Oct 212017
 

« Définissez vos termes » est une excellente chose lorsque l’on part d’un plan d’organisation défini. Cela implique en effet qu’il existe différentes façons de définir ces termes, toutes n’aboutissant pas à la même cohérence. L’injonction est de partir d’un ensemble correctement organisé, répondant à des règles précises. Nous sommes en train d’explorer l’inconnu avec un édifice conceptuel bien rodé, pas d’explorer l’inconnu de cet édifice conceptuel. Cela c’est plutôt le rôle du philosophe, qui définit ses termes à l’issue de sa réflexion et non au départ comme le mathématicien. Ce qui nous fait critiquer vertement au passage la déviance de certains philosophes vers les mathématiques, au point de chercher à codifier de la même façon leurs recherches sur la métaphysique. Cela provient d’une mauvaise compréhension des mathématiques. Celles-ci sont ouvertes à n’importe quel formalisme, même lorsqu’il ne correspond à rien d’observable dans la réalité. Les mathématiques explorent tous les champs de cohérence. En ce sens elles font authentiquement de la philosophie. Tandis que le philosophe-mathématicien ne fait en général que singer les formalismes les plus célèbres des mathématiques, tel un élève admirant le professeur. Nous définissons ici deux approches : l’ascendante part de conditions initiales précises. Les termes doivent être définis. L’objectif est de déduire/prédire le déroulement de la suite. L’approche descendante est réductrice, dans le sens où elle cherche à identifier les mécanismes initiaux, cependant dans cet objectif elle part d’une grande diversité de conceptions possibles quant au résultat observé. Les termes ne sont pas formellement définis. Ils seront redéfinis au final quand les micro-mécanismes seront connus. Ce sont eux qui structurent ultimement la définition.

Pourquoi la philosophie s’est-elle mise à faire des mathématiques ?

Parce que, traditionnellement, elle est une pratique individualiste. Jamais des philosophes n’ont véritablement cherché un collectivisme de la pensée. Même les holismes n’en sont pas, en prenant la direction opposée au réductionnisme. Le collectivisme n’est pas une recherche d’alternative. Derrière les intentions affichées se décèle toujours chez les auteurs le souhait de propager leur vision individuelle, avec un effet buvard impressionnant pour les plus doués, cependant jamais une philosophie n’est devenue universelle comme la simple arithmétique. Devinons encore l’incontournable individualisme derrière les tentatives des philosophes-mathématiciens. Expérimentation d’un nouvel outil susceptible d’imposer la vision personnelle là où tous les autres ont échoué. Les mathématiciens ne sont-ils pas formidablement rassemblés autour de leurs preuves ? Voici nos apprentis à la poursuite de la démonstration philosophique idéale. Pourtant les mathématiciens rêvent constamment à ce qui peut surgir autour de leurs preuves. Les postulats sont alimentaires. Ils n’ont rien de sacré. Inventer une nouvelle recette est facile, à partir d’ingrédients connus. Les termes sont définis mais aucune association n’est figée. La philosophie est une activité radicalement différente, reposant sur l’imprécision des termes. Ils sont nets pour le penseur mais ambigus pour le collectif des philosophes, car il s’agit de termes complexes, juchés au sommet d’une pyramide conceptuelle élevée, pointant des arborescences très personnelles. La philosophie part de la diversité. Classiquement elle a toujours cherché à la protéger. Faire taire les rivalités, dire quelles sont les idées justes, l’oblige à s’engager dans une voie dont elle a horreur : le réductionnisme. Il faut en effet décomposer les idées en leurs éléments jusqu’au moment où ceux-ci apparaissent communs, et analyser les manières dont ils s’associent. Les solutions apparaissent alors nettement avec leurs avantages et défauts, selon l’angle choisi. Des philosophies s’éteignent. Le danger de cette extinction est pourtant manifeste. Philo-diversité menacée. L’étude de la complexité nous apprend qu’une solution médiocre ou banale à sa naissance peut servir de fondation ultérieure au meilleur des débouchés. Tout ce que l’on doit réclamer à un plan d’organisation est une certaine stabilité dans le contexte où il opère. Ce principe est valable autant pour la structure de la matière que pour la pyramide conceptuelle de l’esprit. Différencions bien, à ce sujet, structure horizontale et verticale. La disposition horizontale d’un plan d’organisation est déductive. Imposée par le paradigme choisi par l’ensemble des éléments du système. La disposition verticale n’est pas prévisible. Le paradigme précédent effondre parfois brutalement son pouvoir dans le niveau d’organisation supérieur qu’il détermine. En saurons-nous un jour la raison ? Pour l’instant nous observons leur juxtaposition. Empiriquement nous cherchons le bon paradigme parmi la grande diversité de ceux proposés par les langages. Raison pour laquelle cette diversité ne doit pas être réduite, mais amplifiée. Le réductionnisme, en philosophie, est utile pour comprendre son propre mode de pensée. Il ne doit pas chercher à la collectiviser outre mesure. Une philosophie différente, au sommet de l’édifice conceptuel, peut avoir des racines fragiles quand on les analyse par le réductionnisme, et malgré tout servir de support à une organisation ultérieurement plus efficace de la pensée. Cela à cause de l’épuisement des paradigmes, quand ils franchissent un niveau d’organisation supplémentaire. Ce n’est pas tous les jours que nous le faisons, individuellement ou socialement, cependant l’histoire humaine n’est qu’une suite de ces franchissements, et ils surviennent exponentiellement rapprochés.

