Un village surgit à une vitesse impressionnante au coeur de Nouméa sud: les 634 logements SIC de Tuband forment une flotte massive regroupée autour du nouveau collège. Les quartiers voisins s’inquiètent de l’irruption de cette population défavorisée, et commence à pointer du doigt les nouveaux cambriolages.
Quelle est la meilleure politique pour l’intégration de populations si différentes?
-Le mitage de l’habitat normal par les logements sociaux, comme l’avaient fait les socialistes dans les années 90?
-La colonie implantée dans un beau quartier, tel que cet ensemble SIC?
-Ou la séparation géographique franche, centre et banlieue?
Voisins harmonieux?

La réponse n’est sans doute pas la même selon le degré de divergence entre cultures.
Une certaine naïveté politique est de penser qu’une mesure telle que mettre les gens en contact forcé va suffire à les faire s’apprécier.
Il faut tout un train d’actions et de bonnes volontés pour les y inciter.
Le mitage social, c’est une population défavorisée qui le devient un peu moins…
… mais qui ne peut plus esquiver les comparaisons, au cas où elle aurait sainement tenté de s’en affranchir.
Les avantages du mitage par l’habitat social ne sont pas perçus comme tels par les gens concernés, ce qui en fait une mesure sociale des plus forcées et impopulaires, tandis que la démagogique distribution de l’argent de la solidarité satisfait bien plus de monde.
Quels sont ces avantages?
A l’évidence il rend obligatoire la perception du mode de vie des autres, se confronter à sa tolérance, transformer des étrangers en voisins, strate qu’il est souhaitable de faire très proche de la famille.
L’inconvénient est l’augmentation des pressions et difficultés quotidiennes, dans une société déjà économiquement très agressive.
L’effet sur la tolérance est facilement inversé si la mesure n’est pas accompagnée d’un travail associatif de médiation permanente (1).
Autre frein: Les familles sont moins larges et stables qu’aurapavant. Or elles sont le socle nécessaire à la tolérance. Ces « bases arrières » sont remplacées par les tribus de jeunes, de construction morale plus sommaire. Les grands-parents se sont éloignés, avec eux l’expérience de décennies de vie parmi les autres.
Critiquer le mitage social, cependant, serait ne voir dans le conflit que ses aspects destructeurs.
Bien géré, le conflit peut être au contraire une force de construction remarquable, voire le seul moyen de briser des conservatismes injustifiés, quand ils concernent des habitudes ou des peurs, davantage que des valeurs.
Nos valeurs, doit-on en faire la promotion ou l’imposition?
Seules durent les adhésions pleinement volontaires…
La principale limite du mitage social est sans doute de concerner très peu ses décideurs.
Ceux-ci en ont en effet une vision très intellectuelle.
Or accepter d’entrer dans l’univers de l’autre et de voir influencer ses propres principes
demande une motivation importante,
qui ne peut provenir que d’un contact rapproché et quotidien avec les problèmes de la mixité,
sinon on attend le dénouement heureux comme celui d’un film où on ne participe pas.
Même si les décideurs ne sont pas directement des travailleurs sociaux,
on imagine que leur motivation est essentielle pour les moyens et l’attention qu’ils vont porter au projet.
Cela explique que les initiatives fonctionnent mieux à l’échelle de petites communes et en milieu semi-rural
que dans les grandes métropoles et à l’échelle d’une nation.
En conclusion, le mitage social est une erreur si la mixité reste au stade du voeu: elle radicalise.
C’est par contre le moteur de l’avenir calédonien si la politique est volontariste, pas seulement en créant une maison de quartier, mais en faisant la publicité de tout un train d’incitations à l’échange, sous forme de services attractifs.
Le plus efficace est sans doute l’association locale de centre de vacances pour les enfants, les parents ayant grande facilité à se réunir autour de leurs chères têtes brunes comme blondes…
(1) Les médiateurs ne peuvent pas être les policiers. Travail différent que d’encourager à respecter les règles… et les faire respecter.
La psychologie humaine a sans doute été résumée de la façon la plus précise par Schoppenhauer dans sa parabole des porcs-épics:
« Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable. »