5/10 Livre azur
Se lit avec plaisir si l’on découvre le sujet étonnant des paradoxes, mais est souvent mal écrit — ou mal traduit — et laisse sur sa faim, ne poussant guère les explications sur le pourquoi des paradoxes. Les auteurs sont des compilateurs et n’ont rien introduit d’original. Un livre de gare.
Continue reading »


L’évolution ne trouve pas toujours les meilleures solutions. Sinon les moustiques n’agresseraient les mammifères que pendant leurs ébats sexuels, instant où ils sont totalement indifférents à l’insignifiant picotement du larcin globulaire.
Livre tempête Blogs au ralenti ces derniers temps pour finir cet ouvrage, « L’Homme polyconscient », qui paraît aujourd’hui.
Si, malgré la variété des loisirs que propose la société contemporaine, il vous reste une pensée assez libre pour quelques questions existentielles, ce livre devrait vous accrocher. C’est une nouvelle théorie de la conscience, aux prolongements étonnants vers la philosophie, la sociologie, l’épistémologie, le traitement des maladies mentales mais aussi la résolution des conflits du quotidien — dont vous découvrirez au passage la nécessité. C’est un creuset capable de refondre certitudes et inquiétudes en une vision véritablement innovante. Un livre difficile, voire dangereux, pour ceux qui se contentent d’éprouver la vie, mais palpitant pour celui qui, en plus d’éprouver, se regarde vivre.
L’ouvrage aborde les friches qui séparent la neurophysiologie de nos comportements conscients avec des objectifs précis : rester en contact avec la vraisemblance scientifique mais s’affranchir de ses effets réducteurs ; déconstruire avant de tenter un réenchantement de notre existence ; amener à un palier maximal de conscience — avec nos moyens actuels — appelé la polyconscience.
D’une façon sans doute étonnante pour les calédoniens, nombre de conclusions du livre, qui démarrent du champ matérialiste, rejoignent les concepts de la culture kanak sur les ancêtres et la définition de l’individu au sein de ses congénères. Science et spiritualité convergeant vers les mêmes conclusions ? Voici qui incite à les renifler de près…
Version livre couverture souple, 202 pages
Version eBook format epub (Kobo FNAC, iPad…)
7/10 Livre tempête
« Un peu de science subversive » est un sous-titre accrocheur mais ne reflète pas le ton général du bouquin. La subversion s’étale sur une demi-page et concerne effectivement une vision du temps fort originale que l’on aurait aimé voir développer davantage. Le livre de CR, pas très long et facile à lire, arrive encore à diluer ses passages passionnants, avec un si faible nombre de pages, dans la biographie de son auteur, pas très palpitante et surtout constituée de remerciements aux collègues. 2 « sorties » intéressantes : l’allusion — pas trop saignante — aux vols d’idées entre scientifiques, et surtout la description très juste de la culture américaine d’un point de vue européen qui a amené CR à préférer revenir travailler en France.
Mais que ma tiède introduction ne masque pas les points très forts de ce livre, qui justifient, pour chacun d’entre eux, son achat :
-La théorie de la gravitation quantique à boucles est exposée de façon très claire pour les non-initiés. Cette rivale de la théorie des cordes pour relier la gravitation et la relativité générale au monde quantique est particulièrement simple et novatrice. Elle a davantage de chances de sortir du champ spéculatif pur que la théorie des cordes, sans doute parce qu’elle est moins ambitieuse.
-CR est d’une honnêteté scrupuleuse que l’on ne rencontre dans aucun ouvrage du même type. Il précise soigneusement la frontière entre théorie démontrée par l’expérience et théorie spéculative, et n’hésite pas à avouer que tout son travail est spéculatif et pourrait s’avérer inutile.
-Sa vision d’un temps purement créé par notre niveau d’appréhension superficiel des phénomènes de transformation de la matière, est tout simplement lumineuse pour le néophyte en physique, mais bon connaisseur des mécanismes de la conscience, que je suis.
-Le travestissement de l’esprit scientifique par le mode d’enseignement scolaire, enfin, est argumenté avec justesse et sans emphase inutile.
Continue reading »
7/10 Livre tempête
Idée essentielle :
Débat sur l’origine de l’Univers, avec six scientifiques éclectiques, qui indiquent leurs positions sans les confronter vraiment puisqu’il s’agit d’une série d’interviews. L’éclectisme est garanti par le fait que deux d’entre eux ne font pas mystère de leur croyance en Dieu. Ils traitent cependant leur foi de façon très différente. L’exercice est parfaitement réussi : chaque lecteur peut se faire sa propre idée, sans bien sûr pouvoir éplucher la validité des théories énoncées, qui ne sont que résumées, suffisamment bien cependant pour ne pas laisser sur sa faim en refermant cet ouvrage de vulgarisation.
Continue reading »
9/10 Livre tempête
Suite de la digestion de ce livre inclassable, entre essai philosophique et psychologique, roman, poésie. Jamais achevé, difficile, et incontournable.
Continue reading »
En ces temps de prolifération des moustiques et de recrudescence de dengue, les journaux se fendent toujours d’un article sur les méthodes pour s’en débarrasser. Je n’ai jamais vu citer la plus simple et la plus fiable si l’on dispose du matériel adéquat : mettre en marche une clim sur le réglage le plus glacial et laisser une porte ou une fenêtre ouverte pendant 20 minutes.
Les moustiques détestent les stations de ski et vont fuir la pièce. Il suffit ensuite de refermer la fenêtre et de couper la clim ou la laisser tourner au ralenti selon la chaleur ambiante. Si votre maison est étanche, les bestioles iront servir de repas aux margouillats du jardin.
L’univers de l’entreprise a mis au point un procédé extraordinairement efficace contre les protestations : il s’agit d’intercaler toute une hiérarchie entre le protestataire et le responsable de l’objet de la protestation.
Le protestataire réfrène ainsi l’ardeur de sa protestation, puisque qu’il n’a pas affaire au responsable mais à une fraction déléguée de responsabilité, qui contient également de la sympathie et même souvent un peu d’adhésion à la protestation. Il en résulte une dilution remarquable de la protestation concentrée par le protestataire, qui perd toute salinité.
Dans le monde de la santé, ce procédé est par exemple utilisé dans l’interaction médecins-laboratoires. Les laboratoires communiquent avec les médecins par de charmantes déléguées, emphatiques et capables d’aller jusqu’à épouser les protestations des médecins à qui l’on vend des médicaments moins parfaits qu’annoncé. Les déléguées font ainsi « remonter l’information », c’est-à-dire que la protestation, un torrent fougueux, s’écoule dans la hiérarchie comme au milieu d’un désert baigné par le rude soleil de l’intérêt industriel, et finit par s’assécher misérablement, avant d’avoir atteint la moindre oasis de responsabilité.
Les pharmaciens calédoniens viennent d’adopter une proche version de ce procédé : Face aux mesures gouvernementales iniques — baisse de 9% de leur marge bénéficiaire — ils intercalent leurs salariés. Ceux-ci descendent dans la rue pour défendre les emplois, tandis que les pharmaciens s’affichent victimes impuissantes : ils n’auront d’autre choix que les supprimer.
Par rapport aux exemples précédents, les positions des petits et du gros semblent inversées. L’on peut cependant considérer le gouvernement comme le représentant du peuple, protestataire parce que les dépenses de santé sont trop fortes. Les pharmaciens présentent alors leurs employés en première ligne, avec les pancartes des « jobs menacés », et éviter ainsi de montrer, en toute sincérité, leur propre déclaration de revenus.
Le meilleur argument des pharmaciens est la défense des petites pharmacies, en particulier broussardes, dont la disparition serait malheureuse pour les communautés locales. L’habitude est de songer à leur accorder des subventions spécifiques. Mais si cela commence à coûter très cher, il existe des alternatives :
-La propharmacien : le médecin du dispensaire ou le privé, s’il existe, distribue lui-même ses médicaments. Cela a l’avantage de cumuler deux bénéfices financiers quand l’activité est faible et d’inciter à des installations. Le village peut perdre une pharmacie mais gagner un médecin permanent, sans nécessité d’aller chercher les médicaments plus loin qu’auparavant.
-L’extension des compétences du pharmacien : il est parfaitement envisageable, en sens inverse, à une époque où l’espèce médicale est menacée, d’attribuer au pharmacien de village des rôles supplémentaires, rémunérés. Ne fait-il pas déjà officieusement de la consultation au comptoir ? On pourrait l’imaginer se déplaçant chez les patients — pour un peu d’intimité — et effectuant des consultations de débrouillage, des vaccinations, les traitements des petites pathologies, la surveillance des traitements au long cours, comme on songe également à le proposer à l’infirmière et la sage-femme.
Là encore, c’est le cumul des compétences qui permet de préserver les implantations, et non leur mise sous perfusion par une subvention, psychologiquement dévalorisante et à l’avenir incertain.
