Le culte des vieux

Les sociétés occidentales et traditionnelles s’opposent sur le culte des vieux.
Nous avons tous connu l’inexpérience de la jeunesse et acquis au fil du temps une stabilité, née paradoxalement de nos erreurs. Les solutions que nous y avons trouvé, entre autres tout simplement ne pas les refaire, donnent à l’âge mûr son bel aplomb.
Nous avons tous aussi connu le foisonnement et la plasticité cérébrale de la jeunesse. Quel parent ne s’extasie pas devant les trouvailles de ses enfants et son aisance à manipuler les objets technologiques?
L’ancien bénéficie d’un énorme avantage de position: nous quittons tous la jeunesse pour nous diriger vers lui. C’est la ligne d’arrivée! Il a normalement le rôle d’un soutien éducatif et matériel pour le jeune. Cette inclinaison diminue dans les sociétés modernes, de plus en plus égoïstes et à l’éducation étatisée.
L’ancien n’était pas bien longtemps une charge pour la société jusqu’aux dernières générations. Son espérance de vie s’est à présent prolongée longtemps après la fin de sa vie active, paradoxalement plus précoce qu’auparavant. La transmission de son expérience, quand elle se répète, devient moins précieuse, peut être assimilée à du radotage. Le coût de son maintien en bonne santé s’est considérablement alourdi.
Le décor est planté. il n’est pas surprenant de voir les civilisations traditionnelles toujours organisées autour du culte des vieux, tandis que les sociétés occidentales, en évolution rapide, donnent plus d’importance à l’âge florissant de la vie, les 3è et 4è décennies, et tentent de remiser au placard les plus âgés. Sans trop savoir comment en assumer le coût… mais c’est un autre sujet.
Le poids des personnes âgées, par le nombre et la richesse, a démarré une inédite guerre inter-générationnelle. Les mouvements étudiants et maintenant lycéens sont les prémisses d’un « parti des jeunes ».

En Nouvelle-Calédonie ces cultures se heurtent. Les occidentaux ont contaminé les jeunes mélanésiens avec le rejet de l’hégémonie du vieux. Terreau d’autant plus fertile qu’ils quittent le milieu familial et forment de nouvelles tribus par tranche d’âge et convergence d’intérêt, à l’instar des banlieues métropolitaines. Cet abandon de la coutume secoue durement la société mélanésienne et les anciens ne savent pas comment y répondre sinon en assouplissant leur conservatisme.
Ce n’est pas suffisant et de nouveaux codes sont à bâtir. Les kanaks manquent d’une voix pour les guider. D’un côté des dirigeants, soit autoritaires et accrochés à leurs privilèges, soit discrets parce que leurs revenus sonnent désagréablement dans la culture du partage et qu’ils les cachent, soit dépassés par la lourdeur de la tâche. De l’autre côté des jeunes impatients, avides de participer au rêve occidental et ses avantages matériels, adeptes des raccourcis pour y parvenir. Beaucoup de l’élite intellectuelle kanak est expatriée. Partis pour études, et ayant élargi leur vision, ils ne sont pas revenus montrer le chemin. Dommage. Je donnerais plus volontiers un blanc-seing politique à celui qui ne réclame rien… qu’à celui qui vient réclamer ce qu’il dit mériter… par sa naissance.

Les wallisiens sont moins touchés. Soudés par leur statut de minorité, ils respectent mieux leurs coutumes, et en particulier le culte des vieux. Leur société est néanmoins beaucoup plus ouverte qu’à Wallis. Ils sont un bon exemple d’une évolution en douceur, pragmatique.
La plupart des minorités calédoniennes sont dans la même situation. Elles ne peuvent se prévaloir ni d’une formation compétitive dans les écoles françaises, ni d’un droit du premier arrivant. Impossible d’aller s’installer sur le banc des assistés. Il faut retrousser ses manches, devenir caméléon, et apprécier chacune des journées qui passent. Ceux-là conservent des valeurs et respectent leurs vieux… sans les vénérer.
Un modèle pour ceux qui ne retroussent pas assez leurs manches ou qui demandent à l’Etat de s’occuper de leurs vieux?

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