mai 292012
 

Tirons des séquelles éducatives de l’hypothèse de l’esprit « enrayé » parce qu’il n’existe plus de schémas mentaux capables de faire avancer un problème. Une telle situation est certainement stimulante parce qu’elle encourage l’esprit à fabriquer de nouveaux schémas : la solution peut se trouver là, au matin suivant, d’autant plus lumineuse que rien dans les schémas existants ne permettait de s’en approcher. Mais si l’esprit échoue, parce que le problème est trop difficile, apparaît un conditionnement à éviter la recherche de nouveaux schémas dans ce domaine : c’est une activité coûteuse et il faut qu’elle soit gratifiante, d’une façon ou d’une autre. Nous devons donc rétrécir le cadre de la récompense pour que celle-ci reprenne des couleurs.

Un exemple courant est la classe d’élèves aux performances différentes. De gros écarts sont décourageants pour les cancres : ils vont se diriger spontanément vers des apprentissages ou des jeux différents de ceux vantés par le professeur, quel que soit l’intérêt initial qu’ils ont fait naître. Il est préférable d’avoir des classes globalement homogènes et, comme persisteront toujours des différences, de faire l’apprentissage de la coopération à l’intérieur de petits groupes, en rendant ceux-ci, par contre, les plus hétérogènes possibles, afin que chacun y trouve son utilité, et donc sa source de gratification individuelle. Pour garantir le succès, il est nécessaire que la tâche collective demande des compétences variées ; évitons ainsi le problème purement abstrait, dans lequel seul le plus doué pour l’abstraction va briller. Mélangeons au contraire les compétences physiques, empathiques, intellectuelles, communicantes, et nous obtiendrons des groupes soudés, formés d’élèves plus disposés à la coopération dans l’avenir après que celle-ci se soit révélée aussi valorisante.

La nécessité des classes homogènes vient des programmes : il existe un certain nombre de paliers à franchir pour les élèves, qui les réussissent en ordre dispersé, sans que les enseignants puissent fournir une personnalisation et une aide individuelle suffisante. Les classes sont trop nombreuses ; ce serait au détriment de la progression générale du groupe. Un cours est toujours un compromis entre l’accessibilité aux élèves les moins « lestes » et une richesse intéressant les esprits vifs ; plus l’écart est important, plus le compromis sera boiteux et déclenchera une vague d’ennui aux extrêmes.
Puisqu’ils doivent être hétérogènes, les groupes coopératifs déborderont de préférence du cadre d’une classe unique, par exemple quand il s’agit de faire une course d’orientation, une cabane ou une pièce de théâtre…

L’école devient ainsi le véritable apprentissage de la vie, et non pas de la seule frustration, parce qu’elle soumet les élèves à une compétition « honorable », où les jeux ne sont pas truqués dès le début, et qu’elle fait découvrir également les avantages de la coopération, retrouvés plus tard dans le couple, la cohabitation, la vie associative, les clubs sportifs…

 Posted by at 10 h 42 min

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