L’indépendantisme est-il pour les kanaks un véritable collectivisme ?

Qu’est-ce que le collectivisme authentique ?

Ne le cherchons pas chez ceux qui n’ont jamais eu les moyens d’être individualistes. Chez ceux-là le collectivisme est forcé. On partage parce qu’il n’y a pas grand chose à partager. L’importance de chaque individu est voisine parce qu’il n’en existe pas davantage à conquérir, donc à se disputer.

Le vrai collectivisme se trouve chez ceux qui se sont vus offrir, par leurs gènes, leur famille, la société, un capital d’importance d’emblée très généreux, supérieur aux autres. Trop exorbitant ? L’effort de collectivisation est alors de renoncer à l’excès de cette importance.

Le collectivisme irréfutable est parvenir à se débarrasser de son individualisme injustifié, et non subir la collectivité sans autre choix.

De quel collectivisme font preuve les leaders indépendantistes kanaks ? Ils sont la parfaite illustration de sa version fausse. Il existe aujourd’hui un gros capital d’importance à se partager chez les kanaks. La kanaky ne peut plus être ignorée. Chaque femme et chaque homme compte. Mais chacun d’eux bénéficie-t-il de ce capital ? Son sort va-t-il s’améliorer ? Peut-il (elle) exercer librement ses choix ?

C’est tout le contraire. L’importance et la richesse sont concentrées dans quelques mains. Le gain de puissance appartient entièrement aux chefs, qui dirigent les autres à coups de promesses, leur désignent qui agresser, qui bloquer, qui décourager.

Politique en général favorable à la communauté quand les chefs sont d’excellents gestionnaires. Communautarisme plutôt que collectivisme, mais au moins la communauté toute entière gagne davantage en importance.

Mais si les chefs sont de mauvais gestionnaires ? S’ils sont naïfs en matière d’économie et de commerce ? S’ils vivent dans le présent et ne connaissent rien de la prévision ? S’ils vivent dans un vaste monde plein de pièges et n’habitent qu’un trou de souris ?

Le principal handicap des leaders indépendantistes, effrayant pour tous ceux qui les observent, est qu’ils n’ont pas la moindre conscience des limites de leurs compétences. Aveuglement ne veut pas dire stupidité. Nous nous aveuglons tous aux réalités désagréables. L’aveuglement des leaders est celui de Moïse. Dieu a prédit le destin de ma communauté. Plus besoin de réfléchir. Le chemin est tracé. C’est ainsi que nous envoyons nos désirs les plus identitaires dans la sphère du sacré, où ils sont à l’abri des contradicteurs.

Mais Dieu n’est pas descendu sur Terre. C’est notre conscience qui prend de l’altitude, en s’observant construire ses diktats, ses inconsciences…

Des ados tombent sur une voiture avec les clés sur le contact. Ils montrent et démarrent, bien qu’aucun d’eux n’ait jamais conduit. Celui qui a pris le volant n’a pas encore les bons réflexes. Embardée dans un virage. La voiture part en tonneaux. Tous les passagers sont morts. Seul le conducteur, qui s’est donné le plus d’importance, survit. Les autres ont renoncé en fait à leur importance en montant dans ce véhicule. Conduits par un aveugle, inconscient de ses propres limites.

Histoire banale chez les jeunes kanaks. Elle ne les scandalise guère. Raison du succès des leaders indépendantistes auprès d’eux. Faire des tonneaux avec le pays tout entier n’inquiète pas les jeunes.

Que font les kanaks plus matures qui réfléchissent à cette situation, qui auraient déjà assez d’importance pour élever la voix ? Ils ne le font pas. Cette importance, justement, ils n’ont pas le choix de la faire valoir. La puissance est entièrement concentrée entre les mains du chef, entouré de ceux qui lui ont abandonné la leur.

Cela ne vous rappelle-t-il pas l’ancienne société du colonisateur ?

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