Nov 052013
 

Voici l’introduction d’un manuscrit bientôt publié intitulé pompeusement « Je ». Ce n’est pas une biographie de l’auteur, du moins je l’espère, car c’est une dissection fort mutilante du « Je », plus exactement de ce que nous considérons chacun comme notre « Je ». Comment s’est-il formé? Englobe-t-il la totalité du conscient? S’étend-il dans l’inconscient? Mais au fait, qu’est-ce que la conscience exactement?
Sans être un traité de neurosciences, ce livre s’attache à respecter l’approche scientifique du fonctionnement de l’esprit, puis s’en détache. Il indique la voie du réenchantement, par-dessus cette machinerie neuronale, pour aboutir finalement à des conclusions étonnantes.

Si ce sujet vous intéresse, je cherche des relecteurs. Merci de me contacter sur cet email pour obtenir un exemplaire du livre complet au format PDF.
Vos commentaires et critiques seront précieux.

Introduction

Ce livre a une prétention : montrer une vue d’ensemble de la personne humaine, par une approche aussi bien biologique, c’est-à-dire par le réel, que philosophique, c’est-à-dire par le conceptuel. Vous pouvez, par simplification, le placer dans la catégorie neurophilosophie. Malheureusement ce terme a pour certains une couleur péjorative ; on lui reproche de vouloir rétrécir l’espace de la philosophie au profit des neurosciences. Derrière l’anathème «réductionnisme», cependant, se cache une volonté elle-même réductrice : le refus d’intégrer des informations dérangeantes à la vue d’ensemble qui sera notre sujet. Le repère «réduction» est le balai qui les envoie sous le tapis.
Notre propre méthode sera de bannir la négation, ou plus exactement de la fragmenter, de même que les affirmations, et de montrer comment elles établissent une continuité. Nous irons jusqu’à définir le rôle de l’affirmation et de la négation, autour du repère. Les antagonismes de la science et de la philosophie deviendront alors, sous nos yeux, nécessaires.

Rassurez-vous, nous ne ferons pas que voler, solitaires et inaccessibles, dans l’espace théorique. De multiples exemples nous connecterons à la vie quotidienne. Nous offrirons une profondeur et une solidité différentes aux racines des concepts de liberté et de moralité. L’écosystème du terreau psychique étant mieux compris, nous y planterons avec succès de nouvelles graines philosophiques.
En ce sens, ce livre n’est pas catégorisable. Quand vous l’aurez refermé, aucun autre ne paraîtra avoir le même sens qu’auparavant, peut-être même celui vos recettes de cuisine ! Comment une assertion d’une telle fatuité est-elle possible ? C’est assez simple : vous ne serez plus le «Je» qui a retenu le sens de tous ces livres et des autres «Je» qui les ont écrits. Vous serez côte à côte avec lui, et avec les autres…
Laissons ce parfum de mystère vous entraîner dans les abysses de ces pages, après un avertissement tout de même :

Notre aventure s’adresse à tous ; cependant, ne présupposons pas que vous ayez un intérêt à vous connaître. Que vous soyez déjà passionné par les courbes émoustillantes des circonvolutions cérébrales en petite tenue, ou au contraire que l’IRM fonctionnelle vous semble relever de la masturbation scientiste, notre première question est :

Est-il judicieux de se contempler de près le nombril psychique ? Continue reading »

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Déc 212012
 

Le-Monde-Polyconscient-final

Avez-vous jamais voulu savoir comment l’arborescence de milliards de neurones, à présent illuminée par les IRM comme des sapins de Noël, pouvait faire naître votre pétillante conscience ?
Notre expédition, à travers ces pages, n’est pas technologique. Elle poursuit un mythe, le Moi. Nous ne le trouverons pas. C’est toute une société intérieure que nous découvrirons à sa place, dans une démarche spéculative, mais bien outillée scientifiquement : évolution, auto-organisation, repères, confrontation avec les théories existantes ; nous vérifierons la congruence de la polyconscience avec le monde que nous fréquentons.
Vous-même risquez d’y perdre votre « Je ». Ce livre n’est point un mets pour tous les esprits. Dotez le vôtre de quelques rations de survie avant de lui faire explorer la jungle polyconsciente…

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Oct 162012
 

Our spirit undertakes a modeling of the world which surrounds us, and in particular with the society. These models are unfaithful. Yet it seems that it is not a fate, but an evolutionary outcome. No disadvantage, thus. The gap with reality is what allows our intentions to exist. We try, indeed, to bring the world to coincide with our personal representation. The individual will, however, is not a one-way interaction. The world has a terrible slowness, resists?. Its changes have a powerful retroactive effect on our models. These are at the same time unfaithful and in permanent evolution.

If we establish a representation of the society, we thus have a kind of internal stage where « play » is the most important character of our life. It would be attractive then to imagine the Me as the director of this play.

Unfortunately it would be implying the existence of a kind of homoncule to the commands of our spirit, producer of our will. Where from would it appear? It would have to be scheduled since the embryonic life, because the child already has to work on the principle of the modeling. But there are no intentions elaborated in the genetic heritage, only the instincts, which are going to be the propeller of our will.

 

The originality of the polyconsciousness is to end the indivisibility of « I ». The homoncule Me disappears. The theory does not make distinction between the instinctive engines and the other neurological processes bringing the constitution of the spirit. It does not see confrontation between the images of the world and one supposed independent will; the I is established by the models which showed themselves the most successful – the most famous – in the two-ways interaction with the world.

It does not make our consciousness a sort of sophisticated algorithm which it would be possible to program in a good computer. On the contrary, the polyconsciousness almost explains the complexity and impredictibility of our behavior, much better than if we settled a homoncule and its particular intentions to the commands. Continue reading »

 Posted by at 7 h 22 min
Oct 162012
 

Notre esprit entreprend une modélisation du monde qui nous entoure, et en particulier de la société. Ces modèles sont infidèles, à plus d’un titre, comme nous le détaillerons par la suite. Or il semble qu’il ne s’agisse pas d’un hasard, mais d’un aboutissement évolutif. Pas un désavantage, donc ? Le décalage avec la réalité est ce qui permet à nos intentions d’exister. Nous tentons, en effet, d’amener le monde à coïncider avec notre représentation personnelle. La volonté individuelle, cependant, n’est pas une interaction à sens unique. Le monde a une inertie terrible, résiste. Ses changements ont un effet rétro-actif puissant sur nos modèles. Ceux-ci sont à la fois infidèles et en évolution permanente.

Si nous établissons une représentation de la société, nous avons donc une sorte de scène intérieure où « jouent » les personnages les plus importants de notre vie. Il serait tentant, à ce point, d’imaginer le Moi comme le réalisateur de cette pièce de théâtre.

Malheureusement ce serait impliquer l’existence d’une sorte d’homoncule aux commandes de notre esprit, producteur de notre volonté. D’où surgirait-il ? Il le faudrait programmé depuis la vie embryonnaire, puisque l’enfant fonctionne déjà sur le principe de la modélisation. Mais il n’existe pas d’intentions élaborées dans le patrimoine génétique, seulement des rails qui nous gardent dans un espace de cohérence commun, et un propulseur instinctif, future armature de notre volonté.

 

L’originalité de la polyconscience est de mettre fin au « je » insécable. Le Moi homoncule disparaît. La théorie établit une continuité entre tous les processus neurologiques amenant la constitution de l’esprit. Elle ne voit pas de confrontation entre les images du monde et une supposée volonté indépendante ; le Moi est constitué par les modèles qui se sont révélés les plus performants — les plus célèbres — dans l’interaction à double sens avec le monde.  Continue reading »

 Posted by at 2 h 13 min
Avr 162012
 

Livre tempête Blog au ralenti en vue de finir cet ouvrage, « L’Homme polyconscient », qui paraît aujourd’hui, dont vous avez lu des aperçus ici même, mais restait le travail de tout relier dans une théorie cohérente de la conscience. Sa trame se tient dans les friches qui séparent la neurophysiologie de nos comportements conscients, avec des objectifs précis : rester en contact avec la vraisemblance scientifique mais s’affranchir de ses effets réducteurs ; déconstruire avant de tenter un réenchantement de notre existence ; amener à un palier maximal de conscience — avec nos moyens actuels — appelé la polyconscience.
C’est un creuset capable de refondre certitudes et inquiétudes en une vision véritablement innovante. Un livre difficile, voire dangereux, pour ceux qui se contentent d’éprouver la vie, mais palpitant pour celui qui, en plus d’éprouver, se regarde vivre.
De nombreux domaines sont concernés : philosophie, psychologie et traitement des maladies mentales, sociologie abordée jusque dans les petits conflits du quotidien, justice et moralité, maladie et finitude humaine… tous ces sujets que sécrète notre conscience sans toujours connaître ses propres intentions, et pour cause ! Ce sont celles d’une authentique société intérieure…
Version livre couverture souple, 202 pages
Version eBook format epub (Kobo FNAC, iPad…)

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Introduction à l’Homme Polyconscient : le Moi maquillé

 

Toute parole n’est que sympathie ou antipathie, d’où émerge parfois un soupçon de vérité.

Que signifie cette phrase terrible ? Que dans toute relation sociale, nous ne parlons pas de la réalité, mais de la façon dont le monde propre à notre interlocuteur s’intègre ou non dans le nôtre. Bien souvent, tant de messages dits « subconscients » sont passés avant le premier mot que sympathie ou antipathie sont déjà installés sans qu’un fait quelconque ait été évoqué.

Quelles sont les parties de nous qui ont déjà communiqué ainsi ?

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Le Moi est la présentation maquillée de notre conscience. Une apparence. Elle nous semble stable et homogène, pour nous qui l’éprouvons. En fait cette formulation apparaît étrange : Comment peut-on éprouver son être, puisque c’est notre être qui éprouve ? Justement, le Moi n’est pas notre être, nous en prenons conscience en nous plaçant simplement devant un miroir et en nous regardant dans les yeux, un examen de haute signification : Le maquillage est immédiatement bouleversé et, s’il n’est pas trop épais, le Moi apparaît aisément comme une façade. Derrière résident des intentions-hôtes, en partie mystérieuses, même à nous-mêmes.