La réclamation d’indépendance de la part des juges pêche sur un point :
Toute profession a la « chance » de se voir évaluer par une opinion neutre, qui est celle des juges. Mais quelle instance indépendante évalue l’action des juges ? Aucune, puisque la seule régulation existante se fait en interne. A titre de comparaison, l’opinion accepterait-elle aujourd’hui que le jugement des erreurs médicales potentielles se fasse uniquement au sein de l’Ordre des médecins ? Certainement pas, et elle n’a pas tort.
Le seul contrôle réel sur la Justice est l’avis global des citoyens, qui se manifeste par leurs choix politiques.
Ainsi, comment pourrait-il être choquant que les politiciens en place cherchent à exercer un pouvoir sur la Justice ?
Débats intéressants sur la justice téléchargeables en vidéo sur Philosophie TV
Les passages les plus intéressants :
Monique Castillo (De la Justice au sentiment du juste#1)
En démocratie toute souffrance devient assimilée à une injustice.
La Justice est engorgée par une hypertrophie du Droit.
Continue reading »
Le vrai titre à retenir du film de Kassovitz est « l’Ordre et les morales ». Pourquoi ?
Deux morales tout aussi « légitimes » sont dépeintes : celle de la guerre et celle de la vie civile. Si la prise d’otages d’Ouvéa s’était déroulée dans le cadre d’une insurrection kanak pour l’indépendance, elle aurait été considérée comme un épisode de guerre et de l’éthique particulière à celle-ci : le droit de tuer est acquis, la vengeance va de soi, tout est bon pour prendre l’avantage tant que l’on respecte les conventions internationales.
Le drame d’Ouvéa est que le hasard de communications incertaines a fait de cette affaire un débordement isolé dans une action du FLNKS qui se voulait symbolique. Tjibaou ne désirait pas une guerre ouverte avec toutes les souffrances qu’elle impliquait. La prise d’otage devenait, dans ce contexte, un acte terroriste, et justifiait une réponse musclée plutôt qu’une négociation.
Malheureusement le groupe de kanaks concerné n’avait rien de fanatiques religieux. C’étaient des têtes faciles à enflammer menées par un intellectuel kanak, Alphonse, loin d’être un jusqu’au-boutiste et vite catastrophé par la conscience du guêpier où il s’était fourré. Dès lors une issue négociée était certainement possible, et le film montre bien l’abrutissement des décideurs par des codes de conduite, des nécessités politiques, et surtout la méconnaissance de la mentalité kanak, qui a mené à la décision d’un assaut inutile.
Peut-être le film insiste-t-il trop sur cet aspect de l’affaire pour certains, mais il n’a pas passé sous silence les violences initiales, qui ont conduit au décès lui aussi inutile de 4 gendarmes. Quiconque connaît les îles sait bien comment le plus placide des locaux peut se transformer en brute stupide sous l’effet de l’alcool, de l’herbe et de l’excitation, ce qui n’en fait pas un barbare en permanence.
Les assassinats de Tjibaou et de Yeiwene, directement liés au refus de tout soutien du FLNKS aux preneurs d’otages, étaient-ils justifiés ?
Tjibaou a certainement hésité à torpiller ses chances de trouver une solution négociée pour l’ensemble de la kanakie en apportant son soutien à ce qui était à l’évidence une bavure kanak. D’ailleurs les accords de Matignon signés immédiatement après après semblent lui avoir donné raison. Mais pouvait-il se décharger de toute responsabilité ? L’idée d’une occupation « pacifique » des gendarmeries de la côte Est pouvait-il vraiment se faire sans incident ? Sans doute est-ce pour cette raison que toute l’opération a été annulée… sauf à Ouvéa, pas prévenue à temps. Dès lors, ne fallait-il pas être présent dans la médiation, aux côtés des vieux d’Ouvéa, plutôt que jouer les abonnés absents ? L’hésitation lui aura été fatale.
Ouvéa est à classer dans ces évènements de l’Histoire, fort nombreux, qui ne sont qu’une accumulation d’erreurs bien humaines dont il est impossible d’extraire un ordre ou une morale quelconque. Aurait-on pris deux chapeaux, l’un avec les noms des protagonistes, l’autre avec les épithètes — « héros », « pourri », « manipulateur », « sincère », etc… — et aurait-on fait tirer au hasard les petits papiers pour les associer avec le plus abyssal vide d’intentions, on aurait dans chaque tirage abouti à une configuration acceptable pour les uns et grossièrement erronée pour les autres…
L’absence de grand méchant et de super gentil fait de ce film une réussite pour les calédoniens, qu’il soudera plutôt qu’il ne radicalisera.