Le philosophe-mathématicien renie donc sa spécialité

lorsqu’il cherche à singer les « belles » sciences, surtout lorsqu’en parallèle le mathématicien, lui, parfaitement rodés aux micro-mécanismes de la raison, voit bien l’intérêt de se préoccuper de la diversité de leurs organisations, et se passionne pour l’épistémologie. Le philosophe doit se souvenir que l’esthétique est elle-même un point de philosophie. Que les débats à son sujet ne débouchent sur aucune certitude. Que de même que pour les mathématiques certains créent leur langage esthétique, tandis que d’autres s’approprient des oeuvres existantes, par leur appréciation, cherchant l’affermissement de leur identité plutôt que l’explosion créative de celle-ci. Sans surprise le philosophe-mathématicien est plutôt universitaire, fidèle gardien des sentiers balisés de la raison, secrètement envieux de la chaire mathématique, ce trône d’un univers platonique où le philosophe n’a plus accès, lui à qui l’on demande de réfléchir sur la vie quotidienne et se rendre enfin utile, lui que l’on envoie à la maternelle pour désaveugler précocement les bambins. Le philosophe authentique est un sybarite essayiste, qui n’a pas besoin de ses idées pour vivre, ce qui leur permet de se promener dans l’inépuisable capharnaüm de la fantaisie.

Quel est l’intérêt de la philosophie classique ?

Pourquoi continue-t-on à écouter, à travers les âges, des penseurs ayant évolué dans une époque si différente du monde moderne ? Est-ce une bonne idée de les enseigner, alors qu’il y a tant à faire ingurgiter aux jeunes têtes, que la plupart ignoreront toute leur vie ce qui fait fonctionner des objets aussi intégrés à elle qu’un smartphone ? La réponse habituelle est de montrer comment la pensée de ces auteurs disparus est encore vivante aujourd’hui. D’en extraire leur essence intemporelle. Un concept ne meurt jamais. Ce n’est pas une très bonne raison. Il existe des moyens plus digestes de faire passer des concepts. Pourquoi utiliser le langage d’une autre époque, qu’il faut traduire et expliciter, au point qu’un cours de philosophie ressemble pour un élève à l’apprentissage d’une langue morte, dont il a la conviction qu’elle ne lui servira jamais ? Le coeur de la philosophie est d’apprendre à réfléchir, pas de retenir toutes les façons dont on a déjà réfléchi. Depuis quand les mimétismes structurent-ils l’esprit ? Ce qui passionne l’esprit en formation n’est pas de chercher le chemin vers un résultat donné, c’est qu’on lui fournisse les éléments à traiter et qu’on lui dise : « Que vas-tu faire avec ça, toi plutôt que n’importe qui d’autre ? ». Un esprit adore s’auto-organiser. Ce n’est jamais facile, car beaucoup d’autres l’entourent. Cependant une structure mentale n’accepte de se faire rétro-contrôler que par ce qui lui est suffisamment propriétaire. Les concepts trop étrangers sont des aliens déstabilisant la pyramide conceptuelle de l’esprit. Ils sont rejetés. Mesure de survie mentale. L’apprentissage des auteurs classiques est un tatouage qui réussit à certains, parce que leur pyramide est agencée pour les recevoir. Pour d’autres c’est une colonisation agressive, un ostracisme mental qui voudrait créer un apartheid inadmissible entre les « bonnes » et les « mauvaises » façons de penser, les plus simples étant d’emblée placées dans le camp de concentration des mauvaises.

