Oct 202017
 

Pourquoi la Calédonie subit-elle à la fois sécheresses et inondations répétitives ? Comment se fait-il qu’aucun réservoir (autres que ceux des mines) ne vienne réguler les deux, dans une contrée où le relief s’y prête remarquablement ? La Calédonie n’a aucun déficit global en eau, et l’eau est un problème permanent. Les barrages régulent efficacement le réseau hydrologique. Ils ont l’avantage supplémentaire de pouvoir héberger de petites unités hydro-électriques. Énergie renouvelable complémentaire du solaire dans les périodes où le soleil est caché par les pluies. Un pas de plus vers l’indépendance énergétique. Plusieurs petits barrages défigurent moins le paysage qu’un seul grand, ont un risque de rupture très faible, et réduisent le coût de transport de l’électricité. Production plus proche de la consommation. Eau et énergie dans un réservoir à la porte de la commune. Le financement ? Les aides constantes en période de sécheresse et d’inondation sont aussi coûteuses qu’un emprunt finançant les transformations, dont les effets se feront sentir bien après son remboursement. Du travail pour les entreprises du territoire, dans une période où le bâtiment fléchit…

La Calédonie manque-t-elle de visionnaires ? Ses politiciens sont-ils plus habiles à partager récriminations et pleurs de ses habitants spoliés, plutôt que dire « Je vais faire en sorte que cela cesse » ?

 Posted by at 13 h 02 min
Juin 062017
 

Croire en Dieu n’a jamais soulevé de difficultés. Ce sont les religions qui sont un problème. Elles maintiennent encore une majeure partie de l’humanité dans un obscurantisme dont ces gens ne perçoivent pas la réelle extension dans leurs vies, même lorsqu’ils se sentent animés des meilleures intentions possibles. Les religions ont besoin de faire leur pérestroïka.

Conserver précieusement la croyance en Dieu, qui ne peut rencontrer d’opposition, seulement de l’agnosticisme. Se débarrasser des prophètes de la Parole de Dieu, en faire des philosophes majeurs de leur époque, ancrés dans des sociétés archaïques, pourvus de connaissances superficielles sur la réalité. Plutôt que faire des miracles dont la réalité est seulement attestée par des disciples enthousiastes et avides de répandre un nouveau pouvoir, Jésus aurait pu simplement écrire « E=MC2 ». Message intemporel pour un fils de Dieu voyant toute l’étendue du temps déroulée à ses pieds. Les religions doivent être abandonnées parce que le message qu’elles propagent, en apparence collectiviste, a en fait une identité, raciale territoriale et culturelle. Le message collectiviste est en fait communautariste. Il est détourné, torpillé, tronqué inéluctablement par cette identité de sous-groupe de l’humanité. Il interdit de s’approprier la solidarité de manière véritablement personnelle. Les gens ne peuvent la construire, c’est-à-dire organiser autour d’elle la structure de leur personnalité ; la religion leur apprend la manière dont ils doivent être solidaires. Et cette manière entre en conflit avec d’autres injonctions, incompatibles, égocentriques. Des petits conflits trop personnels et quotidiens pour que la religion les résolve à leur place. L’identité de groupe rend moins solidaire vis à vis de tous les autres.

Dieu n’est pas un père. La religion est paternaliste. Nulle trace d’un protectionnisme divin. Les humains se protègent entre eux. C’est la seule réalité en laquelle nous devons avoir foi.

 Posted by at 6 h 25 min
Avr 212017
 

L’une des sciences humaines est l’histoire, et ses enquêtes sur les faits historiques. L’étude des documents romains se rapportant à l’époque immédiatement postérieure à la mort de Jésus indique que les chrétiens, à ce moment, étaient une petite secte de personnes ayant bien connu Jésus, peu activiste. C’est le futur St-Paul, ex-pharisien fanatisé, persécuteur repenti des disciples de Jésus, qui entama une interminable vadrouille ponctuée de prêches, et créa la légende du faiseur de miracles. En effet Paul était mythomane et raconta des histoires tellement fantastiques que même les anciens compagnons de Jésus (avec lesquels Paul n’était toujours pas en bons termes) disaient : « Mais d’où sors-tu ces racontars auxquels aucun d’entre nous n’a assisté ? Tu n’étais même pas avec lui… »

Bien sûr il sera certainement impossible de connaître la vérité définitive, tout écrit étant une relation des faits et non les faits eux-mêmes. Néanmoins une chose est certaine : la Bible n’est pas un livre d’histoire, mais une sélection soigneusement réfléchie des textes « recevables » pour la foi chrétienne de l’époque. Nul doute que si elle n’avait pas reçu son statut sacré et n’avait pas été éditée à des millions d’exemplaires, le Vatican serait heureux aujourd’hui de continuer à la remodeler pour en faire un symbole plus contemporain, débarrassé du sexisme et de la violence qui étaient parfaitement assumés à l’époque.