 

Cette première étape semble aisée à franchir, et pourtant peu d’individus le font. Il faut une assurance considérable. La présentation dans laquelle nous avons lourdement investi ne serait pas sincère ? Qui nous dit, d’abord, que l’honnêteté va nous apporter un bénéfice personnel ? N’est-ce pas au contraire une tentative de suicide psychologique, dans un monde où le mensonge règne en maître, toujours pour les meilleurs raisons possibles ? Ajoutons : raisons confortées par des millénaires de compétition évolutive réussie ; et ainsi nous raccrochons à notre propos les meilleures intelligences, expliquant que celles-ci refusent souvent de regarder derrière la façade aussi obstinément que les esprits les plus frustres.

 

Il existe une raison plus simple encore pour ne pas s’examiner : Que l’illusion soit parfaite. L’insatisfaction ne naît jamais que de quelques instincts insuffisamment cajolés. Le désir inassouvi le plus désincarné que notre philosophie puisse élever… prend ses racines dans l’originalité que réclame l’espèce à ses membres sous la pression de l’évolution. Imaginons que chacun puisse devenir, par des moyens virtuels, la référence incontestable de l’humanité — évitons le terme de « leader » trop chargé de pouvoir —. La faille du scénario de Matrix est que si l’Intelligence Ultime — plutôt stupide — avait placé les humains dans la situation d’un Moïse plutôt que les faire déambuler anonymement dans des rues virtuelles, aucun n’aurait voulu retourner dans le monde réel, un monde où il n’aurait rien à faire pour améliorer la situation de l’espèce.

 

Qu’aurait pu offrir ce monde en effet ? Des conflits et des déconvenues qui n’existent plus dans le monde virtuel, pour apporter un peu de contraste à l’existence ? Mais qu’est-ce qui empêche de les inclure dans le scénario virtuel, en évitant les issues fatales ? Qu’est-ce qui empêche de continuer à évoluer dans la Matrice ? Est-ce de ne plus nous servir de nos propres muscles qui nous chagrine ? Rien n’interdit de les connecter, même si cela demande des moyens plus lourds. En fait nous utilisons actuellement des ressources considérables pour maintenir en état des enveloppes corporelles faillibles, et les protéger à tout prix, empêchant ces ressources d’être consacrées à la félicité de tous et la retardant de plusieurs siècles. Enfin nous pouvons nous fâcher du caractère factice d’un monde virtuel, mais l’image que nous avons construite du réel serait-elle autre chose, elle-même, qu’une illusion appréciée parce que propriétaire ?

 

C’est volontairement que j’exprime ainsi un discours « Matriciel » en l’éprouvant comme diabolique de la même façon que vous. Mais réalisons que la cohérence de ce discours n’est contrecarrée que par nos considérations actuelles sur le sacré. Nous savons par expérience qu’aucune valeur n’est éternelle. Nous semblerons peut-être des ânes attardés à nos descendants.

 

Ces descendants auront-ils les mêmes valeurs s’ils ressentent leur polyconscience et découvrent qu’ils peuvent choisir leurs illusions à leur gré ? Le Moi maquillé pourrait devenir un accessoire dont l’importance et la permanence ne seront pas supérieures à celle d’une tenue vestimentaire. Nous jouerons à en changer selon les contrastes que nous souhaitons éprouver. Les relations sociales seront tenues par la polyconscience, c’est-à-dire qu’il existera une médiation permanente évitant tout dérapage. Les conflits eux-mêmes seront désirés, parce que vécus comme une expérience productive. Nous promènerons tous, en nous, le tribunal qui fera respecter quelques règles d’autant plus rares qu’elles sont évidentes : le respect de l’intégrité d’autrui, la nécessité de secourir autrui s’il est incapable de se débrouiller seul, l’intérêt supérieur de l’espèce, mais aussi celui des autres formes de vie dans une perspective transhumanisme, la dernière cible du sacré étant reportée sur la conscience, que l’on cherchera à augmenter sans barrières, et même à en doter les machines, le sacré du vivant ayant lui aussi été aboli.

 

Nous n’en sommes pas là. La plupart de nos congénères se comportent en monoconscients. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que la polyconscience ?

 

Freud ne fut pas le premier à imaginer l’inconscient, mais en fit la première tentative cohérente de formalisation, avec sa trinité Ça-Moi-Surmoi. Malheureusement, cet essai tomba rapidement dans les travers de la religion. La psychanalyse ne pouvait prétendre au statut de science puisqu’elle n’était ni vérifiable ni réfutable avec les moyens de l’époque. Ses résultats thérapeutiques sont suspects, parce que l’on veut baptiser à tout prix traitement ce qui n’est après tout qu’une enquête psychologique, sans certitude qu’elle soit profitable à l’intéressé. Enfin la psychanalyse dérange, parce qu’elle se penche beaucoup trop près de notre intimité et de ses remparts d’illusions patiemment construits. Il n’est pas prévu qu’il soit si facile d’accéder à la salle au trésor de notre être. Voilà une invasion encore plus pénible que l’examen du proctologue.

 

Enfermée dans son église avec l’évangile freudienne, la psychanalyse n’a pas suivi le chemin frétillant d’idées de sa cadette la physique fondamentale, qui ne se gêne pas, elle, pour disserter à loisir sur des théories qui ne peuvent encore prétendre à la scientificité, comme la théorie des cordes : les possibilités semblent tellement renversantes qu’on baisse les yeux, ébloui, sur cet inconvénient. Tandis que la psychanalyse n’a pas su si bien séduire le bon peuple : est-elle apte à fabriquer le bonheur de tous, ou celui d’une clique d’adeptes convaincus ?

 

La polyconscience a quelque chose de la théorie des cordes de l’inconscient. Ce n’est pas une prolongation des théories freudiennes. Je n’ai pas lu Freud et ses élèves en détail. Professant ma naïveté, j’ai pu constater par contre les résultats médiocres de la psychanalyse sauf dans une catégorie bien précise de patients : ceux qui cherchaient un sens à leur vie. Et la psychanalyse les a guéris en lui donnant un sens par la pratique de l’analyse… sans résoudre plus loin leur question existentielle.

Tout le monde n’a pas une préoccupation existentielle aiguë. La plupart des mal-êtres proviennent d’une inadaptation de la personnalité à des difficultés très simples et courantes, sans qu’il soit nécessaire de la reconstruire de fond en comble. C’est-à-dire qu’il existe des pans entiers de la personnalité qui fonctionnent de façon très satisfaisante. Pourquoi s’attaquer aux fondations de l’édifice quand cela risque de détruire ces parties-là ?

 

La psychanalyse me semble handicapée dans ses ambitions thérapeutiques par une autre spécificité : elle prend l’histoire personnelle à rebours. Est-ce bien fiable quand la mémoire est si incertaine, quand le thérapeute comble avec ses propres convictions les trous dans les souvenirs du patient ?

Ce diagnostic de la psychanalyse est volontairement outrancièrement provocateur, car il n’est pas facile d’ébranler l’assurance des psychanalystes 😉 Freud, malgré les critiques psychobiographiques violentes qu’il a subies, reste un personnage cardinal de l’histoire des sciences humaines : avant lui, on s’interrogeait sans guère se préoccuper de ses intentions à s’interroger.

 

La polyconscience n’est pas une conception à rebours mais une théorie paléo-anthropologique : elle se fonde sur la construction progressive de notre psychisme au fil de l’évolution, reproduite en accéléré lors de la maturation d’un jeune, par une facilitation génétique.

Pour ne pas nous aventurer ici dans la métaphysique, prenons comme point de départ la tendance auto-organisationnelle du vivant. L’évolution, émaillée de mutations, augmente cette organisation par l’amélioration des espèces. Les règles les plus primitives ont été imprimées chez nos ancêtres sous la forme des instincts. Le réel nous a modelé, sans qu’une intention divine soit nécessaire, ni exclue. Il s’agit d’un échange permanent d’informations, pression des lois implacables de l’environnement dans un sens, adaptation physique puis psychologique, à partir de la naissance de la conscience, dans l’autre sens. L’échange est passé progressivement sous notre contrôle, peut-on penser, grâce à l’apparition de cette conscience. Mais nos intentions ayant entièrement surgi sous l’influence des lois du réel, on peut rester sceptique quant à leur indépendance. L’imagination peut être vue comme un réservoir de mutations psychologiques équivalent aux mutations physiques d’origine génétique : elle permet un bouleversement des conceptions du réel, capable d’améliorer leur efficacité. Là encore l’évolution tranche, par la prolifération ou l’étouffement des nouveaux concepts. Mais l’imagination sut être assez productive pour devenir une caractéristique permanente et intégrale de l’être humain.

 

L’imagination mit longtemps à produire des nouveautés qui nous semblent primitives, comme remarquer le tranchant d’une pierre dure et s’en servir pour dépecer. Ce sont pourtant des créations stupéfiantes par rapport aux simples élans instinctifs. L’imagination dispose d’un outil extraordinairement efficace : la représentation. Elle construit une sorte de modèle réduit, purement mental, du concept qu’elle étudie. Elle affine son modèle selon la performance qu’il manifeste à simuler le comportement de l’objet ou de l’être reproduit. Car la représentation ne concerne pas que des choses. Celles-ci sont les plus simples à modéliser. Il est plus ardu de créer les représentations des autres êtres vivants, des congénères, et encore davantage des évènements incompréhensibles, comme les sautes d’humeur du climat et autres bouleversements naturels. Les représentations, dans ce domaine, deviennent aventureuses voire loufoques, car il n’existe aucun moyen de vérifier leur efficacité. L’imagination invente des dieux — les pères suprêmes — et des monstres effrayants dérivés de ceux rencontrés par l’homme dans son habitat naturel, parce qu’il n’a pas d’autre référence. Il s’accroche à ses inventions avec ferveur : elles sont préférables à l’absence de représentation ; elles masquent l’horrible incertitude de l’inconnu.

