Hyperconscience

 

Qui se sentirait capable d’assister sans appréhension, invisible, à une réunion de ses amis où l’on parle de lui sans détour ?
Nous en avons une immense curiosité, et en même temps ressentons une terreur à l’idée de découvrir ce qui se cache derrière les omissions et mensonges gentils qui forment la base des relations sociales.
Celui qui se promène avec son exigence de sincérité, la projetant comme de l’eau à haute pression, fait le vide autour de lui. Les mensonges sont la sublimation de l’instinct de solidarité qui a fait de nous cette espèce grégaire et performante. Il s’oppose, dans un antagonisme constructif, à notre égocentrisme fondamental.

Pourquoi sommes-nous si inquiets de découvrir la véritable opinion que les autres ont de nous-mêmes ? Après tout, ils utilisent, pour nous identifier, des représentations, plus ou moins sommaires, très inférieures en tout cas en complexité à ce que nous sommes réellement, et de plus statiques, alors que nous sommes en perpétuelle évolution. La représentation de nous chez les autres est une réduction, qui souffre de mises à jour trop tardives.
Pourtant ces représentations sont d’une importance capitale : Elles sont, pendant une grande partie de notre vie, le seul miroir dont nous disposons. Impossible de savoir si nous sommes beau, habile, reproducteur performant, protecteur efficace, sans quelques reflets à scruter.
Inconvénient : Ces miroirs, à l’évidence, ne sont pas fidèles. Ils renvoient l’image de ce que les autres voudraient que nous soyons. Ils sont, au début, formants — ceux de nos parents —, puis déformants : L’image est traitée par une conscience plus ou moins attachée, elle-même, à la vérité. Même si elle est objective, elle va être falsifiée par ces petits mensonges qui font le confort d’une relation sociale, et que l’on a baptisés — quelle ironie ! — la correction

Ainsi la liberté chez l’être humain, si elle existe, est bien tardive. La conscience passe l’essentiel de son temps à s’adapter aux représentations des autres pour qu’elles deviennent favorables, sans trop déroger à ses motivations instinctives égocentriques. L’influence des représentations est si profonde que la conscience intègre les plus influentes sous forme de personae, mutant en polyconscience. Elles persisteront, pour certaines, longtemps après que leurs promoteurs ne soient plus à proximité.

La liberté ne peut provenir que de l’état d’hyperconscience : être capable de se regarder fonctionner. Comprendre ses rouages n’est pas simple, car l’infidélité des représentations empêtre cette compréhension dans les croyances. Après avoir compris que nos propres représentations sont incertaines, la raison nous fait rechercher des règles de comportement communes, et émettre des prédictions. Le degré d’hyperconscience se mesure à la régularité de la réussite de ces prédictions.

Quand nous avons identifié, derrière les représentations de nous par les autres, leurs intentions, alors nous pouvons corriger la déformation, et redonner, comme à un Hubble bigleux, toute la précision des images aux miroirs que nous sont les autres.

 Posted by at 22 h 50 min

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