Pour ou contre la peine de mort en 2020

La peine de mort a été abolie en France contre l’opinion publique majoritaire. Cette préférence du « pour » a diminué, puis la voici qui se réveille. 30 ans après, certains intellectuels tentent de reconvaincre de la nécessité du « contre ». Je me précipite avidement sur la tribune de Philosophie Magazine.

Mon Dieu quelle déception ! Je sors de cette lecture avec l’impression que loin d’une logique intellectuelle, l’auteur a cherché à enrober un commandement biblique avec quelques arguments vaseux.

Mauvais début : l’affaire devait être entendue. Pas besoin de revenir sur le sujet. Aïe ! Si les idéaux proposés à la société ne devaient jamais être remis en question, peut-être serions-nous en train de vivre un ‘1984’ de Georges Orwell. Une société n’est jamais idéale et l’idéal doit constamment s’y justifier.

Cesare Beccaria, un juriste italien du XVIIIè siècle, est appelé à la rescousse. Quels sont ses arguments imparables ?

1) La peine de mort n’est pas démocratique. Il serait « absurde qu’un citoyen donne au représentant du pouvoir la possibilité de le tuer ». L’auteur semble ignorer qu’un collectif n’est pas une collection d’individus. Le collectif s’impose aux individus en tant qu’intérêt du plus grand nombre. Il est arrivé que des meurtriers réinvestis par leur conscience sociale réclament d’être exécutés.

2) La peine de mort n’est pas dissuasive. « Ce n’est pas la sévérité de la peine qui produit le plus d’effet sur l’esprit, mais sa durée ». Probablement l’auteur pense-t-il que tous les condamnés sont des aliénés. En effet les citoyens doués de raison sont sensibles à la dissuasion. Certes les circonstances entourant les grands crimes ne favorisent pas les décisions rationnelles. Mais dans ce cas c’est la punition en général, et pas la peine de mort en particulier, qui n’est pas dissuasive.

3) La peine de mort est contre-productive. « La peine de mort est nuisible par l’exemple qu’elle donne. […] Il me paraît absurde que les lois, qui réprouvent et punissent l’homicide, en commettent elles-mêmes ». L’auteur oublie opportunément à présent que « les lois » en question n’ont pas été adoptées démocratiquement. Elles dénigrent leur propre principe, qui est de représenter l’opinion majoritaire.

En outre l’auteur ne comprend visiblement pas ce qu’est un langage. Un langage utilise des mots, des concepts, des émotions, des attitudes, compréhensibles par les deux parties. Avez-vous déjà essayé de calmer une personne en colère avec un ton calme ? C’est sans espoir. Il est plus efficace de s’énerver également, d’adopter le même langage corporel vigoureux, en lui donnant une tonalité empathique. C’est alors que le contenu de votre discours atteint l’autre et le ramène à d’autres pensées.

4) La peine de mort est illogique. « Un crime ne peut-être puni par le moyen dont il use lui-même. On ne punit pas un voleur en le volant lui-même ». Confusion à nouveau entre le point de vue de l’individu et du collectif. La moralité d’un acte peut s’inverser radicalement en passant de l’un à l’autre. C’est grâce à cette inversion que nous ne condamnons pas un soldat de retour de guerre à la prison à perpétuité.

N’existe-t-il pas de meilleurs arguments contre la peine de mort que cette médiocre tribune ?

Car malgré mes vitupérations précédentes je n’en suis pas un partisan, pour une raison essentielle, qui était sans doute à la racine de la démarche de Badinter : les prisons sont emplies d’individus au psychisme aliéné blessé ou tordu par la société elle-même. Il n’existe pas de déterminant génétique du crime. Le collectif peut affirmer que les citoyens sont collectivement responsables du destin de chacun d’eux, de chaque traumatisme en particulier, de chaque défaut de prise en charge.

Au Moyen-Âge, qu’est-ce qui faisait hurler la foule de joie devant une exécution publique ? C’était le soulagement, en chacun des spectateurs, de ne pas être à la place du condamné. Il leur ressemblait trop. Aujourd’hui encore, ce que nous cherchons à détruire avec la peine de mort, c’est une idée bien dissimulée dans l’inconscient : que dans un état de révolte ou de délire aussi extrême que l’accusé, nous aurions pu faire la même chose.

Le seul argument juste de la tribune précédente est « la peine de mort est contre-productive ». Pas pour les raisons données. Elle est contre-productive parce que le condamné n’a aucune chance de rembourser la victime, sa famille, ou la société. Le drame est une perte sèche. Avec la peine de mort au moins arrête-t-on les frais : la société ne paiera pas le coût très élevé d’un internement à vie.

Mais si la société se préoccupait véritablement de “productivité“, elle mettrait le condamné en demeure de rembourser le préjudice. Par un travail soutenu. Il n’existe qu’une seule voie vers la réhabilitation : être à nouveau désiré. Comment s’y engager du fond d’une cellule ?

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