Sep 182014
 

Dieu ne pose aucun problème aux scientifiques. Tous le connaissent et l’appellent de noms divers, selon un aspect auquel ils se réfèrent, la Nature, l’Évolution, les lois fondamentales de l’Univers, l’espace-temps, le Multivers… Un désaccord ne survient que lors d’une tentative de prise de pouvoir sur Dieu, c’est-à-dire lorsque qu’une théorie prétend le décrire. Le scientifique se contente de demander : Quelle connaissance possédez-vous à l’appui, que je puisse partager avec le minimum de doute ? Quelle méthode expérimentale imaginez-vous pour confirmer votre hypothèse ?

Une religion est une théorie de Dieu.

Le Jugement Dernier est un accélérateur de particules destiné à confirmer la théorie chrétienne de Dieu (ce serait un joli nom, d’ailleurs, pour le successeur du LHC).

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Fév 272014
 

La déviance positiviste de l’esprit humain apparaît de façon caractéristique dans le pari de Pascal. Voilà une argumentation en apparence purement logique en faveur de la croyance en Dieu. Pourtant ce n’est pas une conclusion de notre cerveau rationnel. Celui-ci dirait : comme il n’existe aucune preuve de l’existence de Dieu, je dois gérer ma vie au mieux sans donner de réponse à cette question.
Le pari est celui du cerveau émotionnel. Je mise ma croyance, ce qui ne me coûte pas grand-chose (mais cela ne coûte pas rien, c’est une organisation de sa vie qui n’est pas forcément la plus judicieuse), et peut me rapporter gros (si Dieu existe, mais l’on ne sait rien de la récompense en fait, les gens racontent peut-être n’importe quoi). Comme l’on ne rencontre jamais la preuve de l’existence de Dieu, sa probabilité est excessivement faible, tout de même, face à tous les autres critères de comportement que nous avons sous les yeux. Dès lors, avec une récompense qui a fort peu de chances de se réaliser, et une stratégie choisie par les croyants qui n’est pas forcément la meilleure à suivre, on se retrouve avec un très grand nombre de perdants. Petits perdants, certes, mais perdants quand même. Comme au casino. Sauf que le gagnant, celui qui a tiré le jack-pot, n’existe même pas. En fait le pari de croire en Dieu serait enfin séduisant si un gagnant revenait du Paradis et nous disait « C’est fantastique ! », avec preuves indubitables à l’appui.

Cela n’empêche pas nos cerveaux émotionnels d’être joueurs, d’attendre de l’univers qu’il se conforme à nos espérances, tandis que le cerveau rationnel hausse les épaules, et voit son discours coloré malgré lui par les envies de l’autre.

Ce texte ne critique en rien les valeurs associées à la croyance en Dieu. Chacun peut décider qu’elles sont la meilleure stratégie à suivre pour conduire sa vie, indépendamment de l’existence de Dieu. C’est le cas sous de nombreux climats sociaux, et c’est au final la principale motivation des croyants « éclairés », qui voient la confirmation finale de la présence de Dieu comme un bonus, et non une consécration obligatoire.

D’où cette conclusion polyconsciente, parce que très à contre-courant de ce que vous avez commencé à lire : croire n’est peut-être pas un pari.

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Mai 252013
 

Ce que l’on peut dire des tentatives de relance de la métaphysique se résume ainsi : la métaphysique a cet intérêt extraordinaire que chacun peut y placer toutes ses croyances et les relier dans un système de cohérence absolument parfait. Une oeuvre sans défaut, que l’on ne peut s’empêcher d’admirer comme on le ferait d’un objet d’art étonnant et auto-suffisant. C’est-à-dire qu’il peut ne servir à rien. Ou, presque toujours, servir de coffre-fort aux intentions qui ont motivé l’oeuvre et dont l’auteur ne sait rigoureusement rien — à part qu’elles existent et qu’elles sont bien joliment cachées au sein du coffre métaphysique —.
Tous les bébés naissent métaphysiciens. Et au final, dans une boucle qui se referme, l’on meurt souvent métaphysicien, parce qu’aucune des justifications physiciennes de l’existence n’a eu le panache des enchantements que notre imagination a su construire par dessus. Entre les deux, certains parviennent à s’observer, comme un créateur considérerait son oeuvre, un créateur dont les intentions ne lui appartiennent pas, qui sont les principes matériels. Sans doute est-ce encore une illusion. Sans doute ces motivations propres à lui-même, les observe-t-il avec d’autres intentions qui lui appartiennent encore. Mais quand il sélectionne seulement celles lui semblant raisonnablement universelles, il peut capturer progressivement son être. Jamais n’a-t-il la certitude de voir sa forme précise, mais il sait qu’il est là, dans le filet…

Cela voudrait-il dire que la métaphysique n’ait aucun avenir, qu’elle serait désespérément illusoire ? Non. En fait la question même est stupide. Si l’être humain peut être décrit, jusqu’à ses étages psychiques les plus élaborés, par des concepts physiques, son mode de fonctionnement est métaphysicien. Aucune science n’aurait été possible sans la métaphysique. Toute théorie matérialiste solide est née dans la métaphysique. Il s’agit du 2ème cercle de l’esprit, celui ouvert à toutes les imaginations, toutes les propositions. Notre psychisme est un lieu de confrontation. Rien à voir avec le pouvoir comme nous l’exerçons en société ; il s’agit là d’un mécanisme purement neurologique. De nouveaux schémas sont continuellement fabriqués et comparés aux valeurs existantes. Ce mécanisme, qui concerne l’entraînement du moindre réflexe à notre disposition, est encore présent dans la formation des ensembles mentaux les plus complexes. Nos connaissances forment une bibliothèque de valeurs. Juste à côté, derrière une porte battante, se trouve le laboratoire de métaphysique, d’où s’échappent fumerolles éclairs et parfums de soufre. Sans lui, la bibliothèque ne contiendrait que quelques ouvrages instinctifs sommaires, issus de l’héritage génétique. Du chaudron métaphysique proviennent une multitude de recettes alternatives, magiques, certaines indigestes, d’autres qui finiront par devenir les plus beaux fleurons de la bibliothèque.

La métaphysique n’est pas la réalité ; elle est le mode de capture obligatoire de la réalité. Il faut être capable d’imaginer toutes les aliénations pour savoir ce qu’est un esprit sain. La métaphysique contient le devenir de la réalité. Sans savoir l’identifier. Ce n’est pas son rôle ; c’est celui du bibliothécaire logique, indépendant des intentions de l’auteur, qui regarde combien de lecteurs l’ouvrage a attirés et enthousiasmés.

Utilisons les salles de notre édifice psychique à bon escient. La métaphysique est le solarium, du toit duquel nous pouvons semer le pollen de notre imagination à tous vents, et voir quelles plantes curieuses poussent alentour. Ce domaine, cependant, n’existe que dans notre esprit. Si nous voulons connaître le monde, mieux vaut demander un bon livre à la bibliothèque.

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Août 282012
 

L’être humain ne comprend que des causes, et des limites. Il les cherche incessamment, car sa façon d’appréhender le monde, par des représentations, implique une causalité et des frontières, sinon elles sont incohérentes et incomplètes. Dès lors le penseur doit se méfier de son propre esprit, qui cherche à adapter le monde aux outils utilisés pour le contenir, plutôt que construire d’autres outils qu’il n’est peut-être pas capable d’imaginer. S’il n’est pas méfiant, il cherche un obligatoire créateur à l’univers, car il est impossible que celui-ci n’ait pas été causé. Il cherche une limite à cet univers, autant dans le macro que le microcosme, sinon sa représentation « fuit » dans l’inconnu.

Ce biais mis à jour, il est sans doute plus prudent de fonder notre raisonnement sur les postulats contraires, qui n’ont pas ce « conflit d’intérêt » avec notre esprit : que l’univers n’ait ni cause, ni limites.

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Avr 162012
 

Livre tempête Blog au ralenti en vue de finir cet ouvrage, « L’Homme polyconscient », qui paraît aujourd’hui, dont vous avez lu des aperçus ici même, mais restait le travail de tout relier dans une théorie cohérente de la conscience. Sa trame se tient dans les friches qui séparent la neurophysiologie de nos comportements conscients, avec des objectifs précis : rester en contact avec la vraisemblance scientifique mais s’affranchir de ses effets réducteurs ; déconstruire avant de tenter un réenchantement de notre existence ; amener à un palier maximal de conscience — avec nos moyens actuels — appelé la polyconscience.
C’est un creuset capable de refondre certitudes et inquiétudes en une vision véritablement innovante. Un livre difficile, voire dangereux, pour ceux qui se contentent d’éprouver la vie, mais palpitant pour celui qui, en plus d’éprouver, se regarde vivre.
De nombreux domaines sont concernés : philosophie, psychologie et traitement des maladies mentales, sociologie abordée jusque dans les petits conflits du quotidien, justice et moralité, maladie et finitude humaine… tous ces sujets que sécrète notre conscience sans toujours connaître ses propres intentions, et pour cause ! Ce sont celles d’une authentique société intérieure…
Version livre couverture souple, 202 pages
Version eBook format epub (Kobo FNAC, iPad…)

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Introduction à l’Homme Polyconscient : le Moi maquillé

 

Toute parole n’est que sympathie ou antipathie, d’où émerge parfois un soupçon de vérité.

Que signifie cette phrase terrible ? Que dans toute relation sociale, nous ne parlons pas de la réalité, mais de la façon dont le monde propre à notre interlocuteur s’intègre ou non dans le nôtre. Bien souvent, tant de messages dits « subconscients » sont passés avant le premier mot que sympathie ou antipathie sont déjà installés sans qu’un fait quelconque ait été évoqué.

Quelles sont les parties de nous qui ont déjà communiqué ainsi ?

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Le Moi est la présentation maquillée de notre conscience. Une apparence. Elle nous semble stable et homogène, pour nous qui l’éprouvons. En fait cette formulation apparaît étrange : Comment peut-on éprouver son être, puisque c’est notre être qui éprouve ? Justement, le Moi n’est pas notre être, nous en prenons conscience en nous plaçant simplement devant un miroir et en nous regardant dans les yeux, un examen de haute signification : Le maquillage est immédiatement bouleversé et, s’il n’est pas trop épais, le Moi apparaît aisément comme une façade. Derrière résident des intentions-hôtes, en partie mystérieuses, même à nous-mêmes.

 

Cette première étape semble aisée à franchir, et pourtant peu d’individus le font. Il faut une assurance considérable. La présentation dans laquelle nous avons lourdement investi ne serait pas sincère ? Qui nous dit, d’abord, que l’honnêteté va nous apporter un bénéfice personnel ? N’est-ce pas au contraire une tentative de suicide psychologique, dans un monde où le mensonge règne en maître, toujours pour les meilleurs raisons possibles ? Ajoutons : raisons confortées par des millénaires de compétition évolutive réussie ; et ainsi nous raccrochons à notre propos les meilleures intelligences, expliquant que celles-ci refusent souvent de regarder derrière la façade aussi obstinément que les esprits les plus frustres.

 

Il existe une raison plus simple encore pour ne pas s’examiner : Que l’illusion soit parfaite. L’insatisfaction ne naît jamais que de quelques instincts insuffisamment cajolés. Le désir inassouvi le plus désincarné que notre philosophie puisse élever… prend ses racines dans l’originalité que réclame l’espèce à ses membres sous la pression de l’évolution. Imaginons que chacun puisse devenir, par des moyens virtuels, la référence incontestable de l’humanité — évitons le terme de « leader » trop chargé de pouvoir —. La faille du scénario de Matrix est que si l’Intelligence Ultime — plutôt stupide — avait placé les humains dans la situation d’un Moïse plutôt que les faire déambuler anonymement dans des rues virtuelles, aucun n’aurait voulu retourner dans le monde réel, un monde où il n’aurait rien à faire pour améliorer la situation de l’espèce.

 

Qu’aurait pu offrir ce monde en effet ? Des conflits et des déconvenues qui n’existent plus dans le monde virtuel, pour apporter un peu de contraste à l’existence ? Mais qu’est-ce qui empêche de les inclure dans le scénario virtuel, en évitant les issues fatales ? Qu’est-ce qui empêche de continuer à évoluer dans la Matrice ? Est-ce de ne plus nous servir de nos propres muscles qui nous chagrine ? Rien n’interdit de les connecter, même si cela demande des moyens plus lourds. En fait nous utilisons actuellement des ressources considérables pour maintenir en état des enveloppes corporelles faillibles, et les protéger à tout prix, empêchant ces ressources d’être consacrées à la félicité de tous et la retardant de plusieurs siècles. Enfin nous pouvons nous fâcher du caractère factice d’un monde virtuel, mais l’image que nous avons construite du réel serait-elle autre chose, elle-même, qu’une illusion appréciée parce que propriétaire ?

 

C’est volontairement que j’exprime ainsi un discours « Matriciel » en l’éprouvant comme diabolique de la même façon que vous. Mais réalisons que la cohérence de ce discours n’est contrecarrée que par nos considérations actuelles sur le sacré. Nous savons par expérience qu’aucune valeur n’est éternelle. Nous semblerons peut-être des ânes attardés à nos descendants.

 

Ces descendants auront-ils les mêmes valeurs s’ils ressentent leur polyconscience et découvrent qu’ils peuvent choisir leurs illusions à leur gré ? Le Moi maquillé pourrait devenir un accessoire dont l’importance et la permanence ne seront pas supérieures à celle d’une tenue vestimentaire. Nous jouerons à en changer selon les contrastes que nous souhaitons éprouver. Les relations sociales seront tenues par la polyconscience, c’est-à-dire qu’il existera une médiation permanente évitant tout dérapage. Les conflits eux-mêmes seront désirés, parce que vécus comme une expérience productive. Nous promènerons tous, en nous, le tribunal qui fera respecter quelques règles d’autant plus rares qu’elles sont évidentes : le respect de l’intégrité d’autrui, la nécessité de secourir autrui s’il est incapable de se débrouiller seul, l’intérêt supérieur de l’espèce, mais aussi celui des autres formes de vie dans une perspective transhumanisme, la dernière cible du sacré étant reportée sur la conscience, que l’on cherchera à augmenter sans barrières, et même à en doter les machines, le sacré du vivant ayant lui aussi été aboli.

 

Nous n’en sommes pas là. La plupart de nos congénères se comportent en monoconscients. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que la polyconscience ?

 

Freud ne fut pas le premier à imaginer l’inconscient, mais en fit la première tentative cohérente de formalisation, avec sa trinité Ça-Moi-Surmoi. Malheureusement, cet essai tomba rapidement dans les travers de la religion. La psychanalyse ne pouvait prétendre au statut de science puisqu’elle n’était ni vérifiable ni réfutable avec les moyens de l’époque. Ses résultats thérapeutiques sont suspects, parce que l’on veut baptiser à tout prix traitement ce qui n’est après tout qu’une enquête psychologique, sans certitude qu’elle soit profitable à l’intéressé. Enfin la psychanalyse dérange, parce qu’elle se penche beaucoup trop près de notre intimité et de ses remparts d’illusions patiemment construits. Il n’est pas prévu qu’il soit si facile d’accéder à la salle au trésor de notre être. Voilà une invasion encore plus pénible que l’examen du proctologue.

 

Enfermée dans son église avec l’évangile freudienne, la psychanalyse n’a pas suivi le chemin frétillant d’idées de sa cadette la physique fondamentale, qui ne se gêne pas, elle, pour disserter à loisir sur des théories qui ne peuvent encore prétendre à la scientificité, comme la théorie des cordes : les possibilités semblent tellement renversantes qu’on baisse les yeux, ébloui, sur cet inconvénient. Tandis que la psychanalyse n’a pas su si bien séduire le bon peuple : est-elle apte à fabriquer le bonheur de tous, ou celui d’une clique d’adeptes convaincus ?

 

La polyconscience a quelque chose de la théorie des cordes de l’inconscient. Ce n’est pas une prolongation des théories freudiennes. Je n’ai pas lu Freud et ses élèves en détail. Professant ma naïveté, j’ai pu constater par contre les résultats médiocres de la psychanalyse sauf dans une catégorie bien précise de patients : ceux qui cherchaient un sens à leur vie. Et la psychanalyse les a guéris en lui donnant un sens par la pratique de l’analyse… sans résoudre plus loin leur question existentielle.

Tout le monde n’a pas une préoccupation existentielle aiguë. La plupart des mal-êtres proviennent d’une inadaptation de la personnalité à des difficultés très simples et courantes, sans qu’il soit nécessaire de la reconstruire de fond en comble. C’est-à-dire qu’il existe des pans entiers de la personnalité qui fonctionnent de façon très satisfaisante. Pourquoi s’attaquer aux fondations de l’édifice quand cela risque de détruire ces parties-là ?

 

La psychanalyse me semble handicapée dans ses ambitions thérapeutiques par une autre spécificité : elle prend l’histoire personnelle à rebours. Est-ce bien fiable quand la mémoire est si incertaine, quand le thérapeute comble avec ses propres convictions les trous dans les souvenirs du patient ?

Ce diagnostic de la psychanalyse est volontairement outrancièrement provocateur, car il n’est pas facile d’ébranler l’assurance des psychanalystes 😉 Freud, malgré les critiques psychobiographiques violentes qu’il a subies, reste un personnage cardinal de l’histoire des sciences humaines : avant lui, on s’interrogeait sans guère se préoccuper de ses intentions à s’interroger.

 

La polyconscience n’est pas une conception à rebours mais une théorie paléo-anthropologique : elle se fonde sur la construction progressive de notre psychisme au fil de l’évolution, reproduite en accéléré lors de la maturation d’un jeune, par une facilitation génétique.

Pour ne pas nous aventurer ici dans la métaphysique, prenons comme point de départ la tendance auto-organisationnelle du vivant. L’évolution, émaillée de mutations, augmente cette organisation par l’amélioration des espèces. Les règles les plus primitives ont été imprimées chez nos ancêtres sous la forme des instincts. Le réel nous a modelé, sans qu’une intention divine soit nécessaire, ni exclue. Il s’agit d’un échange permanent d’informations, pression des lois implacables de l’environnement dans un sens, adaptation physique puis psychologique, à partir de la naissance de la conscience, dans l’autre sens. L’échange est passé progressivement sous notre contrôle, peut-on penser, grâce à l’apparition de cette conscience. Mais nos intentions ayant entièrement surgi sous l’influence des lois du réel, on peut rester sceptique quant à leur indépendance. L’imagination peut être vue comme un réservoir de mutations psychologiques équivalent aux mutations physiques d’origine génétique : elle permet un bouleversement des conceptions du réel, capable d’améliorer leur efficacité. Là encore l’évolution tranche, par la prolifération ou l’étouffement des nouveaux concepts. Mais l’imagination sut être assez productive pour devenir une caractéristique permanente et intégrale de l’être humain.

 

L’imagination mit longtemps à produire des nouveautés qui nous semblent primitives, comme remarquer le tranchant d’une pierre dure et s’en servir pour dépecer. Ce sont pourtant des créations stupéfiantes par rapport aux simples élans instinctifs. L’imagination dispose d’un outil extraordinairement efficace : la représentation. Elle construit une sorte de modèle réduit, purement mental, du concept qu’elle étudie. Elle affine son modèle selon la performance qu’il manifeste à simuler le comportement de l’objet ou de l’être reproduit. Car la représentation ne concerne pas que des choses. Celles-ci sont les plus simples à modéliser. Il est plus ardu de créer les représentations des autres êtres vivants, des congénères, et encore davantage des évènements incompréhensibles, comme les sautes d’humeur du climat et autres bouleversements naturels. Les représentations, dans ce domaine, deviennent aventureuses voire loufoques, car il n’existe aucun moyen de vérifier leur efficacité. L’imagination invente des dieux — les pères suprêmes — et des monstres effrayants dérivés de ceux rencontrés par l’homme dans son habitat naturel, parce qu’il n’a pas d’autre référence. Il s’accroche à ses inventions avec ferveur : elles sont préférables à l’absence de représentation ; elles masquent l’horrible incertitude de l’inconnu.

 

Il est ironique de constater qu’après avoir progressé considérablement sur les modélisations de la nature, grâce à la science, jusqu’à une exactitude remarquable, l’homme dispose de représentations toujours très approximatives de ses semblables. Il était facile, à la préhistoire, d’en bâtir des images simples, d’après la référence de soi-même : les instincts sont universels, et faciles à repérer chez les voisins. La solidarité fut également une création évolutive, contrebalançant la rivalité meurtrière entre les membres d’un clan.

Mais les choses se compliquèrent par la suite de façon exponentielle : comme les congénères utilisaient eux-mêmes des représentations de sophistication croissante pour prendre leurs décisions, il devint plus difficile de créer un modèle prédictif de leur comportement, tant les options se multipliaient. Il fallut posséder les images de plusieurs types de tempéraments et les confronter dans une simulation intérieure de la vie sociale. Opération difficile et approximative. Apparut ainsi un décalage entre les progrès des représentations et la complexification des consciences qu’elles étaient censées représenter. Les relations sociales perdirent leur simplicité. Les plus habiles comprirent l’intérêt du mensonge, de la négociation, de la temporisation, de l’attaque surprise, de la création d’une position dominante gouvernant par la peur, et autres joyeusetés qui firent de l’histoire humaine une mine d’or d’expérimentations sociales les plus originales que l’imagination ait pu découvrir.

 

L’esprit humain est organisé comme une véritable société intérieure, avec ses hiérarchies, ses célébrités. Les instincts sont au bas de l’échelle mais ont le pouvoir du vote populaire : toute construction plus élaborée de la conscience doit respecter la volonté du peuple, sinon son pouvoir s’effondre. Si un tyran intellectualisé tente de diriger les instincts sans propagande adaptée, la révolte gronde et le psychisme est d’une rigidité soviétique. Les « élus syndicaux », schémas de comportement plus complexes créés par l’auto-organisation de la conscience, tentent de canaliser le désir des instincts par la sublimation, une façon plus adaptable de leur permette d’aboutir. Ils sont aussi des représentations, c’est-à-dire que les élus syndicaux sont mimés dans le psychisme d’après les modèles rencontrés au cours de sa formation. Certains ont une influence déterminante : les parents. Les représentations deviennent de plus en plus sophistiquées au fur et à mesure que l’enfant mûrit son psychisme. Elles deviennent des personae.

Les personae sont loin d’avoir la complexité des personnes qu’elles représentent, mais elles ont des désirs symboliques importants. Tous les proches sont à l’origine de personae, mais d’autres représentations peuvent se former à partir d’animaux domestiques, de mythes, de personnages fictifs tels que le héros d’un dessin animé, et même d’objets-symboles.

 

Tous sont membres de la polyconscience, cette assemblée intérieure du psychisme qui ne peut se réduire à la trinité freudienne. Chaque persona pèse d’un certain poids dans la hiérarchie et dans chaque circonstance ; son influence augmente quand les comportements qu’elle induit se révèlent efficaces.

Car toute décision est votée au sein de la polyconscience. L’imagination a créé et retenu tous ces personnages contradictoires parce qu’ils ont eu, au moins un temps, une utilité incontestable, mémorisée. Nous fonctionnons sur la base d’oppositions entre différents choix. Les conflits sont généralement plus productifs, par la collégialité de la décision finale, que destructeurs si l’opposition des personae devient irréductible. Les hommes dotés d’une conscience unique, monomaniaque, ont disparu parce que moins adaptables.

Les polyconsciences qui fonctionnent mal, qui ne trouvent pas d’harmonie, sont également défavorisées. Vues comme pathologiques par le reste du groupe social, elles sont les proies désignées des punitions, des camisoles chimiques et des psychothérapies.

 

Les hommes sont tous pré-polyconscients. Ils utilisent un nombre variable de personae et les rendent plus ou moins sophistiquées selon leurs capacités mentales, mais tous fonctionnent sur le modèle de la société intérieure.

