Quels sont les avantages d’avoir votre propre philosophie?

Les bénéfices sont gigantesques. La nécessité est moins évidente.

Une philosophie est un mode de pensée cohérent. Ressemblant en cela à une mathématique, langage développé à partir de quelques postulats simples, par exemple à propos des points et des droites pour la géométrie. Une philosophie fait de même. Elle se développe à partir d’un ensemble de concepts de base. La variété des sujets rencontrés forme des recoupements entre systèmes de pensée. Néanmoins le créateur de sa propre philosophie se reconnaît à travers quelques principes de base qui unifient sa pensée.

Cette démarche répond à des problèmes aigus. Des choses importantes restent inexpliquées aux yeux du philosophe. Le trou noir est assez inquiétant pour motiver un bouleversement intellectuel soutenu.

Situation très différente d’un intérêt de circonstance. Un grand nombre de gens lisent la philosophie par simple curiosité ou ennui, parce qu’on les a encouragés à le faire et c’est dans les moeurs de leur milieu culturel. Ils n’ont pas de problème très grave à résoudre. Leur vie est facile. L’ouvrage philosophique est lu comme un roman : plein de surprises, de paradoxes, d’amusements.

Non pas que ces lecteurs seraient incapables de faire leur synthèse personnelle. Ils en font une, en élisant leur auteur préféré. Ils s’identifient à la pensée d’un autre, la commentent, la développent. Ils pourraient aller plus loin, mais n’éprouvent pas le conflit existentiel suffisamment vif qui fait surgir une nouvelle philosophie.

Si je prends mon exemple personnel, je me suis intéressé très tardivement à la philosophie. Jeune, elle ne m’était vraiment pas nécessaire. J’étais matérialiste. Le grand avantage du matérialisme pur est qu’il n’est pas difficile de s’entendre avec les autres matérialistes. Le réel fédère efficacement les mondes personnels. Je ne comprenais même pas de quoi pouvait parler la phénoménologie. Qu’est-ce donc un esprit sinon le reflet de la réalité qu’il représente ? C’est en l’épousant fidèlement que ses intentions contrôlent au mieux la réalité.

Le matérialisme est pragmatique et efficace. Ceux restés à l’abri des névroses de jeunesse l’adoptent aisément et en sont très satisfaits. La philosophie n’est guère utile à un jeune scientifique. D’autres sujets tout aussi difficiles requièrent son entière attention.

Malheureusement le matérialisme fonctionne très mal avec les non-matérialistes. Mon ex-compagne en faisait partie. Son monde personnel était fait de jeunesses et beautés éternelles. Très perturbé par l’effet inéluctable du temps, il est devenu étranger au mien, jusqu’à la rupture. J’étais davantage stupéfait que désolé. Mon monde à moi n’avait pas changé. Ma raison discutait avec un mythe. Nos postulats différents avaient scindé deux univers.

Mon problème aigu. Je me suis intéressé soudainement à la manière dont les gens créent leur monde intérieur. D’où viennent ces postulats ? Pourquoi produisent-ils une telle diversité de personnalités, des comportements si étranges ?

Les philosophies classiques ne répondent pas à ces questions. La phénoménologie prend l’esprit comme point de départ mais néglige de le faire examiner par le réel. Le matérialisme fait du réel le point de départ mais néglige les différents examens possibles de l’esprit à son sujet. Aucun système philosophique n’est bidirectionnel.

J’ai construit le mien sans entraves, ayant peu lu les autres. Double regard. Jugez de son efficacité dans mes posts. Le matérialiste pur que j’étais n’aurait rien compris. J’ai l’impression d’avoir été téléporté dans un univers doté d’une dimension supplémentaire, la dimension complexe. Le revers est que mon auditoire s’est restreint à ceux qui la perçoivent 😉

Merci pour cette question qu’il n’est pas facile de se poser.

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