Faudrait-il renoncer alors à l’étude des classiques ?

Ne sont-ils qu’occasion de pérorer pour des paons universitaires ayant eux-mêmes longuement lissé leurs plumes entre les pavés antiques ? Non (ouf ! j’étais en train de placer un contrat sur ma tête 🙂 Mais pour une raison différente. Il est d’ailleurs des mondes philosophiques différents, certains cherchant à singer les plus belles sciences de la raison (nous l’avons vu à propos des mathématiques, et je suis en train de réactiver le contrat…), d’autres se moquent ouvertement de l’accès direct à une hypothétique vérité. C’est par cette philosophie-là qu’il faut entendre les classiques. Par bonheur c’est la plus active en France. Grâce à ses traditions et sa langue. Il faut sauver le français. La langue n’est pas la pensée ; elle en est le relais, la maison individuelle. Il faut absolument sauver ce qui renvoie la pensée de si belle manière. Entretenir ses… palais. Cette philosophie-là se délecte de la diversité, qui s’amplifie de la lecture des classiques. Beaucoup semblent aujourd’hui périmés, réécrits au goût du jour. Quel intérêt de les garder ? Il est philosophico-évolutionnaire.

La vision de l’esprit vierge devant faire confiance à son auto-organisation est essentielle lorsque l’on a affaire à l’esprit immature. Exemple : la méthode Montessori. L’enfant se voit indiquer une tâche, pas d’objectif. Il est en train de se programmer seul. D’après notre principe de bidirectionnalité, il existe un sens inverse à cet auto-apprentissage : l’auto-évaluation. Le résultat obtenu est comparé à d’autres, issus de solutions différentes. L’intelligence la plus fluide est celle qui alterne les deux directions : invention / rétro-contrôle, ici l’appropriation d’une solution meilleure, proposée dans l’environnement. Néanmoins il n’est pas judicieux que le rétro-contrôle exerce la même férocité sur la structure mentale selon le stade de maturation. Trop précoce, il fabrique des clones. L’esprit doit affermir son identité propre avant d’affronter des comparaisons éventuellement défavorables. Sinon il se replie sur lui-même. La notation/évaluation doit être intégrée de façon extrêmement progressive aux apprentissages, à la suite du propre désir de l’enfant. C’est-à-dire qu’il ne faudrait jamais noter un élève qui ne désire pas l’être. Le souhait est facile à faire émerger par les contacts ponctuels avec la société compétitive des adultes. Trop souvent, l’évaluation étrangère remplace abruptement l’auto-évaluation. Parce que celle-ci est réclamée à l’identique, au même âge. La scolarité recèle à la fois trop de classements et trop de protectionnismes. Evaluation à désolidariser de l’apprentissage. Les deux n’évoluent pas à la même vitesse chez l’esprit en formation. Ce sont deux directions différentes de notre organisation neurologique.

Laisser venir l’esprit vierge, puis l’asticoter quand il est dépucelé.

Voici la tâche des éducateurs, fort dévergondée. Où donc le philosophe peut-il intervenir, avec ses classiques ?

De même que le corps et l’esprit reproduisent une organisation ancestrale dans leurs racines, le savoir a son embryologie. Il serait naïf de croire qu’une idée lumineuse et créatrice peut surgir d’un esprit authentiquement vierge. Il s’agit toujours de réassociations, de mimétismes d’un domaine sur un autre. Lire un conte, ou un livre de science-fiction, fait pétiller l’esprit dans l’analyse de bien d’autres faits. Le comportement des adultes s’éclaire à la morale de l’histoire. La relativité du temps s’apprécie en physique quand elle a donné lieu à des paradoxes romantiques. Etudier les classiques est refaire le chemin qui a popularisé les paradigmes contemporains. Ce qui s’intègre à l’esprit est le fil de leur auto-organisation, et non leurs résultats. Grâce à l’appropriation de cette structure, leur destination devient une étape. Nous avons construit une voie ferrée et son chantier, pas seulement une gare fixe.