 Posted by at 7 h 20 min
Nov 112016
 

(Question posée sur Quora à la suite des élections)

Que les uns comme les autres ne sont pas tant supporters que ça. Plutôt dans le rejet. Le rejet de Clinton a dominé le rejet de Trump. Est-ce vraiment une surprise après la façon dont s’est déroulée la dernière décennie ? La crise de 2008 a laissé des rancoeurs terribles contre l’establishment. Obama a été réélu parce qu’il a plutôt bien géré la crise, et parce qu’il a montré sa volonté de réformer la finance avec le Dodd-Frank act. Cette réforme n’a guère effacé les conséquences de la crise pour un grand nombre d’américains, cependant Obama avait l’excuse d’être empêché de faire sa politique : les banques ont envoyé au Congrès des bataillons de lobbyistes qui n’ont pas relâché une seconde la pression pour faire modifier le texte. De fait, ce dernier a été largement édulcoré. L’électeur n’est pas capable de juger la pertinence d’une réforme, mais il connaît son salaire ; il sait si sa maison lui appartient…

Quand on lui présente une Clinton personnalisant à ce point l’establishment… peu importe que son adversaire soit milliardaire et fasse des promesses intenables. Avant tout, il est anti-conformiste. Ce qui convient très bien aux gens qui pensent que leurs pertes ne sont pas conformes.

 Posted by at 12 h 07 min
Oct 062016
 

Ayant acheté un terrain dans une région plutôt sèche, et ayant l’intention d’y implanter un verger, il était impératif de tenter un forage pour disposer d’une eau moins chère que celle de la commune. Devais-je faire appel à un sourcier ? Les avis sur leur talent sont aussi manichéens que sur l’existence de Dieu. On y croit à fond ou pas du tout. Beaucoup de gens affirment sentir nettement les mouvements de la baguette quand l’eau est dessous, tandis que les enquêtes scientifiques sur le sujet montrent que c’est une affabulation, que les sourciers placés en situation de trouver une nappe avec leur seule baguette ne réussissent pas plus souvent que le prédit le hasard.

J’ai choisi d’embaucher le sourcier plutôt que le cabinet d’études spécialisé pour plusieurs raisons, par ordre d’importance :

—Mon vendeur avait déjà fait venir un sourcier et j’avais envie de confronter l’avis d’un autre, ignorant de ce premier passage.

—Le sourcier est beaucoup moins cher.

—Ma compagne est croyante en la baguette.

—Le vieux renifleur d’eau est plus truculent et haut en couleurs qu’un ingénieur de bureau d’études.

Me voici en train d’arpenter le terrain derrière le vieillard, qui avance difficilement. Il n’y a plus de sourcier jeune. Ils deviennent aussi rares que les curés. La baguette comme le Créateur perd ses croyants fidèles.

Je pose des questions insidieuses : « Est-ce que le type de bois y fait quelque chose ? Est-ce que d’autres matériaux pourraient marcher ? ». En fait la radiesthésie regroupe un grand nombre de croyances divinatoires et il est difficile de savoir s’il y a quelque chose d’utile au milieu. Le vieux se contredit à quelques minutes d’intervalle en disant que seul le bois marche pour l’eau, puis qu’il a trouvé des sources avec un pendule (je lui ai fait préciser ensuite quel est le matériau de la boule et c’est une céramique).

Le sourcier trouve deux emplacements précis où il est certain que nous trouverons de l’eau, en grande quantité pour l’un d’eux. C’est là que nous forerons plus tard et trouverons un débit modeste, 2m3/h, à une profondeur plus grande qu’annoncé (25m). Ces deux emplacements sont éloignés de celui du premier sourcier. Nous avons emmené là le second à la fin de la visite et il a affirmé catégoriquement qu’il n’y avait pas la moindre trace d’eau là-dessous. Est-ce que les sourciers auraient un sens différent d’une personne à l’autre ?

Au final l’observation du vieux, l’auto-suggestion qu’il pratique en permanence pour ses clients et lui-même, les résultats contrastés des forages faits ensuite sur ses recommandations, m’a convaincu qu’il n’existait aucun sens spécifique pour l’eau et aucune action directe de la baguette. Elle est un intermédiaire pour un talent bien réel chez le sourcier : son expérience du terrain, son appréciation de la morphologie des bassins versants, et son intuition sur l’emplacement des nappes en sous-sol.

Si bien qu’il se débrouille au moins aussi bien qu’un bureau d’études, sans les connaissances scientifiques, qui sont de toute façon incomplètes : la configuration du sous-sol n’est pas connue précisément. C’est en forant que l’on saura exactement le type de sol, ce qui explique les résultats aléatoires des forages.

