En Calédonie voisinent des français aux attitudes contrastées:
Le néo-colonial juge la culture des îles retardée
et tente de transposer sa société sans beaucoup l’adapter.
Il tend à s’enfermer dans Nouméa sud
et un transfert de compétence flirtant avec l’indépendance
le rend pessimiste sur l’avenir du pays.
A l’autre extrême, le décolonisateur est un rejet de la génération 68,
parvenu en Calédonie en surfant sur une vague de répulsion
contre le conformisme métropolitain et ses excès.
Il a vécu les Evènements et en est resté profondément marqué:
Il a vu l’orée de la guerre, lui qui ne cherchait si loin qu’une meilleure tolérance.
Sa méthode de défense a été une acceptation de toutes les doléances:
Le droit du premier arrivant est irréductible. La dette est lourde.
Il s’estime simplement toléré sur une terre qu’il juge entièrement mélanésienne.
Que sera le calédonien de demain?

Cela en fait un individu remarquablement discret et sociable.
Il ne se heurte pas au néo-colonialiste. Il l’évite.
Le néo-colonialiste n’est pas cohérent:
Il ne peut ériger sa société en modèle !…
mais n’est pas assez inventif pour en imaginer une nouvelle.
Il est hostile à la mélanisation, la considère comme un retour en arrière.
Tout cela ne le rend pas bien constructif dans le destin commun.
A sa décharge, il semble difficile de trouver une solution indépendante
quand le reste du monde se fait phagocyter par la pseudo-démocratie de l’argent.
Le décolonisateur n’est pas cohérent:
Sa tolérance lui fait abandonner la promotion de ses valeurs les plus universelles,
qui est aussi, à sa façon, une dévalorisation de l’autre culture:
Il se refuse un soutien actif à ses propres critères… dont la tolérance…,
comme si toute influence était une séquelle coloniale immorale,
comme si l’autre culture ne pouvait pas adhérer volontairement à ses valeurs,
parce qu’il en a fait une promotion éclairée et sans prétention.
Pourtant, le moindre contact est une influence.
Le partage de sa rébellion contre le système occidental a été une influence,
dans une société qui ne connaissait pas la rébellion.
L’intolérance n’est pas de chercher à partager ses valeurs,
c’est de les imposer.
L’excès du colonialisme fut là:
cette attitude paternaliste qui voulut inculquer croyances et règles de vie jugées en vrac supérieures,
vouée à l’échec parce qu’était passé aussi le message
qu’on ne croyait pas que cela puisse réussir…
Mais juger les mentalités et les repères du passé à l’aune de la morale moderne
n’est-il pas signe d’un mince degré de conscience?
Le passé est un coupable facile à crucifier
pour nos aspirations égoïstes insatisfaites.
Il ne se défendra pas.
Chacun peut en faire l’épouvantail qu’il souhaite.
Le passé sert à construire une morale commune.
S’il est utilisé pour tenir les comptes des spoliations de chacun,
surtout celles que l’on n’a pas vécues soi-même,
c’est la source des vendettas sans fin.
La décolonisation, si l’on s’y attache, doit concerner aussi l’intérieur des têtes.
Car si l’intolérance a envahi les 2 cultures, menaçant même d’emplir
l’essentiel des esprits encore en train de se construire,
elle n’y était pas, chez les premiers arrivants.
La décolonisation, c’est le dire.
Les temps changent, pas les hommes. Dans le sillon du néo-colonial arrive le néo-missionnaire et sa foi dans les puissances du progrès, de l’argent et de l’intelligence. Les notions de race, de nation sont dépassées. L’évolution est en marche, l’humanité est une grande ruche connectée et chacun a droit à son alvéole. Le néo-missionnaire est au dessus de la mêlée. Son nouveau Jésus, qu’il habille des mêmes quincailleries clinquantes qu’autrefois, s’imposera à ces autochtones qui écoutent, indifférents ou énervés, les discours maladroits et peu compréhensibles qu’il profère. Ils ont bien saisi, ces autochtones, que le néo-missionnaire leur refait le coup de la fraternité, les endort avec ses paroles et toute sa verroterie moderne canal-satellitique, dans un seul but non avoué : satisfaire sa propre cupidité. La cupidité du néo-missionnaire a cela de différend avec celle du néo-colonial : elle est non avouée, sournoise, habillée d’altruisme, ce qui ne la rend pas moins opiniatre et déterminée. Le néo-missionnaire, comme ses ancêtres religieux, est parvenu à se convaincre lui-même de son abnégation, mais l’image qu’il donne de lui-même ne trompe pas l’autochtone qui le laisse pour le moment fouir sa terre de son groin baveux. Le néo-missionnaire, comme son frère néo-colonial, dépense une énergie incessante pour dérober, avec les prétextes les plus purs, les richesses de son hôte et les accumuler sans fin dans les cales de son bateau-banque, prêt à détaler comme un voleur, quand l’autochtone criera : ca suffit !
Effectivement les temps changent, pas le système, qui semble rendre inéluctable que 5% des hommes exploitent les autres pour faire tourner l’ensemble, que le régime soit royaliste, communiste, démocratique… une plaie qui doit dater de Pandore. Quel Dieu faut-il pour la guérir?
Les missionnaires sont, parmi ceux de leur culture qui trouvent de la force dans leurs idées, les seuls qui s’éduquent à l’endroit et à l’envers du monde.
C’est exact qu’il fait ainsi sa propre thérapie davantage que celle de la population visée.
Helmout, ne dirais-tu pas que le rejet en vrac du capitalisme occidental est aussi du radicalisme?
Qu’attends-tu pour endosser une bure fortement élimée et aller convaincre ces cols blancs cupides de leur inanité?
Un système est-il plus logique et performant qu’un autre?
Il y a juste le bastion moral que l’on s’est choisi, et les autres. Différents.
Si cette différence ne nous plaît pas, l’attitude cohérente n’est-elle pas de faire le missionnaire, ne serait-ce que pour prêcher la tolérance?…