Par contre je ne suis pas certain qu’il intéresse beaucoup le reste du monde, car très descriptif, et donnant peu d’ouverture sur des réflexions philosophiques comme nous le faisons ici. La réalisation pêche au niveau de la progression de l’histoire : elle devient lassante alors que la tension devrait monter progressivement jusqu’à l’assaut final. Si j’avais été aux commandes, j’aurais traité simultanément à la fin, en flash-back, l’attaque initiale de la gendarmerie et l’assaut de la grotte. Un bon moyen de mettre en parallèle la brutalité inutile des deux actes… ou leur justification respective, selon le point de vue.
Ce sont mes principes. Si tu ne les aimes pas…
j’en ai d’autres.
Groucho Marx
*
3 élèves d’une grande école d’ingénieurs discutent du pedigree exact de ce Dieu qui a conçu le corps humain:
Le premier: « Dieu doit être ingénieur en mécanique. Regardez toutes ces articulations ! »
Le second: « Je pense que Dieu est ingénieur en électricité. Le système nerveux a des milliards de connexions électriques. »
Le troisième: « En fait Dieu est ingénieur civil. Qui d’autre aurait fait passer un tuyau d’évacuation des matières toxiques à travers une aire de loisirs? »
*
La secrétaire: Docteur! Il y a un patient invisible dans la salle d’attente!
Le docteur: Dites-lui que je ne peux pas le voir.
* Continue reading »
Réflexion sur l’extension des prisons appliquée à la Nouvelle-Calédonie.
Les calédoniens souhaitent-ils l’augmentation du nombre des prisonniers sans changement des règles judiciaires jusqu’à atteindre, comme aux USA, 10% de la population derrière des barreaux ? Les progrès d’une civilisation ne se mesurent-ils pas au fait que les prisons se vident plutôt qu’elles ne se remplissent ?
Le Camp Est n’a pas besoin d’être agrandi pour deux raisons :
-Une bonne proportion de ses pensionnaires devrait être soumis à un suivi psychiatrique plutôt qu’à un enfermement classique.
-Le reste est formé d’irresponsables plutôt que de responsables. Quand on saisit un responsable à Nouméa, il est rare qu’il finisse au Camp Est. C’était même inconcevable il y a une dizaine d’années.
Vider la prison alors que la Justice a un nombre croissant d’affaires à traiter ne laisse qu’une solution : graduer les peines et développer les alternatives à l’emprisonnement. Une prison bondée indique accessoirement qu’elle n’a pas l’effet dissuasif espéré. Un comble pour cette ultime étape du Châtiment.
Les pistes sont connues mais timidement utilisées en Nouvelle-Calédonie : travaux d’intérêt généraux, structures associatives en externat ou internat, périodes probatoires avec entretiens rapprochés, entreprises de resocialisation fournissant du travail aux ex-condamnés.
Le Camp Est devrait avoir un rôle d’isolement et non d’entassement au milieu de ses semblables, qui le transforme en un HLM d’un genre particulier d’où on ne peut sortir et dont les loisirs sont un peu limités.
La véritable punition est de ne plus pouvoir communiquer avec ses semblables, plutôt que renforcer une sensation d’être dans son bon droit en se mélangeant avec des congénères ayant le même déficit de morale. L’isolement provoque une dissolution inquiétante de la personnalité, inquiétante pour l’isolé en premier lieu : S’il n’est pas atteint de trouble psychiatrique, cette perte du soi rend l’endroit bien plus dissuasif que le « salon où l’on cause » entre délinquants.
La prison ainsi mélange sans discernement des personnalités désagrégées qui nécessitent une reconstruction dans un encadrement quasi-militaire, et des rebelles cohérents dans leurs motivations, qui ne peuvent les abandonner que si elles font le vide autour d’eux.
La Camp Est n’est pas en manque de cellules, mais d’une plateforme de tri.
4/10 Livre azur
Le 1er opus de la philosophie par les blagues avait une grande fraîcheur et était un véritable attracteur vers cette discipline pour les novices. Les auteurs ont récidivé de façon nettement moins brillante, voire surfent sur le succès du précédent livre.
Leur débat entre dualistes et physicalistes sur l’âme, en particulier, est assez risible, reprenant pour les dualistes des concepts vieux de plus de deux millénaires, comme si la connaissance du corps humain n’avait pas fait le moindre progrès depuis. Se donnant un air léger et sans parti pris, le texte confronte sans sourciller arguments sophistiques et réalités un peu plus solides.