Car l’élément qui assure certainement le mieux leur réussite est très simple : il y a des nappes partout. Si l’on creuse à une profondeur suffisante, avec une bonne connaissance du terrain, il y a plus de chances de trouver de l’eau que n’en pas trouver. Restez donc optimistes. Et prenez le sourcier : il est vraiment meilleur marché. Un peu comme le vieux qui sait deviner le temps : il est terriblement moins cher qu’un service météo 😉

 Posted by at 11 h 43 min
Mai 262016
 

Appliquons notre grille de lecture de « Etre ou avoir » à un espace multi-ethnique : la Nouvelle-Calédonie. Son histoire s’est déroulée en 4 phases : invasion coloniale, statu quo, révolte « blessante », melting pot.

1) L’invasion coloniale ; l’occidental impose son pouvoir terrestre et spirituel aux tribus. Missions plutôt que tueries. Eduquons le sauvage. Pour son bien ? Le nombre d’autochtones passe cependant de 100.000 (estimation 1853) à 20.000 en 1920. Maladies, malnutrition, soulèvements réprimés (les tribus rivales aidant à réprimer les révoltés). A juger cependant avec la sensibilité de l’époque et non celle d’aujourd’hui. Nulle part le monde n’était tendre. Les sociétés ritualisaient des violences psychologiques et physiques, traditions marquant encore la société contemporaine. Homo sapiens, ça pince, ça mord…

2) Le statu quo. L’anglo-saxon utilitariste, très conscient de la distance entre cultures et peu croyant en l’auto-détermination individuelle, fut un colonisateur agressif : il éradique la culture locale et intègre ses membres à la sienne, s’ils en sont capables. Le français humaniste fut moins terroriste : intéressé à la culture locale, il tente la mixité pour attirer les locaux vers sa manière de penser, en conservant la base traditionnelle intacte.

Ethiquement louable mais sociologiquement naïf. Méconnaissance du formatage panconscient totalitaire chez la plupart d’entre nous. L’être humain ne naît pas philosophe. La Calédonie du statu quo est, pendant un siècle, une juxtaposition de deux sociétés presque étanches. On n’utilisera pas le terme d’apartheid parce que, contrairement à l’Afrique du sud, la séparation n’est pas imposée par l’envahisseur. Choix partagé.

Ce fut ainsi la période la plus tranquille de l’histoire calédonienne, regrettée par la majorité des habitants nés à cette époque, toutes ethnies confondues. Enfants mélangés à l’école. Apprenant à vivre comme aux côtés d’une espèce différente, parlant sa propre langue mais ayant appris la langue commune. Du moins dans le sens kanak > français. Obligatoire, et malaisé pour une grande partie des élèves, ce qui a certainement favorisé la sujétion et la frustration des petits kanaks. Une bonne idée aurait été, dans les écoles mixtes, de faire de l’anglais la langue commune. Même défi pour tous. Fut-on trop fier, ou pas assez fier, pour ne pas y avoir pensé ?

3) La révolte blessante en 1984. Terme utilisé bien entendu à la place de sanglante. Affaire douloureuse certes. Meurtres et guérilla des milices. Néanmoins ouvrir n’importe quel livre d’histoire contemporaine convainc immédiatement de la chance des calédoniens dans pareille mutation.

Pourquoi la révolte alors que la majorité des calédoniens cohabitait paisiblement ? Manque d’attention à un effet secondaire majeur de la colonisation des têtes à l’école : éduqué à penser comme un bon petit français, le mélanésien apprend aussi ce que le blanc sait faire de mieux : convoiter, réclamer, râler… bref, s’individualiser ! Bon terreau pour les idées politiques de gauche de l’époque. Les leaders kanaks ont fédéré deux pulsions très différentes, frustration des jeunes à ne pas accéder au mode de vie occidental, et contentieux foncier chez les anciens.

4) Le melting pot. La seconde revendication est progressivement satisfaite par l’ADRAF, le service de réattribution des terres. Quant à la frustration des jeunes kanaks, elle ne fait qu’augmenter. Une partie accède aux emplois et au consumérisme occidental. Une autre reste à la traîne. Jeunesse globalement moins compétitive que dans les autres ethnies. Déficience éducative ? Plutôt mutation trop rapide. Côtoiement d’une culture collectiviste avec une individualiste, aux visions contradictoires sur le travail. Quand le jeune kanak était destiné à la pêche ou l’agriculture, on pouvait le laisser s’éduquer seul. Libéralité fonctionnant très mal, à présent, dans une banlieue, avec un système scolaire compétitif, surtout avec une mère kanak obligée de s’absenter pour travailler. Désaveu de la coutume, rébellion pubertaire contre le prof blanc, plus collant et contraignant que les parents : les jeunes kanaks font seuls le choix de leurs repères, c’est-à-dire construisent quelque chose de totalement asocial sauf au sein du gang. Patratras ! On est redescendu au niveau de l’animal. Plus bas même, peut-être, car il n’existe pas d’espèce où les géniteurs s’occupent si peu de leurs rejetons qu’ils traînent en bandes dangereuses dans la nature.

Carence éducative particulièrement profonde en matière de tolérance. Ce grand mot, étonnamment, recouvre et enlumine un concept auquel nous pensons autrement : l’inégalité. Comment ?? La tolérance est l’encouragement à supporter les différences, donc les opinions inégalitaires. Chacun sa place, à sa place. Droit à une niche sociale, mais reconnaissance que toutes ne peuvent être identiques, que le mérite apporte des droits supplémentaires, que la culture hiérarchise à sa façon, que les services rendus sont un capital pour l’âge où l’on deviendra incapable de les fournir. La tolérance est le lien adolescent entre l’enfant du « Tout, immédiatement », et l’adulte du « Tout n’est pas possible ». Comment grandir sans elle ?

Aucune société, la coutumière ou l’occidentale, n’ouvrant plus les bras aux jeunes calédoniens marginaux, ils se mettent à délimiter agressivement leur propre espace. A établir leurs règles abrégées. Vol et échange au présent remplacent la propriété du travail et toutes anticipations.

La Nouvelle-Calédonie n’est pas pauvre, ni dépourvue de bonnes volontés. Mais comme la plupart des microcosmes elle anticipe peu. Elle vit au présent, manque de visionnaires. L’avenir le plus lointain est le vote pour l’indépendance. Il ne cache pourtant pas beaucoup d’incertitudes. Dans l’intervalle la bombe formée par cette génération rejouant la guerre que n’ont pas terminée leurs parents, va devenir impossible à désamorcer. La prison ne pourra plus être vidée.

Anticiper, réfléchir, prévenir, voilà qui est aussi fatigant pour l’esprit que peu rentable en politique. Alors on se rabat sur le plus facile : protester. Voilà qui donne une belle impression d’exister. Sans trop s’épuiser.

*

Être ou avoir ? Ou paraître ?

*

 Posted by at 14 h 33 min
Sep 252015
 

L’aveuglement est une protection.

Une nation est protégée par l’idée qu’elle peut tout entreprendre.

La France est en train de perdre cette certitude, héritage de la Révolution,

parce que son âme s’est faite refiler une névrose,

une chaude-pisse sociétale,

cachée dans le triptyque Liberté-Égalité-Fraternité.

L’Égalité s’est joliment maquillée pour s’associer aux merveilleuses Liberté et Fraternité,

mais a introduit sa vilaine jumelle, l’Assistance.

Cette France syphilitique en est au stade des symptômes neurologiques.

Elle bascule lentement dans la crise psychotique.

Seule issue : refondre la Trinité républicaine.

La remplacer par : Liberté-Diversité-Fraternité.

 Posted by at 7 h 02 min
Fév 122015
 

Les suites de l’épisode Charlie Hebdo sont difficiles en France, en particulier à l’école où l’on découvre un rejet inattendu et répandu chez les enfants d’immigrés de la solidarité pour les victimes de l’attentat. Yves Michaud parle ainsi « d’échec de l’école républicaine à transmettre non seulement des connaissances mais tout simplement le sentiment d’appartenance à une société commune ».

Pourquoi tant de pression sur l’école, pourtant plus multicolore et plus orientée vers le vivre ensemble qu’elle ne l’a jamais été ?

Le problème vient d’ailleurs. C’est celui de la place de la culture dans l’identité. Les enseignants ne peuvent gérer ce problème seuls. Si les parents font de leur culture propre un élément central de l’identité, sans compromis, aucun professeur ne peut être entendu. Le souci vient ainsi du discours public, pas seulement gouvernemental, celui des intellectuels aussi. Il vante (vantait avant Charlie) la tolérance, sans préciser que la tolérance, très précisément, est l’adoption des références du pays où l’on émigre permettant le vivre ensemble.
C’est la politique des très multi-ethniques USA, dont la population latino-américaine va bientôt dépasser la population blanche, et qui pourtant n’ont pas changé leurs valeurs d’origine. Ce qui est entendu dans les écoles françaises est impensable là-bas.

A vrai dire je pense que la tolérance tricolore est de meilleure qualité que l’anglo-saxonne, tous les ex-peuples colonisés le savent, mais il faut l’exercer, pas en faire un effet d’annonce. Le discours public doit être un repère franc, majeur, compréhensible par tous. La tolérance est la façon dont on le rend digeste à tous ceux qui ne le possèdent pas encore.

 Posted by at 7 h 10 min
Déc 072014
 

Les démocraties nationales n’ont rien d’un cadre pour le respect du droit des individus. Ce sont des groupes soudés autour de la promotion de leur prince, persuadés de pouvoir s’élever dans son sillage.
Tous ses mensonges, toutes ses corruptions sont excusables. L’on s’enthousiasme de le voir paraître au balcon, alors que derrière, dans l’ombre, des peuples entiers travaillent comme esclaves, leurs chefs vénaux achetés sans mal, leurs femmes vendues aux riches, leurs enfants placés sur des chaînes de montage.
Démocratie nationale, ou tribale ?

 Posted by at 17 h 00 min
Déc 062014
 

Dire que les gens sont égaux quand ils ne le sont pas est créer de l’inégalité.

Tout l’aveuglement du socialisme est dans cette phrase. Dire les gens égaux n’augmente l’égalité apparente que dans une société coercitive. Dans un monde libre, cela aggrave les inégalités.
Le droit à l’importance, véritable fondation du collectivisme, est extrêmement précis : il s’agit d’un droit à s’améliorer. Un droit de moyens, pas d’assistance pour gommer les effets des inégalités.

La démocratie n’est pas un processus égalitaire, mais utilitaire. C’est un système plus souple pour réduire les inégalités quand elles deviennent insupportables. Au lieu de faire la révolution, on change de politique. Les têtes sont coupées médiatiquement. On ne salit plus la guillotine.

Le seul système authentiquement égalitaire est l’anarchie. Il se moque de la loterie environnementale comme de la génétique. L’homme préhistorique était le seul véritable égalitaire.
Ce n’est plus tenable. L’homme moderne est égalitariste, c’est-à-dire qu’il veut forcer l’égalité. Est-ce davantage tenable ? Non. Tout ce qu’il cherche en réalité, c’est répandre le rêve élitiste dans chaque tête. Une illusion mirifique. C’est pour cela qu’il laisse gérer les conséquences de l’inégalité par ceux qui en profitent le plus.
Comment celle-ci ferait-elle autrement que croître ?

 Posted by at 17 h 13 min
Nov 062014
 

santa-clausLes cadeaux de Noël, entre adultes, ne sont pas vraiment des cadeaux. On offre aux autres, attendant qu’ils nous offrent en retour. Un échange en fait, et non pas un don. C’est une sorte de test de l’intérêt de chacun pour l’existence de l’autre. « Quelle importance ai-je pour toi ? ».
Le cadeau du Père Noël aux enfants n’a rien d’aussi convenu. Un fabuleux magicien vient réaliser le souhait du bambin. L’univers répond à son imagination. Qui peut ancrer aussi fortement un peu d’optimisme ?
Pour que les parents semblent indépendants de cette affaire, mieux vaudrait préserver l’invisibilité du magicien que l’exhiber dans chaque magasin. Imaginez le Vatican en train d’engager une bande d’intermittents du spectacle pour se déguiser en Christ à la sortie des églises !
Malheureusement Père Noël n’est pas aussi généreux avec tout le monde. Il est clairement capitaliste. Les enfants de riches reçoivent de plus beaux cadeaux. Peut-être la pire des injures à notre idéal solidaire ?

Pourquoi ne pas nationaliser le Père Noël, le poser en champion de la lutte contre les inégalités ?
Il est des prestations familiales qui atteignent moins directement leur but…

 Posted by at 4 h 16 min
Oct 222014
 

ce-que-les-femmes 9/10 Acheter sur Amazon

Ce petit ouvrage délivre la même impression qu’un jardin laissé habilement un peu sauvage : ça sent bon, c’est naturel, ce n’est pas balisé, vous ne repartez pas avec une liste de courses à faire pour réussir votre prochaine rencontre, comme dans beaucoup de livres du même genre, au risque de la standardiser impitoyablement.
Celui-ci se contente d’accumuler les petits éléments du Lego dont monsieur va se servir pour façonner son nid personnel, et surtout de vous montrer comment madame procède de son côté. Une psychologie élémentaire, à la portée de tous, évitant le travers du dépeçage psychanalytique du sexe autant que le cours de gymnastique à l’envers. Au lieu de lui donner une odeur de laboratoire, il réussit le tour de force de conserver la magie attendue des rencontres pour les novices.
A l’opposé de la théorie du genre, rude terrain d’entraînement destiné à faire des femmes des combattants aussi féroces que les hommes dans la jungle sociale, Lula Morales sauve la féminité. Dans ce livre très sexualisé et sans en avoir l’air, elle prend le contrepied de la victimisation culturelle de la femme. Elle trouve naturellement des principes masculins et féminins tout en montrant qu’aucun ne peut être source de domination sur l’autre. Elle parle de XX et de XY et non d’hermaphrodites égaux dont on se demande pourquoi ils devraient aller par deux. On sent en elle la fusion parfaite des glandes et des idéaux. Un féminisme qui n’ampute en rien de la féminité. Convaincant.
lula-morales

