Réhault Sébastien – Raisons pratiques de croire en esthétique

Le débat entre réalistes et anti-réalistes en esthétique contourné par le pragmatisme accordé préférentiellement par l’auteur à la conduite réaliste.

Réalisme esthétique = artefacts et choses naturelles possèdent des propriétés qui rendent littéralement vrais ou faux les énoncés esthétiques à l’aide desquels nous les décrivons.
Antiréalisme esthétique = les propriétés esthétiques ne sont que de simples projections de notre esprit sur le monde ; aucun énoncé esthétique n’est vrai en un sens robuste du terme.

Réhault remarque que les antiréalistes se comportent de façon ambiguë, puisqu’ils sont capables de vanter la beauté d’un paysage tout en pensant qu’il n’en recèle en réalité aucun. Ce que l’auteur ne saisit pas, c’est que l’antiréalisme imprime pourtant toutes nos conduites quotidiennes : le contribuable qui triche gentiment sur ses frais professionnels tout en protestant contre la corruption des milieux d’affaires, le catholique pratiquant qui assiste régulièrement aux messes sans croire à une vie future, le parent qui admoneste son enfant en réalisant que celui-ci fait déjà de son mieux, l’écolo qui économise l’eau en pure perte car il est seul à s’en préoccuper. Nous sommes parfaitement capables d’héberger des attitudes contradictoires parce qu’elles ont chacune leur champ d’application pratique. Il serait peu « réaliste » de penser qu’une conduite pragmatique élimine ses concurrentes. C’est notre ambiguïté qui justement nous rend si adaptables.

En fait le débat cité et cet article s’effondrent en polyconscience, puisqu’ils présupposent que l’esprit est indivisible, soit réaliste, soit antiréaliste, soit agnostique. Or les points de vue cohabitent dans toutes les consciences, et n’acquièrent une célébrité déterminante dans l’une que sous l’influence de facteurs multiples, bien davantage en rapport avec le pouvoir que la vérité, surtout en esthétique, où le militantisme guerrier des goûts est tel, qu’il a accouché de la vision réaliste. Celle-ci, en effet, est la première marche nécessaire pour contraindre l’autre à accepter un dogme esthétique : il n’est possible que si le caractère esthétique est inhérent à l’artefact ou à la chose naturelle, et non plus seulement présent dans l’esprit qui en fait la promotion. Le réalisme esthétique a des motivations clairement commerciales : il vise à consolider un marché de l’art qui, sans cela, a des fondations aussi évanescentes que le goût. Doit-on croire que cela s’applique jusqu’à l’art de penser ?

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