Un point de théologie

J’avais 13 ans. La théologie était une de mes matières favorites. J’ai été éduqué dans un collège laïc mais encadré par des jésuites et le catéchisme était vivement recommandé à tous les élèves. Les cours se déroulaient habituellement ainsi : Je posais au prêtre une série de questions insidieuses sur les multiples incohérences des textes sacrés. Jeunes acquéreurs d’un savoir scientifique tout frais, la Bible et l’Évangile nous apparaissaient comme des livres de contes auxquels le moindre esprit rationnel n’aurait pas accordé son attention plus de cinq minutes. Mes questions étaient simples et directes. Le prêtre passait le reste de l’heure à s’emberlificoter dans des explications d’autant plus incertaines qu’il voyait bien que nous ne serions pas satisfaits par un « mystère ». Je hochais poliment la tête, mais il était évident, quand je passais au piège suivant, que je n’étais pas rentré dans le rang. Au bout de quelques séances, mes condisciples avaient pris l’habitude de faire tranquillement leurs révisions, un livre discrètement ouvert sur les genoux, pendant que le long monologue du prêtre était percé de mes questions à la candeur calculée.
Je me suis aperçu, en milieu d’année scolaire, que j’avais un effet désastreux sur ce catéchisme. Tous les élèves étaient de bonne famille, élevés dans le respect de la religion, mais n’avaient pas besoin d’être poussés beaucoup, à cet âge, pour qu’elle devienne une farce. J’avais transformé notre initiation spirituelle en bouffonnerie, fort sage certes car aucun éclat ne rompait la quiétude du cours, mais seul le prêtre ne se rendait pas compte à quel point son discours trop théologique était déconnecté de notre réalité. Ennuyé, je décidais de venir à son secours. Je posais au cours suivant la question ci-dessous, qui validait la conduite vertueuse qu’il tentait de nous enseigner, sans pour autant renier mon impertinence…

« Dieu, si l’on regarde de près sa description, est un type incroyablement tyrannique et prétentieux, non ? Nous, ses créatures, avons écopé de ses mauvais côtés. S’il est omniscient, ce ne pouvait être que volontaire. Et quelle est cette intention ?… Dieu n’attend-il pas de nous que nous lui montrions une infinie variété de méthodes pour maîtriser notre mauvais caractère, afin qu’il puisse copier la meilleure, et devenir enfin cool ?… »

Je n’ai jamais su si les mouvements bizarres de la tête du prêtre étaient approbateurs ou dénégateurs. La sonnerie a retenti juste après…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *