Déc 302014
 

L’oscillation autour de l’équilibre fait partie des principes pan-stratiques, c’est-à-dire qu’il est retrouvé aussi bien à l’échelon des particules, que du fonctionnement neuronal, et de la psychologie. Ce que l’on appelle la « sagesse » est une réduction des amplitudes d’oscillation autour d’un ensemble de comportements collant de façon croissante aux difficultés créées par l’environnement. Le terme est souvent fallacieux quand on n’a pas confronté véritablement cette collection d’attitudes à des milieux différents ou, fréquemment, lorsque l’on s’est simplement coupé des difficultés qu’ils provoquent (aisance financière ou misanthropie le permettent facilement).

L’érémitisme, ainsi, ne correspond pas à cette définition de la sagesse. Il en est de même pour ceux qui méditent interminablement, ceux qui construisent une sagesse intellectuelle, mais ne l’exercent pas réellement dans des milieux conflictuels. Il existe parfois plus de sagesse dans la tête d’une mère de famille que dans un livre réputé pour son contenu spirituel. Le second est un code dont on peut se servir pour développer une sagesse ; la première est un réservoir de sapience, un alambic aux multiples becs déversant leurs gouttes d’empathie, de rigueur, de bonne humeur, aux instants précis où ils sont nécessaires.

Le sage est un citoyen du monde. Ce qui rend d’ailleurs la mère de famille aussi performante est que les enfants sont universels, posent partout les mêmes problèmes, demandent des attentions identiques. Nous devenons sages au contact d’autres cultures, des modes de pensée alternatifs, de nouvelles sensibilités. Cela nous oblige à déconstruire un peu plus notre système de valeurs existant, reprendre notre oscillation autour de l’équilibre, et parfois, non pas changer, mais dévier complètement celui-ci. Jamais ne devons-nous perdre le fil de notre Biographie, même lorsque le passé nous laisse des dettes. Attelons-nous à les rembourser.

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Oct 212012
 

Deux façons d’aborder les pages d’un essai : vous entamez le livre persuadé que c’est un tissu d’inepties, et vous laissez difficilement convaincre par ses assertions, sauf pour les plus indubitables. Ou vous vous épanouissez déjà devant le quatrième de couverture comme un amant en chaleur parfaitement lubrifié.
La première façon vous fait ressembler à une vieille fille affolée à l’idée d’un viol qui ne risque pas d’arriver. Dans la seconde la pénétration est parfaitement consentante.

Après l’acte, dans le premier cas vous continuerez votre vie de vieux célibataire mental, égayé d’un nouveau fantasme. Dans le second cas, peut-être devriez-vous vous préoccuper du pedigree du penseur dont vous allez enfanter ?

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En lisant, on absorbe une information, mais on ne met pas en route le mécanisme qui a permis à l’auteur de créer le contenu de ce livre. Un stockage mémoriel n’est pas un processus analytique. C’est parfois criant chez l’enfant, quand il apprend ses leçons par-coeur avec une facilité étonnante, mais ne peut en faire aucune reformulation dans un contexte un peu différent.

Sur un sujet neuf, nous devrions toujours commencer devant une page blanche, y écrire ce que nous en comprenons, peu importe qu’il s’agisse des idées les plus élémentaires ou les plus erronées. Ceci déclenche notre moteur d’alternatives. A partir de cette analyse de base, qui nous permet de nous approprier le sujet, de le tatouer dans nos circuits rationnels intrinsèques, nous pouvons enrichir le schéma de nombreuses alternatives, dont les livres sont riches.

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Oct 072012
 

Tous les dualismes sont à la fois illusoires et nécessaires pour nous faire progresser.

