiles avec les hommes, aussi bien que les femmes, sexualisés. Ceux-là phéromonisent en effet la plupart des contacts, y compris avec le même sexe, rivalités d’apparence. Un « émancipé » devient une sorte d’intelligence artificielle présente sur le lieu de travail, que l’on ne souhaite pas rencontrer ailleurs.

La sexualité est trop ancrée dans nos intentions pour que nous puissions l’extraire. Tout au plus apprend-on à la sublimer pour limiter les conflits sociaux. Cet élément de moralité, comme les autres, est intégré plus ou moins finement selon les individus. C’est une règle correspondant à un choix de société, non une qualité naturelle / innée. La désexualisation n’a pas la valeur d’universalité que l’on peut déposer dans d’autres règles morales — respect d’autrui, liberté individuelle —.

Si l’émancipation travestie par les militantes est critiquable, comment rendre justice à la revendication du respect des droits féminins, qui restent piétinés dans la majeure partie du monde contemporain ?
Pour trouver la réponse, il faut comprendre ce que la phrase précédente a de creux. Que sont les droits féminins ? La féminité considérée est-elle un génotype, un phénotype, un tempérament ? Faut-il des lois spécifiques au droit féminin quand il existe déjà un droit de la personne humaine ? Ne s’agit-il pas d’une discrimination positive ? Désire-t-on une population féminine assistée ?

L’émancipation, nous finissons par le constater, se réalise de façon très simple et très sublimée : les femmes adoptent des comportements classiquement masculins. Elles dirigent le couple, l’entreprise, se satisfont d’un mari occupé aux tâches domestiques. Le processus peut être vu au sens large comme une extension de la transsexualité.
Dès lors il suffit d’intégrer celle-ci au droit de la personne humaine.
Nous y sommes !

Le tissu social

Chacun sait ce dont il s’agit, mais réalise-t-on à quel point il est fondamental dans tous les problèmes de société ? Des mailles trop lâches expliquent aussi bien les « irrécupérables », les « laissés pour compte », que la présence d’une aristocratie haïe de l’argent. Les fossés dans le tissu interculturel sont responsables de l’exploitation du tiers-monde. Au sein d’un HLM, le bas salaire comme seul point commun ne suffit pas à recréer un tissu social distendu par les différences ethniques.
Car ce tissu social doit être régulièrement serré à tous les étages. Il est habituel que nous nous préoccupions de sa qualité dans notre entourage. Il arrive même qu’il soit trop étroit, quand les proches prennent une importance telle qu’elle prime sur toute autre considération, source du favoritisme et du clientélisme excessifs.
Nous nous intéressons moins à la continuité lointaine du tissu social. En croisant un étranger, nous le reconnaissons comme tel ; pourtant, que l’échange avec lui soit respectueux ou agressif ne dépend pas de la « distance » sur le tissu humain, mais de la densité des fibres entre lui et nous. La méfiance voire l’agressivité spontanée indique à coup sûr une tranchée emplie de barbelés quelque part sur le chemin.

Les conséquences se devinent, et sont pourtant occultées : le délinquant, en nécessité d’intégrer une structure sociale moins isolée que son gang, est au contraire placé dans un site de stockage : la prison. Au lieu d’un resserrement, par exemple par l’obligation de produire un travail socialement utile, le voici assigné à un clan bien à part : les Taulards, dont les liens avec les autres groupes sont quelque peu tranchés. L’imposture est si évidente que même les gardiens, qui n’y sont pas encouragés, établissent une sorte de fraternisation avec les prisonniers, c’est-à-dire éprouvent la nécessité de recréer un tissu social local, qu’on a voulu éclater en patchwork sévèrement cloisonné.

Un autre exemple de tissu social déchiré est l’entreprise, où parfois un cadre brillant, empli d’un savoir inconnu de ses subordonnés, tente de le mettre en pratique sans intermédiaire. Les objectifs sont mal compris, trop ambitieux, difficiles à tenir, et la relation hiérarchique se dégrade sans espoir de récupération, en l’absence des échelons intercalaires, aptes à faire la soudure.

Histoire calédonienne : un diplômé d’une grande école parisienne vient diriger le destin d’une succursale d’élevage de crevettes dans la « brousse » du nord calédonien. Continuer la lecture de Le tissu social

Justice sur Philosophie TV

Débats intéressants sur la justice téléchargeables en vidéo sur Philosophie TV
Les passages les plus intéressants :

Monique Castillo (De la Justice au sentiment du juste#1)
En démocratie toute souffrance devient assimilée à une injustice.
La Justice est engorgée par une hypertrophie du Droit.
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