Noir et blanc

Les kanaks sont identiques aux blancs.

Mêmes nombres de chromosomes. Mêmes Homo Sapiens. Mêmes cerveaux. Les bébés kanaks naissent identiques aux bébés blancs. Puis leur environnement diffère.

Un kanak n’est pas identique à un blanc. Chacun possède sa génétique et son environnement particulier. Les individus ne sont pas égaux. Raison pour laquelle, déjà, un blanc n’est pas identique à un blanc.

Si je suis kanak je dois donc faire une différence critique entre ‘être kanak’ et ‘être un kanak’. Être kanak n’apporte aucun inconvénient ni avantage. Aucune différence générale avec les blancs. Tandis qu’être ‘le kanak particulier que je suis’ me rend unique, comme n’importe quel autre individu, noir ou blanc.

A l’évidence nous constatons tous les jours qu’être un kanak, ce n’est pas la même chose qu’être un blanc. Comme ce sont génétiquement les mêmes Homo Sapiens, cela démontre le poids extraordinaire de l’environnement.

Notre environnement peut sembler agité, agressif, hasardeux, difficile à contrôler. Pourtant il est très organisé. Notre esprit le divise subrepticement en départements dont s’occupent automatiquement ses grandes tâches mentales.

Le département le plus vaste et omniprésent est l’environnement matériel. Univers extraordinairement varié des lieux et des objets qui nous entourent. Les sens éveillent les représentations de ces choses dans notre esprit et celui-ci renvoie des ordres à nos muscles. Les habitudes patiemment mises en place dans l’enfance rendent la plupart des comportements quasi-automatiques. L’intention de se diriger vers un endroit suffit pour que le corps se mette en marche. Pas besoin de s’occuper des détails. Sensations et contractions se coordonnent. Les pensées peuvent vagabonder. Notre programmation mentale est bien adaptée à notre milieu physique habituel.

L’environnement ne comporte pas que des objets. Des êtres vivants y habitent. En particulier des congénères. Être vivant c’est afficher une certaine autonomie. Pour l’esprit ce sont des entités plus difficiles à prédire. Nos représentations mentales à leur sujet restent approximatives. Même une fourmi peut être difficile à attraper. Son trajet est imprévisible. Quant à deviner ce qu’un cerveau aussi sophistiqué que le nôtre va inventer comme projet… Les autres Homo Sapiens sont les plus compliqués. L’esprit consacre davantage de ressources à les représenter. Finalement, au quotidien, nous avons l’impression de concentrer l’essentiel de nos efforts mentaux aux relations avec nos proches, et très peu à l’environnement matériel.

Car ces Homo Sapiens il n’en existe pas deux qui soient similaires. Vous pensez avoir compris comment l’un fonctionne ? L’autre réagit différemment. Impossible de recueillir suffisamment d’informations pour les gérer tous. Comment se débrouiller dans une foule ?

C’est l’utilité de nos cercles sociaux et de nos classes socio-culturelles. Ces départements-là de l’esprit sont virtuels. Ils ne servent pas à gérer l’environnement matériel mais les relations avec les êtres vivants, des négligeables aux prioritaires.

Les cercles principaux sont le couple, la famille, les amis proches, le clan, les relations professionnelles, les amis plus lointains, les voisins, les gens partageant la même culture, la race, la nationalité, l’appartenance à Homo Sapiens (vis à vis des animaux). Les gens (et les animaux) traversent ces cercles pour se rapprocher ou s’éloigner de vous.

Plus ils sont près du centre plus leurs représentations sont détaillées et actives dans votre esprit. Au point que leur absence crée un vide. Mais toutes ne sont pas associées au plaisir. Vos rivaux, opposants, supérieurs tyranniques sont très présents également. Cette proximité perturbe les relations avec les autres. Une altercation vous rend irritable avec vos proches.

Les cercles sociaux ne sont pas complètement virtuels. Certains reçoivent une validation officielle, attestée par des documents : mariage, livret familial, contrat de travail, membre d’une association, passeport national. D’autres sont officieux : les fans d’un même groupe musical ou d’une pratique artistique aiment se retrouver mais ne sont pas fichés. Enfin certains cercles sont montrés du doigt. La différentiation sur des critères physiques peut facilement déraper. C’est le racisme et divers ostracismes vis à vis des handicapés, des petits, des gros, des bizarres en tous genres. Nous y reviendrons dans un instant.

Les cercles sociaux habitent réellement notre esprit. C’est leur présence qui règle vos décisions, les modifiant parce que « C’est la famille », « C’est un kanak », ou « Il est blanc ». La même affaire peut aboutir à une conclusion radicalement opposée selon où se situe la personne. Les cercles excluent autant qu’ils rapprochent. Le classement se fait dans la relation avec chaque individu. C’est parfois l’autre qui s’exclue lui-même, par son agressivité. Vos critères ne sont pas toujours en cause.

La conséquence est importante. Ostracismes et exclusions ne sont pas forcément répréhensibles. Un condamné qui croupit en prison s’estime victime d’un ostracisme. Mais la justice, qui représente la conscience sociale majoritaire, considère cet ostracisme nécessaire. Ce n’est pas l’individu qui est cible de l’ostracisme mais le comportement qui l’a conduit là. S’il abandonne cette part de lui-même il est considéré comme réhabilité. Nous sommes une collection d’éléments de personnalité. Qu’ils se réajustent autrement et le prisonnier réintègre le cercle ‘citoyen libre’.

Les ostracismes sont l’issue inévitable des conflits ne trouvant pas de solution. Qu’indiquent des ostracismes forts dans une société ? Des membres qui ne discutent pas. Des cercles étanches. Des Homo pas si Sapiens. L’ostracisme est à la fois cause et conséquence de la non-circulation des idées. Cause parce qu’il est une barrière étanche aux idées nouvelles. Conséquence parce qu’il s’installe sur la pauvreté du débat intérieur.

Un ostracisme fort est appelé racisme. Il n’est plus un filtre qui renforce l’identité. Il est devenu une interdiction de changer. Le racisme s’auto-entretient très bien. Après tout il met à l’abri des conflits. Plus de questions litigieuses, déstabilisantes. Le racisme apporte assurance et solidité… à un univers intérieur étriqué.

Il est dommage que le terme ‘racisme’ ait pris un tel sens. ‘Race’ est devenu un mot si péjoratif que  certains scientifiques s’efforcent de le faire disparaître, clamant l’inexistence des races au niveau génétique. Mais l’apparence raciale utilisée par les gens n’est pas une enquête génétique. Elle agrège une multitude de critères : morphologie, langage corporel, habillement, us et coutumes, langue, représentations du monde visible et invisible.

Cette large agrégation a des avantages et des inconvénients. L’avantage est que la classification raciale évite de rentrer dans les détails. Très bien pour les gens pressés. Ou pour parler de populations. Il n’est pas considéré comme raciste de parler « des chinois », « des anglo-saxons », « des mélanésiens ». Par contre le critère racial prend une autre tonalité si en observant un individu vous expliquez son comportement par « C’est un chinois » ou « C’est un blanc ». D’où vient la différence ?

Parler de populations restreint les critères auxquels vous faites allusion. « Les chinois » ne concerne que leur apparence faciale générale, leurs mimiques habituelles, leur langue et leur mode de vie. « Les chinois » ne dénie pas des particularités individuelles à chaque chinois. Tandis que définir un individu par « C’est un chinois » le réduit à ces critères généraux. C’est lui dénigrer le droit d’agir en tant qu’individu, de s’affranchir des caractéristiques collectives de la race.

Quand un blanc dit « C’est un kanak », il réduit la personne désignée à un agriculteur dépourvu de sens de la propriété et soumis à la coutume. C’est raciste au sens péjoratif. Un kanak est en réalité un individu unique, comme tout Homo Sapiens, qui respecte la coutume. Il le fait à sa manière strictement personnelle. La coutume est dure parce qu’issue de conditions de vie difficiles. Le collectif était important pour la sauvegarde des individus. La coutume peut sembler étouffante… comme la plupart des héritages. Mais sous l’étouffoir existent des personnes susceptibles d’interpréter la coutume de façon variable. Le blanc n’a pas la sensibilité nécessaire pour le voir. Il est à l’extérieur du cercle très dense formé par la coutume. Il n’en perçoit pas l’intérieur.

Classer les gens par la race n’est pas dépourvu d’utilité a priori. Tout dépend de la taille de l’échantillon auquel on applique ce classement. Il est utile pour les grands groupes, où seuls des critères généraux sont concernés. Il est calamiteux à propos d’un individu, puisqu’il aveugle à toute la richesse de la personne.

Ce racisme-là est employé par les gens qui ont déjà trop de conflits à propos d’eux-mêmes pour s’embarrasser de ceux créés par la proximité de l’autre. Le racisme est un durcissement des cercles visant à protéger une identité fragile. Car n’oublions pas qu’au centre du cercle se situe… notre propre personnalité. Une personnalité parfois tellement tailladée de névroses que la première chose qu’elle exprime… est le désamour de soi.

Il est catastrophique d’appliquer uniformément le terme ‘racisme’ à ces deux manières très différentes, la globale et l’individuelle, d’utiliser la classification par races. Nos meilleurs philosophes se font piéger. Alors nos politiciens sont des proies rêvées pour une telle manipulation. Ils renoncent à des décisions de gestion concernant les critères socio-culturels des populations qu’ils gèrent, de peur de se voir accuser de racisme individuel. Dans l’autre sens, les électeurs racistes torpillent leurs idées en montrant trop bien qu’il s’agit d’une extension de leurs petites haines du quotidien, du désir de changer de voisins, plutôt que la gestion saine du choc entre les cultures.

Un exemple est l’inclusion de critères raciaux dans les recensements. Le gouvernement français y a renoncé. Alors que le pays n’a jamais été pareille mosaïque socio-culturelle. Comment gérer les équipements, les souhaits des populations, les conflits, sans connaître les ethnies et leurs préférences ? Le racisme des enquêtes généralistes est utile, nécessaire. Le cercle ‘gestion nationale’ est différent de ‘gestion communale’, lui-même différent de ‘gestion de l’immeuble’. Les discours peuvent se superposer puisqu’ils ne s’adressent pas aux mêmes cercles.

Mais il est vrai que nous avons du mal à être plusieurs personnes selon les sujets abordés. Nos départements mentaux ont une indépendance toute relative. La conscience est fusionnelle. Un certain racisme est bénéfique pour nos valeurs identitaires. Un autre est désastreux pour juger celles de nos voisins. Mais l’un déteint sur l’autre.

Si je suis raciste je raisonne correctement quand je dis « Je suis la culture A faite individu ». J’ai accès à suffisamment de choses en moi pour savoir que je suis quelque chose de plus que cela. Je raisonne incorrectement en disant « Untel est la culture B faite individu ». Parce que la conclusion logique est : le premier individu (moi) n’a rien de commun avec le second individu (condensé de la culture B). Cette conclusion est fausse. Les deux individus sont mus par des instincts, des espérances, communs pour l’essentiel. Les besoins corporels sont similaires. Le souci de la progéniture est similaire. La recherche de santé est similaire.

Autrement dit je me trompe en traitant l’étranger comme un symbole de sa culture. Il n’est ni un vêtement folklorique, ni une fête religieuse, ni une couleur de peau. Il est en réalité une personne dotée des mêmes pulsions que moi-même, les confrontant à sa propre culture. Il fait… strictement la même chose que moi.

Tous les films cherchant à torpiller le racisme insistent sur ce switch nécessaire de la pensée : aborder l’étranger comme un autre soi-même, et non comme une bizarre icône sur pattes venue s’échouer dans un écosystème qui n’est pas le sien. Malgré tout, cette prise de conscience laisse un sentiment d’insatisfaction. Pour quelle raison ?

Reconnaître l’existence des désirs de l’autre ne diminue en rien les conflits qu’ils provoquent. Au contraire, puisque l’exclusion n’est plus une option, les conflits perdurent. L’exclusion était sans conteste la solution la plus facile et rapide. Qui va gérer efficacement le conflit ? Nos dirigeants ? En sont-ils capables, eux qui ne sont généralement impliqués en rien dans ces problèmes ?

