Quelle différence entre critique et critique constructive ?

La différence est tellement radicale qu’il faut cesser d’utiliser un même mot pour les désigner. Je propose de parler de ‘critique’ et ‘constructique’. A propos d’une idée, la critique est son rejet, la constructique est sa tentative de collectivisation.

L’individu face au collectif. Un conflit entre deux postures :
1) “L’idée ne me plaît pas“, qui érige le soi en juge suprême.
2) “L’idée ne plaît pas au plus grand nombre“ est le jugement collectif tout aussi abrupt.
Deux postures statiques, conservatrices, stériles dans leur refus de l’interaction.

Séparons le concept du conflit lui-même en ses deux versions radicalement différentes :
1) Le conflit crispé, improductif, aride, auquel convient l’anglicisme ‘misfit’.
2) Conservons ‘conflit’ pour sa version évolutive et féconde, qui correspond à la confluence des idées vers un fleuve spirituel plus puissant.

La critique isolée traduit le misfit, c’est-à-dire l’individualisme bien délimité. Contrairement aux apparences, faire exister ainsi son opinion n’est pas un effort de participation au collectif. C’est le désir de se l’approprier. En effet il n’existe aucun travail d’intégration. Aucune solution proposée quant à la manière dont cette opinion peut interagir avec les autres.

La constructique, marque du conflit fructueux, démarre de la même pulsion individuelle : rendre son opinion dominante. Mais elle ajoute un travail difficile : passer en revue toutes les critiques possibles envers cette opinion et la corriger. Travail jamais terminé. Avec le danger de voir cette opinion s’inverser dans l’affaire. Identité menacée. Est-elle prête à se laisser flouter ?

Seules les identités les plus assurées en sont capables. Ce qui crée ce paradoxe : les individus les plus campés sur leurs positions, en dépit d’arguments contraires, sont les psychologies les plus fragiles. La virilité des opinions se fonde sur les névroses les mieux dissimulées. Au contraire si nous promenons notre opinion comme un flambeau dans les recoins sombres, au risque de la voir soufflée par un courant d’idées, nous manifestons notre assurance et notre curiosité.

Les réseaux sociaux favorisent aujourd’hui la critique plutôt que la constructique. Une opinion attire ses semblables plutôt qu’elle tente l’intégration véritable. Sans hiérarchie elle rejoint un patchwork d’idées rassemblées par couleurs. Une teinte grandit, une autre rétrécit. Tout cela reste plat. Rien n’en émerge. Un peu plus loin un autre patchwork s’est formé à propos d’un sujet voisin. Ils ne sont pas coordonnés.

Accusons entre autres le dépouillement grossier de l’opinion par les outils des réseaux, jusqu’à la rendre imbécile. Like ou dislike. 1 ou 0.

Faire de la constructique c’est aussi refuser de faire de son opinion une chose si bien délimitée qu’elle peut être stockée dans un seul bit.

*

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *