Les déserts médicaux à la calédonienne

Pénurie de médecins en brousse. Ce titre malheureux des Nouvelles masque la présence de nombreux médecins parfaitement adaptés à la brousse et implantés depuis bien des années, peut-être les derniers vrais généralistes, dotés de la polyvalence du médecin de famille et récompensé par la reconnaissance qui accompagne ses efforts constants en ce domaine.
C’est le regard des patients qui fait se hisser le médecin à la hauteur de ses prétentions, et ce regard, dans les grandes villes, devient trop souvent fixé sur les écrans du web, favorisant l’émergence d’un petit fonctionnariat de la médecine.

Puisque nos décideurs ont du mal à faire une publicité suffisante au destin unique du médecin de brousse, voici quelques mesures suggérées :
— Rémunération progressive : Le salaire du médecin s’améliore s’il prolonge son contrat. Cet avantage se maintient s’il tourne sur les communes de brousse.
— Trop de médecins administratifs : Les médecins les plus expérimentés de la brousse… sont dans les bureaux de l’administration, pas trop débordés de travail avec une population aux effectifs très inférieurs au Grand Nouméa. Est-il inimaginable qu’ils puissent faire les bouches-trou lors des congés des titulaires ? Il se trouvera certainement des règlements bien établis… par l’administration pour s’y opposer…
— Vacations pour les médecins de Nouméa : La brousse manque de médecins ancrés sur le caillou, Nouméa en totalise un bon nombre. Proposons des vacations ou des ouvertures de cabinet secondaire pour les généralistes comme pour les spécialistes, à des conditions attractives. Ce médecin ne sera pas là en permanence, mais si la situation le justifie, il est toujours possible de prendre le car pour consulter une tête connue.
— Incitations pour les retraités : Ceux-ci font de parfaits vacataires, associant expérience et désir de continuer un travail partiel. Au besoin, il ne serait pas déraisonnable d’assortir l’attribution d’un conventionnement à une obligation de vacations en brousse, que le médecin pourrait choisir d’honorer au moment de sa retraite.

2 réflexions au sujet de « Les déserts médicaux à la calédonienne »

  1. les vieux médecins en brousse ?! Quand on voit l’état de santé de certains (vous avez pensé aux astreintes ?) et à la motivation d’autres (la brousse vue comme une préretraite dorée … ils déchantent vite …), il y a de quoi être un peu perplexe. Encore une fois, certaines généralités peuvent être évitées.

    1. N’est-ce pas un peu péremptoire, Duduche ?
      Nous avons tendance à rendre le monde stable et prévisible en catégorisant soigneusement les gens, ici par la case étroite du vieux médecin lui-même souffreteux et n’aimant rien d’autre que l’argent. Si elle est représentative de la profession médicale, n’attendez pas que celle-ci s’infiltre en brousse, précipitez-vous chez le guérisseur kanak !

      Mais il existe bien des profils différents. Le médecin calédonien n’est déjà pas ordinaire. Sa salle d’attente est multi-ethnique et multi-culturelle. C’est l’un des endroits où se fabrique le vivre-ensemble. Un médecin qui a exercé une bonne partie de sa vie à Nouméa n’a rien de commun avec certains autres, expatriés par leurs difficultés, « réfugiés » en brousse pour se remettre à flot, et qui ne laissent pas fréquemment de bons souvenirs.

      La retraite est aussi l’âge où la sensibilité change et où la vie citadine peut devenir pesante. Les obligations familiales ne sont plus les mêmes. Une implantation en brousse peut représenter un vigoureux projet pour quelqu’un que guette l’inéluctable sénescence.

      La brousse ne pleurerait pas ses médecins si on les cherchait au bon endroit et si on leur offrait des conditions attractives, certainement pas en leur imposant de pénibles astreintes dont la nécessité est à établir : les paramédicaux bien formés et dotés de meilleures responsabilités sont aptes à gérer l’essentiel des problèmes courants des faibles effectifs de population rencontrés en brousse.
      Le soin est toujours meilleur quand il existe une envie de soigner et pas seulement un impératif de soigner.

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