Autant le racisme de cage d’escalier est critiquable, autant l’absence de racisme dans une certaine classe politique l’est également. Erreur inverse, aussi grave : ne pas utiliser le critère ‘race’ dans la gestion d’une large population. Employer un collectivisme d’immeuble pour diriger une nation. Nos politiciens sont des Homo Sapiens comme les autres : trop fusionnés.

Trop fusionnés avec leurs conseillers en communication, avec leurs échéances électorales. Trop investis personnellement, alors que la gestion du collectif relève… d’un collectif. Un collectif ancré dans son cercle de compétence, et disposant d’observateurs indépendants. Mais c’est un autre sujet. Revenons au principal. Quelle est la conséquence du refus d’inclure le critère ‘race’ par nos dirigeants ? Il devient exacerbé dans les esprits individuels. Son affaiblissement dans le cercle ‘nation’ le renforce dans le cercle ‘moi et mon clan’. L’identité individuelle cherche logiquement à se protéger, en particulier quand les conditions de vie la fragilisent.

Ainsi la sensibilité aux thèses racistes se mesure au contenu du portefeuille plutôt qu’à une hypothétique ‘largeur de vue’. L’argent, le meilleur extincteur des conflits, éteint très bien ceux qui sous-tendent le racisme. Malheureusement l’argent n’est pas une solution en soi. Il ne gomme pas nos inégalités, il n’en est que le reflet. Lorsque vous démarrez la simulation d’une société avec des échanges qui ne sont jamais strictement équitables, les inégalités de richesse ne font que s’accentuer. C’est une loi mathématique.

La solution est le refus de traiter la société comme un vaste système unique, de lui reconnaître cette hiérarchie de cercles à travers laquelle nous la manipulons individuellement. La société n’existe que dans nos esprits. L’argent est un carrefour de critères appartenant à différents cercles. Lui aussi est excessivement fusionné. Comment a-t-on pu convaincre les gens que l’argent d’un placement financier est le même que l’argent d’un lopin de terre cultivée ? Ils ne traduisent pas le même niveau d’échange. La dimension complexe de la société est occultée. Lorsque les niveaux d’organisation les plus élevés s’effondrent, les fondations restent. Un argent a disparu, l’autre est intact. A l’évidence ils ne sont pas semblables.

Nous ne sommes pas égaux. Les cercles sociaux sont des outils essentiels à la gestion de nos inégalités. Je suis unique, mais plus je m’écarte de mon centre plus je suis tous les autres. Je le suis par franchissements successifs, qui me permettent de cartographier mon identité. Il existe des endroits où je suis égal en importance à tous les autres, d’autres où je dois construire cette importance. Et je dois la construire d’abord en moi-même. Comment l’élargir sans commencer par s’auto-apprécier ?

Le racisme commence à l’intérieur de soi. Derrière cette sensation d’être un « Je » unique. Fusionné certes je le suis. Mais je cache mes propres conflits. « Je » est le premier cercle, en conscience, organisant ces conflits. Il permet de se dire la ‘même’ personne, alors que nous présentons des visages terriblement contrastés selon les circonstances, de la colère à la sollicitude en passant par la mélancolie. « Je » est efficace quand il a réussi à se débarrasser des racismes vis à vis de lui-même, en particulier ceux que les autres ont injectés. Nous récoltons tant de mauvais points chez nos parents fatigués, nos amis énervés, l’école élitiste, les plus doués moqueurs. Tout cela a sédimenté dans « Je ». Comment s’étonner qu’il y pousse des réactions parfois si inattendues, qui découragent les autres parties du soi ?

Un « Je » qui s’apprécie. Qui d’autre peut repousser la pression si forte de l’environnement, dont nous parlions au début ? Qui d’autre peut améliorer les habitudes qui vont mettre de l’ordre dans un quotidien chaotique ? Qui d’autre va identifier les cercles qui protègent mon identité sans exclure les autres ? « Je » suis au centre de mon destin.

Je reste unique, que je sois noir ou blanc.

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ColisExpat, l’ArnaqueExpat

Surtout, surtout, surtout… ne recourez jamais à un service de réexpédition comme ColisExpat !! 

Les soldes et ventes flash vous séduisent-elles comme moi ? Sur Amazon et CDiscount, entre autres, les affaires sont réelles. Surtout comparées aux prix surcotés de l’outremer.

Mais avec ColisExpat, le mauvais sur-prix s’échange contre une mauvaise surprise. Le service n’utilise que l’avion. Rapide mais hors de prix. Colis volumineux taxés en frais de réexpédition délirants. Total : coût du transport supérieur de 30% au prix des articles lors de ma première commande.

Cerise à l’arrivée : les taxes à l’entrée du territoire, calculées sur le prix des articles plus celui du transport. Au final, marchandises plus onéreuses que si elles avaient été achetée sur place, parvenues dans des colis déformés, et avec des délais décourageants si vous devez recourir au SAV.

Seul bénéfice : ma compulsion sur les soldes est guérie 🙂

Mon gilet jaune fait mine grise

Je fais partie des nantis. Il n’y a pas grand chose qui m’énerve chez les gilets jaunes. Le pire reproche est qu’ils m’ont pourri mon propre gilet jaune. Il diminuait le risque que je me fasse pulvériser en vélo sur la route. A présent j’ai l’impression d’être un militant et que le risque de pulvérisation a augmenté.

Rien ne m’énerve chez les gilets jaunes parce que leurs revendications sont globalement justes. Malgré cela leur démarche est foncièrement erronée. Le souci n’est pas d’avoir des revendications. Tout le monde en a. Trop de monde en a. Le souci est de savoir comment porter les revendications.

Ne s’estimant représentés par aucun parti, les gilets jaunes militent de fait pour la démocratie participative. Extrémisme ultime de la démocratie, qui rejoint dans son inefficacité l’extrémisme du communisme, où les citoyens se pensent égaux en toute circonstance. Non !! Nous sommes égaux en importance à la naissance, mais pas en compétences ni en pouvoir personnel, qui dépendent des choix que nous avons exercés. Renier cela serait renoncer à son libre-arbitre. C’est vendre son individualité pour récupérer une parcelle de pouvoir collectif que cette individualité n’a su s’accaparer.

