La majorité des non-Européens de Nouvelle-Calédonie veulent-ils l’indépendance vis à vis de la France? Si oui, pourquoi?

Oui, la majorité des non-européens de Nouvelle-Calédonie souhaite l’indépendance. Cependant les raisons diffèrent en leur sein. Lisez en premier le post précédent à propos de la diversité calédonienne.

Le kanak adulte

Le premier motif du désir d’indépendance, chez les kanaks âgés de plus de 40 ans, est retrouver leur dignité. Comment l’ont-ils perdu ? Lors de la colonisation, bien sûr. Pourquoi ne l’ont-ils pas encore récupérée ? Le non-dit devient étouffant quand vous abordez ce sujet avec les intéressés. Pas d’apartheid en Nouvelle-Calédonie. Les institutions sont démocratiques. Au congrès siège actuellement une coalition kanak-wallisienne majoritaire. Elle peut voter les lois qu’elle souhaite, tant qu’elle ne contredit pas la constitution française, fondée sur les droits de l’homme.

Croire sa dignité perdue est aussi héberger des frustrations profondes. Cette génération kanak est effectivement celle des frustrations face à la morgue des enseignants venus de métropole, de tous ces fonctionnaires venus imposer leur culture à une autre qu’ils ne comprenaient pas. La lutte pour l’indépendance serait moralement justifiée si cette situation perdurait dans la Calédonie d’aujourd’hui. Ce n’est pas le cas. La voix d’un kanak compte autant qu’une autre. Il peut vivre à la manière traditionnelle ou à la manière occidentale, selon son choix. Certes, les conséquences de ce choix diffèrent. Faut-il s’en étonner ?

Le jeune kanak

Ce qui nous amène au motif du désir d’indépendance chez le jeune kanak, très différent. Il a hérité de la frustration de ses parents. Il s’émeut à juste titre de la différence de niveau de vie entre eux et les blancs. Mais il est plus pragmatique. La dignité, il s’en moque. L’indépendance, pour lui, c’est récupérer les possessions des blancs. Belles maisons, voitures de luxe, électronique coûteuse, le transfert semble bien plus facile et rapide par l’indépendance qu’en s’échinant à déchiffrer des livres scolaires incompréhensibles. Pour le jeune kanak, l’indépendance c’est l’exclusion du blanc, du nanti, et la nationalisation de ses biens.

Je généralise à l’excès ? Certainement. Mais vous savez ce qu’il en est : ce sont les extrémistes qui s’expriment, qui agressent, qui cambriolent, qui incendient. Quelqu’un d’extérieur à la Calédonie ne peut imaginer l’importance atteinte par la délinquance des jeunes kanaks et des dégâts qu’ils commettent. Elle atteint le double de la France métropolitaine, où le coût a été estimé dans une étude à 5,6% du PIB, ce qui pourrait faire plus de 10% du PIB calédonien !!

Différents jeunes

Les jeunes kanaks ne sont pas tous extrémistes. Les plus brillants ont fait des études en métropole, ont vécu des années dans la culture occidentale. Certains ne reviennent jamais. D’autres sont scandalisés par les défauts indéniables de la société occidentale. Ces défauts n’incitent pas à l’importer telle quelle chez les kanaks. Il y a chez ces jeunes un réel désir de chercher une troisième voie. Mais ils sont peu nombreux, peu écoutés, devenus très différents de leurs frères. Certains ont rencontré le même élitisme méprisant lors de leur formation métropolitaine et se sont radicalisés. Bref le sentiment indépendantiste est très fort chez les jeunes kanaks et particulièrement les mieux éduqués rentrés au pays, qui espèrent avec le départ des blancs accéder à de meilleurs postes de responsabilité.

Le sentiment est si fort que beaucoup acceptent l’éventualité d’un effondrement économique. La fin de l’aide de la France, qui subventionne 25% du budget calédonien, et le départ des riches, divisera au moins par deux le revenu des kanaks éduqués, majoritairement employés dans l’administration. Commerce, industrie et société des services se videraient de leurs forces vives. Mais l’addition ne semble pas trop lourde pour récupérer un pouvoir ethnique. Les kanaks éduqués ont aussi appris, au contact de l’occidental, l’égocentrisme déguisé en communautarisme. Frustrations mortelles pour le vivre ensemble.

Majorité docile

Insistons sur le fait que la volonté d’indépendance n’est forte que chez une minorité de kanaks, la plus frustrée et la plus ambitieuse. La majorité, dont je m’occupe quotidiennement, est une population gentille, attachante, collectiviste, ce qui la rend très docile aussi. Les gens n’attendent aucun bouleversement de l’indépendance. Leurs leaders n’ont même pas besoin de promettre une amélioration du niveau de vie ; il suffit de dire qu’ils vont protéger la culture identitaire et le mode de vie traditionnel.

En face, les blancs n’ont aucune prise sur cet électorat. Même la proposition de transferts sociaux supplémentaires tombe dans le vide. L’argent arrive dans la poche de la hiérarchie coutumière, pas dans celle du kanak de tribu. Les aides auxquels les gens sont sensibles sont les services en nature, en particulier la santé gratuite. La seule chose dont s’inquiètent les kanaks âgés est la disparition des médecins occidentaux. Pas de relève locale.

Conclusion

Les indépendantistes manquent d’un leader charismatique qui saurait voir un chemin pour la coutume au sein de la jungle des nations et de leurs économies agressives. Ils laissent leurs frustrations déteindre sur les jeunes, qui deviennent racistes et étroits d’esprit. Mais je veux terminer sur une note positive : les discours souvent mythomanes n’ont pas encore perverti cette population fondamentalement sociable au point de libérer la haine qui a marqué la plupart des mouvements indépendantistes passés dans le monde. Le kanak reste un voisin agréable, curieux, empathique, travailleur, prompt au rire. Bref, celui qu’on a envie de garder.

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