La distinction entre motivation intrinsèque et extrinsèque fait partie de ces dualismes artificiels. Elle a conduit à des études sur leur importance réciproque, qui ont donné des résultats contre-intuitifs : récompenser un individu pour une activité diminue sa motivation intrinsèque envers elle ! Ce résultat a été confirmé par une méta-analyse des études sur le sujet. Par contre les rétro-actions et commentaires positifs augmentent la motivation intrinsèque.
La théorie de l’évaluation cognitive a tenté d’expliquer cette contradiction en disant que les besoins de compétence et d’autonomie font partie de la motivation intrinsèque tandis que les récompenses sont contextuelles et source d’incitation extrinsèque. La récompense — et la punition — sont identifiées comme des pressions externes à faire l’activité et sont nuisibles à l’autonomie. Elles diminuent le besoin intrinsèque de s’adonner à l’activité, qui satisfait un plaisir purement personnel. Tandis que le feed-back positif constitue un renforcement des compétences propres, donc de l’autonomie.

Cette hypothèse dualiste ne tient pas pour trois raisons : on distingue mal la frontière entre la récompense et le renforcement positif. Un salaire élevé peut être aussi bien considéré comme une récompense que comme une attestation de compétence. Pourquoi auraient-ils des effets inverses ?
Il est postulé, de plus, que l’autonomie serait un besoin instinctif, fondamental. Elle est, en réalité, une construction psychologique déjà élaborée, et partagée de façon inconstante. Certaines personnes ressentent davantage un besoin de dépendance que d’autonomie. L’hypothèse présentée est adossée à un idéal d’humain libre et autonome, qui est loin d’être programmé.
Enfin, d’où surgirait l’intérêt « intrinsèque » pour une activité ? Aurions-nous une programmation génétique qui nous attellerait directement à telle ou telle tâche ? Vrai sans doute pour une connexion érotique. Dès que cela devient plus compliqué, interviennent des sublimations où l’extrinsèque et les mimétismes prennent une importance majeure. Il n’existe pas d’homoncule interne doté d’un goût pour la danse ou les mathématiques.

Quelle est alors la véritable explication de cette constatation étonnante : récompenses, autant que punitions, diminuent la motivation ?

Le moteur de nos intentions est l’insatisfaction, c’est-à-dire l’inadéquation entre une situation réelle et une situation espérée. Nous mobilisons toute notre énergie pour réduire cet écart, tant qu’il semble raisonnable : réaliser notre anticipation doit rester plausible, sinon toute chance d’atteindre le plaisir du succès disparaît. Pour maintenir ce « possible », nous n’hésitons pas, d’ailleurs, à trafiquer les probabilités : nous éliminons de notre conscience beaucoup de risques évidents. En clair nous nous construisons une belle illusion.

Comment savoir que nous avons atteint notre objectif ? Il est possible de s’auto-congratuler. Mais cette récompense intrinsèque est assez peu efficace sur l’insatisfaction. L’humain est un animal social et plus assez stupide pour se croire juge ultime. Le but est atteint avec davantage de certitude quand les autres nous récompensent. Mais il existe un effet secondaire : si notre anticipation est réalisée, que reste-t-il à entreprendre ? Notre insatisfaction reflue, et avec elle la motivation. Il faudra, désormais, se créer un nouveau défi, un nouveau réservoir d’anticipation.
Tandis que le renforcement positif a des effets fort différents : il ne dit pas « tu as réussi » mais « tu peux réussir ». Il est, en quelque sorte, une consolidation extérieure de nos illusions : l’objectif est réalisable, d’autres me le confirment.

Concluons qu’il ne s’agit pas de la récompense qui diminue la motivation intrinsèque, mais la sensation d’être parvenu à son but. En ce sens, c’est la façon dont la récompense est administrée, par rapport à nos attentes, et la célébrité que nous réclamons, qui stimule ou éteint notre motivation.
Malheureusement nos gestionnaires l’ont compris intuitivement depuis longtemps, en retenant leurs félicitations outrancièrement sincères et chaleureuses !

Nous pourrions souhaiter que les récompenses soient significatives quand l’idéal est atteint, et que nous passions immédiatement à une autre entreprise ambitieuse. C’est ce que beaucoup cherchent spontanément, quand ils cherchent à briser des routines n’apportant plus de gratification contrastée. Malheureusement l’organisation sociale ne nous facilite pas la tâche. Il faut être joueur. Plus facile à l’adolescence qu’à la maturité.
Les positivistes proposent des techniques comportementales : travaillons sur nos illusions personnelles de façon à donner à nos routines quotidiennes l’éclat d’une réussite chaque jour plus éblouissante.