‘Égalité’ est à enlever au burin du fronton de la République. Une imposture. Personne ne vit ‘à égalité’ avec les autres. Pas même les plus chrétiens, les plus charitables. Pas les plus pauvres, qui trouvent toujours plus miséreux que soi, et qui partagent quand il n’y a presque rien à partager.

La société est une gestion des inégalités omniprésentes et conflictuelles. Chaque tentative de réduire ces inégalités a fabriqué une société aliénée, dotée d’élites encore plus inaccessibles et brutales. Négation de l’individu, qui par définition n’est pas le reste du monde.

La démocratie contemporaine ne gère pas correctement les inégalités. C’est un fait avéré. Que 26 personnes possèdent autant de richesse que la moitié de l’humanité témoigne que l’économie est devenue une entité autonome, presqu’entièrement indépendante des préoccupations humaines. Du moins elle est devenue autonome dans l’esprit de ceux qui la gèrent. Absence de connexion entre la tâche ‘économie’ et la tâche ‘humanité’. Robotisation de la fonction cérébrale. Les repères économiques peuvent ainsi évoluer dans leur monde virtuel, émancipé de la réalité qui est une agrégation de tous les repères.

La démocratie participative serait-elle une issue ? Aujourd’hui les citoyens demandent à un pantin appelé ‘président’ d’exercer en leur nom un contrôle sur le robot ‘Économie’. Toutes les pressions et les résistances s’exercent sur lui. Immobilisme garanti. Celui qui sort de son rôle aura une vie brève.

Participer, est-ce demander son avis à tout le monde, quel que soit le niveau de compétence individuelle sur le sujet désigné ? La sagesse de foule fonctionne-t-elle vraiment ? Seulement dans certaines conditions précises, en particulier chacun doit ignorer ce que va dire l’autre. Impossible avec les médias. Les buzz créent au contraire des mouvements de foule, qui sont l’inverse de sa sagesse. La foule s’aligne sur une opinion extrême et non sa moyenne, comme elle le devrait.

Concevoir une sagesse de foule participative serait pondérer la force de l’avis individuel selon la compétence. Avec une sorte de permis à points pour voter en tel ou tel domaine. Structure terriblement lourde à mettre en place, sujette à toutes les erreurs possibles, comme les tests de Q.I. ou la justice. Cependant elle aurait l’immense avantage d’une évolution dynamique, face à l’inertie et au conservatisme des hiérarchies en place.

La vraie participation est remettre sa parcelle de pouvoir à quelqu’un qui nous ressemble et organisera notre désir avec ceux conflictuels des autres, grâce à ses compétences supérieures en médiation. La vraie participation n’est pas de court-circuiter davantage les étapes successives qui mènent à la décision. Elle est d’augmenter ses compétences pour éventuellement s’élever dans la hiérarchie décisionnaire. Court-circuiter la hiérarchie, qu’est-ce d’autre qu’un profane expliquant à l’expert ce qu’il doit faire ?

La hiérarchie doit être multipliée, enrichie, et non abolie. C’est en additionnant davantage de niveaux qu’il devient plus facile de passer de l’un à l’autre. La hiérarchie est pesante parce que les gens s’y installent et deviennent rapidement addictifs à ses privilèges. Une hiérarchie ne fonctionne correctement qu’avec un ascenseur toujours en mouvement. Chaque étage dispose de ses pouvoirs et contre-pouvoirs. Les compétences croissantes dans l’un ou l’autre font monter dans l’ascenseur, descendre dans le cas contraire. Il n’existe pas de chute libre sauf quand on s’est fait parachuter sur le toit.

Les dysfonctionnements dramatiques de la hiérarchie l’ont faite déconsidérer. Plus personne n’en veut. Et pourtant ceux-là s’offusquent de la disparition de la hiérarchie. Quand des ‘jeunes cons’ ou des ‘émigrés’ s’estiment valoir autant qu’eux. Le droit du sol est hiérarchique. Avoir un métier est hiérarchique. La famille est hiérarchique.

Une hiérarchie en bonne santé est indispensable. Il faut l’hospitaliser et non la rendre encore plus bouffie et malade avec de nouvelles revendications ignorant sa présence. La thérapeutique est simple ; elle repose sur deux principes :

1) Vérifier à chaque étage l’équilibre du conflit entre pouvoir et contre-pouvoir.

2) Vérifier que l’objectif est d’organiser au mieux les conflits de l’étage sous-jacent et non de rendre l’étage indépendant des autres. L’économie internationale organise les conflits des pays, le ministère national ceux des entreprises, la direction des entreprises organise les conflits des cadres, les cadres ceux des employés de leur service, etc. Le succès de chacune de ces gestions n’est possible que si la gestion sous-jacente est garantie. Elle n’est pas indépendante. Il s’agit d’une superposition d’organisations (le terme exact est superimposition). Une économie qui cherche à s’émanciper des citoyens est un esprit qui pense inutile de nourrir son corps.

Est-ce une opinion de plus ? Encore un qui veut avoir raison plus que les autres ? Notez que cet article ne contient aucune revendication. Juste le rappel du principe fondamental qui fait le destin de la réalité : l’auto-organisation. Une société malade est une société qui a cessé de s’auto-organiser.

Plus de détails dans un prochain livre : Societarium.

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Souhaitez-vous voir la Nouvelle-Calédonie s’affranchir de la France?

(question posée sur Quora, forum anglophone)

Pour comprendre la situation en Nouvelle-Calédonie, faisons une petite expérience de pensée qui s’en rapproche. Le décor est une petite ville rurale du Middle West, où le revenu moyen est plutôt maigre, qui vote à plus de 90% républicain. Des entreprises high-tech fabriquant des instruments très délicats décident de s’y installer en raison de la totale absence d’activité sismique dans la région. Comme ces entreprises ne trouvent pas localement les compétences nécessaires, une immigration de cols blancs fait grandir un quartier bourgeois et riche qui vote démocrate. Les ruraux et les cadres s’ignorent et se méprisent, pas toujours en silence. Incidents entre jeunes et cambriolages deviennent courants. Policiers et juges sont payés par l’Etat fédéral. Les ruraux les disent à la solde des riches et les cadres les trouvent laxistes. Un référendum est proposé aux habitants pour savoir s’ils veulent s’affranchir de l’Etat fédéral et devenir indépendants. Ils désigneront et payeront à l’avenir leur propre police et leur propre justice. Pensez-vous que les citoyens devraient répondre ‘oui’ à ce référendum pour l’indépendance vis à vis de l’espace fédéral américain dont les lois ont permis l’installation de cette population nouvelle ?

