Oct 142014
 

Dans un jeu télévisé, un candidat se voit proposer de choisir entre 3 portes : 2 cachent une chèvre, la 3ème une voiture flambant neuve. La règle prévoit qu’au moment où le candidat choisit une porte, le présentateur ouvrira l’une des 2 autres portes, qui dissimule une chèvre. Le candidat a-t-il intérêt à maintenir son choix initial ou à choisir la porte restante ?

Une partie des gens ne change pas son choix. Plus qu’une intuition, c’est une peur de le remettre en question alors qu’on ne voit pas de raison claire de le faire. « Dans le doute, je ne bouge pas ».

Une autre partie des gens ne change pas son choix, sur l’intuition suivante : la chance de mon choix initial était de 1/3 ; elle est à présent de 1/2, comme la porte restante : pas de raison de changer.

Pourtant c’est bien ce qu’il faut faire. La probabilité du choix initial est toujours de 1/3 et c’est l’autre porte qui capitalise les 2/3 restants. Cette conclusion provoqua l’envoi de dix mille courriers de protestation à l’analyste Marilyn vos Savant, dont de nombreux mathématiciens professionnels, refusant d’accepter le résultat.

Au début on demande de choisir l’une des 3 portes. La probabilité de faire le bon choix est 1/3. Que votre choix soit bon ou non, le présentateur peut toujours ouvrir une porte cachant une chèvre. En faisant cela il ne semble pas donner d’indice supplémentaire pour savoir si votre choix initial est correct ou erroné. Vos chances paraissent toujours identiques. Mais en fait il vient d’augmenter la probabilité que la 2ème porte, que vous n’aviez pas choisie, soit la bonne, en éliminant la 3ème. La probabilité que votre choix de départ soit erroné était de 2/3 ; dans ce cas de figure, changer après l’ouverture de la 3è porte vous fait gagner… avec cette probabilité de 2/3.

En disant que les deux portes restantes ont une chance de 1/2, on ne tient pas compte que le présentateur a choisi la 3ème porte parmi les 2 restantes. Les chances auraient bien été de 1/2 s’il en avait ouvert une au hasard et que ce fut une chèvre.

 Posted by at 10 h 52 min
Sep 182014
 

Dieu ne pose aucun problème aux scientifiques. Tous le connaissent et l’appellent de noms divers, selon un aspect auquel ils se réfèrent, la Nature, l’Évolution, les lois fondamentales de l’Univers, l’espace-temps, le Multivers… Un désaccord ne survient que lors d’une tentative de prise de pouvoir sur Dieu, c’est-à-dire lorsque qu’une théorie prétend le décrire. Le scientifique se contente de demander : Quelle connaissance possédez-vous à l’appui, que je puisse partager avec le minimum de doute ? Quelle méthode expérimentale imaginez-vous pour confirmer votre hypothèse ?

Une religion est une théorie de Dieu.

Le Jugement Dernier est un accélérateur de particules destiné à confirmer la théorie chrétienne de Dieu (ce serait un joli nom, d’ailleurs, pour le successeur du LHC).

 Posted by at 21 h 42 min
Oct 202012
 

La croyance a une utilité extraordinaire : elle comble un vide de représentation, là où l’esprit n’a pas les moyens d’une preuve. Elle a extrait l’homme de l’inculture et lui a gagné une maîtrise sur le monde en partant de rien.

Puis les preuves se sont accumulées, renforcées, approfondies. Bien que chaque nouvel homme réemprunte le chemin des croyances transformées en preuves, aidé par l’éducation, jusqu’à découvrir un monde presque débarrassé de ses vides de représentation, il conserve beaucoup de croyances. Pourquoi ? Certes elles peuvent sembler un élément de la diversité, alternatives aux preuves trop empâtées de certitude.

Mais les croyances elles aussi sont gonflées de certitude. Moins l’on peut discuter les preuves, plus l’on devrait abandonner les croyances.
Un contrepoids s’exerce cependant : la croyance est notre propriété, contrairement aux preuves qui sont collectives. S’abandonner à la preuve est une perte de pouvoir, du pouvoir de la différence.
Paradoxalement, ceux qui devraient équilibrer activement le poids de la certitude sont les détenteurs des preuves, c’est-à-dire les scientifiques eux-mêmes. C’est tout le contraire : on leur reproche leurs croyances.
C’est que la science, vierge pure, n’est pas sensée se faire violer par le pouvoir…

 Posted by at 23 h 30 min
Août 282012
 

L’être humain ne comprend que des causes, et des limites. Il les cherche incessamment, car sa façon d’appréhender le monde, par des représentations, implique une causalité et des frontières, sinon elles sont incohérentes et incomplètes. Dès lors le penseur doit se méfier de son propre esprit, qui cherche à adapter le monde aux outils utilisés pour le contenir, plutôt que construire d’autres outils qu’il n’est peut-être pas capable d’imaginer. S’il n’est pas méfiant, il cherche un obligatoire créateur à l’univers, car il est impossible que celui-ci n’ait pas été causé. Il cherche une limite à cet univers, autant dans le macro que le microcosme, sinon sa représentation « fuit » dans l’inconnu.

