mar 312012
 

7/10 Livre tempête
Idée essentielle :
Débat sur l’origine de l’Univers, avec six scientifiques éclectiques, qui indiquent leurs positions sans les confronter vraiment puisqu’il s’agit d’une série d’interviews. L’éclectisme est garanti par le fait que deux d’entre eux ne font pas mystère de leur croyance en Dieu. Ils traitent cependant leur foi de façon très différente. L’exercice est parfaitement réussi : chaque lecteur peut se faire sa propre idée, sans bien sûr pouvoir éplucher la validité des théories énoncées, qui ne sont que résumées, suffisamment bien cependant pour ne pas laisser sur sa faim en refermant cet ouvrage de vulgarisation.

Notes de lecture :
En italique : extraits du livre.

Trinh Xuan Thuan : enthousiaste jusqu’à céder à la pensée magique
Sa défense du principe anthropique fort, dont il est le seul soldat dans ce livre, ne tient pas la route. L’idée que les paramètres extraordinairement précis de l’Univers, seuls possibles pour l’émergence de la conscience humaine, soient la preuve d’une Volonté Créatrice, n’est pas seulement anthropique, mais anthropomorphique. Elle boîte sur deux erreurs :
-Personne n’a testé d’autres paramètres pour voir si émergeait une conscience non humaine.
-Elle postule que l’Homme doit exister de toute façon, alors que l’on peut imaginer des billiards d’univers où personne n’est là pour se poser la question. Cette crainte de disparaître s’insinue jusqu’en physique fondamentale…
Nous pourrions, pour montrer où mène le concept, dire que s’il y avait 1 chance sur 10 puissance 43 que l’Homme apparaisse dans l’univers, il y en avait 1 sur 10 puissance 90 — approximativement — que je mange un croissant avec un café chaud au petit déjeuner ce matin : ainsi la preuve est considérablement plus élevée que l’Univers a été conçu dès le départ précisément pour que j’ingère un croissant et un café ce matin… C’est un grand honneur !
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Ilya Prigogine: une valeur sûre, classique.
p89- la création est un phénomène fluctuant, probabiliste et mathématiquement non réversible, avec des points de bifurcation […] Il n’est pas possible de faire des modèles quantitatifs vraiment détaillés de la source, de l’origine, même si, en biologie, nous voyons des phénomènes qui correspondent à ces créations d’information.

p92- la nature ne prévoit pas plus que nous. Comme nous, elle improvise […] La créativité de la nature  et celle de l’homme sont très fortement liées.

p102- J’adhère à une vision probabiliste non linéaire, qui nous donne une responsabilité grandissante. Hegel disait : « Il est plus facile d’être esclave que maître. » Plus nous comprenons l’univers, plus nous avons de responsabilités — vis à vis de l’homme, mais aussi vis à vis de la nature, de la végétation, des animaux… —
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Albert Jacquard : le plus pétulant
p111- Qu’est qu’il y avait avant le Big Bang ? […] Il n’y avait pas de « il y avait » car il n’y avait pas de Temps […] pas d’avant donc il n’y a pas eu de création et donc il n’existe pas de créateur.
« Voilà de quoi inquiéter les théologiens ! »
Pensez-vous ! Certains sont très contents, au contraire, que l’on débarrasse enfin Dieu de ce rôle stupide et ridicule de bricoleur qui, pour ne plus s’ennuyer dans le néant, décide de faire des quarks, des neutrons, des protons, des Big Bang. C’est un blasphème, pensent ces théologiens, que de ramener Dieu au niveau du petit crétin qui fait des expériences dans son labo — lesquelles dérapent d’ailleurs de temps en temps —. […] Dieu est innocent de la toute-puissance dont certains veulent l’accabler.

p112- la sensation est proportionnelle au logarithme de l’excitation. Si vous avez cent grammes dans une main et que vous en ajoutez dix, vous obtenez une certaine sensation d’augmentation de poids. Mais il vous faudra ajouter vingt grammes et non pas dix pour avoir la même sensation si vous avez en main un poids de deux cent grammes. Car on perçoit la variation proportionnelle et non pas la variation absolue. Ainsi pour avoir la même sensation de durée qu’entre dix et onze ans, il passer de soixante à soixante-six ans […] Par conséquent mon âge jacquardien est le logarithme du nombre de mes années. Et je retrouve l’affaire de mon origine : tout d’un coup j’existais, c’est un évènement qui a eu lieu dans le temps cosmique. Mais pour mon temps jacquardien ? Cet évènement n’a pas pu avoir lieu. Car à l’instant zéro, le logarithme de mon âge, ce n’est pas zéro ; le logarithme de zéro, c’est moins l’infini. Et mevoici, ayant retrouvé l’éternité, dans le passé ! C’est bien plus beau que dans l’avenir ! Vous avez devant vous quelqu’un qui sort de l’éternité ! Moi j’aime bien me noyer dans l’infini de mon logarithme. On voit les choses autrement, et ce n’est pas plus bête. Il n’y a pas de début d’Albert Jacquard.
Il faut toujours s’illusionner sur son existence, et sans Dieu c’est beaucoup moins simple. Albert étend son passé d’une façon simpliste avec une fonction mathématique, et occulte visiblement un vide de conception pour l’avenir. Radotage…

p121- Péguy : O Dieu qui les avez pétris de cette terre, ne vous étonnez pas de les trouver terreux !
La barrière supposé entre animé et inanimé saute à partir du moment où l’on comprend que tout être vivant fonctionne avec de l’ADN, et que l’ADN n’est pas une molécule mystérieuse : c’est une molécule comme le benzène — plus complexe, mais il y a une continuité —. Non la frontière, selon moi, est l’apparition de la conscience.
Complètement : déplaçons le sacré du vivant sur la conscience.
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Joêl de Rosnay : à la pointe de la perspective, le plus cohérent dans cet ouvrage avec Atlan
p141- Ecologie comme économie sont des écosystèmes : l’économie constitue une écologie du système sociétal et l’écologie, une économie de la nature. Les mêmes principes symbionomiques y entrent en jeu […] La relation parasitaire doit devenir une relation symbiotique.

