Faisons-nous vraiment un effort pour réhabiliter nos prisonniers en société ?

Non bien sûr, nous n’en faisons pas vraiment. La prison est un débarras. Il ne s’agit pas de résoudre le problème de la déviance sociale mais de l’éliminer. Pour l’équilibre de nos représentations mentales, c’est tonitruer intérieurement : « Voilà ce qui t’arrivera si tu fais le c… !! ».

Au Moyen-Âge, les gens s’enthousiasmaient de voir brûler ou torturer les hérétiques et les brigands. Ils cherchaient à tuer ainsi le diablotin en eux qui aurait pu agir de même. Ils montraient leur soulagement de ne pas être à la place du condamné.

Au tribunal, le box devrait contenir, en plus de l’accusé, ses éducateurs et amis proches, et la société elle-même. Pas assez de place. Alors on y met seulement l’accusé et ses affaires les plus personnelles : ses gènes (il ne manque pas de théoriciens pour les accuser aussi) et sa carte de citoyen majeur (fait passer soudainement de non responsable à responsable).

Pour les gènes il faut être prudent. 90% des incarcérés possédant un gène Y, il faudrait préventivement placer 50% de la population en détention. Et s’attendre à une forte diminution de la natalité parallèle à une forte augmentation de l’homosexualité.

Comment garder un mélange honorable entre les XY les plus excités et les autres ? La culture peut-elle maîtriser ce gène de la mise à l’ombre ?

Mais surtout, comme ces gènes ont interagi avec l’environnement dans un petit bonhomme qui a fini par grandir, comment mesurer le poids de sa responsabilité au moment de l’acte délictueux ? Quand passe-t-il de la bourde infantile à la malveillance délibérée ? Comment faire en sorte qu’il s’approprie la morale du jugement pour rejoindre notre conscience collective ?

Beaucoup d’axes de réflexion. Voici les principaux points noirs de la réhabilitation :

1) Trop de cas psychiatriques en prison standard. Alcool et drogues sont brocardés, mais ce n’est pas n’importe quel psychisme qui les utilise et se décompense.

2) Justice fonctionnaire : travail des juges non soumis à évaluation (par des pairs), application routinière d’un code des lois qui dénigre la spécificité de chaque situation. Pas d’incitation à réduire le taux de récidivistes, en proposant différentes alternatives de peine, en faisant adhérer l’accusé à son jugement. A la décharge des juges : mauvaise organisation de la justice, trop pyramidale et pas assez collégiale. Manque d’effectifs.

3) Avocats incités à tronquer la vérité plutôt que la révéler. Mieux rémunérés ainsi. Est-ce éthique de motiver davantage le défenseur par des intérêts privés que l’accusateur par des intérêts publics ? L’avocat devrait faire partie de la collégialité discutant du cas, sans incitation à dévoyer le résultat.

4) Comment se réhabiliter sans réparer ? Ce n’est pas d’un placard que l’on peut réparer les dégâts causés par soi dans la maison collective. Le principe d’un effort de réparation remplaçant la punition est fondamental pour garder le condamné dans la société d’échange. TIG à comptabiliser en production et non en heures.

5) Utiliser le bon langage. Langage de la justice hermétique à ceux qui devraient le comprendre. Indifférence opposée à la colère. Raison tentant de discuter avec l’émotion. Aucune transaction possible.

6) Utiliser les compétences des ex-prisonniers. L’auto-observation s’élève sur l’observation de gens en difficulté pire que la sienne. Montrer aussi que la récidive nuit à l’ensemble des tentatives de réhabilitation et pas seulement la sienne. Les taulards ont besoin de remonter leur réputation générale pour trouver des jobs à la sortie.

Une des expériences les plus réussies en matière de réhabilitation : des prisonniers s’occupant de chevaux maltraités par leurs anciens maîtres, difficiles à réconcilier avec l’homme. Traiter les blessures de l’autre guérit les siennes.

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