 

Par contre peu d’humains se ressentent polyconscients. Ce que j’appelle un être monoconscient est quelqu’un qui n’éprouve ni ne connaît sa polyconscience, la restreint à un petit échantillon de personae, et se trouve complètement désarmé quand elle dysfonctionne. Il ne saura pas réorganiser sa société intérieure et son instance décisionnelle, le Moi, quand celui-ci ne remplit pas efficacement son rôle. L’échec social laisse l’homme monoconscient sans ressources, parce que ses représentations ne sont pas suffisamment sophistiquées mais surtout médiocrement individualisées. L’homme monoconscient ne reconnaît pas ce qui s’oppose à son changement de comportement, parce qu’il ignore l’existence des personae mises au cachot depuis des années par le reste de sa polyconscience, et qui hurlent leur désespoir depuis les bas-fonds.

 

Faut-il faire le difficile chemin à rebours que prescrit la psychanalyse, étudier les noeuds arbitraires par lesquels la construction de tous les psychismes seraient passés, qui sont souvent la transposition abrupte de l’expérience de ceux qui les ont éprouvés ? C’est une voie semée d’embuches, de postulats, et qui détruit en partie ce que l’on a cimenté depuis l’enfance. Que restera-t-il de la personnalité qui puisse reconstruire, puisque l’on a démonté la polyconscience ? Nous risquons de ne trouver aucun autre maître d’oeuvre… que celui qui a procédé au démontage : phénomène du transfert, bien connu des analystes.

Ce peut être une façon pour les analystes de se reproduire, mais il existe une autre voie, plus respectueuse de l’individu constitué, et ainsi dans laquelle il est bien plus facile à ce dernier de s’engager :

 

Qu’est-ce que devenir polyconscient ? Le concept est facile à saisir, puisque c’est une reproduction dans notre psychisme du modèle de la société extérieure.

Le travail est de reconnaître les personnages qui composent sa propre polyconscience, par analogie avec ceux qui existent autour de nous. Si nous observons les animaux, nous pouvons repérer les comportements instinctifs que nous avons sublimé mais qui sont toujours les principaux « votants » qu’il faut satisfaire. Se détourner des instincts est une fausse bonne idée : par quoi remplacer cet élan ? Les idéalistes ont les polyconsciences les plus conflictuelles. Une sévère guerre intérieure les a ravagés et la déchéance des personae vaincues est terrible. Il n’y a pas pire Croisé que celui qui cherche à tuer une partie de lui-même.

 

Nous pouvons nous raconter nos parents. Sachant à présent qu’ils étaient eux aussi des polyconsciences, ils sont plus faciles à excuser pour leurs mauvais côtés : ce n’était qu’une partie d’eux. Ils se trouvaient également obligés de satisfaire à leurs instincts, sans doute en ayant eu plus de difficulté à les sublimer dans une société qui offrait moins de dérivatifs. Nous pouvons leur pardonner, et prendre en considération la bonne partie, car ils avaient l’impératif, noyé dans leur polyconscience, de faire de leur mieux, pour nous spécialement, instinct absent d’un autre que notre géniteur biologique.

 

La reconnaissance de la polyconscience procure une assurance extraordinaire, parce qu’elle donne le mode d’emploi de notre psychisme, sans avoir à le reconstruire. Personne à mettre au cachot. Pas de violence à se faire, au contraire : chaque persona a un discours qui se tient, dans les limites de sa propre cohérence, a donc le droit de le faire valoir. Elle doit pouvoir accéder à l’assemblée des personae, exposer ses arguments. On peut la contredire, mais pas la museler. Au final c’est l’assemblée qui vote pour le meilleur choix. La persona insatisfaite n’est pas moquée, elle reçoit plutôt un message consolateur : « Attends le résultat. Si tu as raison, tu auras ton heure ».

 

La polyconscience efficace est une démocratie participative. Elle est dynamique. Elle ne donne pas toujours satisfaction à la même persona. Elle utilise l’avis de l’une ou l’autre en fonction du contexte et des performances mémorisées. Elle en accueille facilement de nouvelles, par les contacts avec d’autres individualités, par les lectures, ou les expériences dans le monde réel. Elle peut redevenir instinctive si cela semble nécessaire, par exemple dans une situation vitale où la sensibilité et le compromis ne sont plus de mise.

 

En possession du mode d’emploi de la polyconscience, nous la recomposons sans la détruire. Nous reconnaissons dans les autres des personae identiques. Les relations sociales deviennent des mélanges de représentations, plus faciles quand elles sont culturellement proches, mais toujours possibles parce que les considérations de pouvoir, instinctives, ne sont qu’un élément de ces polyconsciences, et non le principe directeur comme chez la plupart des hommes monoconscients.