Les classiques ont fait des erreurs ? C’est leur plus grande utilité.

Ils balisent le chemin. Imaginez qu’au lieu de vous les faire ingurgiter de force, l’on vous mette à plancher sur les mêmes questions qu’eux. Très probablement vous engagerez-vous sur l’une des voies tracées par les classiques. Ils n’ont pas manqué d’imagination, ont traversé des contextes plus variés que ceux du monde contemporain. Vous découvrez que tout a déjà été, approximativement, pensé. Le professeur annonce vos solutions, les raccorde à chaque ligne de pensée classique. Certaines ont terminé en impasse, d’autres ont survécu. Vous aurez donc choisi une ligne erronée ou toujours active. Votre fierté se nourrira davantage de la seconde. Mais serez-vous vraiment déçu d’avoir reproduit la pensée d’un brillant penseur disparu, même s’il s’est trompé ? Est-ce une erreur définitive ? Personne ne peut l’affirmer. Dans un milieu aussi diversifié que la philosophie, parler de « mode » n’est pas saugrenu. Le philosophe-mathématicien est à la mode. Nous avons pointé l’erreur d’en faire une approche uni-directionnelle. Le philosophe nourri des classiques se nourrit de leurs erreurs pour affermir son propre chemin. Il n’est pas guidé par la raison, mais en équilibre au milieu de toutes les raisons.

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Déc 292012
 

Des gens connus soutiennent l’enseignement de la philosophie dans les cursus scientifiques.
Ce n’est pas souhaitable pour plusieurs raisons :
Si ces gens considéraient leur propre histoire avec recul, ils s’apercevraient que leur enthousiasme pour la philosophie provient justement de sa découverte alors qu’ils se sont construits en son absence, sur d’autres bases. C’est la richesse de la confrontation entre leurs positions antérieures et les nouvelles, issues du questionnement philosophique, qui les a éblouit. En favorisant un mélange précoce, ils en auraient perdu la saveur, et la fécondité du conflit. L’absorption d’une philosophie académique nuit à la diversité. Certes, elle ne propose jamais une seule réponse, mais elle en propose justement une telle floraison qu’il n’est plus très facile d’inventer la sienne.

C’est la deuxième raison : la philosophie ne s’apprend pas. Elle se découvre. Elle se présente au moment où l’esprit est prêt à la recevoir. Un tel questionnement est éventuellement nocif à une autre phase de son histoire personnelle. L’arbitraire d’un enseignement à un âge déterminé est pire encore que forcer à ingurgiter des mathématiques un esprit n’ayant pas encore mûri les structures nécessaires à les digérer. La contrainte a un effet systématique : elle décourage et détourne cet esprit de la discipline pendant bien des années.

Enfin, toutes les autres sciences sont capables de développer l’esprit critique, cet avantage particulièrement proéminent de la philosophie. C’est une affaire de manière d’enseigner. Il est nécessaire, en fait, de mettre un peu de philosophie dans tous les apprentissages. N’est-ce pas, après tout, la matière la plus indissociable de notre humanité ?

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Avr 162012
 

Livre tempête Blog au ralenti en vue de finir cet ouvrage, « L’Homme polyconscient », qui paraît aujourd’hui, dont vous avez lu des aperçus ici même, mais restait le travail de tout relier dans une théorie cohérente de la conscience. Sa trame se tient dans les friches qui séparent la neurophysiologie de nos comportements conscients, avec des objectifs précis : rester en contact avec la vraisemblance scientifique mais s’affranchir de ses effets réducteurs ; déconstruire avant de tenter un réenchantement de notre existence ; amener à un palier maximal de conscience — avec nos moyens actuels — appelé la polyconscience.
C’est un creuset capable de refondre certitudes et inquiétudes en une vision véritablement innovante. Un livre difficile, voire dangereux, pour ceux qui se contentent d’éprouver la vie, mais palpitant pour celui qui, en plus d’éprouver, se regarde vivre.
De nombreux domaines sont concernés : philosophie, psychologie et traitement des maladies mentales, sociologie abordée jusque dans les petits conflits du quotidien, justice et moralité, maladie et finitude humaine… tous ces sujets que sécrète notre conscience sans toujours connaître ses propres intentions, et pour cause ! Ce sont celles d’une authentique société intérieure…
Version livre couverture souple, 202 pages
Version eBook format epub (Kobo FNAC, iPad…)

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Introduction à l’Homme Polyconscient : le Moi maquillé

 

Toute parole n’est que sympathie ou antipathie, d’où émerge parfois un soupçon de vérité.

