Sexe et comportement: Le génome gène-t-il?

L’essentiel:
Des excès de l’autre sexe vous avez soupé,
mais n’auraient-ils pas quelque chose d’inné?

La bisexualité double immédiatement vos chances
d’avoir un rendez-vous ce samedi soir.

Rodney Dangerfield

La différence entre comportement féminin et masculin
est-elle exclusivement d’origine environnementale
ou aussi génétique, et en quelle part?

Débat actif où s’affrontent des ouvrages extrémistes,
du noir « la place dans la société est déterminée génétiquement par le sexe »
au blanc « l’environnement est seul responsable des différences homme et femme,
corrigeons-le pour arriver à l’égalité parfaite ».

N’insistons pas sur la participation de l’environnement,
tant politiques éducatives et pressions sociales sont différentes entre les 2 sexes.
Mais jusqu’à quel point peuvent-elles trouver leur source dans la génétique?

De nombreux philosophes, psychologues, et les humoristes ne sont pas les derniers,
pointent les différences entre comportement masculin et féminin:

Le mâle serait plutôt monotâche, concentré sur une activité,
incapable d’en mener plusieurs de front,
mais plus décideur aussi pour son objectif principal.

La femelle serait multitâche, capable de tenir plusieurs conversations à la fois,
travailler à un ouvrage et tenir un oeil sur des bambins chamailleurs,
mais aurait plus de difficulté à réunir toutes ces compétences
pour une décision claire et persistante,
qui lui donne une réputation de caractère volage (1)…

Sketch de Mark Gungor pour anglophiles (facile à comprendre)
Tale of two brains

Ce phénomène résulte-t-il uniquement d’attributions sous influence de la culture?
Est-il possible d’en juger en s’affranchissant de son propre sexisme?
Le génome fabrique tous les gènes, et même la gêne à en parler.
Que nous disent la neurobiologie et l’histoire de l’espèce?

Les afférences sensorielles influencent le développement du cerveau.
L’environnement inonde de stimuli les 2 sexes, certes,
mais il en est d’intrinsèques, qui restent fondamentalement différents,
génitaux, musculaires, hormonaux,
et il semble aventureux de définir une limite précise entre les deux.
Il y a tant d’attitudes et mimiques en apparence banales,
en fait sous dépendance hormonale,
comme un simple bâillement, testostérone-dépendant.

Les instincts sont fortement médiés par la génétique.
L’évolution, effet environnemental par excellence, a provoqué cette différentiation,
mais dans une telle antiquité que c’est inscrit de façon indélébile
dans chacune de nos cellules.

De notre passé animal, le mâle récolte l’instinct de répandre sa semence
dans toute femelle épanouie, visiblement apte à multiplier son phénotype,
s’il a l’énergie et la compétitivité nécessaire.

La vie n’a d’autre finalité que sa perpétuation.

La femelle ne peut pas se contenter de la galipette joyeuse.
A elle incombe la lourde tâche de fabriquer la progéniture,
de l’élever et la protéger jusqu’à l’autonomie (2).
Pour se faciliter la vie elle est incitée à choisir le mâle le plus compétitif
par ses attributs physiques, promesse de transmission de qualités utiles,
mais aussi le plus apte aux capacités d’assistance et de protection,
sinon les chances de la descendance diminuent.

Ces contraintes instinctives auraient-elles disparu dans la société moderne?
Même si vous avez magnifiquement verrouillé votre inconscient
l’expérience des autres doit vous persuader que non.

Comment nous accommodons-nous de ces pressions, dans chaque sexe?

L’homme a eu un chemin cahotique mais clair:
Soumis à provocation instinctive permanente dès qu’il croise une silhouette hautement fécondable,
il a du apprendre à se calmer.

Oh, ce n’est pas spontané, toujours pas!
Seule méthode: la coercition. Coercition éducative d’abord, qui trace les clous,
punitions judiciaires s’il en sort, tout ceci très variable selon la culture.
L’homme en tire une frustration plus ou moins sévère, selon ses ambitions.
Il traîne sa vie durant, un boulet, parfois lourd, mais unique (enfin double…),
qui finit par s’alléger avec l’âge
en même temps que la pression des glandes.