 

Nous verrons dans ce livre le fonctionnement intime de la polyconscience, ses implications philosophiques, ses connexions biologiques et sociologiques, et nombre de ses applications, comme la facilité avec laquelle un polyconscient manipule un monoconscient — le contraire est également vrai, nous le verrons plus loin —, non pas forcément dans une optique de domination, mais d’agrément du voisinage… Les ressorts polyconscients du monoconscient sont faciles à analyser quand on est soi-même polyconscient, et il est possible d’influencer gentiment leur équilibre pour modifier le comportement final du Moi. Les empathes le font intuitivement, en jouant sur le renforcement positif de la polyconscience quelque soient ses valeurs, car il existe toujours au milieu des personae directrices l’ego instinctif, qui veut faire reconnaître l’importance de cette enveloppe individuelle, facile à flatter par le positivisme.

Le polyconscient peut utiliser une approche plus sophistiquée et plus délicate, qui favorise chez l’autre sa propre évolution vers la polyconscience, en reconnaissant les autres personae plutôt qu’en confortant les plus dictatoriales.

 

Le laborieux continuera l’analyse, le commerçant le renforcement positif, tandis que le thérapeute dispose, avec la polyconscience, de l’outil le plus respectueux de l’autre.

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Déc 142011
 

Les « croyants » ne sont-ils pas plutôt des incroyants, quand ils refusent de croire à ce qui invalide leur conviction ?
Quand on s’attache opiniâtrement à éliminer toute idée qui menace sa foi, on est en réalité un incroyant, un sceptique de la richesse de la conscience… peut-être la plus authentique des divinités ?

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Août 282011
 

La polyconscience ne fait pas qu’intégrer les mythes chez ceux qui en prennent connaissance, elle en est à l’origine.
Imaginez quel pouvait être le retentissement des songes chez l’homme primitif, qui ne s’en est jamais fait expliquer le mécanisme par un neurologue.
Est-il difficile de croire qu’il a pu bâtir, à partir de ces rêves extraordinairement étranges, toute une panoplie de dieux, de héros et de monstres ?
Que serait devenu le grand méchant loup, s’il s’était invité dans nos nuits, et qu’une mère ne soit pas là pour certifier son inexistence, au matin ou au milieu de nos hurlements nocturnes ?

L’inconscient de l’homme a créé ses épouvantails. Des millénaires de raison n’en sont toujours pas venus à bout.

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Août 062011
 

L’évolution a fait de l’homme un être à la fois solidaire et compétiteur.
Une troupe de moralisateurs est passée par là, et a déclaré l’homme fondamentalement bon, ou mauvais.
Avis de chirurgiens amputeurs ?

Ce mélange aura été un moteur remarquablement efficace, qui nous a détaché du reste du règne animal.
Il existe une preuve paléontologique de la nécessité du Bien et du Mal.

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Juin 082011
 

Une élite ne peut surgir que de la diversité. C’est dans une terre boueuse, pleine de vers et de fumier, que l’on fait éclore les plus belles fleurs. Il faut une grande variété — et non seulement un grand nombre — de vies « moyennes » pour faire ressortir une vie exceptionnelle. Cette variété se trouve dans le plus large éventail de gènes viables imaginable. L’évolution et l’essor étonnant de l’Homme n’auraient pas été possibles sans sa dispersion. L’élitisme, en se croyant fondé sur le racisme, a commis le pire des contre-sens.

Cette erreur fondamentale, l’élitisme racial, s’est nourrie de l’analogie avec la sélection des espèces : Pour produire la plus performante, on doit isoler soigneusement les caractères recherchés et les favoriser par des croisements judicieux, jusqu’à obtention d’une nouvelle variété dotée d’une expression remarquable de ces caractères. Vous devinez l’étroitesse de cette méthode céréalière appliquée à l’humanité : La sélection ne trouve de motivation que dans l’isolement et le renforcement de capacités particulières. Or, qui se prétend capable d’imaginer des critères parfaitement universels, indépendants de sa petite personne et de ses bas instincts, susceptibles d’améliorer l’humanité, quel que soit le point de vue ? Les hommes auraient-ils enfanté une omnipotence ? Ils ne mettent au monde, par définition, que des ignorants, qui n’ont jamais assez d’une courte vie pour défricher leur aveuglement. L’élite des hommes est celle qui a compris son origine dans la diversité, et non dans la sélection.

Le danger pour l’humanité est d’ailleurs celui-ci : Au moment où elle reconnaît l’importance de la richesse génétique, où elle abandonne enfin l’impasse raciste, sa culture devient uniformisante. Nous développons une sorte de cancer, invasif mais non mortel, qui fera de nous des cellules souches remarquables, totipotentes mais identiques. Cette maladie se propage par un excès de communication. Les milieux isolés, qui mènent des expériences sociales différentes, se font rares. Nous y perdons en diversité d’univers et en intentions. La Ruche est la prochaine étape, inéluctable. Si nous ne préservons pas quelques cloisons au sein de l’espèce, sans doute serons-nous obligés d’élever des animaux à la conscience pour découvrir des intentions neuves, de nouveaux moteurs pour nos esprits surdocumentés.