Les auteurs cherchent ainsi avant tout à ne pas heurter leur lectorat populaire, aux surprenantes croyances, dont ils rendent compte dans le livre : Un sondage sur les américains – référence non citée – révèle que 81% d’entre eux croient en une vie après la mort, 79% que nous avons une âme qui vivra éternellement, et le Ciel existe pour 71%. En Europe de l’ouest, 49% croient à la vie éternelle, 19% à la réincarnation.
Le décalage des croyances dans les pays occidentaux semble un gouffre du même ordre que celui des revenus.
Quand, enfin, sont passées en revue les expériences de mort imminente et le spiritisme, nous savons que nous avons quitté la philosophie. Les auteurs, certes, ne prétendent aucunement être de grands inventeurs, mais ils n’ont dans cette suite pas grande nouveauté à dire.
Reste de ce livre une excellente collection de blagues, à intercaler, pour s’aérer l’esprit, entre un Hegel et un Musil.
Aux États-Unis, une célèbre animatrice radio US fit remarquer que L’homosexualité est une perversion. Continue reading »

9/10 Livre tempête
Vienne juste avant la première guerre mondiale. L’élite intellectuelle se réunit pour mettre au point l’ « Action parallèle », un écrin de belle pensée pour l’anniversaire du vieux souverain.
Le livre de Musil est un monument incontournable et, comme tous les grands monuments, son exploration peut devenir fastidieuse. C’est un pavé de philosophie déguisé en ouvrage de littérature. Ce gros mensonge peut dérouter plus d’un lecteur. Si l’ouvrage s’était voulu vraiment populaire, il aurait sans doute accordé davantage d’importance à l’histoire et étalé les incessantes parenthèses de l’auteur. Car chaque geste du héros, Ulrich, est lourd de signification dissimulée… à tous sauf aux yeux de Robert Musil. L’intrigue avance ainsi à pas aussi lents que les majestés de l’époque. Elle pourrait être résumée en deux pages et vous n’auriez rien raté… sinon que les développements pointilleux de Musil sont une peinture de toute l’essence d’une société — et l’on pourrait parler de pointillisme littéraire —. « L’homme sans qualités » est à lire comme un Gai Savoir de Nietzsche ou des Syllogismes de Cioran : Venez-y par touches brèves, au milieu d’autres livres. Il n’y a pas tant de personnages et d’évènements que vous risquiez de vous perdre. Au moins finirez-vous probablement le livre, qui a découragé plus d’un acheteur attiré par sa renommée.
Le seul reproche important que je ferais à Musil est l’incohérence entre l’acuité du jugement de son héros, Ulrich, qui désillusionne au fil du livre chaque instant du quotidien, et son implication de premier plan dans une entreprise aussi bornée qu’une grande manifestation nationaliste. L’esprit d’Ulrich semble recéler un mur blindé : D’un côté les certitudes sont dissoutes dans un bain d’acide, de l’autre trônent confortablement des valeurs de droit divin. Est-ce ainsi volontairement ou non qu’il nous fait comprendre la tournure d’esprit de l’aristocratie, ce curieux mélange de libéralisme intellectuel et de portes soigneusement fermées à clef ? On le sent évoluer incertain entre la vanité des qualités et l’élitisme des situations et des personnages qu’il décrit. Le titre évoque faussement une oeuvre nihiliste.
Refermons vite cette critique : Ce livre est celui d’un génie. Sa lecture sera suffisamment décourageante par la densité des idées qu’il renferme, et je ne veux pas vous proposer des échappatoires faciles pour en finir avec cette merveilleuse épreuve.
Continue reading »
3/10 Livre azur
Ouvrage postérieur à « L’Univers élégant » de Brian Greene et qui en prend le contrepied radical. Greene fait un ouvrage de vulgarisation pro-théorie des cordes, Woit produit un pamphlet visant à démontrer qu’elle n’est d’aucun intérêt.
PW prévient que de nombreux passages de son livre sont très techniques. Le lecteur peut manipuler les objets mathématiques dont il parle sans les connaître en détail, mais le problème est moins de ne pas les comprendre que d’être obligé de faire une confiance intégrale à l’auteur pour ce qu’il en dit, car l’ouvrage n’est pas contradictoire.
Autant le livre de Greene enthousiasmera le néophyte et le fera s’intéresser à la physique fondamentale, autant PW fait avec le sien l’effet d’un coupe-jarret. Il est excusable si, comme il le dit, il existe un impéralisme des théoriciens des cordes au sein de la physique : il lui faut secouer méchamment le cocotier. Lui-même semble s’être trouvé excessif avant publication, puis les réactions peu amènes des « cordistes » l’ont plutôt radicalisé. Continue reading »