Cette analogie souffre de défauts, certes, cependant elle permet de comprendre à quel point la question posée lors du référendum calédonien est déconnectée de la réalité locale. Ni le ‘oui’ ni le ‘non’ n’ont bien sûr la moindre chance de résoudre le conflit entre les populations locales. Au contraire, le simple fait de tenir un tel référendum n’a qu’une conséquence possible : exacerber les tensions entre deux groupes équivalents en nombre et aux modes de vie difficiles à concilier.

La question que j’aurais voulu voir poser, en tant que calédonien, est celle-ci : « Etes-vous d’accord pour jeter dehors tous les intolérants, qu’ils soient brunis par le soleil ou blanchis par l’éclairage artificiel ? ». Un grand ‘oui’ aurait donné une chance au vivre-ensemble. Malheureusement ce sont les extrémistes des deux camps qui ont projeté ce référendum et décidé de la question à poser. La politique consiste, avant tout, à ne pas menacer sa propre raison d’être.

La situation de tout pays doit être évaluée à différents niveaux d’information. Nous savons tous qu’il existe beaucoup de ces niveaux entre la vie au quotidien et le discours politique/médiatique. Le quotidien, dans la société kanak, c’est énormément de frustations, de violences faites aux femmes, de haines claniques, d’identités fragiles.

Un exemple comme on en rencontre presque chaque jour ici : au cours d’une fête de mariage une femme kanak contredit l’un des hommes présents. Il la tabasse, lui arrache une grande poignée de cheveux et la peau du crâne avec. Elle finit à l’hôpital. Ses amies lui conseillent de porter plainte. Que fait le policier chargé de recueillir sa plainte ? Il lui conseille de renoncer car son agresseur, lui-même cadre de police kanak, a plusieurs témoins prêts à jurer que c’est elle qui l’a provoqué et agressé.

Aujourd’hui comme hier, les nationalismes sont moins une sauvegarde de l’identité culturelle qu’un moyen d’éviter le regard du monde, et protéger ses petites barbaries.

Extrémismes

Tous les esprits hébergent les mêmes concepts. Ils se transmettent comme des virus. Comment, alors, arrive-t-on à se radicaliser ? Bien entendu, le tempérament est incriminé. Un hyper-individualiste cherche une posture spécifique. La radicalisation la lui fournit. Mais ce n’est pas le seul facteur. Un autre est plus commun, fonctionne en tant qu’a priori : certains croient que face à un extrémisme il en faut un autre pour l’équilibrer. L’apparition d’une idée qui leur semble extrême, même si elle ne l’est pas vraiment, génère leur propre extrémisme ou l’amplifie. Nécessité d’extérioriser ce conflit. Toute la personnalité doit participer à la radicalisation du discours. Toutes les cohortes de concepts propriétaires sont mobilisées en ce sens. Tandis que d’autres personnes internalisent le même débat. Ils exercent le conflit entre les idées à l’intérieur de leur assemblée conceptuelle. La personnalité, les actes, le discours, véhiculent le compromis qui en résulte.

Il est facile de transposer ces observations à la politique. Nous trouvons aux extrémités de l’hémicycle, radicalisées, la première catégorie de ces personnes, persuadées qu’il faut un extrémisme pour en équilibrer un autre. Nous trouvons au centre les personnes ayant déjà fait avancer les débats en interne, pour trouver leurs solutions. Ils espèrent que les autres vont faire de même et les rejoindre.

Conséquence sans doute désagréable à entendre pour les radicaux : les extrémistes existent les uns grâce aux autres, grâce à ceux du bord opposé, davantage que par la grâce de leurs idées, comme ils se plaisent à le penser.

Aux partis indépendantistes avant le référendum

Vous ne savez pas comment guider votre jeunesse.
Vous réclamez davantage de responsabilités alors que vous n’exercez pas correctement celles que vous avez déjà.

Écoutez cette anecdote très banale : mon fils s’est fait voler son scooter devant le lycée. Le voleur a été vu. Tout le monde au lycée sait de qui il s’agit. C’est un Wamytan. Ce nom suffit pour que rien ne soit fait. Ce nom garantit l’impunité. Le jeune Wamytan est baron en son lycée. Les règles ne sont pas pour lui. La police n’entreprendra strictement rien à son encontre.

Un historien célèbre a dit : Quand il s’émancipe, le colonisé commence par copier le pire du colonisateur. Ce n’est que bien longtemps après qu’il commence à copier le meilleur.

Alors je vous le demande, messieurs et mesdames, quand allez-vous cesser de copier le pire et nous aider à améliorer le nôtre ?

Quand allez-vous développer avec nous le meilleur ?

Dossier phare pour les Nouvelles Calédoniennes

Question à poser à chacun de nos politiciens : « Que pensez-vous de la corruption des élites calédoniennes et de ses conséquences sur l’économie locale ? ». Faire toutes les interviews avant publication, pour éviter qu’elles s’influencent mutuellement. Puis les publier au rythme d’une par semaine. Le budget de la corruption a été estimé dans certaines études à 20% du budget total. De quoi effacer sans difficulté les problèmes de la CAFAT ?

Sèchinondation

Pourquoi la Calédonie subit-elle à la fois sécheresses et inondations répétitives ? Comment se fait-il qu’aucun réservoir (autres que ceux des mines) ne vienne réguler les deux, dans une contrée où le relief s’y prête remarquablement ? La Calédonie n’a aucun déficit global en eau, et l’eau est un problème permanent. Les barrages régulent efficacement le réseau hydrologique. Ils ont l’avantage supplémentaire de pouvoir héberger de petites unités hydro-électriques. Énergie renouvelable complémentaire du solaire dans les périodes où le soleil est caché par les pluies. Un pas de plus vers l’indépendance énergétique. Plusieurs petits barrages défigurent moins le paysage qu’un seul grand, ont un risque de rupture très faible, et réduisent le coût de transport de l’électricité. Production plus proche de la consommation. Eau et énergie dans un réservoir à la porte de la commune. Le financement ? Les aides constantes en période de sécheresse et d’inondation sont aussi coûteuses qu’un emprunt finançant les transformations, dont les effets se feront sentir bien après son remboursement. Du travail pour les entreprises du territoire, dans une période où le bâtiment fléchit…

La Calédonie manque-t-elle de visionnaires ? Ses politiciens sont-ils plus habiles à partager récriminations et pleurs de ses habitants spoliés, plutôt que dire « Je vais faire en sorte que cela cesse » ?