L’élitisme, qui est un réductionnisme, est malheureusement poreux : Tout le monde finira par intégrer une élite, sur des critères auto-déterminés. Le crépuscule de l’humanité ressemblera au cycle de l’Univers lui-même : Après l’expansion d’une variété inouïe de galaxies personnelles, la société se contractera en un nuage ultra-lumineux et homogène, puis finalement en un noyau, un esprit unique, qui est peut-être ce Dieu que nous cherchons tant : Une conscience omnipotente, au début fragmentée en des milliards de parcelles de divinité, qui finissent par se reconstituer en Un au terme ultime de la vie.

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Mai 232011
 

J’avais 13 ans. La théologie était une de mes matières favorites. J’ai été éduqué dans un collège laïc mais encadré par des jésuites et le catéchisme était vivement recommandé à tous les élèves. Les cours se déroulaient habituellement ainsi : Je posais au prêtre une série de questions insidieuses sur les multiples incohérences des textes sacrés. Jeunes acquéreurs d’un savoir scientifique tout frais, la Bible et l’Évangile nous apparaissaient comme des livres de contes auxquels le moindre esprit rationnel n’aurait pas accordé son attention plus de cinq minutes. Mes questions étaient simples et directes. Le prêtre passait le reste de l’heure à s’emberlificoter dans des explications d’autant plus incertaines qu’il voyait bien que nous ne serions pas satisfaits par un « mystère ». Je hochais poliment la tête, mais il était évident, quand je passais au piège suivant, que je n’étais pas rentré dans le rang. Au bout de quelques séances, mes condisciples avaient pris l’habitude de faire tranquillement leurs révisions, un livre discrètement ouvert sur les genoux, pendant que le long monologue du prêtre était percé de mes questions à la candeur calculée.
Je me suis aperçu, en milieu d’année scolaire, que j’avais un effet désastreux sur ce catéchisme. Tous les élèves étaient de bonne famille, élevés dans le respect de la religion, mais n’avaient pas besoin d’être poussés beaucoup, à cet âge, pour qu’elle devienne une farce. J’avais transformé notre initiation spirituelle en bouffonnerie, fort sage certes car aucun éclat ne rompait la quiétude du cours, mais seul le prêtre ne se rendait pas compte à quel point son discours trop théologique était déconnecté de notre réalité. Ennuyé, je décidais de venir à son secours. Je posais au cours suivant la question ci-dessous, qui validait la conduite vertueuse qu’il tentait de nous enseigner, sans pour autant renier mon impertinence…

« Dieu, si l’on regarde de près sa description, est un type incroyablement tyrannique et prétentieux, non ? Nous, ses créatures, avons écopé de ses mauvais côtés. S’il est omniscient, ce ne pouvait être que volontaire. Et quelle est cette intention ?… Dieu n’attend-il pas de nous que nous lui montrions une infinie variété de méthodes pour maîtriser notre mauvais caractère, afin qu’il puisse copier la meilleure, et devenir enfin cool ?… »

Je n’ai jamais su si les mouvements bizarres de la tête du prêtre étaient approbateurs ou dénégateurs. La sonnerie a retenti juste après…

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Avr 012011
 

Survivre à la mort de sa progéniture est terrible.
Personne ne s’en remet bien…
Pas même Dieu.

*
L’occident est préparé depuis longtemps à la mort de Dieu.
Rien à changer dans l’iconographie.

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Mar 272011
 

Le désir féroce d’imaginer être maître de son environnement explique de nombreux paradoxes humains. Dans les populations primitives, la conscience de soi ne s’est pas encore extraite de l’environnement et pousse à voir en soi-même le responsable des catastrophes naturelles. Par exemple une éruption volcanique donne naissance à une légende stéréotypée : Un homme ou une femme a déplu à un dieu irritable qui tente de noyer les bipèdes insignifiants sous la lave avant qu’un autre, attiré par leurs supplications, ne les sauve. Les hommes préfèrent se déclarer responsables de la catastrophe, même s’ils ne sont pas coupables, plutôt qu’en laisser l’initiative à un univers glacial et hasardeux. Une explication nous sauve, pourvu qu’elle nous garde une parcelle de divinité, qu’elle tienne à distance l’idée que nous ne soyons qu’un petit paquet de gènes avides de se répliquer, balloté par des improbabilités quantiques.

Athéisme et fatalisme sont apparus avec le développement de la connaissance. En même temps, l’homme n’y a-t-il pas perdu un gigantesque élan… celui justement de penser qu’il pouvait être maître de son environnement ?
Le savoir progresse exponentiellement, parce qu’il diffuse par des pores innombrables entre des esprits qui ne le sont pas moins. Inquiétude : cette profusion ne cacherait-elle pas une diminution des volontés ?

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