 

Il est ironique de constater qu’après avoir progressé considérablement sur les modélisations de la nature, grâce à la science, jusqu’à une exactitude remarquable, l’homme dispose de représentations toujours très approximatives de ses semblables. Il était facile, à la préhistoire, d’en bâtir des images simples, d’après la référence de soi-même : les instincts sont universels, et faciles à repérer chez les voisins. La solidarité fut également une création évolutive, contrebalançant la rivalité meurtrière entre les membres d’un clan.

Mais les choses se compliquèrent par la suite de façon exponentielle : comme les congénères utilisaient eux-mêmes des représentations de sophistication croissante pour prendre leurs décisions, il devint plus difficile de créer un modèle prédictif de leur comportement, tant les options se multipliaient. Il fallut posséder les images de plusieurs types de tempéraments et les confronter dans une simulation intérieure de la vie sociale. Opération difficile et approximative. Apparut ainsi un décalage entre les progrès des représentations et la complexification des consciences qu’elles étaient censées représenter. Les relations sociales perdirent leur simplicité. Les plus habiles comprirent l’intérêt du mensonge, de la négociation, de la temporisation, de l’attaque surprise, de la création d’une position dominante gouvernant par la peur, et autres joyeusetés qui firent de l’histoire humaine une mine d’or d’expérimentations sociales les plus originales que l’imagination ait pu découvrir.

 

L’esprit humain est organisé comme une véritable société intérieure, avec ses hiérarchies, ses célébrités. Les instincts sont au bas de l’échelle mais ont le pouvoir du vote populaire : toute construction plus élaborée de la conscience doit respecter la volonté du peuple, sinon son pouvoir s’effondre. Si un tyran intellectualisé tente de diriger les instincts sans propagande adaptée, la révolte gronde et le psychisme est d’une rigidité soviétique. Les « élus syndicaux », schémas de comportement plus complexes créés par l’auto-organisation de la conscience, tentent de canaliser le désir des instincts par la sublimation, une façon plus adaptable de leur permette d’aboutir. Ils sont aussi des représentations, c’est-à-dire que les élus syndicaux sont mimés dans le psychisme d’après les modèles rencontrés au cours de sa formation. Certains ont une influence déterminante : les parents. Les représentations deviennent de plus en plus sophistiquées au fur et à mesure que l’enfant mûrit son psychisme. Elles deviennent des personae.

Les personae sont loin d’avoir la complexité des personnes qu’elles représentent, mais elles ont des désirs symboliques importants. Tous les proches sont à l’origine de personae, mais d’autres représentations peuvent se former à partir d’animaux domestiques, de mythes, de personnages fictifs tels que le héros d’un dessin animé, et même d’objets-symboles.

 

Tous sont membres de la polyconscience, cette assemblée intérieure du psychisme qui ne peut se réduire à la trinité freudienne. Chaque persona pèse d’un certain poids dans la hiérarchie et dans chaque circonstance ; son influence augmente quand les comportements qu’elle induit se révèlent efficaces.

Car toute décision est votée au sein de la polyconscience. L’imagination a créé et retenu tous ces personnages contradictoires parce qu’ils ont eu, au moins un temps, une utilité incontestable, mémorisée. Nous fonctionnons sur la base d’oppositions entre différents choix. Les conflits sont généralement plus productifs, par la collégialité de la décision finale, que destructeurs si l’opposition des personae devient irréductible. Les hommes dotés d’une conscience unique, monomaniaque, ont disparu parce que moins adaptables.

Les polyconsciences qui fonctionnent mal, qui ne trouvent pas d’harmonie, sont également défavorisées. Vues comme pathologiques par le reste du groupe social, elles sont les proies désignées des punitions, des camisoles chimiques et des psychothérapies.

 

Les hommes sont tous pré-polyconscients. Ils utilisent un nombre variable de personae et les rendent plus ou moins sophistiquées selon leurs capacités mentales, mais tous fonctionnent sur le modèle de la société intérieure.

 

Par contre peu d’humains se ressentent polyconscients. Ce que j’appelle un être monoconscient est quelqu’un qui n’éprouve ni ne connaît sa polyconscience, la restreint à un petit échantillon de personae, et se trouve complètement désarmé quand elle dysfonctionne. Il ne saura pas réorganiser sa société intérieure et son instance décisionnelle, le Moi, quand celui-ci ne remplit pas efficacement son rôle. L’échec social laisse l’homme monoconscient sans ressources, parce que ses représentations ne sont pas suffisamment sophistiquées mais surtout médiocrement individualisées. L’homme monoconscient ne reconnaît pas ce qui s’oppose à son changement de comportement, parce qu’il ignore l’existence des personae mises au cachot depuis des années par le reste de sa polyconscience, et qui hurlent leur désespoir depuis les bas-fonds.

 

Faut-il faire le difficile chemin à rebours que prescrit la psychanalyse, étudier les noeuds arbitraires par lesquels la construction de tous les psychismes seraient passés, qui sont souvent la transposition abrupte de l’expérience de ceux qui les ont éprouvés ? C’est une voie semée d’embuches, de postulats, et qui détruit en partie ce que l’on a cimenté depuis l’enfance. Que restera-t-il de la personnalité qui puisse reconstruire, puisque l’on a démonté la polyconscience ? Nous risquons de ne trouver aucun autre maître d’oeuvre… que celui qui a procédé au démontage : phénomène du transfert, bien connu des analystes.

Ce peut être une façon pour les analystes de se reproduire, mais il existe une autre voie, plus respectueuse de l’individu constitué, et ainsi dans laquelle il est bien plus facile à ce dernier de s’engager :

 

Qu’est-ce que devenir polyconscient ? Le concept est facile à saisir, puisque c’est une reproduction dans notre psychisme du modèle de la société extérieure.

Le travail est de reconnaître les personnages qui composent sa propre polyconscience, par analogie avec ceux qui existent autour de nous. Si nous observons les animaux, nous pouvons repérer les comportements instinctifs que nous avons sublimé mais qui sont toujours les principaux « votants » qu’il faut satisfaire. Se détourner des instincts est une fausse bonne idée : par quoi remplacer cet élan ? Les idéalistes ont les polyconsciences les plus conflictuelles. Une sévère guerre intérieure les a ravagés et la déchéance des personae vaincues est terrible. Il n’y a pas pire Croisé que celui qui cherche à tuer une partie de lui-même.

 

Nous pouvons nous raconter nos parents. Sachant à présent qu’ils étaient eux aussi des polyconsciences, ils sont plus faciles à excuser pour leurs mauvais côtés : ce n’était qu’une partie d’eux. Ils se trouvaient également obligés de satisfaire à leurs instincts, sans doute en ayant eu plus de difficulté à les sublimer dans une société qui offrait moins de dérivatifs. Nous pouvons leur pardonner, et prendre en considération la bonne partie, car ils avaient l’impératif, noyé dans leur polyconscience, de faire de leur mieux, pour nous spécialement, instinct absent d’un autre que notre géniteur biologique.

 

La reconnaissance de la polyconscience procure une assurance extraordinaire, parce qu’elle donne le mode d’emploi de notre psychisme, sans avoir à le reconstruire. Personne à mettre au cachot. Pas de violence à se faire, au contraire : chaque persona a un discours qui se tient, dans les limites de sa propre cohérence, a donc le droit de le faire valoir. Elle doit pouvoir accéder à l’assemblée des personae, exposer ses arguments. On peut la contredire, mais pas la museler. Au final c’est l’assemblée qui vote pour le meilleur choix. La persona insatisfaite n’est pas moquée, elle reçoit plutôt un message consolateur : « Attends le résultat. Si tu as raison, tu auras ton heure ».

 

La polyconscience efficace est une démocratie participative. Elle est dynamique. Elle ne donne pas toujours satisfaction à la même persona. Elle utilise l’avis de l’une ou l’autre en fonction du contexte et des performances mémorisées. Elle en accueille facilement de nouvelles, par les contacts avec d’autres individualités, par les lectures, ou les expériences dans le monde réel. Elle peut redevenir instinctive si cela semble nécessaire, par exemple dans une situation vitale où la sensibilité et le compromis ne sont plus de mise.

 

En possession du mode d’emploi de la polyconscience, nous la recomposons sans la détruire. Nous reconnaissons dans les autres des personae identiques. Les relations sociales deviennent des mélanges de représentations, plus faciles quand elles sont culturellement proches, mais toujours possibles parce que les considérations de pouvoir, instinctives, ne sont qu’un élément de ces polyconsciences, et non le principe directeur comme chez la plupart des hommes monoconscients.

 

Nous verrons dans ce livre le fonctionnement intime de la polyconscience, ses implications philosophiques, ses connexions biologiques et sociologiques, et nombre de ses applications, comme la facilité avec laquelle un polyconscient manipule un monoconscient — le contraire est également vrai, nous le verrons plus loin —, non pas forcément dans une optique de domination, mais d’agrément du voisinage… Les ressorts polyconscients du monoconscient sont faciles à analyser quand on est soi-même polyconscient, et il est possible d’influencer gentiment leur équilibre pour modifier le comportement final du Moi. Les empathes le font intuitivement, en jouant sur le renforcement positif de la polyconscience quelque soient ses valeurs, car il existe toujours au milieu des personae directrices l’ego instinctif, qui veut faire reconnaître l’importance de cette enveloppe individuelle, facile à flatter par le positivisme.

Le polyconscient peut utiliser une approche plus sophistiquée et plus délicate, qui favorise chez l’autre sa propre évolution vers la polyconscience, en reconnaissant les autres personae plutôt qu’en confortant les plus dictatoriales.

 

Le laborieux continuera l’analyse, le commerçant le renforcement positif, tandis que le thérapeute dispose, avec la polyconscience, de l’outil le plus respectueux de l’autre.

