Pourquoi les mâles féministes de la première heure ne se retrouvent pas dans le militantisme contemporain ?

Vous avez en effet certainement remarqué cette évolution du féminisme, d’un idéal universel porté par des intellectuelles, à une secte qui tente de faire assimiler toutes les mains aux fesses des siècles passés à des crimes contre l’humanité.

Comment en est-on arrivé là ? Les soutiens masculins du féminisme, quand ils sont interrogés sur ses excès actuels, se réfugient derrière l’argument du passif historique. Les féministes sont disculpées de leurs débordements par le fait que leurs aînées ont longtemps tenu des seconds rôles.

Cela ne vous rappelle-t-il pas la dette coloniale ? Les descendants de colonisateurs sont censés être toujours débiteurs vis à vis de descendants des colonisés, malgré que les concernés soient tous éteints depuis longtemps. Débiteurs comment ? Jusqu’à quand ? Quelles faiblesses et incapacités bien contemporaines cache-t-on derrière ces revendications ?

Il ne s’agit pas de déplacer le sujet mais de faire un parallèle avec les solutions préconisées : discrimination positive, pourquoi pas, mais temporaire. Égalité des chances à préférer à l’assistance. Mais surtout ne pas faire des ex-colonisés une nouvelle génération d’esprits étroits, ayant épousé tous les défauts des anciens colonisateurs.

C’est-à-dire que le féminisme ne devrait pas former une génération de machos féminins, empreinte des défauts les plus caricaturaux de l’ex-dominant masculin : intolérance, défaut de nuance, égocentrisme, violence, provocation, etc.

C’est pourtant bien à cela que nous assistons aujourd’hui. Le féminisme est une poussée d’exigence de droits individuels pour les femmes identiques à ceux des hommes. Poussée d’individualisme ? Peut-on croire qu’elle ne se fait pas au détriment du collectivisme ?

Je vais cesser un instant de parler de femmes et d’hommes et définir arbitrairement un principe féminin collectiviste et un principe masculin individualiste. Les deux existent en chacun d’entre nous, avec une force variable. Il existe des femmes où le principe masculin est fort et des hommes où c’est l’inverse. Néanmoins la génétique, et ses corollaires anatomiques et métaboliques, influencent l’équilibre moyen entre ces principes selon le sexe.

Le principe féminin est le souci de l’autre, de la progéniture, de partager, d’exercer et recevoir une protection. Ce n’est pas une construction entièrement psychologique et culturelle. La culture est une émanation de la nature. Nous ne sommes pas déterminés par la nature, mais sous son influence à coup sûr.

Les contenus conscients sont fortement impactés par l’environnement socio-culturel. Heureusement pour la cause féministe : c’est là qu’est situé le levier le plus efficace pour les changements. Mais la conscience n’est que l’émergence d’un processus mental fait de propositions inconscientes pour l’essentiel.

Certes c’est dans cet inconscient que se cache la programmation inadéquate du mâle conquérant encouragé à assujettir la femme par ses apprentissages sociaux. L’éducation est à revoir. Mais que fait-elle surtout aujourd’hui ? Elle apprend les femmes à faire la même chose : à assujettir l’autre quand il ne montre pas les mêmes performances que soi.

L’éducation contemporaine exalte l’individualisme. Elle valorise la performance individuelle, pas le comportement social. Même le travail en groupe est vanté comme stimulant la moyenne des résultats individuels plutôt que soutien aux moins performants. La solidarité est laissée à charge du collectif institutionnel. Les individus sont débarrassés de cette charge. Il n’y a plus d’incitation individuelle à aider. Que reste-t-il encore pour s’en charger, spontanément ? Notre principe féminin.

La culture passée était simple, manichéenne : des hommes encouragés à développer leur principe masculin, les femmes à exercer leur principe féminin, peu importe leurs élans individuels. Aujourd’hui les aspirations sont clairement plus personnalisées. Il est juste que les femmes prétendent satisfaire les leurs égalitairement avec les hommes. Mais qu’est-ce qui peut compenser cette poussée générale de l’égocentrisme ?

Pour que le collectivisme ne s’effondre pas, il aurait fallu que les hommes fassent un effort parallèle pour libérer leur principe féminin. Rien que cette manière de le présenter est un marketing catastrophique ! Mais à vrai dire, qu’est-ce qui pourrait inciter les hommes à évoluer ainsi dans une société qui promeut la réussite individuelle ? Il existe un véritable problème général d’affaiblissement du collectivisme. Il ne tient plus que par des lois et des punitions. Il n’est plus propriétaire des individus. Alors qu’au siècle précédent il était encore vivace chez les plus paternalistes de ces messieurs et les plus maternelles de ces dames.

Le tabou le plus dissimulé du féminisme, c’est le sort de la génération des femmes impliquées malgré elles dans un combat initié par les plus élitistes. Génération éduquée dans l’idée que leur protection serait garantie. Victime des effets pervers de la médiatisation du féminisme : les mères au foyer ont du chercher du travail sans être pour autant débarrassées des tâches familiales. Les maris indélicats ont commencé à dire à leurs femmes vieillissantes : « Puisque c’est l’égalité à présent, séparons-nous et chacun pour soi ». Les tribunaux ont tenté de réparer les torts à travers… les discours devenus égoïstes de part et d’autre.

Cet effondrement de la solidarité a créé un grand nombre de ‘gueules cassées’ chez les femmes de plus de 50 ans, malheureuses rescapées de la guerre sans merci entre les sexes. Le féminisme leur avait promis une vie épanouie. Elle n’est pas plus facile. Plus libre sans doute, mais aussi plus dépourvue d’amour, de cet amour qui se donne sans condition, que les hommes peuvent distribuer à leur tour, mais qui fait la force principale de l’âme féminine et de l’attachement que le principe masculin éprouve pour elle.

Ma compagne a l’un des esprits les plus libres que j’ai rencontrés. Il est aussi l’un de ceux où le principe féminin est le plus fort. Cela n’empêche en rien son principe masculin de s’exprimer vivement (elle m’a imposé le titre de l’article). Ses entreprises individuelles sont aussi motivées et ambitieuses que les miennes. Moins affranchies de notre environnement social par contre. Ma compagne tient davantage compte de l’opinion des autres que moi.

Le militantisme féministe est différent. Il exalte le principe individualiste, c’est-à-dire utilise les armes du masculin ; cependant, pour les rendre plus agressives, il réprime aussi le principe féminin. Le désir de procréation devient une entrave. La maternité un emprisonnement. L’éducation un esclavagisme. Le militantisme incite les femmes à devenir plus agressives, plus indépendantes, plus mâles. Il corrompt la réalisation personnelle, incitant à être soi-même tout plus que partie.

J’ai parlé en titre de la déception des hommes féministes, mais les femmes féministes sont aussi concernées. Celles qui ne se sentent pas représentées dans la dérive sectaire sont vilipendées par les autres. Nous ne sommes plus dans une démarche universelle mais bien dans un communautarisme. Le communautarisme n’a rien d’un égalitarisme. C’est un racisme. Un ostracisme anti-masculin. Avec un grand gagnant : le principe masculin, exacerbé chez les XX à présent autant que les XY. Et un grand perdant : le principe féminin, la véritable solidarité éprouvée pour l’autre, et non le principe institutionnalisé que l’on appelle aujourd’hui ainsi.

Si j’ai fait l’analogie avec la dette coloniale, c’est que l’issue peut être la même. Par son désir d’indépendance, l’ex-colonisé s’est emparé de la volonté d’appropriation du colonisateur, de son principe masculin hypertrophié. Il en a épousé les excès, affiché les pires côtés. Il est devenu à son tour raciste, égoïste, violent. Génération à l’esprit dévasté par les frustrations.

Un positiviste dirait qu’ensuite il cicatrise, il pardonne, se pardonne, retrouve sa fierté. D’un amour de soi renforcé peut jaillir à nouveau l’amour des autres. Ces gens-là existent, mais ne sont pas nombreux. La plupart d’entre nous sont leurs cicatrices. Néanmoins réaccéder à notre principe féminin permet un effort essentiel : choyer la génération suivante. Ne pas les faire hériter de nos névroses. Les encourager à développer autant leurs deux principes, qui coopèrent bien plus souvent qu’ils ne s’opposent.

*

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *