7/10 Livre azur
Idée essentielle : Les lois de l’univers sont un assemblage délicat et précis ayant permis l’émergence de la vie — nous —. Une modification même mineure de l’une de ces lois aurait probablement entraîné un univers complètement différent et inhabité. Certains, même parmi les scientifiques, y voient la preuve d’une intention divine. D’autres, comme Hawking, l’expliquent simplement par la multiplicité des univers possibles, selon les principes de la physique quantique appliqués à l’intégralité de l’univers : le seul où nous avons pu naître est celui qui nous permettait de naître — et d’observer, car il pousse la théorie quantique jusqu’à dire que c’est notre examen de l’histoire de l’univers qui la crée —. C’est donc notre existence qui nous permet de déduire la configuration sur laquelle s’est arrêtée la loterie probabiliste, et non pas le contraire : une intention supérieure qui aurait tout ordonné.
Ici la science, loin de diluer l’antagonisme entre athées et croyants, l’amplifie. Pourquoi tous ces gens ne rejoignent-ils pas le seul camp possible — installé sur la plage — : les sans-détermination ?
Une petite méchanceté : Ce n’est pas la physique mais le physique de Hawking qui a éliminé de l’univers la possibilité que Dieu existe.

Notes de lecture :
p11- 1ère page : La philosophie est morte. Le ton est donné. La philosophie, dans la lutte entre sciences fondamentales et humaines, a toujours été le défenseur du faible. Le pouvoir ne siège plus dans l’âme humaine, tellement faible qu’elle s’est éteinte. Ne reste plus que le défenseur, prochaine victime du bistouri de la science.
p25 à 34- Historique concis et intéressant de la naissance de la science, mais qui semble bien occidentalisé.
p34- Un terme tel que « ironie du sort » devrait être interdit à Hawking, qui professe une déduction des lois de l’univers à partir des intentions humaines et non le contraire. Qu’il est difficile de se débarrasser de son humanité, même en fauteuil roulant… on en perd jusqu’à ses mots…
p42- Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre-arbitre ne soit qu’une illusion. Tout est dit. Prétendre le contraire commence à relever de l’échauffourée d’arrière-cour. Mais H. présente juste après, pour nous consoler, le concept de théorie effective : utiliser les lois physiques fondamentales pour prédire le comportement humain serait beaucoup trop compliqué et une théorie effective est un modèle de ce qui est observé, qui évite de décrire en détail tous les processus sous-jacents. La théorie effective du comportement humain lui prête ainsi un libre-arbitre. La science qui l’applique est la psychologie. L’économie est aussi une théorie effective attribuant un libre arbitre au comportement social. H. arrête abruptement cette tentative de phagocytation des sciences humaines par les fondamentales. La vision est étroite mais H. ne peut laisser une partie de son univers mystérieuse et ce cadre conceptuel fait l’affaire.
p53- Le concept fondamental du réalisme modèle-dépendant : La réalité n’existe pas en tant que concept indépendant de son image ou de la théorie qui la représente.
p59- Anecdote sur la réalité : Le cerveau « fabrique » notre vision au point que si l’on porte des verres qui retournent les images, il adapte son modèle au bout d’un certain temps de façon à récupérer la vision originale.
p64- Un modèle de qualité doit être 1) élégant… Une constatation aussi subjective surprend. L’élégance ne peut naître que dans le cerveau qui analyse le modèle, contrairement aux critères suivants — pas d’éléments arbitraires, satisfaction aux observations existantes, prédiction d’expériences futures — où tous les esprits peuvent se mettre d’accord. H. précise ensuite ce qu’il entend par « élégance » qui est en fait une combinaison de simplicité et des autres critères qui fait naître ce sentiment dans l’esprit du physicien. On peut remplacer élégance par « tendance à la simplicité ».
p93- L’étrangeté de l’approche de Feynman pour l’expérience des 2 fentes par lesquelles passent des ondes corpusculaires pour créer des interférences : Tout se passe comme si les corpuscules testaient tous les chemins possibles entre le départ et l’arrivée, y compris une trajectoire par Jupiter ! et reconnaissaient ainsi si l’une ou les deux fentes sont ouvertes.
p194- L’examen des lois de la physique donne l’impression qu’elles ont été délibérément conçues pour produire les conséquences qu’elles ont dans le coeur des étoiles. Exposé des raisons pour lesquelles tout semble avoir été ordonné pour l’apparition de la vie. Mais H. retourne cette argumentation du « Grand Créateur » en expliquant que parmi tous les mondes possibles créés par les probabilités quantiques c’est le seul dans lequel nous pouvons exister.

Au final :
La fin du livre est assez décevante, avec une parenthèse hors contexte sur le Jeu de la Vie, censée démontrer que des lois très simples peuvent déboucher sur des comportements complexes voire une conscience, et un raccourci particulièrement bref sur l’impossibilité d’un corps matériel de naître du vide tandis qu’un univers complet le peut. Dieu n’est plus nécessaire, mais comme H. semble s’adresser aux dévôts, il est même annihilé. Tout ceci est assez enfantin et laisse planer un sérieux doute sur la maturité du reste, quand le lecteur moyen ne peut discuter les assertions du physicien. Le livre semble avoir été écrit par le premier bébé doté d’une intelligence artificielle, déjà imprégné à la naissance de toutes les sciences fondamentales, mais aussi aveugle à sa propre psychologie qu’un homme ayant toujours vécu dans une caverne peut l’être vis à vis du cosmos. Le livre d’un homme qui a exploré l’infini extérieur… et s’est coupé de l’intérieur. Cependant ne laissons pas cette impression décrédibiliser les idées scientifiques pertinentes exposées. Le débat sur l’origine de l’univers devient toujours plus éblouissant, même si la réponse à la question-titre n’a pas évolué depuis Laplace, à qui Napoléon demandait : « Et Dieu, dans vos théories ? ». « Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse » …mais il ne peut l’infirmer non plus.
Le scepticisme envers l’existence de Dieu se nourrit davantage des sciences humaines que physiques : C’est l’intuition de l’enquêteur : Dieu est tellement humain… qu’il serait étonnant que notre espèce ait pu se passer de l’inventer.
Au total le livre est vite lu et vaut surtout pour l’idée forte exposée en début d’article. Pour une vulgarisation des théories les plus audacieuses de la physique fondamentale, « l’Univers Elégant » de Brian Greene reste une bien meilleure référence.

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