Preuve et croyance

La croyance a une utilité extraordinaire : elle comble un vide de représentation, là où l’esprit n’a pas les moyens d’une preuve. Elle a extrait l’homme de l’inculture et lui a gagné une maîtrise sur le monde en partant de rien.

Puis les preuves se sont accumulées, renforcées, approfondies. Bien que chaque nouvel homme réemprunte le chemin des croyances transformées en preuves, aidé par l’éducation, jusqu’à découvrir un monde presque débarrassé de ses vides de représentation, il conserve beaucoup de croyances. Pourquoi ? Certes elles peuvent sembler un élément de la diversité, alternatives aux preuves trop empâtées de certitude.

Mais les croyances elles aussi sont gonflées de certitude. Moins l’on peut discuter les preuves, plus l’on devrait abandonner les croyances.
Un contrepoids s’exerce cependant : la croyance est notre propriété, contrairement aux preuves qui sont collectives. S’abandonner à la preuve est une perte de pouvoir, du pouvoir de la différence.
Paradoxalement, ceux qui devraient équilibrer activement le poids de la certitude sont les détenteurs des preuves, c’est-à-dire les scientifiques eux-mêmes. C’est tout le contraire : on leur reproche leurs croyances.
C’est que la science, vierge pure, n’est pas sensée se faire violer par le pouvoir…

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