 Posted by at 16 h 54 min
Oct 192014
 

La majorité ? Un repère initiatique. Sauf qu’il n’existe pas réellement de processus d’initiation, ni de cérémonie permettant d’attribuer le caractère exceptionnel que ce repère devrait avoir sur le nouvel adulte. Telle quelle, administrative, la majorité ne représente rien. Cette vacuité dramatique produit dans certains cas des adultes dépendants (les« Tanguy »). Plus souvent, elle sert au contraire à se débarrasser d’un adolescent tardif et lourd à gérer (« Tu es majeur maintenant, il faut te débrouiller »).

Le processus d’adultisation est continu, s’étale sur toute une vie. Il est naturellement produit par l’extension de notre passé, qui stabilise notre futur. La partie Biographie de notre Moi s’étend ainsi sur un espace de temps croissant ; elle n’est plus simplement ballotée dans le présent, à la merci des évènements.

Si vous souhaitez conserver une part de votre adolescence, gommez donc une partie de votre passé pour laisser plus libres les perspectives d’avenir.

Tandis que si vous manquez de l’assurance de l’adulte, retracez et unifiez davantage le fil de votre passé, faites-le ressurgir pour vous l’approprier, dans ses pires comme ses meilleurs instants, quitte à rembourser les premiers, car c’est dans cette fusion plus équilibrée que vous allez étendre votre identité.

La Biographie est continue mais doit s’articuler autour de repères. Lorsque nous avons dépopularisé la religion et ses croyances trop immatérielles, nous avons perdu en même temps un grand nombre de repères mis en place par la culture religieuse à propos de la vie sociale et de l’adultisation, qui n’ont toujours pas été remplacés.

La « majorité » de l’état laïque est navrante de ridicule et de pauvreté d’imagination. Un recul de plusieurs millénaires en matière de civilisation. L’on attribue l’étiquette « adulte » sur un état civil pour satisfaire à un stupide concept égalitaire, que pas la moindre constatation objective ne vient étayer. L’on considère officieusement certains comme plus adultes que d’autres sur le niveau de connaissances, comme si la note en mathématiques permettait de déterminer la qualité de coopérant social. Ainsi nous sommes propulsés en importance, dans le monde des adultes, par des tests réduits à la mémoire et au Q.I. Les apprentissages valorisés par la société sont restreints à ceux vantés par la courte vue utilitariste. Abruptement : la note de « connardise » importe peu pourvu que vous soyez pointu dans une spécialité recherchée.

Cette vacuité du modèle social joue certainement un rôle essentiel dans son inhumanité, définie par la perte des repères coopératifs.

Dans la société utilitariste, la coopération est enseignée comme une matière scolaire. Elle s’installe de façon prédigérée, uniforme, dans les tempéraments individuels, menaçant à terme leur diversité. Endoctrinés par cet académisme, nous sommes incapables de voir si notre morale est toujours juste, s’il est normal de croiser des épaves humaines dans la rue.

La société doit réemprunter à toutes celles qui l’ont précédée la notion de richesse des repères de maturation, ne pas voir les apprentissages comme une interminable chaîne continue mais comme des marches à franchir, différentes pour chacune de nos formes d’intelligence, sans en dévaloriser aucune. Elle doit réintroduire les étapes initiatiques sociales, les « communions » avec ses semblables. C’est à ce prix que nous pourrons exercer à nouveau individuellement notre faculté coopérative, au lieu d’être obligé de la confier à l’État parce qu’autrement peu s’en préoccuperaient.

bebe

 Posted by at 9 h 23 min
Oct 132014
 

politique-alimentaireHandicap terrible du politicien : il doit prendre des mesures générales face à une incroyable diversité d’expression de chaque problème chez ses administrés. Le surpoids en est un exemple caricatural. Tout le monde n’est pas en excès de poids. Nous sommes tous, par contre, exposés à l’aliénation du comportement alimentaire par une industrie qui cherche à séduire et non à faire bien manger. Il existe des gens dont les défenses sont déjà effondrées (les obèses), d’autres qui résistent (ceux qui remplissent le caddie avec un oeil critique), quelques-uns dont le rapport à l’alimentation est psychopathique (anorexie, boulimie). Dès lors, quelles mesures généralistes vont bénéficier à tous les comportements alimentaires, corriger les néfastes sans nuire aux bons ?

En matière de comportement, la méthode scientifique hélas la plus répandue attribue aux gens des paradigmes identiques et postule qu’il suffit de quantifier les différents agissements communs pour dépister ceux qui, en moyenne, sont fortement corrélés au surpoids. C’est une approche anti-individuelle, anti-qualitative. Elle ne correspond pas à la réalité. Quelle moyenne peut-on faire, en effet, entre des tempéraments extrêmement méfiants vis à vis de leurs choix alimentaires, voire militants contre la malbouffe, et d’autres qui s’en moquent complètement ?

