Sommes-nous au bord de l’extinction?

Il faut scinder ce problème en extinctions intrinsèque et extrinsèque.

L’extinction extrinsèque vient des facteurs extérieurs à l’humanité (comète, hyperactivité solaire, etc). Pas prévue dans un proche avenir, imprévisible au-delà.

L’extinction intrinsèque concerne l’humanité en tant que gigantesque organisation vivante placée dans un écosystème. Cet organisme est-il bien adapté à son environnement ? Peut-il le modifier et survivre ? Peut-il s’en échapper ?

La qualité d’organisation de l’espèce humaine en décide. Ses conflits internes sont-ils létaux ou solvables ? Les conflits sont ceux d’individus réunis dans un collectif. Comment sont-ils gérés ?

Ces conflits sont analogues à ceux des cellules dans un organisme. Bactéries devenues eucaryotes, les cellules coopèrent à l’aide d’un code génétique partagé. Certaines s’en émancipent. Elles se multiplient sans frein pour devenir une colonie cancéreuse, capable de détruire le collectif. Les cellules immunitaires sont la police chargée de les éliminer avant qu’elles n’aient acquis trop d’importance.

De même la société est un ensemble de citoyens qui coopèrent à l’aide d’une conscience sociale et de lois, mais certains s’en émancipent. En petit nombre ils sont emprisonnés. En grand nombre ils font des révolutions qui, espèrent-ils, vont faire muter le collectif, mais qui peuvent aussi provoquer son extinction, comme un cancer trop avancé.

Les relations entre individus et collectif sont médiées par le système politique. La question devient : nos systèmes politiques peuvent-ils prévenir une extinction intrinsèque ?

La démocratie est le meilleur système historiquement sélectionné. Mais l’humanité n’a pas construit une démocratie mondiale. Affirmons même que nos démocraties actuelles n’en sont plus vraiment. ‘Démocratie participative’ est le nom à la mode pour une anarchie.

Une démocratie repose en effet sur la délégation du pouvoir individuel. C’est une hiérarchie politique, locale, nationale, mondiale en théorie, mais également professionnelle, culturelle, scientifique. Ces hiérarchies sont des niveaux d’organisation dotés de leurs propres règles. Les critères diffèrent des aspirations individuelles, dans une indépendance relative. Une démocratie compétente possède des contre-pouvoirs efficaces.

L’anarchie fonctionne autrement. Le pouvoir n’est plus délégué. L’individu cherche à l’exercer lui-même. Pouvoir théoriquement égalitaire avec ses voisins. Mais l’image positiviste que chacun a de soi rend cette égalité impossible. La société anarchiste est une collection d’individualistes et non un collectif. C’est un chaos social, une atmosphère de groupes de hautes et basses pressions. Modèle de nos sociétés actuelles, aussi connectées que les masses atmosphériques.

Malheureusement la disparition des hiérarchies rend une société plus fragile, parce que moins structurée. La preuve vient d’en être donnée avec un virus bénin qui manque de peu effondrer l’économie mondiale, sous la direction d’une foule anarchiste et non plus du niveau de décision épidémiologiste. Que provoquerait une épidémie véritablement destructrice ?

Nous pourrions ainsi être au bord de l’extinction parce que l’humanité est en pleine mutation de ses systèmes sociaux, et que l’anarchie participative n’a pas fait la preuve de son efficacité dans des circonstances difficiles.

Mutation qui pourrait rendre le grand organisme de l’espèce humaine plus vulnérable que jamais aux accidents de son environnement, malgré son impressionnant progrès technologique. La technologie sert à détruire autant qu’à protéger. Comment peut-elle nous sauver si chaque cellule décide de suivre ses propres règles et qu’il n’existe plus de système immunitaire ?

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