Le monde cessera-t-il de croire en Dieu et la religion ?

Croire en Dieu n’a jamais soulevé de difficultés. Ce sont les religions qui sont un problème. Elles maintiennent encore une majeure partie de l’humanité dans un obscurantisme dont ces gens ne perçoivent pas la réelle extension dans leurs vies, même lorsqu’ils se sentent animés des meilleures intentions possibles. Les religions ont besoin de faire leur pérestroïka.

Conserver précieusement la croyance en Dieu, qui ne peut rencontrer d’opposition, seulement de l’agnosticisme. Se débarrasser des prophètes de la Parole de Dieu, en faire des philosophes majeurs de leur époque, ancrés dans des sociétés archaïques, pourvus de connaissances superficielles sur la réalité. Plutôt que faire des miracles dont la réalité est seulement attestée par des disciples enthousiastes et avides de répandre un nouveau pouvoir, Jésus aurait pu simplement écrire « E=MC2 ». Message intemporel pour un fils de Dieu voyant toute l’étendue du temps déroulée à ses pieds. Les religions doivent être abandonnées parce que le message qu’elles propagent, en apparence collectiviste, a en fait une identité, raciale territoriale et culturelle. Le message collectiviste est en fait communautariste. Il est détourné, torpillé, tronqué inéluctablement par cette identité de sous-groupe de l’humanité. Il interdit de s’approprier la solidarité de manière véritablement personnelle. Les gens ne peuvent la construire, c’est-à-dire organiser autour d’elle la structure de leur personnalité ; la religion leur apprend la manière dont ils doivent être solidaires. Et cette manière entre en conflit avec d’autres injonctions, incompatibles, égocentriques. Des petits conflits trop personnels et quotidiens pour que la religion les résolve à leur place. L’identité de groupe rend moins solidaire vis à vis de tous les autres.

Dieu n’est pas un père. La religion est paternaliste. Nulle trace d’un protectionnisme divin. Les humains se protègent entre eux. C’est la seule réalité en laquelle nous devons avoir foi.

La science peut-elle expliquer les miracles bibliques ?

L’une des sciences humaines est l’histoire, et ses enquêtes sur les faits historiques. L’étude des documents romains se rapportant à l’époque immédiatement postérieure à la mort de Jésus indique que les chrétiens, à ce moment, étaient une petite secte de personnes ayant bien connu Jésus, peu activiste. C’est le futur St-Paul, ex-pharisien fanatisé, persécuteur repenti des disciples de Jésus, qui entama une interminable vadrouille ponctuée de prêches, et créa la légende du faiseur de miracles. En effet Paul était mythomane et raconta des histoires tellement fantastiques que même les anciens compagnons de Jésus (avec lesquels Paul n’était toujours pas en bons termes) disaient : « Mais d’où sors-tu ces racontars auxquels aucun d’entre nous n’a assisté ? Tu n’étais même pas avec lui… »

Bien sûr il sera certainement impossible de connaître la vérité définitive, tout écrit étant une relation des faits et non les faits eux-mêmes. Néanmoins une chose est certaine : la Bible n’est pas un livre d’histoire, mais une sélection soigneusement réfléchie des textes « recevables » pour la foi chrétienne de l’époque. Nul doute que si elle n’avait pas reçu son statut sacré et n’avait pas été éditée à des millions d’exemplaires, le Vatican serait heureux aujourd’hui de continuer à la remodeler pour en faire un symbole plus contemporain, débarrassé du sexisme et de la violence qui étaient parfaitement assumés à l’époque.

Qu’est-ce que les supporters de Trump et ceux de Clinton ne comprennent pas les uns à propos des autres ?

(Question posée sur Quora à la suite des élections)

Que les uns comme les autres ne sont pas tant supporters que ça. Plutôt dans le rejet. Le rejet de Clinton a dominé le rejet de Trump. Est-ce vraiment une surprise après la façon dont s’est déroulée la dernière décennie ? La crise de 2008 a laissé des rancoeurs terribles contre l’establishment. Obama a été réélu parce qu’il a plutôt bien géré la crise, et parce qu’il a montré sa volonté de réformer la finance avec le Dodd-Frank act. Cette réforme n’a guère effacé les conséquences de la crise pour un grand nombre d’américains, cependant Obama avait l’excuse d’être empêché de faire sa politique : les banques ont envoyé au Congrès des bataillons de lobbyistes qui n’ont pas relâché une seconde la pression pour faire modifier le texte. De fait, ce dernier a été largement édulcoré. L’électeur n’est pas capable de juger la pertinence d’une réforme, mais il connaît son salaire ; il sait si sa maison lui appartient…

Quand on lui présente une Clinton personnalisant à ce point l’establishment… peu importe que son adversaire soit milliardaire et fasse des promesses intenables. Avant tout, il est anti-conformiste. Ce qui convient très bien aux gens qui pensent que leurs pertes ne sont pas conformes.

Pourquoi les sourciers n’ont aucun don magique pour « sentir » l’eau et pourquoi il faut néanmoins avoir recours à eux

Ayant acheté un terrain dans une région plutôt sèche, et ayant l’intention d’y implanter un verger, il était impératif de tenter un forage pour disposer d’une eau moins chère que celle de la commune. Devais-je faire appel à un sourcier ? Les avis sur leur talent sont aussi manichéens que sur l’existence de Dieu. On y croit à fond ou pas du tout. Beaucoup de gens affirment sentir nettement les mouvements de la baguette quand l’eau est dessous, tandis que les enquêtes scientifiques sur le sujet montrent que c’est une affabulation, que les sourciers placés en situation de trouver une nappe avec leur seule baguette ne réussissent pas plus souvent que le prédit le hasard.