Ce biais mis à jour, il est sans doute plus prudent de fonder notre raisonnement sur les postulats contraires, qui n’ont pas ce « conflit d’intérêt » avec notre esprit : que l’univers n’ait ni cause, ni limites.

 Posted by at 1 h 45 min
Juil 232012
 

La seconde partie de l’Homme Polyconscient est bien avancée. Voici l’introduction du chapitre Philosophie :

L’histoire de l’humanité a vu surgir trois modes fondamentaux de pensée : religion, philosophie et science. La religion est le plus humain, dans le sens qu’il nous est spécifique. Le postulat généré par la pensée, ou croyance, est inamovible, sacré. Le raisonnement sera jusque-boutiste pour le conserver, quitte à modeler le monde réel pour qu’il lui corresponde.
La philosophie est toujours d’essence humaine, mais son questionnement devient sincère : elle identifie les postulats comme tels, tente d’apercevoir ce qu’ils cachent, conclue rarement, préférant laisser les questions ouvertes.
La science détermine ce que le monde réel a à nous dire, indépendamment de notre état d’humain. Cet état lui-même tente d’être décrypté, par ses racines matérielles et non plus par les intentions « corrompues » de la conscience.
Parmi ces trois voies, deux sont théoriquement soeurs, philosophie et science, parce qu’elle se disent toutes deux sincères et affranchies des considérations de pouvoir, tandis que la religion est clairement fondée sur le pouvoir, initialement de l’homme sur le monde, puis elle s’est trouvée viciée insidieusement du pouvoir de l’homme sur l’homme, avant de revenir plus récemment vers ses fondamentaux.
Pourtant philosophie et religion sont engagées dans une gué-guerre chronique, devenue d’ailleurs bien inégale : la philo apparaît telle un moustique s’attaquant au tank de la science : elle a certes encore bien des choses à dire, mais si la science a parlé dans le même domaine, la voici contrainte de se taire, ou de protester dans les cercles les plus fermés de ses supporters.
Quelle est la raison de cette discorde, si les objectifs poursuivis sont les mêmes ?

Tout d’abord, philosophie et science sont loin d’être étanches au pouvoir. Ne concluez pas de cette introduction que nous sommes soit religieux, philosophe ou scientifique. Nous sommes les trois à la fois, ce qui se comprend aisément dans le cadre de la polyconscience ; nous tendons à valoriser l’une ou l’autre des personae correspondantes. Mais dans le religieux monoconscient gémit un scientifique qui aimerait avoir la certitude que le monde métaphysique est tel qu’il l’imagine. Dans le scientifique ou le philosophe rôde un croyant qui refuse de remettre en question les postulats dans lesquels il a tant investi.
Cette porosité des trois modes de pensée est telle, chez l’individu, qu’un scientifique de profession peut être plutôt religieux de comportement parce qu’il devient acerbe si l’on conteste un peu fortement ses certitudes ; tandis que la plupart des cadres de la religion sont devenus très pragmatiques vis à vis de la science, et ont accepté de reculer les frontières de leur royaume spirituel.

La discorde entre science et philosophie tient à un deuxième phénomène : la seconde thésaurise soigneusement le savoir des aînés, et lui accorde une importance toujours empreinte de sacré, quelle que soit la valeur de cette pensée. L’historicité est importante, cependant il existe en philosophie une religion de l’historicité.
Le scientifique, lui, ne se gêne pas pour faire table rase de tout ce qui a été dit sur un sujet. Une théorie incomplète sera balayée par une autre. Du fait que même les scientifiques s’inquiètent de voir le pouvoir changer de mains avec une telle brutalité, ils continuent à citer la théorie dépassée, mais elle a désormais autant d’utilité qu’une pièce de musée.

Nous allons voir, dans les textes suivants, pourquoi philosophie et science sont devenus adversaires, et comment elles peuvent à nouveau converger.

 Posted by at 10 h 29 min
Août 312011
 

Que de stupidités n’a-t-on pas racontées sur le Soleil et la Lune ! Il est évident pour l’oeil nu que ces deux globes sont à égale distance, et cousins du nôtre. Les différences résident dans leurs histoires.

Celle des Soléaires n’a pas été tendre. Ils ont découvert accidentellement le secret de la fusion nucléaire, n’ont pu éviter que la réaction s’emballe et s’étende à la totalité de leur monde. Devenu leur tombeau, nous devons maintenant en supporter, malgré la distance, la morsure brûlante.
Les Lunatiques, eux, furent plus avisés. Ils se contentèrent de l’éclairage au gaz, dont ils ont des réserves immenses. Elles permettent d’illuminer d’une clarté généreuse mais raisonnable la moitié habitable de leur monde.

Pour les Lunatiques nous devons sembler être à l’Âge des Cavernes, avec les maigres lumignons de nos villes qui donnent à la Terre l’allure d’une boule de Noël décorée d’une pauvre guirlande, au sein d’un misérable bidonville galactique.
Nous devrions tirer quelque inquiétude du fait que la bourde des Soléaires dévoile la moitié du temps notre seule richesse : une grande piscine bleue, que les nantis stellaires n’hésiteraient pas une seconde à aspirer en grande pompe galactique, ou dans laquelle les autres squatters du secteur pourraient venir se baigner en nous laissant traces de leurs humeurs et bactéries nauséabondes.

Éteignez donc le Soleil ! La nuit nous protège…

 Posted by at 20 h 18 min
Août 282011
 

Tout le rationnel a été enfanté par l’irrationnel, car l’homme n’a pas toujours été doué de raison.

Pour des motifs étranges, certaines expériences de transformation de l’irrationnel en rationnel réussissent, tandis que d’autres échouent systématiquement.
S’agit-il d’un mystérieux hasard alchimique ? Aïe, l’alchimie est tombée dans ces échecs répétitifs.
N’est-ce pas plutôt la matérialité du monde qui nous impose ses règles ?

 Posted by at 6 h 06 min
Juil 072011
 

L’anti-scientiste et le pseudo-scientiste se reconnaissent à un protocole bien précis : Loin de manifester de l’indifférence à l’égard de la science, ils en recensent les résultats qui les confortent dans leurs croyances, mais refusent la démarche qui les a produits… parce qu’elle n’est pas toujours aussi docile.
Certaines méthodes très officielles et dites scientifiques sont fausses, mais la science fournit le manuel pour s’en rendre compte. Seuls les outils et les moyens peuvent manquer, et c’est ici que l’on peut parler de scientisme : C’est produire un doute « négatif », tout proche d’une négation de la possibilité, tandis qu’un doute « positif » encourage à laisser les portes ouvertes. Constatons que le scientisme est davantage une affaire de pouvoir que de science.

Critiquer la science du belvédère d’une vraie sincérité apparaît utopique au 21ème siècle. Utiliser sa raison y est devenu, peu ou prou, employer la méthodologie de la science. Même l’élève totalement récalcitrant aux mathématiques aura l’esprit gravé, plus tard, par le raisonnement scientifique, parce qu’on se sera efforcé de l’y plier pendant des années. Cet endoctrinement crée une persona forte de sa polyconscience, contre laquelle les autres réagiront abruptement, produisant un anti-scientisme qui l’éloignera plus sûrement de la sincérité que n’importe quelle indifférence. La vérité viendra plutôt de ceux qui n’ont rien contre la science, parce qu’ils l’ont assimilée sans effort, ainsi que des notions épistémologiques, et n’en ont pas tiré un pouvoir indispensable… ce qui leur permet de s’en écarter.

L’épistémologie est un domaine particulièrement délicat car elle juge les méthodologies… avec méthode.

 Posted by at 7 h 30 min
Juin 122011
 

L’univers est le résultat d’un hasard inéluctable.

Le défi de la physique est de mettre en équations un tel contresens.

 Posted by at 6 h 09 min
Avr 012011
 

Il est parfaitement possible d’organiser son existence selon des lois non « naturelles », ou plus exactement : fausses d’après un autre système de références. Exemple très simple : le bridge est un jeu qui modèle l’esprit de ses adeptes selon des règles parfaitement arbitraires : 2 couleurs sont « majeures » et il importe de les annoncer davantage que toute force dans une couleur mineure. Un candide se demandera bien pourquoi. Le comportement du bridgeur est cependant parfaitement logique autour de ces lois.
Vous pouvez ainsi choisir vos propres principes d’existence — Dieu existe ; l’Homme est bon ; la Nature est sacrée ; la position des astres détermine mon destin — et vivre d’une façon parfaitement cohérente alors qu’elle ferait lever les yeux au ciel à un individu n’adhérant pas à ces principes. Il existe des choix plus faciles à assumer que d’autres : Si vous vivez dans une famille de scientifiques et que vous décidez de croire à votre horoscope, préparez-vous à armer vos réparties. Il existe surtout des modèles qui collent mieux à la réalité quotidienne que d’autres. Celui de croire qu’un miracle divin va transformer votre destin peut vous laisser déçu dans une société où l’entreprise personnelle est fortement promue.
La science perturbe non pas par les connaissances découvertes en elles-mêmes, mais par leur caractère envahissant : Le savoir se diffuse beaucoup trop vite et vient secouer, comme un tremblement de terre, les modèles utilisés depuis longtemps par certains, à leur plus grande satisfaction. Tout le monde n’est pas prêt à abandonner Dieu, les signes du Zodiaque, ses illusions sur la nature humaine. C’est un chemin personnel qui s’infléchit facilement quand on est curieux, pas contraint. La science est rude. Elle progresse à l’allure des machines, pas de celle, plus lente et majestueuse, de nos consciences. Il faudrait que notre éducation nous ait mieux préparé à l’absorber. Mais n’allons-nous pas alors nous rapprocher des machines ? Que devient la connaissance sans digestion ? Le passé de l’humanité recèle de mauvais exemples.

 Posted by at 2 h 16 min
Mar 282011
 

L’élément le plus essentiel dans la définition de la réalité est l’échelle. Par une bizarrerie coutumière dans cet univers infidèle aux apparences, cette échelle est courbe.
Nous avons, tout en bas, le niveau de réalité de la conscience individuelle. C’est un capharnaüm de mondes aux règles changeantes, égocentriques, influencées tant par le nombre et la qualité des sens, que par la présence ici d’une nageoire, là d’une queue, que par le mode de vie social et reproductif : une infinité de royaumes phénoménologiques juxtaposés, chacun s’autorisant les plus invraisemblables débordements d’imagination, et pouvant se convaincre de leur réalité, étant juge et partie et… tout, en fait.
Un barreau au-dessus se situe la réalité sociale, dont les lois sont déterminées par les interactions entre congénères de l’espèce. Les univers individuels sont confrontés et se coordonnent par un réalisme plus précisément nommé pragmatisme. Les lois de cette réalité sont étudiées par les sciences humaines. Difficile d’en faire une science dure car nous sommes mollement fidèles à nos réactions antérieures.
Franchissons un cran pour arriver à la réalité des sciences physiques, qui régit l’interaction des consciences avec les objets, l’univers « inerte », qui ne semble pas avoir l’intention de nous donner une vision déformée de lui-même, contrairement à nos congénères. Il est ainsi assez facile de se mettre d’accord sur les lois physiques : La même expérience reproduite par des consciences différentes donne les mêmes résultats.
Une grande fanfare a salué l’apparition d’un petit barreau supplémentaire : Les outils de l’homme lui ont montré que dans l’infiniment grand et petit, les lois différaient de ce que percevaient ses sens. Relativité et mécanique quantique, des révolutions ? Certainement, mais pas plus spectaculaires que la mort de Dieu. L’homme, de plus en plus prudent, la connaissance lui faisant découvrir son ignorance, professe maintenant un réalisme « modèle-dépendant », c’est-à-dire que toute réalité est recevable si elle respecte les lois d’un modèle cohérent… cohérent jusqu’où ? C’est toute l’ambition des plus entreprenants des scientifiques, à la recherche du Graal : le modèle qui explique l’intégralité de l’univers, de nos consciences, et de ce que l’on ne perçoit pas encore.
Car il reste encore un barreau supplémentaire sur notre échelle : la réalité imaginée, c’est-à-dire celle pour laquelle nous pouvons concevoir un modèle, sans pouvoir forcément le tester. Nous pouvons séduire d’autres esprits avec cette vision, mais ne pouvons donner tort à ceux qui la rejettent. L’imagination… cela ne vous rappelle-t-il pas notre premier barreau, celui de notre monde intérieur, l’univers phénoménologique ? Nous voici montés… tout en bas de l’échelle.
Gardons-nous ainsi d’user de prétention pour communiquer. Prenons simplement soin de préciser… quelle est notre réalité.

 Posted by at 2 h 45 min
Mar 222011
 

La science diabolisée : Les critiques sur les technosciences — leur responsabilité dans la perte du contrôle sur notre mode de vie et la dégradation de la sphère du vivant — sont avant tout un reflet d’un mysticisme croissant envers la science : De moins en moins de personnes comprennent la connaissance qu’elle renferme, ne voient plus que la technologie qu’elle produit, avatars parfois diaboliques qui ne peuvent avoir été enfantés que par Satan. Ne plus comprendre comment fonctionnent les objets de la science en font des gri-gris magiques. Rechute prévisible vers l’obscurantisme.
Quel avenir demain ? Cette question contourne soigneusement un tabou : Les technosciences ont permis d’installer 7 milliards d’humains sur la planète… beaucoup trop pour éviter la consommation des ressources non renouvelables. Alors, faut-il nous réduire ?