Mai 262016
 

Être ou Avoir ? Mauvaise interrogation. L’Avoir étant inclus dans l’Être, la question est : à quel point l’emplit-il ? Pire, l’Avoir prémédité n’est-il pas supérieur à l’Être au point que celui-ci mettra plus que la durée d’une vie humaine à germer ?

Beaucoup d’Être amène à se moquer de l’Avoir, tandis que manquer d’Avoir empêche d’Être.

Qu’est-ce que l’Avoir minimal pour affirmer son existence ?

Bien des points de vue sont utilisés. Utilisons notre fil conducteur stratique :

—La définition biologique : satisfaction des besoins alimentaires permettant un bon fonctionnement corporel.

—Respect des instincts primaires : abri, élimination des dangers. Pulsion sexuelle (oui, l’accès au sexe fait partie des besoins élémentaires et les tabous sur le sujet provoquent une auto-organisation très médiocre des basses couches sociales en cette affaire ; les intellites subliment cette pulsion dans le haut Stratium et ont tendance à penser que tout le monde devrait faire de même).

—Contentement de désirs plus sophistiqués, présents en conscience, implantés par la culture : consumérisme, spectacles, art, carrière personnelle. Pour ceux ayant les Observateurs les plus élevés : réalisation d’un mythe à l’échelle de l’espèce. Chez certains, le « minimum nécessaire à exister » est ainsi remarquablement gonflé ; la focalisation permanente sur l’objectif fait confondre, en pleine conscience, Être et Avoir.

Séparons les Avoirs minimaux communs à tous les êtres humains, bas situés dans le Stratium, et les tatouages culturels influençant la définition du « minimum vital ». C’est la grande diversité de ces derniers qui peut rendre parfaitement heureux un îlien en possession de sa seule paire de claquettes et frustré un citadin n’ayant pas le budget pour s’acheter un écran TV 10cm plus large.

C’est dire la pression exercée sur la possibilité d’Être par l’étage supérieur du Diversium social, l’espace des médias. Celui-ci rétro-contrôle les standards de la réalisation personnelle. Il indique à partir de quoi les individus peuvent imaginer être heureux. Après une ère d’incitations consuméristes, des courants d’opinions collectivistes commencent à changer ces standards, écologie, décroissance, actionnariat des consommateurs. Une strate supplémentaire du Diversium s’est construite ; la masse s’auto-organise au lieu de laisser l’entière responsabilité des règles à ses meilleures individualités. En réduisant volontairement son Avoir le citoyen se découvre davantage d’Être, qu’il additionne à celui de ses voisins pour sortir du système de gestion précédent, aux lois entièrement dédiées à la production des objets.

L’addition d’une strate n’est pas simplement l’essai d’un autre système. C’est un changement de paradigme sans possibilité de retour en arrière. La vraie définition d’une révolution. Plus nourrissante quand elle a quitté le palais 😉

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Mar 222014
 

la-vie-a-t-elle-un-sens Grande impatience à recevoir cet ouvrage. On peut discourir philosophiquement sur la plupart des BD. Mais les « BD philosophiques » ne sont pas légion. Allez voir en passant le Filozophon, recueil de dessins parus sur ce blog et d’autres, téléchargeable gratuitement ici

Le début de ce sens dessiné de la vie est décevant.
p13 – Non, M. Umberto Eco, Snoopy n’est pas dans les affres de sa condition de chien, mais de celle d’un penseur existentiel isolé parmi ses congénères, peu préoccupés de telles question, comme l’indique le pastiche de Art Spiegelman.
Quant à Charlie Brown, il ne ressemble pas aux enfants de son âge, mais à un enfant qui n’aurait pas grandi. Ses difficultés se résument à un seul handicap : il ne sait pas mentir, parce qu’il ne sait pas reconnaître le mensonge, un élément fondamental de la relation humaine. Une grosse tare, vraiment. On peut donc juger cette BD comme un encouragement à nous déculpabiliser du mensonge, puisque le pauvre Charlie, avec son éthique à 2 balles, se pourrit continuellement la vie.

L’intérêt des articles remonte progressivement, jusqu’à une série de perles qui justifient entièrement l’achat de l’ouvrage :

p75 – Manara féministe ? par Sonia Feertchak
Il faut oser, pour une philosophe féministe, voir ainsi les filles de Manara, offertes à tous les appétits qui passent. On ne saisit plus très bien la différence avec la condition féminine des années 50 ; après tout, les femmes de cette époque montraient le même enthousiasme à jouer du mieux possible les rôles parfaitement définis pour elles par la société masculine aussi bien que la plupart des femmes elles-mêmes. Seules les références ont changé. Une époque, ainsi, n’est pas plus féministe qu’une autre, mais définit la femme d’une façon différente. Je préférerais ne pas voir l’époque qui la déclarerait définitivement semblable à un homme…
Sonia est convaincante, néanmoins. Recommandons Manara à toutes les femmes émancipées…

p76 – Crumb, la subversion par la lucidité
Excellent texte de Clément Rosset sur un sujet culte : Crumb, le déconstructeur, le « conservateur anti-conformiste », à l’opposé de l’onirisme de Manara tant par les dialogues que le dessin.

p80 – Belle analyse de Denis Moreau sur les « retours de réel » et nos façons de défendre nos illusions, même quand leur fragilité devient évidente. A mettre dans la bibliothèque de tout psy.

p84 – Enfermés dans l’infini, par Marc-Antoine Mathieu
Géniales bulles qu’aurait pu souffler un Raymond Devos au meilleur de sa forme, soutenues par un dessin « crumbien ». Un extrait :

infini85

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Sep 192012
 

Igitur met en ligne des articles d’épistémologie d’excellent niveau. Des articles de ce blog ont commenté récemment deux des plus intéressants, “Ouzilou Olivier – Sociologie cognitive et explication fonctionnelle” et “Réhault Sébastien – Raisons pratiques de croire en esthétique”

Voici rapidement ce que disent les autres :

Marcellesi – L’interventionnisme permet-il la causalité « descendante » ?
Leclercq – En matière d’ontologie l’important ce sont pas les gains mais la participation
2 articles d’épistémologie « fondamentale ». Peu d’intérêt pratique. Il faudrait déjà que l’homme soit un objet mathématico-philosophique connu, ce qu’il n’est toujours pas.

Ces auteurs n’ont visiblement pas lu le mathématicien G.C. Rota, qui a critiqué de façon cinglante la propension excessive de certains philosophes à s’appuyer sur le formalisme et l’axiomatique, et à singer la clarté des mathématiques en adoptant le mode symbolique de discussion. « Mathematics and philosophy : the story of a misunderstanding », Review of Metaphysics, 44, pp259-271, décembre 1990

Livet – La substituabilité comme propriété des êtres sociaux, les conditionnels et la prédication
Epistémologie sociologique, article un peu plus concret que les précédents, mais le langage abscons cache une substance maigre : l’importance est donnée aux représentations virtuelles, renommées ici « substituabilités » en contexte de relations sociales, plus universellement appelées attentes ou anticipations. Ces virtualités ont une importance parfois équivalente ou supérieure à la réalité, dit Livet, pour rendre compte des comportements sociaux. On le croit sans difficulté, si l’on sait que la réalité est elle-même objet de filtrage. Sa représentation n’est différente des virtuelles que par l’étiquette « temps présent », à laquelle les acheteurs accordent une valeur très variable selon leur âge, leur culture et leur degré de conscience.

Rebuschi – Le cogito sans engagement
Réflexions autour du cogito. « Je pense »… le « je » est un point de vue sinon l’être ne peut se définir que par lui-même.

Je garde pour la fin la perle publiée par le site, un article de Peter Van Inwagen : L’esprit et la causalité. Van Inwagen s’attaque au métalangage utilisé par certains philosophes et qui sous couvert de codification épistémologique masque de remarquables bévues, que de méchants critiques pourraient même assimiler à une sorte de masturbation intellectuelle.

Il faut dire à la décharge de ces onanistes que la raison est devenue tellement pointilleuse, adossée à une connaissance de plus en plus fine de nos intentions, qu’il devient fort ardu de réenchanter le monde par une pensée originale. Beaucoup cherchent toujours des failles dans la pensée unique. Le flirt avec la croyance est facile dans les sciences de l’esprit. Rendons hommage à la diversité. Chaque tentative de nous égarer est une consolidation du bon chemin. En philosophie il n’est certes pas unique… sauf quand on s’efforce de mathématiser l’esprit. S’il est impossible de modéliser le résultat de la pensée, c’est une tâche envisageable pour son fonctionnement.

Van Inwagen, se présentant comme ontologiste extrémiste, n’a en fait d’intention terroriste que de vouloir bousculer les idées établies sur la causalité, dont il nie l’existence intrinsèque dans la réalité, tandis qu’il reconnaît l’existence des relations causales que met en place notre esprit.

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Juil 182011
 

Le dossier à charge sur les idées reçues ne manque pas de feuilles. Que peut dire l’avocat de la défense ?

L’idée reçue est-elle un dogme si solide chez son propriétaire ou ne provient-elle pas d’une source d’information trop restreinte, manichéenne ?
Par exemple, trouver l’une de ses convictions personnelles sur une page intitulée « idées reçues » peut la faire fondre en quelques minutes.

L’idée reçue n’est-elle pas jugée dans une optique transversale, trop statique, de la personnalité ?
Si l’on adopte un point de vue dynamique, il semble qu’il faille déjà un bon socle d’assurance, bâti sur des idées reçues, pour en remettre certaines en question.
Il existe une étape où l’on peut enquêter sur ces illusions. Tout le monde n’y parvient pas aussi facilement ni au même moment. La déstabilisation qui l’accompagne peut être violente si elle est forcée. Les passages à l’acte, facilités par la désinhibition, n’ont pas toujours les conséquences rêvées.
Nous n’avons pas tous la même exigence de sincérité. Le philosophe tend à taguer la sienne sur les autres.
Une idée reçue, ainsi, peut être favorable à un moment de notre vie et défavorable à un autre.

Il existe davantage de crainte que de paresse dans les idées reçues.
N’y voyons pas la faiblesse d’un instinct de contrôle sur notre environnement,
mais au contraire la peur de découvrir la faiblesse de ce contrôle.

Un jeune se construit en refusant les idées reçues inculquées par l’éducation. C’est le socle de son assurance, de son émancipation du pouvoir parental.
Mais produit-il ainsi des idées plus justes, ou ses propres idées reçues ?

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