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Jan 202012
 

Arrêtons-nous sur un point fondamental : Le préalable que nous devons reconnaître et garder en toile de fond dans une théorie de la conscience est qu’elle s’auto-influence. L’organisation graduellement plus complexe de notre psychisme fait progressivement disparaître les paliers, canaux et compartiments délimités par le support biologique. La pensée devient moins contingentée par la contrainte physique, sans pouvoir s’en affranchir complètement, ainsi que le montre le vieillissement et les maladies physiques.
Ici, dans cette évasion du mécanisme biochimique, apparaît la spécificité extraordinaire de la conscience, que l’on aime baptiser « âme ». Ce n’est pas quelque chose d’ajouté à l’écheveau neuronal, comme voudrait le vanter la prétention humaine, mais détaché de lui.
N’entendez pas par détaché la moindre affaire mystique. Il s’agit d’un changement des lois régissant le processus cérébral. A l’échelon neuronal, les lois sont grossièrement celles d’un circuit électrique, avec des modulations et des rétroactions plus complexes que celles actuellement réalisables par l’électronique. A l’échelle de la conscience, les lois sont chaotiques. Une information pénétrant un esprit le modifie comme l’entrebâillement d’une fenêtre perturbe les mouvements d’air dans une pièce. Le résultat final n’est pas défini mais prédictible par des probabilités.
Notons ce détail savoureux : si l’univers avait été soumis à un déterminisme rassurant tel que l’humanité l’espérait jusqu’au siècle dernier, et auquel nous nous accrochons encore dans l’essentiel des aspects de notre vie, nous n’aurions pas été en mesure de réfléchir à tout ceci, et occupés probablement à tourner végétativement notre face stupide vers le soleil pour la réchauffer.
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 Posted by at 12 h 26 min
Sep 112011
 

Les grands acteurs se reconnaissent à une polyconscience très élastique, capable d’accueillir pendant quelques semaines une persona étrangère, et lui laisser toutes les commandes extérieures, mimique, posture, gestuelle, façon de s’exprimer, voire utiliser jusqu’à l’intelligence émotionnelle. Cette invasion n’est possible que par la gratification remarquable obtenue grâce à la performance exceptionnelle de l’acteur.
Nous pouvons nous demander jusqu’à quel point laisser tellement d’influence à une persona peut laisser des traces sur le Moi : Est-ce que jouer le grand méchant va séduire le côté sombre de l’acteur ? Ou être le héros ne fait-il pas se comporter comme tel par la suite ?
Sans doute en faible part. Mais le concept de polyconscience permet de comprendre comment l’acteur y échappe : La persona est intégrée en tant que moyen de récompense, par sa simple présence, et non par les arguments qu’elle développe. Ainsi elle ne change guère l’équilibre du reste de la polyconscience. Il est probable que, si ce n’était pas cas, les acteurs refuseraient les rôles pour lesquels ils n’ont pas d’inclinaison.

(1) J’utilise ici « péripatéticien » comme masculinisation de son sens devenu le plus connu, la prostituée ou péripatéticienne. Pour mémoire, péripatéticien — « qui se promène » — désigne les disciples de Platon, qui déambulaient en réfléchissant ; sa féminisation ironique pour les prostituées provient de leur habitude de marcher de long en large.

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Août 282011
 

La polyconscience ne fait pas qu’intégrer les mythes chez ceux qui en prennent connaissance, elle en est à l’origine.
Imaginez quel pouvait être le retentissement des songes chez l’homme primitif, qui ne s’en est jamais fait expliquer le mécanisme par un neurologue.
Est-il difficile de croire qu’il a pu bâtir, à partir de ces rêves extraordinairement étranges, toute une panoplie de dieux, de héros et de monstres ?
Que serait devenu le grand méchant loup, s’il s’était invité dans nos nuits, et qu’une mère ne soit pas là pour certifier son inexistence, au matin ou au milieu de nos hurlements nocturnes ?

L’inconscient de l’homme a créé ses épouvantails. Des millénaires de raison n’en sont toujours pas venus à bout.

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Août 082011
 

Ne pas supporter une opinion défavorable envers soi est un moteur puissant pour l’esprit.
Si un tel désagrément nous accable, c’est que l’indélicat n’a pas perçu la justesse espérée de notre discours.
A cela, deux origines possibles : Soit notre opinion n’est pas juste, soit elle est juste mais nous ne l’avons pas présentée d’une façon qui permette à l’autre d’en voir les avantages.

Dans les deux cas, nous avons intérêt non pas à rejeter l’importun comme si son odeur était déplaisante, mais au contraire à le faire entrer dans notre polyconscience. Si notre opinion est fausse, sa persona interviendra pour la rectifier. Si elle est juste, la persona nous permettra de comprendre le meilleur angle pour la lui soumettre à nouveau.

Non pas qu’il soit essentiel de prendre le monde entier sous notre aile, idée futile. Mais nous rencontrons ainsi, au fil d’une polyvalence améliorée de notre conscience, de moins en moins d’importuns.