Que signifie cette phrase terrible ? Que dans toute relation sociale, nous ne parlons pas de la réalité, mais de la façon dont le monde propre à notre interlocuteur s’intègre ou non dans le nôtre. Bien souvent, tant de messages dits « subconscients » sont passés avant le premier mot que sympathie ou antipathie sont déjà installés sans qu’un fait quelconque ait été évoqué.

Quelles sont les parties de nous qui ont déjà communiqué ainsi ?

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Le Moi est la présentation maquillée de notre conscience. Une apparence. Elle nous semble stable et homogène, pour nous qui l’éprouvons. En fait cette formulation apparaît étrange : Comment peut-on éprouver son être, puisque c’est notre être qui éprouve ? Justement, le Moi n’est pas notre être, nous en prenons conscience en nous plaçant simplement devant un miroir et en nous regardant dans les yeux, un examen de haute signification : Le maquillage est immédiatement bouleversé et, s’il n’est pas trop épais, le Moi apparaît aisément comme une façade. Derrière résident des intentions-hôtes, en partie mystérieuses, même à nous-mêmes.

 

Cette première étape semble aisée à franchir, et pourtant peu d’individus le font. Il faut une assurance considérable. La présentation dans laquelle nous avons lourdement investi ne serait pas sincère ? Qui nous dit, d’abord, que l’honnêteté va nous apporter un bénéfice personnel ? N’est-ce pas au contraire une tentative de suicide psychologique, dans un monde où le mensonge règne en maître, toujours pour les meilleurs raisons possibles ? Ajoutons : raisons confortées par des millénaires de compétition évolutive réussie ; et ainsi nous raccrochons à notre propos les meilleures intelligences, expliquant que celles-ci refusent souvent de regarder derrière la façade aussi obstinément que les esprits les plus frustres.

 

Il existe une raison plus simple encore pour ne pas s’examiner : Que l’illusion soit parfaite. L’insatisfaction ne naît jamais que de quelques instincts insuffisamment cajolés. Le désir inassouvi le plus désincarné que notre philosophie puisse élever… prend ses racines dans l’originalité que réclame l’espèce à ses membres sous la pression de l’évolution. Imaginons que chacun puisse devenir, par des moyens virtuels, la référence incontestable de l’humanité — évitons le terme de « leader » trop chargé de pouvoir —. La faille du scénario de Matrix est que si l’Intelligence Ultime — plutôt stupide — avait placé les humains dans la situation d’un Moïse plutôt que les faire déambuler anonymement dans des rues virtuelles, aucun n’aurait voulu retourner dans le monde réel, un monde où il n’aurait rien à faire pour améliorer la situation de l’espèce.

 

Qu’aurait pu offrir ce monde en effet ? Des conflits et des déconvenues qui n’existent plus dans le monde virtuel, pour apporter un peu de contraste à l’existence ? Mais qu’est-ce qui empêche de les inclure dans le scénario virtuel, en évitant les issues fatales ? Qu’est-ce qui empêche de continuer à évoluer dans la Matrice ? Est-ce de ne plus nous servir de nos propres muscles qui nous chagrine ? Rien n’interdit de les connecter, même si cela demande des moyens plus lourds. En fait nous utilisons actuellement des ressources considérables pour maintenir en état des enveloppes corporelles faillibles, et les protéger à tout prix, empêchant ces ressources d’être consacrées à la félicité de tous et la retardant de plusieurs siècles. Enfin nous pouvons nous fâcher du caractère factice d’un monde virtuel, mais l’image que nous avons construite du réel serait-elle autre chose, elle-même, qu’une illusion appréciée parce que propriétaire ?

 

C’est volontairement que j’exprime ainsi un discours « Matriciel » en l’éprouvant comme diabolique de la même façon que vous. Mais réalisons que la cohérence de ce discours n’est contrecarrée que par nos considérations actuelles sur le sacré. Nous savons par expérience qu’aucune valeur n’est éternelle. Nous semblerons peut-être des ânes attardés à nos descendants.