Les « profils » de comportement sont un progrès. Par contre ils compliquent la tâche d’une politique générale : comment déterminer les mesures profitables à toutes les catégories ?

Il faut redéconstruire ces modèles, découvrir les points-clefs orientant le comportement. Comme les thérapies aujourd’hui les plus avancées en médecine, la lutte contre l’obésité relève de mesures extrêmement bien ciblées, et non de discours généralistes.

Une application immédiate concerne les spots de prévention. Plutôt que dire « il faut maigrir », ils doivent sélectionner des inconvénients précis et méconnus du surpoids, souvent noyés dans la réprobation marécageuse qui entoure l’obésité. Par exemple une caméra peut se promener dans une maison de retraite, parmi les plus âgés encore en bonne forme, et s’arrêter à la fin sur la remarque étonnée : « Mais il n’y a aucun gros parmi vous ! ». A quoi est répondu : « Eh bien non, ils sont tous décédés »…

Notez qu’un tel scénario ne fait pas que pointer l’aspect punitif de l’obésité. Il met l’accent sur la satisfaction des gens normo-pondéraux, leur plaisir à profiter de la vie malgré leur âge. Les clips parlant exclusivement de risques et de complications ne retiennent pas l’attention des gens. Les études en IRM fonctionnelle confirment. Est-ce une surprise ? La société édicte déjà tellement de règles que les nouvelles se mettent à la fin d’une file interminable devant le bureau de l’attention consciente ! Les précédentes n’ont pas encore été gérées.

Beaucoup moins fournie est la file des mimétismes positifs. Surtout au sein de la culture française, particulièrement portée à la critique plutôt que l’encouragement. Un bon clip doit laisser un sentiment d’identification à une personne de poids normal et non un dégoût de soi.

Un préliminaire psychanalysant ? Comprenons pourquoi une campagne doit être centrée sur la personne et non l’obésité elle-même. L’objectif est d’utiliser des méthodes aussi détournées pour changer le goût des gens, que celles populaires chez les publicitaires pour mettre au poignet une montre de luxe ou faire rouler dans une voiture coûteuse. Il faut agir sur l’identité des personnes. La nouvelle image de soi doit être propriétaire, et non appartenir à une CAFAT avide d’économies, ou une société préférant des citoyens dans la norme.

Cette appropriation se fait de manière essentiellement inconsciente, par petites touches, de manière à ne pas détruire l’équilibre de l’identité existante. On ne veut pas des gens qui se détestent, mais qui s’apprécient autrement.

Nous voici arrivés aux décisions pratiques. Le sucre est-il une drogue ? Les avis sont partagés. Peu importe, nous nous cantonnerons à un principe universel : tout ce qui est outrancièrement séduisant doit être délimité par quelques barbelés. Ces protections s’appellent « luxe », « cérémonie », « rite initiatique ». Celui qui baigne dans le plaisir facile n’en voit plus ni les avantages ni les inconvénients. Le « luxe » est une difficulté d’accès au plaisir, qui le raréfie et l’amplifie. De ce point de vue le sucre doit être traité comme une drogue. S’en procurer devrait être plus compliqué. L’espèce humaine est handicapée par un goût féroce pour le sucre, un carburant rapide et très efficace pour l’organisme. C’est l’un des rares aliments qui ne fait pas l’objet d’une programmation dans l’enfance, interaction entre ce qui nous est nécessaire et disponible, et qui fait la variété des goûts individuels. Tout le monde aime le sucre. L’instinct pousse à s’en gaver comme un ours de miel.

Comment transformer le sucre en produit de luxe sans pénaliser le portefeuille des consommateurs ni les entreprises locales du secteur ?

Déplaçons toutes les taxes des produits de première nécessité, comme les « bons » aliments et les produits d’hygiène, sur les produits sucrés. Coup double : l’hygiène s’améliore (1er facteur d’allongement de l’espérance de vie, loin devant tous les traitements médicamenteux), les maladies métaboliques diminuent.

Les bénéfices des producteurs, après un creux, redeviendront identiques. Moins de débit, mais marge adaptée en conséquence. L’industrie du luxe n’est pas la moins rentable.

