Conscience esclavagiste

 

Dans ce chapitre est expliquée la théorie de la société des consciences, ou polyconscience, que j’ai pu aussi intituler dans ce livre « société intérieure ». Si d’aventure vous vous trouvez déjà rebuté par votre lecture, peut-être est-il préférable de vous arrêter là, et de reprendre dans quelques mois, après un bon bain dans le monde « normal », car l’idée que je vais vous exposer maintenant est d’une horreur absolue.

Encore là ? Mmm… polisson !

Qu’est-ce que la conscience ?
Le cerveau pense continuellement, même quand nous dormons. Seule une fraction de ces pensées forment ce que nous appelons la conscience. Ce qui surnage est-il le plus élaboré ? Rien ne permet de l’affirmer. Nos rêves, ces fenêtres sur d’autres pensées, peuvent être complexes. Il faut sans doute donner à la conscience une définition neurologique : C’est l’activité du centre de coordination majeur, frontal, du cerveau, connecté à tous les autres noyaux, capable des mélanges les plus complexes, fortement influencé par les émotions thalamiques, mais surtout décideur de l’essentiel de l’activité psychique résultante, puis de sa transformation en actes.

Toute l’activité cérébrale n’étant pas contenue dans la conscience éveillée, une question essentielle se pose : Ces autres pensées qui nous traversent, ces autres configurations de l’esprit que forment nos connexions nerveuses, pourquoi auraient-elles une qualité différente et pourquoi les appellerait-on différemment ? Parler de l’inconscient n’est-il pas faire preuve du plus monstrueux des mépris, comme si on avait un chien un peu stupide dans la tête et qu’on lui dénigrait toute prétention à un quelconque éveil envers lui-même ?
A-t-on une conscience ou des consciences, les autres nées esclaves pour la vie, sans la moindre chance de bouger un seul de nos doigts de par leur propre intention, n’ayant aucune maîtrise de leur destin, et d’autre ressource, si la conscience principale les malmène ou les ignore, que de nous rendre malade, physiquement ou psychiquement ?

Pure schizophrénie ! Tous ces centres font partie de nous, protestez-vous…
Il semble difficile de se scinder pour mieux se respecter, et il faut sans doute, pour ne pas devenir fou, tracer une limite géographique à notre être mental. Mais réfléchissez au problème philosophique d’un être bicéphale, dans lequel deux cerveaux contrôlent (et se disputent) le même corps : Ils partagent une partie de leur système nerveux mais arrivent à s’isoler dans une autre. Ils ne sont ni être unique, ni couple, ni êtres indépendants.
Notre encéphale multicentrique n’est pas si éloigné de ce modèle, puisque seule une fraction de son activité forme le « directeur ». L’être bicéphale a au moins la chance que ses deux cerveaux semblent géographiquement bien séparés, et voir reconnaître à chacun sa propre existence.

Pouvez-vous imaginer que nos centres nerveux accessoires possèdent leur propre ressenti, indépendant, cette définition de la conscience, qu’ils aient leurs propres connexions aux centres émotifs et se voient comme une ombre, un avatar du dictateur frontal ?
Yung, qui a passé sa vie à décrypter ses rêves, était-il saisi par une culpabilité forcenée à l’idée vague que son crâne hébergeait d’autres esprits, et qu’ils n’auraient jamais l’occasion d’accéder au langage ?
Voilà un bouleversement de notre vision de l’inconscient, qui devient un conscient muselé, mais ce n’est plus une allégorie, plutôt, au mieux, une symbiose, au pire la plus grave des tyrannies, source de personnalités horriblement balafrées.

(début du chapitre Polyconscience de « Sous acide filozophique« )

 Posted by at 11 h 50 min

  2 Responses to “Conscience esclavagiste”

  1. Je ne comprends pas bien votre concept de polyconscience, ni celui de conscience esclavagiste. Je me sens Un moi, pas des personnes multiples en train de se disputer.

  2. Heureusement, car les personnalités multiples sont un syndrome pathologique.
    Il faut voir la polyconscience comme un groupe dont le comportement résultant, le Moi, est le vote final du groupe. Mais comme dans toute assemblée, certains groupes se mettent d’accord avant de passer au vote de façon à le rendre unanime – ce sont les polyconsciences fluides -, d’autres imposent le vote majoritaire à certains de leurs membres qui poussent de hauts cris – polyconsciences en guerre civile -, les dernières enfin ne laissent pas entrer grand monde dans leur groupe intérieur – ce sont les monoconsciences -, soit parce qu’elles ont eu peu d’expériences et de contacts sociaux divers, soit parce qu’elles se ferment volontairement aux contacts qui déplaisent à sa personnalité déjà installée.
    Le cycle biologique du cerveau influence la polyconscience : En période d’éveil, elle se manifeste par le moi ; pendant le sommeil et le rêve, certaines aires ne sont plus connectées, des informations sensorielles disparaissent, et la polyconscience se reconfigure en un autre Moi, qui est une vraie personnalité différente, également « consciente » dans la période d’endormissement du Moi éveillé, puisque nous en percevons quelques lambeaux à la transition, et qui a vaguement conscience de son absence de pouvoir sur le monde réel – nous savons confusément en dormant que c’est un rêve -. C’est l’idée contenue dans « la conscience esclavagiste », qui est bien sûr une boutade car nous ne pouvons inscrire de moralité dans un fonctionnement neurologique, mais dont aurait pu s’emparer ceux qui tendent à plaquer leur sensibilité sur les autres et à voir des martyrs partout.

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