 

Ces descendants auront-ils les mêmes valeurs s’ils ressentent leur polyconscience et découvrent qu’ils peuvent choisir leurs illusions à leur gré ? Le Moi maquillé pourrait devenir un accessoire dont l’importance et la permanence ne seront pas supérieures à celle d’une tenue vestimentaire. Nous jouerons à en changer selon les contrastes que nous souhaitons éprouver. Les relations sociales seront tenues par la polyconscience, c’est-à-dire qu’il existera une médiation permanente évitant tout dérapage. Les conflits eux-mêmes seront désirés, parce que vécus comme une expérience productive. Nous promènerons tous, en nous, le tribunal qui fera respecter quelques règles d’autant plus rares qu’elles sont évidentes : le respect de l’intégrité d’autrui, la nécessité de secourir autrui s’il est incapable de se débrouiller seul, l’intérêt supérieur de l’espèce, mais aussi celui des autres formes de vie dans une perspective transhumanisme, la dernière cible du sacré étant reportée sur la conscience, que l’on cherchera à augmenter sans barrières, et même à en doter les machines, le sacré du vivant ayant lui aussi été aboli.

 

Nous n’en sommes pas là. La plupart de nos congénères se comportent en monoconscients. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que la polyconscience ?

 

Freud ne fut pas le premier à imaginer l’inconscient, mais en fit la première tentative cohérente de formalisation, avec sa trinité Ça-Moi-Surmoi. Malheureusement, cet essai tomba rapidement dans les travers de la religion. La psychanalyse ne pouvait prétendre au statut de science puisqu’elle n’était ni vérifiable ni réfutable avec les moyens de l’époque. Ses résultats thérapeutiques sont suspects, parce que l’on veut baptiser à tout prix traitement ce qui n’est après tout qu’une enquête psychologique, sans certitude qu’elle soit profitable à l’intéressé. Enfin la psychanalyse dérange, parce qu’elle se penche beaucoup trop près de notre intimité et de ses remparts d’illusions patiemment construits. Il n’est pas prévu qu’il soit si facile d’accéder à la salle au trésor de notre être. Voilà une invasion encore plus pénible que l’examen du proctologue.

 

Enfermée dans son église avec l’évangile freudienne, la psychanalyse n’a pas suivi le chemin frétillant d’idées de sa cadette la physique fondamentale, qui ne se gêne pas, elle, pour disserter à loisir sur des théories qui ne peuvent encore prétendre à la scientificité, comme la théorie des cordes : les possibilités semblent tellement renversantes qu’on baisse les yeux, ébloui, sur cet inconvénient. Tandis que la psychanalyse n’a pas su si bien séduire le bon peuple : est-elle apte à fabriquer le bonheur de tous, ou celui d’une clique d’adeptes convaincus ?

 

La polyconscience a quelque chose de la théorie des cordes de l’inconscient. Ce n’est pas une prolongation des théories freudiennes. Je n’ai pas lu Freud et ses élèves en détail. Professant ma naïveté, j’ai pu constater par contre les résultats médiocres de la psychanalyse sauf dans une catégorie bien précise de patients : ceux qui cherchaient un sens à leur vie. Et la psychanalyse les a guéris en lui donnant un sens par la pratique de l’analyse… sans résoudre plus loin leur question existentielle.

Tout le monde n’a pas une préoccupation existentielle aiguë. La plupart des mal-êtres proviennent d’une inadaptation de la personnalité à des difficultés très simples et courantes, sans qu’il soit nécessaire de la reconstruire de fond en comble. C’est-à-dire qu’il existe des pans entiers de la personnalité qui fonctionnent de façon très satisfaisante. Pourquoi s’attaquer aux fondations de l’édifice quand cela risque de détruire ces parties-là ?

 

La psychanalyse me semble handicapée dans ses ambitions thérapeutiques par une autre spécificité : elle prend l’histoire personnelle à rebours. Est-ce bien fiable quand la mémoire est si incertaine, quand le thérapeute comble avec ses propres convictions les trous dans les souvenirs du patient ?

Ce diagnostic de la psychanalyse est volontairement outrancièrement provocateur, car il n’est pas facile d’ébranler l’assurance des psychanalystes 😉 Freud, malgré les critiques psychobiographiques violentes qu’il a subies, reste un personnage cardinal de l’histoire des sciences humaines : avant lui, on s’interrogeait sans guère se préoccuper de ses intentions à s’interroger.