Le consommateur va-t-il modifier ses habitudes, si son caddie ne coûte pas plus cher, s’il économise sur l’hygiène ce qu’il dépense en plus sur le sucre ? Oui, parce que le statut de l’aliment change. Il devient, comme l’alcool, un produit spécifique. Ce n’est plus quelque chose que l’on prend sans y penser, comme de l’eau versée dans un verre. Il existe un intérêt à l’économiser. Surtout si les plaisirs qu’il apporte apparaissent mièvres face aux risques. De ce point de vue le sucre est beaucoup moins séducteur que l’alcool. Personne ne croise d’obèse en plein trip après avoir englouti une boite de gâteaux. Le malheureux fait même peine à voir, le souffle court, la démarche basculante, le sac de médicaments à la main, raccordé jusqu’à la fin de sa vie à un médecin référent… Bref son corps lui appartient-il encore ?

Le succès dans la lutte contre l’obésité vient d’un déplacement des repères. Pas ceux de la société, qui sont clairs, trop impératifs même. Il s’agit d’une individualisation du problème. Les changements inconscients sont plus efficaces que les conscients. Plus besoin d’y attacher son attention de façon épuisante. C’est l’image personnelle du Soi qui nous dirige, et non les modèles idéaux enseignés par les professeurs du bien-être. Les obèses sont fréquemment ceux dont l’attention avait déjà du mal à se fixer à l’école, ceux qui décident d’après le « j’aime » ou « j’aime pas ». Le statut social est moins en cause que l’aptitude à s’observer vivre, à s’évaluer avec une certaine indépendance devant le miroir, posséder ce que j’appelle un « Observateur » intérieur.

Les futurs obèses sont les personnes les plus vulnérables aux manipulations du sociotope sur l’inconscient. Jusqu’à présent ce sont les publicistes et les industriels qui en profitent. Une réglementation devrait l’interdire pour le sucre comme pour le tabac ou les médicaments. Nos congénères ont un choix énorme d’éléments pour construire leur identité, néanmoins ne faut-il pas exclure les bombes à retardement ?

Alors la politique préventive peut occuper la place, en s’appuyant sur les vraies ficelles de la pub, en abandonnant l’idée fleur bleue que les gens deviennent spontanément responsables quand on leur tend un panneau « Attention ! ». La conscience n’est pas aux commandes du comportement, ce sont les habitudes. La conscience ne peut que constater les dégâts. Ses efforts pour modifier les automatismes de vie sont d’autant plus lents et difficiles que l’âge avance. La cible privilégiée est l’adolescent.

 Posted by at 10 h 14 min
Oct 112014
 

« Être civilisé » ne veut rien dire, car cette expression en contient deux autres, parfaitement contradictoires : « être tolérant » et « apporter la civilisation ». Vous accepterez d’ailleurs probablement l’un ou l’autre sens, mais rarement les deux. Pourquoi contradictoires ? « Apporter » la civilisation implique que les repères de l’autre ne sont pas les bons ; c’est, obligatoirement, une intolérance, quelque soit la justesse des arguments.

La seule formule ayant un sens est « représenter une forme donnée de civilisation ». Ce qui élargit considérablement la définition : tous les membres d’une culture quelconque, qui en respectent la conscience sociale, sont « civilisés ». Les vantardises de l’une ou l’autre culture en vue de les hiérarchiser ne sont pas ici notre propos.

Ce qui nous intéresse est que « ne pas être civilisé » garde un sens aigu.

Il s’agit des individus n’appartenant à aucune culture, qui construisent leurs propres règles, en empruntant bien sûr aux sociétés qu’ils connaissent, néanmoins sans avoir eu la moindre expérience historique de ce nouveau jeu de règles, sans vouloir avouer de filiation avec les autres groupes sociaux, sans tissu social l’unissant à eux.

Une partie de la jeune génération kanak, aussi bien que blanche, est dans cette situation. Jeunesse urbaine et tribale, car la brousse n’est pas étanche à l’influence de Nouméa. Ces jeunes sont moins civilisés que leurs parents. Ils flottent entre deux cultures, sans avoir encore créé les fondations d’une nouvelle. C’est la raison de leur agressivité. Difficile d’exister. Impossible de s’adosser à des repères éprouvés, qu’il s’agisse de l’individualisme occidental ou du collectivisme mélanésien. Ceux-ci sont contradictoires. Il faut renoncer à un héritage, ou aux promesses du productivisme personnel. Comment trancher ?

jumeaux-anne-geddesLorsqu’un conflit est insoluble, la défense passe par des comportements névrotiques. L’identité personnelle n’est pas unifiée. L’on s’enfuit dans une société alternative, souterraine, elle-même névrotique.

Qui doit créer la société du vivre ensemble ? Les adultes déjà réalisés, qui ont juste besoin de ravaler un peu de fierté, ou les jeunes grandissant dans un environnement aliénant créé par les désaccords des parents ?

Les jeunes seront les décideurs de demain. Cependant si on les laisse gérer la patate chaude, il faudra une génération supplémentaire pour assainir toutes les perversions que leur individualisme déçu aura créées.

 Posted by at 6 h 43 min