J’ai choisi d’embaucher le sourcier plutôt que le cabinet d’études spécialisé pour plusieurs raisons, par ordre d’importance :

—Mon vendeur avait déjà fait venir un sourcier et j’avais envie de confronter l’avis d’un autre, ignorant de ce premier passage.

—Le sourcier est beaucoup moins cher.

—Ma compagne est croyante en la baguette.

—Le vieux renifleur d’eau est plus truculent et haut en couleurs qu’un ingénieur de bureau d’études.

Me voici en train d’arpenter le terrain derrière le vieillard, qui avance difficilement. Il n’y a plus de sourcier jeune. Ils deviennent aussi rares que les curés. La baguette comme le Créateur perd ses croyants fidèles.

Je pose des questions insidieuses : « Est-ce que le type de bois y fait quelque chose ? Est-ce que d’autres matériaux pourraient marcher ? ». En fait la radiesthésie regroupe un grand nombre de croyances divinatoires et il est difficile de savoir s’il y a quelque chose d’utile au milieu. Le vieux se contredit à quelques minutes d’intervalle en disant que seul le bois marche pour l’eau, puis qu’il a trouvé des sources avec un pendule (je lui ai fait préciser ensuite quel est le matériau de la boule et c’est une céramique).

Le sourcier trouve deux emplacements précis où il est certain que nous trouverons de l’eau, en grande quantité pour l’un d’eux. C’est là que nous forerons plus tard et trouverons un débit modeste, 2m3/h, à une profondeur plus grande qu’annoncé (25m). Ces deux emplacements sont éloignés de celui du premier sourcier. Nous avons emmené là le second à la fin de la visite et il a affirmé catégoriquement qu’il n’y avait pas la moindre trace d’eau là-dessous. Est-ce que les sourciers auraient un sens différent d’une personne à l’autre ?

Au final l’observation du vieux, l’auto-suggestion qu’il pratique en permanence pour ses clients et lui-même, les résultats contrastés des forages faits ensuite sur ses recommandations, m’a convaincu qu’il n’existait aucun sens spécifique pour l’eau et aucune action directe de la baguette. Elle est un intermédiaire pour un talent bien réel chez le sourcier : son expérience du terrain, son appréciation de la morphologie des bassins versants, et son intuition sur l’emplacement des nappes en sous-sol.

Si bien qu’il se débrouille au moins aussi bien qu’un bureau d’études, sans les connaissances scientifiques, qui sont de toute façon incomplètes : la configuration du sous-sol n’est pas connue précisément. C’est en forant que l’on saura exactement le type de sol, ce qui explique les résultats aléatoires des forages.

Car l’élément qui assure certainement le mieux leur réussite est très simple : il y a des nappes partout. Si l’on creuse à une profondeur suffisante, avec une bonne connaissance du terrain, il y a plus de chances de trouver de l’eau que n’en pas trouver. Restez donc optimistes. Et prenez le sourcier : il est vraiment meilleur marché. Un peu comme le vieux qui sait deviner le temps : il est terriblement moins cher qu’un service météo 😉

Etre ou avoir en Nouvelle-Calédonie

Appliquons notre grille de lecture de « Etre ou avoir » à un espace multi-ethnique : la Nouvelle-Calédonie. Son histoire s’est déroulée en 4 phases : invasion coloniale, statu quo, révolte « blessante », melting pot.

1) L’invasion coloniale ; l’occidental impose son pouvoir terrestre et spirituel aux tribus. Missions plutôt que tueries. Eduquons le sauvage. Pour son bien ? Le nombre d’autochtones passe cependant de 100.000 (estimation 1853) à 20.000 en 1920. Maladies, malnutrition, soulèvements réprimés (les tribus rivales aidant à réprimer les révoltés). A juger cependant avec la sensibilité de l’époque et non celle d’aujourd’hui. Nulle part le monde n’était tendre. Les sociétés ritualisaient des violences psychologiques et physiques, traditions marquant encore la société contemporaine. Homo sapiens, ça pince, ça mord…

2) Le statu quo. L’anglo-saxon utilitariste, très conscient de la distance entre cultures et peu croyant en l’auto-détermination individuelle, fut un colonisateur agressif : il éradique la culture locale et intègre ses membres à la sienne, s’ils en sont capables. Le français humaniste fut moins terroriste : intéressé à la culture locale, il tente la mixité pour attirer les locaux vers sa manière de penser, en conservant la base traditionnelle intacte.

Ethiquement louable mais sociologiquement naïf. Méconnaissance du formatage panconscient totalitaire chez la plupart d’entre nous. L’être humain ne naît pas philosophe. La Calédonie du statu quo est, pendant un siècle, une juxtaposition de deux sociétés presque étanches. On n’utilisera pas le terme d’apartheid parce que, contrairement à l’Afrique du sud, la séparation n’est pas imposée par l’envahisseur. Choix partagé.

Ce fut ainsi la période la plus tranquille de l’histoire calédonienne, regrettée par la majorité des habitants nés à cette époque, toutes ethnies confondues. Enfants mélangés à l’école. Apprenant à vivre comme aux côtés d’une espèce différente, parlant sa propre langue mais ayant appris la langue commune. Du moins dans le sens kanak > français. Obligatoire, et malaisé pour une grande partie des élèves, ce qui a certainement favorisé la sujétion et la frustration des petits kanaks. Une bonne idée aurait été, dans les écoles mixtes, de faire de l’anglais la langue commune. Même défi pour tous. Fut-on trop fier, ou pas assez fier, pour ne pas y avoir pensé ?

3) La révolte blessante en 1984. Terme utilisé bien entendu à la place de sanglante. Affaire douloureuse certes. Meurtres et guérilla des milices. Néanmoins ouvrir n’importe quel livre d’histoire contemporaine convainc immédiatement de la chance des calédoniens dans pareille mutation.

Pourquoi la révolte alors que la majorité des calédoniens cohabitait paisiblement ? Manque d’attention à un effet secondaire majeur de la colonisation des têtes à l’école : éduqué à penser comme un bon petit français, le mélanésien apprend aussi ce que le blanc sait faire de mieux : convoiter, réclamer, râler… bref, s’individualiser ! Bon terreau pour les idées politiques de gauche de l’époque. Les leaders kanaks ont fédéré deux pulsions très différentes, frustration des jeunes à ne pas accéder au mode de vie occidental, et contentieux foncier chez les anciens.