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Août 062011
 

Nous vivons tous chacun dans notre monde imaginaire, dont la cohérence est constamment menacée par la réalité. Devient alors nécessaire une plongée sous nos illusions, pour les rectifier selon des règles dictées par le réel, et regagner un espace spirituel nouvellement décoré. L’habileté du plongeur est meilleure quand il perçoit précisément les parts respectives de l’illusion et du réel dans chacun de nos concepts. Chargeons de cette tâche une persona de notre polyconscience. Son importance lui vaut une écoute attentive dès qu’elle se manifeste. Puis elle se retire, laissant les autres danser leurs rêves, après qu’un accord harmonieux ait permis une action efficace du Moi.

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Août 052011
 

Pour moi la polyconscience a bien davantage de substance que l’individu.
Je ne sais pas où l’on peut situer celui-ci, autrement que géographiquement. L’individu est une construction pratique, administrative, qui permet de fabriquer des cartes d’identité et de numéroter des corps.
En bonne conscience, on devrait lui attribuer tout au plus une adresse. C’est un endroit où se perpétue une fête, plus ou moins agitée, à laquelle en tant que proche vous êtes convié. L’on y découvre une société changeante selon les soirées, renouvelée au fil des années. A l’adolescence, vous y viendrez danser, peloter. Jeune professionnel vous y parlerez affaires.
Et peut-être un jour pourrez-vous y philosopher et découvrir que vous discutiez avec tant d’êtres, et non pas un placard vêtu de peau humaine où tous ont été rangés.

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Juin 152011
 

Il est certain qu’existe dans la polyconscience un Computeur. Ce personnage s’est largement renforcé et répandu à l’ère de l’informatique, même s’il existait auparavant. Les outils ne font pas que servir notre esprit ; ils le modèlent. Comprendre comment fonctionne un système d’exploitation oblige à reconsidérer le monde selon les mêmes règles. Si cette optique est fréquemment utilisée, le Computeur se met à fonctionner en tâche de fond.
Dans une polyconscience déliée, capable de repérer les activités propres de ses personnages, le Moi est souvent saisi de stupeur en découvrant une pensée qui s’est formé sans l’attendre, mûrie et servie par le Computeur, déconnectée des émotions qui saisiront les autres personae, et au final utilisée par le Moi ou renvoyée dans les profondeurs de ces rouages infatigables, qui la remodèleront.

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Avr 092011
 

Quelle est la place de la méditation et de la recherche d’autres états spirituels dans la théorie de la polyconscience ?
La méditation encourage le dépassement de la notion du Moi. C’est un état qui facilite l’étude de sa polyconscience et de son organisation. En fait c’est probablement le contexte de la méditation qui produit les effets les plus importants : L’on se coupe des bousculades évènementielles de sa vie. La polyconscience n’est plus incitée à réagir par des réflexes rapides et stéréotypés. Elle peut communiquer en interne. La méditation est un processus d’unification. C’est la version orientale de la psychanalyse, qui peut sembler moins « thérapeutique », moins violente et conflictuelle, mais en réalité tout dépend de l’esprit dans lequel on s’engage dans l’une ou l’autre de ces techniques : Si l’on débute avec l’idée que tout ce que l’on va trouver fait partie de soi et qu’il faut naturellement l’accepter, la cure comme le recueillement amènent à une parfaite béatitude. Si l’on pense au contraire que l’on abrite un serpent et qu’on se prépare à l’affronter, méditation ou séances sur le divan seront orageuses.
Décryptage : Ces techniques sont des outils faciles pour des polyconsciences harmonieuses. Ce sont des méthodes d’amélioration des consciences de soi déjà bonnes, plutôt que des thérapeutiques. Pour bien les utiliser, il faut être parvenu à un stade : que les illusions de notre monde enfantin aient été sérieusement cassées par les aléas de la vie. Mais, comme l’expliquait « Sous acide », il est bien plus facile de suivre le chemin de ce que nous sommes, depuis l’origine, plutôt que le prendre à rebours, à partir d’un idéal qui n’a pas de substance et que nous ne pouvons atteindre, à notre insurmontable déception.

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Mar 192011
 

Qui d’autre qu’un dingue pourrait inventer les scénarios du rêve ?
Il n’ose guère se mélanger à la polyconscience. Quand le sommeil couche celle-ci, éteignant nombre de communications corticales, le Dingue se lève et arpente les allées assombries de l’esprit, déclamant ses histoires inouïes, effrayantes et pernicieuses.
Conteur impuissant, il roule des yeux et agite en vain les membres, futile tentative d’existence. Parfois le Dingue acquière assez de puissance pour nous extraire de la couche et nous traîner, somnambules, parlant un langage étrange, dans des tâches fantômatiques.
Au réveil, le Dingue tire sa révérence, tandis que les premiers arrivants de la polyconscience nettoient précipitamment les relents de la débauche nocturne.

Ma polyconscience cherche une technicienne de sous la surface pour un ménage très tôt le matin.

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