 

La polyconscience n’est pas une conception à rebours mais une théorie paléo-anthropologique : elle se fonde sur la construction progressive de notre psychisme au fil de l’évolution, reproduite en accéléré lors de la maturation d’un jeune, par une facilitation génétique.

Pour ne pas nous aventurer ici dans la métaphysique, prenons comme point de départ la tendance auto-organisationnelle du vivant. L’évolution, émaillée de mutations, augmente cette organisation par l’amélioration des espèces. Les règles les plus primitives ont été imprimées chez nos ancêtres sous la forme des instincts. Le réel nous a modelé, sans qu’une intention divine soit nécessaire, ni exclue. Il s’agit d’un échange permanent d’informations, pression des lois implacables de l’environnement dans un sens, adaptation physique puis psychologique, à partir de la naissance de la conscience, dans l’autre sens. L’échange est passé progressivement sous notre contrôle, peut-on penser, grâce à l’apparition de cette conscience. Mais nos intentions ayant entièrement surgi sous l’influence des lois du réel, on peut rester sceptique quant à leur indépendance. L’imagination peut être vue comme un réservoir de mutations psychologiques équivalent aux mutations physiques d’origine génétique : elle permet un bouleversement des conceptions du réel, capable d’améliorer leur efficacité. Là encore l’évolution tranche, par la prolifération ou l’étouffement des nouveaux concepts. Mais l’imagination sut être assez productive pour devenir une caractéristique permanente et intégrale de l’être humain.

 

L’imagination mit longtemps à produire des nouveautés qui nous semblent primitives, comme remarquer le tranchant d’une pierre dure et s’en servir pour dépecer. Ce sont pourtant des créations stupéfiantes par rapport aux simples élans instinctifs. L’imagination dispose d’un outil extraordinairement efficace : la représentation. Elle construit une sorte de modèle réduit, purement mental, du concept qu’elle étudie. Elle affine son modèle selon la performance qu’il manifeste à simuler le comportement de l’objet ou de l’être reproduit. Car la représentation ne concerne pas que des choses. Celles-ci sont les plus simples à modéliser. Il est plus ardu de créer les représentations des autres êtres vivants, des congénères, et encore davantage des évènements incompréhensibles, comme les sautes d’humeur du climat et autres bouleversements naturels. Les représentations, dans ce domaine, deviennent aventureuses voire loufoques, car il n’existe aucun moyen de vérifier leur efficacité. L’imagination invente des dieux — les pères suprêmes — et des monstres effrayants dérivés de ceux rencontrés par l’homme dans son habitat naturel, parce qu’il n’a pas d’autre référence. Il s’accroche à ses inventions avec ferveur : elles sont préférables à l’absence de représentation ; elles masquent l’horrible incertitude de l’inconnu.

 

Il est ironique de constater qu’après avoir progressé considérablement sur les modélisations de la nature, grâce à la science, jusqu’à une exactitude remarquable, l’homme dispose de représentations toujours très approximatives de ses semblables. Il était facile, à la préhistoire, d’en bâtir des images simples, d’après la référence de soi-même : les instincts sont universels, et faciles à repérer chez les voisins. La solidarité fut également une création évolutive, contrebalançant la rivalité meurtrière entre les membres d’un clan.

Mais les choses se compliquèrent par la suite de façon exponentielle : comme les congénères utilisaient eux-mêmes des représentations de sophistication croissante pour prendre leurs décisions, il devint plus difficile de créer un modèle prédictif de leur comportement, tant les options se multipliaient. Il fallut posséder les images de plusieurs types de tempéraments et les confronter dans une simulation intérieure de la vie sociale. Opération difficile et approximative. Apparut ainsi un décalage entre les progrès des représentations et la complexification des consciences qu’elles étaient censées représenter. Les relations sociales perdirent leur simplicité. Les plus habiles comprirent l’intérêt du mensonge, de la négociation, de la temporisation, de l’attaque surprise, de la création d’une position dominante gouvernant par la peur, et autres joyeusetés qui firent de l’histoire humaine une mine d’or d’expérimentations sociales les plus originales que l’imagination ait pu découvrir.

