Pourquoi les jeunes kanaks éduqués votent-ils pour l’indépendance ?

Le vote indépendantiste des jeunes kanaks apparaît très ambivalent quand ils ont un bon niveau d’éducation. Un peu plus citoyens du monde, ils ont réfléchi aux limites de la coutume, sont assurés d’un poste bien rémunéré en Nouvelle-Calédonie. Qu’espèrent-ils de l’indépendance ?

Tous les jeunes ne reviennent pas de l’étranger. Différentes raisons, dont certainement le poids de la coutume. Appelons nos jeunes kanaks qui rentrent les BEBI (Bien Eduqué Bien Intégré). Leur ambivalence surgit en leur posant deux questions :

1) Penses-tu que le combat pour l’indépendance soit juste ?

2) Crois-tu que les leaders indépendantistes soient des gens très intelligents capables des meilleurs choix pour l’avenir du pays ?

Les BEBI répondent sans hésiter OUI à la 1ère question et, après un temps d’hésitation (dépendant de qui questionne), NON à la seconde. C’est une moyenne, pas une généralité. Quand les réseaux communautaristes sont la source d’information exclusive, les paraboles remplacent les chiffres objectifs. Plus enclins à se promener, les BEBI sont aussi plus susceptibles d’accéder aux vraies données. Avant même d’être née, la Kanaky est épouvantablement endettée. L’indépendance peut récupérer la terre, pas effacer la dette. Pas sans se mettre au ban des nations… auxquelles on espère vendre son minerai.

Se désendetter, est-ce faire fuir la richesse, ou l’attirer ? La Kanaky fait peur aux affairistes. Gestion aveugle. Radicalisation. Blocages et destructions. Leaders pilotant les excités aux endroits où ils feront plier les interlocuteurs réticents. Les indépendantistes gèrent le pays comme des chefs de gang. Avec des capotages financiers retentissants. 

Aujourd’hui les parrains qui réussissent sont en col blanc. Ils ont appris à nager dans les affaires. Devenir requin pour survivre aux attaques des autres squales. Vous pouvez même devenir président des USA. A côté nos leaders indépendantistes font figure de loches : capables d’avaler des petits poissons, faciles à dévorer par un plus gros prédateur. 

Les BEBI sont conscients que les leaders kanaks n’ont rien de grands visionnaires. Mais la future Kanaky est floue. Il est facile de l’imaginer secouée durement par la transition puis guérie, avec au final une position améliorée pour les BEBI. Espérance qui atténue la méchante perspective de voir son salaire divisé par deux ou davantage. La plupart des BEBI sont fonctionnaires. La Kanaky endettée sera incapable de verser des salaires calqués sur ceux des métropolitains.

Chez les jeunes kanaks, le OUI franc du juste combat indépendantiste l’emporte sur le NON mal assuré de la gestion médiocre par des leaders atteints du Dunning-Kruger (l’aveuglement à son incompétence).

C’est aussi la supériorité de l’émotion sur les chiffres. Qu’est-ce que le “juste combat indépendantiste“ exactement ? C’est récupérer sa dignité perdue. Quand un jeune BEBI l’a-t-il perdue ? Est-ce il y a deux siècles, quand les colonisateurs ont posé le pied sur l’île ? Non. Il l’a perdue en 3 étapes plus récentes : en héritant de la frustration de ses parents, en ayant subi un certain mépris des blancs dans ses études, en continuant à le ressentir dans les relations avec sa hiérarchie.

Comparez le poids des frustrations, dans votre esprit, avec celui des chiffres. Lequel fait pencher votre attitude ? On ne répond pas aux émotions avec des maths. On les extériorise. On leur trouve une cible. On ostracise. Le BEBI montre-t-il, en votant indépendandiste, qu’il n’est pas si bien intégré que cela ? Pas comme citoyen du monde ?

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