Livres azur et livres tempête

Le seul livre honnête est un débat. Il faudrait qu’il ne soit pas co-écrit, mais contre-écrit par deux penseurs adversaires sur le sujet traité. Un livre ordinaire contient d’agréables malhonnêtetés. Il s’illustre d’exemples corroborant son propos, alors qu’il serait plus réaliste de choisir des éléments contradicteurs et tenter d’invalider leur nuisance à la théorie défendue, tâche beaucoup plus délicate.
On distingue ainsi les ouvrages qui baignent le lecteur dans un fleuve tranquille, chaque affluent apportant de l’eau dans la même direction, de ceux dirigés par une polyconscience, où les arguments s’affrontent et se télescopent, que les contradictions internes transforment en un océan houleux, d’où le lecteur sort déboussolé, voire se fait hélitreuiller — il referme le livre —.
Le premier genre de livre est bien entendu très populaire — il est confortable et conforte —, tandis que le second est élitiste — il contraint à développer ses propres facultés d’analyse en miroir de l’auteur et non pas seulement à avaler sa prose prédigérée —. Le second n’est pas confortable pour l’auteur, car il risque d’amener ses lecteurs à des conclusions différentes des siennes. Il les transforme, eux aussi, en inventeurs — des rivaux ! —, et non plus en fidèles séides de sa pensée.
J’appelle les premiers des livres « azur » et les seconds « tempête ».
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Les best-sellers n’ont l’intérêt que d’un reportage d’actualité. Pour votre culture, intéressez-vous plutôt aux « long-sellers », livres ouverts un bien moins grand nombre de fois, même lors de leur publication, mais toujours aussi régulièrement, au fil des siècles pour les plus anciens, et depuis plusieurs décennies — ce qui est une performance remarquable — pour les contemporains. Ce sont généralement des livres difficiles et perturbateurs, qui vous accompagneront un bout de chemin.

Une réflexion sur « Livres azur et livres tempête »

  1. Est-il intéressant de relire un ouvrage ?
    Non pour un livre azur, dont le propos peut être résumé assez facilement.
    Oui pour un livre tempête, surtout si vous êtes adepte de la lecture rapide,
    et plus particulièrement encore si vous n’êtes plus le même personnage.

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