5/10 Livre azur
Se lit avec plaisir si l’on découvre le sujet étonnant des paradoxes, mais est souvent mal écrit — ou mal traduit — et laisse sur sa faim, ne poussant guère les explications sur le pourquoi des paradoxes. Les auteurs sont des compilateurs et n’ont rien introduit d’original. Un livre de gare.
Notes de lecture :
En italique : extraits du livre.
p13- Paradoxe du placebo : c’est la croyance et non le placebo qui soigne. Mais si je sais que c’est un placebo je n’y crois plus.
En fait les études montrent que l’effet placebo n’est pas entièrement annulé par le fait de savoir qu’on ne prend pas un produit actif.
Jésus et l’effet placebo :
La Bible : Jésus ne fit pas là beaucoup de miracles, parce qu’ils ne croyaient pas.
p18- Erreur de raisonnement grossière et double sur la comparaison entre le ticket gagnant de loterie et la probabilité d’être réellement en train de boire du Coca Light :
1) Confusion entre probabilité ouverte et fermée : sur le million de tickets de loterie, il en existe un de gagnant ; c’est avéré. Chaque ticket examiné qui n’est pas gagnant augmente la probabilité des suivants de l’être. Rien à voir avec chaque canette bue, dont la probabilité de ne pas être du Coca Light est à chaque fois d’une chance sur un million, et il n’est pas certain que le premier million (ni le deuxième…) de canettes bues en comporte une qui ne soit pas ce qu’elle dit être.
2) Psychologiquement les 2 probabilités sont gérées de façon extrêmement différente, l’une étant positive et l’autre négative : le ticket gagnant contient un espoir, qui majore considérablement la probabilité réellement perçue, l’autre un danger très hypothétique, qui sera complètement négligé au moment d’avaler la canette de Coca.
p54- La loi de l’éponyme de Stiegler : Les découvertes sont attribuées non à ceux qui les ont trouvées mais à des penseurs plus célèbres quoique moins puissants. Cette tendance est si répandue qu’elle a été formulée comme une loi. Stiegler, qui lui a donné son nom, a eu la perspicacité historique de l’attribuer à quelqu’un d’autre.
p91- Le problème de Monty Hall : dans un jeu télévisé, un candidat se voit proposer de choisir entre 3 portes : 2 cachent une chèvre, la 3ème une voiture flambant neuve. La règle prévoit qu’au moment où le candidat choisit une porte, le présentateur ouvrira l’une des 2 autres portes, qui dissimule une chèvre. Le candidat a-t-il intérêt à maintenir son choix initial ou à choisir la porte restante ? Changer ne semble intuitivement apporter aucun bénéfice à la plupart des gens ; pourtant c’est bien ce qu’il faut faire. La controverse à ce sujet a fait rage pendant l’année 90-91, de nombreux mathématiciens professionnels refusant d’accepter le résultat fourni par l’analyste Marilyn vos Savant.
Au début on demande de choisir l’une des 3 portes. La probabilité de faire le bon choix est 1/3. Que votre choix soit bon ou non, le présentateur peut toujours ouvrir une porte cachant une chèvre. En faisant cela il ne semble pas donner d’indice supplémentaire pour savoir si votre choix initial est correct ou erroné. Vos chances paraissent toujours identiques. Mais en fait il vient d’augmenter la probabilité que la 2ème porte, que vous n’aviez pas choisie, soit la bonne, en éliminant la 3ème. La probabilité que votre choix de départ soit erroné était de 2/3 ; dans ce cas de figure, changer après l’ouverture de la 3è porte vous fait gagner… avec cette probabilité de 2/3.
p116- La relativité générale autorise théoriquement les voyages vers le passé. Mais où sont, alors, les touristes temporels ?
p142- Les avantages de la coopération sont mathématiques. Dilemme du prisonnier : 2 bandits sont arrêtés et interrogés séparément. On leur propose le choix suivant : si l’un avoue mais que l’autre nie, le premier est libéré, l’autre a 5 ans de prison. Si les 2 avouent, ils auront 2 ans de prison. Si aucun n’avoue, le manque de preuves réduira la peine à 6 mois. Que doivent faire chacun des prisonniers ? Interrogés séparément, leur intérêt individuel est d’avouer, risquant au maximum 2 ans et potentiellement libéré si l’autre n’avoue pas. Mais ils se feront ainsi la même réflexion et auront 2 ans, alors qu’ils n’auraient eu que 6 mois s’ils avaient coopéré, attitude clairement la plus avantageuse.
Le même phénomène se retrouve chez les banlieusards qui prennent leur voiture personnelle ou les transports en commun : ceux-ci circuleraient bien mieux si les routes étaient vidées des voitures par une bonne coopération à utiliser ces transports, mais alors l’individualiste qui conserverait sa voiture serait celui qui bénéficierait le plus de la situation -> les gens n’abandonnent pas leur voiture…
Le dilemme se complique si l’on en fait un jeu où différents prisonniers sont confrontés les uns aux autres et répètent le choix précédent. Plusieurs stratégies deviennent potentiellement meilleures que avouer systématiquement, la coopération peut montrer ses avantages. Les stratégies furent confrontées dans un tournoi organisé par un psychologue social. Certaines étaient très complexes. La grande gagnante fut la plus simple, le « donnant-donnant », avec 2 règles : à la 1ère rencontre avec un joueur, toujours coopérer ; aux rencontres suivantes avec le même joueur, rendre la pareille. « Donnant-donnant » est une stratégie « bienveillante » puisqu’elle commence par coopérer, mais ne continue que si elle y est encouragée. La provocation entraîne une punition. Mais le pardon est possible : la coopération peut reprendre si l’autre joueur le mérite.
La stratégie de Jésus, qui tend l’autre joue quand on lui a frappé la première, est bien moins efficace que le donnant-donnant dans le dilemme du prisonnier.
p146- Le paradoxe d’Epicure réécrit par Hume : Si Dieu veut empêcher le mal, mais ne le peut pas, Il est impuissant. S’il peut empêcher le mal, mais ne le veut pas, Il est malveillant. Et s’il peut et veut le faire, d’où vient le mal ?
p148- Jeremy Bentham assimilait, comme Epicure, bonheur et plaisir : une vie heureuse est simplement une vie où le plaisir excède la souffrance. Il a même inventé un calcul félicitique, méthode pour calcule la quantité de plaisir ou de souffrance qu’une action particulière peut apporter. John Stuart Mill, filleul et disciple de Bentham, avait tout pour être heureux : intelligent, cultivé, au fait des principes de Bentham… Mais à 20 ans il traversa 6 mois de dépression. L’approche de Bentham ne lui permit pas de sortir de sa tristesse, c’est la poésie de Wordsworth qui le secourut. Après cet épisode, Mill ajouta une idée nouvelle : ne sont heureux que les hommes qui ont l’esprit fixé sur autre chose que leur propre bonheur : le bonheur des autres, le progrès de l’humanité, l’art… C’est en visant autre chose que les hommes trouvent le bonheur.