Oct 062016
 

Ayant acheté un terrain dans une région plutôt sèche, et ayant l’intention d’y implanter un verger, il était impératif de tenter un forage pour disposer d’une eau moins chère que celle de la commune. Devais-je faire appel à un sourcier ? Les avis sur leur talent sont aussi manichéens que sur l’existence de Dieu. On y croit à fond ou pas du tout. Beaucoup de gens affirment sentir nettement les mouvements de la baguette quand l’eau est dessous, tandis que les enquêtes scientifiques sur le sujet montrent que c’est une affabulation, que les sourciers placés en situation de trouver une nappe avec leur seule baguette ne réussissent pas plus souvent que le prédit le hasard.

J’ai choisi d’embaucher le sourcier plutôt que le cabinet d’études spécialisé pour plusieurs raisons, par ordre d’importance :

—Mon vendeur avait déjà fait venir un sourcier et j’avais envie de confronter l’avis d’un autre, ignorant de ce premier passage.

—Le sourcier est beaucoup moins cher.

—Ma compagne est croyante en la baguette.

—Le vieux renifleur d’eau est plus truculent et haut en couleurs qu’un ingénieur de bureau d’études.

Me voici en train d’arpenter le terrain derrière le vieillard, qui avance difficilement. Il n’y a plus de sourcier jeune. Ils deviennent aussi rares que les curés. La baguette comme le Créateur perd ses croyants fidèles.

Je pose des questions insidieuses : « Est-ce que le type de bois y fait quelque chose ? Est-ce que d’autres matériaux pourraient marcher ? ». En fait la radiesthésie regroupe un grand nombre de croyances divinatoires et il est difficile de savoir s’il y a quelque chose d’utile au milieu. Le vieux se contredit à quelques minutes d’intervalle en disant que seul le bois marche pour l’eau, puis qu’il a trouvé des sources avec un pendule (je lui ai fait préciser ensuite quel est le matériau de la boule et c’est une céramique).

Le sourcier trouve deux emplacements précis où il est certain que nous trouverons de l’eau, en grande quantité pour l’un d’eux. C’est là que nous forerons plus tard et trouverons un débit modeste, 2m3/h, à une profondeur plus grande qu’annoncé (25m). Ces deux emplacements sont éloignés de celui du premier sourcier. Nous avons emmené là le second à la fin de la visite et il a affirmé catégoriquement qu’il n’y avait pas la moindre trace d’eau là-dessous. Est-ce que les sourciers auraient un sens différent d’une personne à l’autre ?

Au final l’observation du vieux, l’auto-suggestion qu’il pratique en permanence pour ses clients et lui-même, les résultats contrastés des forages faits ensuite sur ses recommandations, m’a convaincu qu’il n’existait aucun sens spécifique pour l’eau et aucune action directe de la baguette. Elle est un intermédiaire pour un talent bien réel chez le sourcier : son expérience du terrain, son appréciation de la morphologie des bassins versants, et son intuition sur l’emplacement des nappes en sous-sol.

Si bien qu’il se débrouille au moins aussi bien qu’un bureau d’études, sans les connaissances scientifiques, qui sont de toute façon incomplètes : la configuration du sous-sol n’est pas connue précisément. C’est en forant que l’on saura exactement le type de sol, ce qui explique les résultats aléatoires des forages.

Car l’élément qui assure certainement le mieux leur réussite est très simple : il y a des nappes partout. Si l’on creuse à une profondeur suffisante, avec une bonne connaissance du terrain, il y a plus de chances de trouver de l’eau que n’en pas trouver. Restez donc optimistes. Et prenez le sourcier : il est vraiment meilleur marché. Un peu comme le vieux qui sait deviner le temps : il est terriblement moins cher qu’un service météo 😉

 Posted by at 11 h 43 min

 Leave a Reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(requis)

(requis)