La femme moderne est devant un dilemme:
Ses aïeules avaient l’avenir tracé: élevage, entretien, éducation,
dont les moyens étaient assurés par le compagnon élu,
ce qui les plaçait dans une position de sujétion
dorénavant incompatible avec la recherche de la démocratie ultime.

Plusieurs solutions s’offrent à la future mère:
Doit-elle assurer elle-même les moyens nécessaires à sa progéniture en travaillant?
Ne diminue-t-elle pas ainsi son temps de présence et d’entourage pour les enfants?
Doit-elle se reposer, à l’ancienne, sur un compagnon travailleur,
au risque de se faire moquer par ses amies féministes,
voire se faire regarder de travers par le mari qui voit d’autres épouses travailler?

Il n’y a pas de réponse univoque.
La culture entre fortement en conflit avec les instincts,
comme chez l’homme, mais sans offrir de solution aussi simple
qu’abandonner l’idée de sauter sur tout ce qui porte un jupon.

L’inconscient des femmes est soumis à des équilibres partiels, instables,
entre des noeuds impératifs indépendants,
et définit le comportement féminin.
L’explication des aspects mono ou multitâche?
Dans cette conception la génétique reste le fondement des différences de sexe,
et l’environnement est un révélateur.
Nous ne pouvons influencer notre patrimoine chromosomique
aussi rapidement qu’évolue notre culture.

La solution au problème de la parité homme-femme
serait alors un travail psychanalytique,
avec, au bout, un choix plus libre,
qui ne serait pas forcément l’unification des rôles,
selon l’importance que chacun souhaite accorder
à ses pulsions instinctives.

La morale est étrangère à la nature.
La négation des différences est aliénante pour l’inconscient.
Respectons-les. Encadrons-les.

sexisme
***
(1) Les féministes ont trouvé une explication évolutionnaire du comportement « femme volage »: En copulant avec différents partenaires, elle empêche un mâle donné de savoir de qui est sa progéniture, évite l’infanticide…
Aïe, mesdames! Un homme qui doute que l’enfant soit de lui… fait-il un père dévoué?

(2) Biologie et sexe:
La reproduction sexuée est coûteuse, beaucoup plus que la parthénogénèse
puisqu’il faut 2 individus pour assurer une descendance au lieu d’un.
Mais la parthénogénèse ne permet pas une adaptation évolutionnaire aussi rapide que la reproduction sexuée: les grands organismes ne peuvent pas échanger leurs gènes aussi facilement que des paramécies
-> les espèces non sexuées disparaissent, écrasées sur l’autoroute embouteillée de l’évolution par celles qui se modifient à grande vitesse.

Pourquoi dans notre espèce est-ce plutôt l’homme qui choisit ses partenaires? Pourquoi leur domination physique?
C’est une particularité loin d’être universelle: dans d’autres espèces, les mâles sont insignifiants par rapport aux femelles, et correspondent mieux à la vision quelque peu réductrice de certains biologistes d’un « parasite » masculin, présent uniquement pour injecter ses gènes et d’autant moins coûteux pour la femelle qu’il est petit à fabriquer !
Cependant l’espèce actuellement au sommet de l’échelle évolutionnaire
a ces caractéristiques indéniables,
peut-être parce qu’il est plus efficace que les moyens de survie de la femelle et sa progéniture ne soient pas une tâche supplémentaire pour la femelle, déjà occupée à fabriquer et surveiller les rejetons.
Par chance pour la femme, les hommes ne sont pas non plus des mâles d’une demi-tonne, protégeant des utérus décérébrés tapis au fond d’un terrier: la parité homme-femme eût été un chemin plus difficile…

Bravo aux lecteurs attentifs qui ont terminé ces lignes…
et répéré l’imbattable jeu de mots du début (souper-d’inné).
A eux s’ouvre le torrent des commentaires,
car s’il est un sujet…

suite

2 réflexions au sujet de « Sexe et comportement: Le génome gène-t-il? »

  1. Commentaires autour de l’homme et de la femme

    Reconnaître la participation génétique aux comportements des 2 sexes,
    c’est aussi, si l’égalisation sociale est un but ultime, permettre une intervention efficace même si pour l’instant théorique,
    quand les modifications de l’environnement ont un succès tout relatif.
    Le monde idéal verra-t-il la suppression du Y
    et le remplacement des fonctions vitales qui lui sont attachées
    par des techniques ou quelques gènes soigneusement sélectionnés?
    Celles qui rêvent d’un tel monde peuvent-elles encore être appelées « féministes »
    ou ne seraient-elles pas de sérieux machos au phénotype déguisé?