4) Le melting pot. La seconde revendication est progressivement satisfaite par l’ADRAF, le service de réattribution des terres. Quant à la frustration des jeunes kanaks, elle ne fait qu’augmenter. Une partie accède aux emplois et au consumérisme occidental. Une autre reste à la traîne. Jeunesse globalement moins compétitive que dans les autres ethnies. Déficience éducative ? Plutôt mutation trop rapide. Côtoiement d’une culture collectiviste avec une individualiste, aux visions contradictoires sur le travail. Quand le jeune kanak était destiné à la pêche ou l’agriculture, on pouvait le laisser s’éduquer seul. Libéralité fonctionnant très mal, à présent, dans une banlieue, avec un système scolaire compétitif, surtout avec une mère kanak obligée de s’absenter pour travailler. Désaveu de la coutume, rébellion pubertaire contre le prof blanc, plus collant et contraignant que les parents : les jeunes kanaks font seuls le choix de leurs repères, c’est-à-dire construisent quelque chose de totalement asocial sauf au sein du gang. Patratras ! On est redescendu au niveau de l’animal. Plus bas même, peut-être, car il n’existe pas d’espèce où les géniteurs s’occupent si peu de leurs rejetons qu’ils traînent en bandes dangereuses dans la nature.

Carence éducative particulièrement profonde en matière de tolérance. Ce grand mot, étonnamment, recouvre et enlumine un concept auquel nous pensons autrement : l’inégalité. Comment ?? La tolérance est l’encouragement à supporter les différences, donc les opinions inégalitaires. Chacun sa place, à sa place. Droit à une niche sociale, mais reconnaissance que toutes ne peuvent être identiques, que le mérite apporte des droits supplémentaires, que la culture hiérarchise à sa façon, que les services rendus sont un capital pour l’âge où l’on deviendra incapable de les fournir. La tolérance est le lien adolescent entre l’enfant du « Tout, immédiatement », et l’adulte du « Tout n’est pas possible ». Comment grandir sans elle ?

Aucune société, la coutumière ou l’occidentale, n’ouvrant plus les bras aux jeunes calédoniens marginaux, ils se mettent à délimiter agressivement leur propre espace. A établir leurs règles abrégées. Vol et échange au présent remplacent la propriété du travail et toutes anticipations.

La Nouvelle-Calédonie n’est pas pauvre, ni dépourvue de bonnes volontés. Mais comme la plupart des microcosmes elle anticipe peu. Elle vit au présent, manque de visionnaires. L’avenir le plus lointain est le vote pour l’indépendance. Il ne cache pourtant pas beaucoup d’incertitudes. Dans l’intervalle la bombe formée par cette génération rejouant la guerre que n’ont pas terminée leurs parents, va devenir impossible à désamorcer. La prison ne pourra plus être vidée.

Anticiper, réfléchir, prévenir, voilà qui est aussi fatigant pour l’esprit que peu rentable en politique. Alors on se rabat sur le plus facile : protester. Voilà qui donne une belle impression d’exister. Sans trop s’épuiser.

*

Être ou avoir ? Ou paraître ?

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Pourquoi la France va-t-elle mal ?

L’aveuglement est une protection.

Une nation est protégée par l’idée qu’elle peut tout entreprendre.

La France est en train de perdre cette certitude, héritage de la Révolution,

parce que son âme s’est faite refiler une névrose,

une chaude-pisse sociétale,

cachée dans le triptyque Liberté-Égalité-Fraternité.

L’Égalité s’est joliment maquillée pour s’associer aux merveilleuses Liberté et Fraternité,

mais a introduit sa vilaine jumelle, l’Assistance.

Cette France syphilitique en est au stade des symptômes neurologiques.

Elle bascule lentement dans la crise psychotique.

Seule issue : refondre la Trinité républicaine.

La remplacer par : Liberté-Diversité-Fraternité.

Échec de l’école française ?

Les suites de l’épisode Charlie Hebdo sont difficiles en France, en particulier à l’école où l’on découvre un rejet inattendu et répandu chez les enfants d’immigrés de la solidarité pour les victimes de l’attentat. Yves Michaud parle ainsi « d’échec de l’école républicaine à transmettre non seulement des connaissances mais tout simplement le sentiment d’appartenance à une société commune ».

Pourquoi tant de pression sur l’école, pourtant plus multicolore et plus orientée vers le vivre ensemble qu’elle ne l’a jamais été ?

Le problème vient d’ailleurs. C’est celui de la place de la culture dans l’identité. Les enseignants ne peuvent gérer ce problème seuls. Si les parents font de leur culture propre un élément central de l’identité, sans compromis, aucun professeur ne peut être entendu. Le souci vient ainsi du discours public, pas seulement gouvernemental, celui des intellectuels aussi. Il vante (vantait avant Charlie) la tolérance, sans préciser que la tolérance, très précisément, est l’adoption des références du pays où l’on émigre permettant le vivre ensemble.
C’est la politique des très multi-ethniques USA, dont la population latino-américaine va bientôt dépasser la population blanche, et qui pourtant n’ont pas changé leurs valeurs d’origine. Ce qui est entendu dans les écoles françaises est impensable là-bas.

A vrai dire je pense que la tolérance tricolore est de meilleure qualité que l’anglo-saxonne, tous les ex-peuples colonisés le savent, mais il faut l’exercer, pas en faire un effet d’annonce. Le discours public doit être un repère franc, majeur, compréhensible par tous. La tolérance est la façon dont on le rend digeste à tous ceux qui ne le possèdent pas encore.

Démo-crade

Les démocraties nationales n’ont rien d’un cadre pour le respect du droit des individus. Ce sont des groupes soudés autour de la promotion de leur prince, persuadés de pouvoir s’élever dans son sillage.
Tous ses mensonges, toutes ses corruptions sont excusables. L’on s’enthousiasme de le voir paraître au balcon, alors que derrière, dans l’ombre, des peuples entiers travaillent comme esclaves, leurs chefs vénaux achetés sans mal, leurs femmes vendues aux riches, leurs enfants placés sur des chaînes de montage.
Démocratie nationale, ou tribale ?