Une autre méthode est le concept d’entreprise unipersonnelle, dotée d’objectifs fractionnés et illimités. Il s’agit d’échanger une anticipation très forte et proéminente — l’idéal —, contre des attentes échelonnées, représentant une progression réelle mais sans direction élective. Ce n’est pas si simple qu’il y paraît, car la société nous pousse à la spécialisation. Nous tendons à avancer dans la direction assez précise qu’elle nous indique, car contrairement à ce que pense la théorie sus-citée, c’est bien la promesse de récompense extrinsèque qui nous motive. S’engager sur d’autres voies peut être pénalisant, même, bousculant nos illusions patiemment bâties, laissant apparaître notre ignorance.
Il faut du temps libre. Il faut repousser la panconscience. Il faut protéger notre insatisfaction. Il faut identifier ce qui fait notre individualité, qui n’est pas un « moi » mais une configuration unique de polyconscience.

La réalisation personnelle, finalement, est-elle ce dont on a rempli une vie, ou l’état d’esprit au moment où elle s’arrête ?

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Août 202011
 

L’esprit est le champ d’une lutte d’influence entre temps réel et temps spirituel, représenté par l’imagination.

Je définis l’imagination comme un réalignement d’informations qui se succèdent autrement et à une vitesse différente au sein d’un esprit, créant un temps alternatif, et un univers nouveau doté de cette seule dimension temporelle, l’espace disparaissant dans cette succession de points-concepts.
Les informations sont toutes issues du monde réel. Les liens créés entre elles par l’esprit peuvent être neufs. Une pensée peut n’avoir jamais eu son équivalent dans la réalité, même si elle a été enfantée par les informations qui y ont été piochées. On peut définir la dimension spirituelle comme une dimension temporelle supplémentaire qui s’ajoute aux quatre connues de notre univers physique.

Revenons à notre lutte d’influence. Partons d’un adage : « Pour pouvoir penser au lendemain, il faut que le jour présent ne soit pas trop dur ». L’adage peut être juste au sein d’un groupe social, mais il est faux à l’échelle de l’espèce, sinon les populations aux conditions de vie les plus favorables auraient été les plus prévoyantes et inventives. Ce n’est pas le cas… à cause de l’imagination. Continue reading »

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Mar 212011
 

La confusion entre célèbre et exceptionnel est sévère. La célébrité est un symbole. Il n’est pas construit par la valeur intrinsèque de l’objet ou du personnage célèbre, mais par les autres, sur son apparence symbolique. Le caractère exceptionnel demande une analyse plus détaillée, et peut se trouver facilement beaucoup plus près de chez soi, voire à l’intérieur de soi.
La même confusion se retrouve entre l’élitisme, excellente gestion de son entreprise personnelle, une amélioration permanente du soi, et les élites, dont la situation sociale a peu à voir avec le degré de réalisation personnelle, beaucoup avec l’héritage de nos codes instinctifs.
Nous sommes tous capables de créer l’exceptionnel quand, à partir d’un jeu de gènes et d’un environnement qui nous sont imposés, nous pouvons mener habilement notre destin, parce que nous avons appris à nous connaître, nous savons quels sont nos points forts, nous avons un projet de vie, difficile mais réalisable, hyperspécialisé ou éclectique. Chaque résultat peut susciter l’admiration, que nous faisions partie de l’élite ou pas, que nous soyons célèbres ou non. Il faut s’affranchir de ces pouvoirs que nous ne contrôlons pas et qui peuvent se retourner contre nous : L’élitisme social est la recherche du pouvoir sur les autres, tandis que la célébrité est un pouvoir de tous les autres sur soi. L’un comme l’autre sont un apparat qui masque plutôt qu’il ne juge la réussite personnelle. N’en gardons que la puissance du symbole, pour en nourrir les illusions que nous nous sommes choisies, sans nous laisser envahir par elles. Cherchons l’exceptionnel autour de nous et en nous : il est là.

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