    La femme, quand elle prend plus que sa moitié des tâches domestiques
    tout en pestant contre le j’m’en-foutisme de son compagnon…
    obéit en agissant ainsi au standart culturel contre lequel elle se rebelle.
    « Il faut bien que quelqu’un le fasse »: réponse superficielle,
    masquant une crainte de l’opinion des autres si ce travail n’est pas fait,
    opinion acceptant encore majoritairement la différence des sexes.

    Les « égalitaristes » critiquent à juste titre les travaux fort peu convaincants
    sur les différences morphologiques et fonctionnelles entre cerveau féminin et masculin.
    Néanmoins elles ont tendance à retourner l’argument
    comme démonstration de l’absence de différence.
    Excessif, quand la science n’est encore capable d’appréhender que grossièrement le fonctionnement du cerveau et sa maturation.

    Si les comportements masculin et féminin sont d’origine génétique, pourquoi certains dérogent-ils à la règle, adoptant une conduite typiquement de l’autre sexe?
    Le problème vient de la non-sexualité hormonale jusqu’à la puberté, alors que se sont déjà mis en place des choix à orientation sexuelle:
    Quel parent a été identifié comme « mère »? Quel plaisir est pris au toucher? Quelle empathie, quelle sensibilité aux émotions des autres? (très développée, elle peut devenir crainte vis à vis des réactions de l’autre sexe, et répulsion).
    Le conflit entre hormones et choix sexuels antérieurs conduit facilement à un comportement déviant de la norme… s’il n’est pas fantasmé.

    Saison des amours: Les araignées mâles, plus petites, doivent combattre l’instinct qui les éloigne des femelles, plus grosses. En effet, dans les combats entre araignées, c’est toujours la plus grosse qui gagne. En présence d’une intruse, une araignée secoue sa toile pour évaluer son poids et fuie si elle est plus lourde.
    Mais le mâle est poussé vers la femelle par ses glandes. Les ordres du cerveau et des gonades sont parfois tellement contradictoires, que la femelle est obligée de sectionner la tête du mâle paralysé. Le cerveau en moins, les glandes peuvent enfin prendre les commandes et s’acquitter de leur tâche.
    Analogie avec l’homme? On n’est pas loin, sauf que certaines épouses seraient plutôt du genre à couper les glandes quand elles ne sont plus cibles de la copulation.

    Génétique du comportement ou génétique quantitative:
    Pour la Behavior Genetic Society, tout trait de comportement a une composante génétique, que l’on peut mesurer par la variance du trait dans une une population de caractéristiques génétiques données.
    Ces recherches tentent ainsi de démontrer que la distinction entre nature et culture est illusoire.
    Les traits de comportement sont quantitatifs, c’est-à-dire médiés par un nombre élevé de gènes, contrairement aux traits qualitatifs, monogéniques, comme le groupe sanguin.
    Mais les gènes ne se recombinent pas de façon indépendante, hors rares recombinaisons. Il le font par blocs, et ceux qui ont des effets similaires ont tendance à ségréguer ensemble.
    Comme à chaque fois que la statistique s’attaque à la très chaotique fourmilière humaine, de grosses approximations sont ignorées: Ne sont pas prises en compte les mutations, le fait que le choix du conjoint ne soit pas aléatoire mais aussi un comportement à médiation génétique, les migrations de population.

  2. La théorie du « gène égoïste »,
    qui voudrait que nos meilleurs gènes se perpétuent sans aucune considération pour l’individu qu’ils ont fabriqué, provoquant parfois des conduites incompréhensibles et néfastes,
    est très inquiétante pour une autre raison:
    Cette toute-puissance du gène est menacée par la conscience, qui finira par les manipuler et les mettre en boîte aussi facilement que des sardines.
    Mais si le gène restait le plus fort
    et décidait de se débarrasser de cette encombrante conscience?
    Cherchons à l’échelon chromosomique les initiateurs de la prochaine 3ème guerre mondiale…

    Théorie du gène égoïste par Richard Dawkins dans les années 70

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