p144- la recherche sur l’intelligence artificielle, tant qu’elle a cherché à imiter l’intelligence humaine via des ordinateurs, n’a rien donné. Tout a changé quand elle s’est transformée en recherche sur la vie artificielle : puisqu’un insecte comme la mouche réagit aux sollicitations de l’environnement, apprend et se régule, il doit être possible de copier son comportement et de le faire imiter par des systèmes très simples, en construisant de l’intelligence artificielle du bas vers le haut plutôt qu’en sens contraire.
Idem pour comprendre le fonctionnement de notre conscience.
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Jean-Marie Pelt : la foi déconnectée de la science
p155- Je reçois le Livre de la Génèse comme ce qu’il est, c’est-à-dire comme un texte écrit par des hommes exilés en Mésopotamie, six siècles avant Jésus-Christ, et très malheureux de ne pas être à Jérusalem. Dans ce contexte-là, ils décident de rédiger un morceau de bravoure en l’honneur de leur Dieu, qu’ils hissent tout de suite au sommet pour en faire le chef suprême !
JMP est parfaitement cohérent dans sa croyance en Dieu émancipée du monde matériel et des indices qu’il pourrait en donner. En même temps, cela balaye tout ce qui est d’essence humaine dans l’histoire des religions… ce qui ne laisse pas grand chose. Je pense qu’au contraire la plupart des gens ont besoin de voir Dieu autour d’eux, et qu’il faut s’appeler JMP pour en faire un concept aussi impondérable, devenu extérieur à tout ce que nous pouvons contempler de l’univers. Au final, on ne peut même plus faire de Dieu un concept, mais une juxtaposition des innombrables représentations présentes dans les polyconsciences.
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Henri Atlan : Le déterministe résistant. Plus engagé que De Rosnay, avec la belle performance de rester tout aussi cohérent.
p188- « Que faites-vous de l’idée d’incomplétude, selon laquelle la réalité est finalement, dans son essence même, à jamais inconnaissable à 100% ? […] Aucun système de pensée ne peut « épuiser le réel ». Ainsi les mots ont la capacité de décrire tout ce qui existe, sans jamais parvenir à s’en emparer ! »
Oui, mais l’incomplétude, tout comme le hasard, peut être interprétée soit comme une propriété de la réalité en soi, soit comme une propriété de nos connaissances et du pouvoir que nous avons sur la réalité. « La réalité dans son essence même », comme vous dites, personne ne peut rien en dire, ni qu’elle est connaissable, ni qu’elle est inconnaissable à 1 ou 100%. Et les mots n’ont probablement pas la capacité de décrire tout ce qui existe. J’aurais tendance à considérer l’incomplétude dont vous parlez comme une limitation de la connaissance humaine, qui nous oblige à recourir à des calculs de probabilité, mais qui ne prouve pas l’inexistence d’un déterminisme absolu.

p199- Contre le sacré du « naturel » : L’artificiel est du naturel suscité, non du faux ou de l’humain pris pour du naturel.

p201- La fausse rationalité du principe de précaution : cette idée qu’en appliquant quelques principes rationnels nous serions à l’abri de tous les dangers est elle-même un fantasme de maîtrise totale et de toute-puissance de la Raison. Un fantasme qui fait croire que les progrès des techno-sciences nous donneront une maîtrise absolue sur nous-mêmes et sur les choses de la nature.

p212- Plus la science avance, plus s’accroît le nombre des déterminismes qu’elle découvre — et qui nous meuvent de l’extérieur —. Plutôt que de s’accrocher aux trous du déterminisme, comportements que l’on croit librement choisis parce qu’on n’en a pas (pas encore ?) découvert les causes, autant renoncer à la croyance au libre arbitre, ne pas se faire d’illusions, et accepter que nous sommes déterminés… C’est alors seulement que peut émerger une « libre nécessité », qui est en fait la vraie liberté — qu’il ne faut pas confondre avec le libre-arbitre — quand nous connaissons, comprenons et intériorisons de plus en plus ces déterminismes et y adhérons de façon active, aussi joyeuse que possible, du fait même de notre connaissance. Cette liberté est asymptotique : il s’agit, grâce à la connaissance, de se percevoir comme une partie de la nature, qui se cause elle-même de façon nécessaire. En se causant elle-même, elle n’est pas contrainte.

p216- certains grands biologistes ont préconisé de faire une carte génétique pour chaque bébé qui naît, afin de pouvoir décider qui aura le droit de vivre et qui, au contraire, devra être tué. Autrement dit il y a toujours un danger de totalitarisme sur la base d’une nouvelle connaissance. Et ce danger est d’autant plus grand que cette connaissance est puissante et efficace

 Posted by at 19 h 14 min

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