 

L’esprit humain est organisé comme une véritable société intérieure, avec ses hiérarchies, ses célébrités. Les instincts sont au bas de l’échelle mais ont le pouvoir du vote populaire : toute construction plus élaborée de la conscience doit respecter la volonté du peuple, sinon son pouvoir s’effondre. Si un tyran intellectualisé tente de diriger les instincts sans propagande adaptée, la révolte gronde et le psychisme est d’une rigidité soviétique. Les « élus syndicaux », schémas de comportement plus complexes créés par l’auto-organisation de la conscience, tentent de canaliser le désir des instincts par la sublimation, une façon plus adaptable de leur permette d’aboutir. Ils sont aussi des représentations, c’est-à-dire que les élus syndicaux sont mimés dans le psychisme d’après les modèles rencontrés au cours de sa formation. Certains ont une influence déterminante : les parents. Les représentations deviennent de plus en plus sophistiquées au fur et à mesure que l’enfant mûrit son psychisme. Elles deviennent des personae.

Les personae sont loin d’avoir la complexité des personnes qu’elles représentent, mais elles ont des désirs symboliques importants. Tous les proches sont à l’origine de personae, mais d’autres représentations peuvent se former à partir d’animaux domestiques, de mythes, de personnages fictifs tels que le héros d’un dessin animé, et même d’objets-symboles.

 

Tous sont membres de la polyconscience, cette assemblée intérieure du psychisme qui ne peut se réduire à la trinité freudienne. Chaque persona pèse d’un certain poids dans la hiérarchie et dans chaque circonstance ; son influence augmente quand les comportements qu’elle induit se révèlent efficaces.

Car toute décision est votée au sein de la polyconscience. L’imagination a créé et retenu tous ces personnages contradictoires parce qu’ils ont eu, au moins un temps, une utilité incontestable, mémorisée. Nous fonctionnons sur la base d’oppositions entre différents choix. Les conflits sont généralement plus productifs, par la collégialité de la décision finale, que destructeurs si l’opposition des personae devient irréductible. Les hommes dotés d’une conscience unique, monomaniaque, ont disparu parce que moins adaptables.

Les polyconsciences qui fonctionnent mal, qui ne trouvent pas d’harmonie, sont également défavorisées. Vues comme pathologiques par le reste du groupe social, elles sont les proies désignées des punitions, des camisoles chimiques et des psychothérapies.

 

Les hommes sont tous pré-polyconscients. Ils utilisent un nombre variable de personae et les rendent plus ou moins sophistiquées selon leurs capacités mentales, mais tous fonctionnent sur le modèle de la société intérieure.

 

Par contre peu d’humains se ressentent polyconscients. Ce que j’appelle un être monoconscient est quelqu’un qui n’éprouve ni ne connaît sa polyconscience, la restreint à un petit échantillon de personae, et se trouve complètement désarmé quand elle dysfonctionne. Il ne saura pas réorganiser sa société intérieure et son instance décisionnelle, le Moi, quand celui-ci ne remplit pas efficacement son rôle. L’échec social laisse l’homme monoconscient sans ressources, parce que ses représentations ne sont pas suffisamment sophistiquées mais surtout médiocrement individualisées. L’homme monoconscient ne reconnaît pas ce qui s’oppose à son changement de comportement, parce qu’il ignore l’existence des personae mises au cachot depuis des années par le reste de sa polyconscience, et qui hurlent leur désespoir depuis les bas-fonds.

 

Faut-il faire le difficile chemin à rebours que prescrit la psychanalyse, étudier les noeuds arbitraires par lesquels la construction de tous les psychismes seraient passés, qui sont souvent la transposition abrupte de l’expérience de ceux qui les ont éprouvés ? C’est une voie semée d’embuches, de postulats, et qui détruit en partie ce que l’on a cimenté depuis l’enfance. Que restera-t-il de la personnalité qui puisse reconstruire, puisque l’on a démonté la polyconscience ? Nous risquons de ne trouver aucun autre maître d’oeuvre… que celui qui a procédé au démontage : phénomène du transfert, bien connu des analystes.

Ce peut être une façon pour les analystes de se reproduire, mais il existe une autre voie, plus respectueuse de l’individu constitué, et ainsi dans laquelle il est bien plus facile à ce dernier de s’engager :

 

Qu’est-ce que devenir polyconscient ? Le concept est facile à saisir, puisque c’est une reproduction dans notre psychisme du modèle de la société extérieure.

Le travail est de reconnaître les personnages qui composent sa propre polyconscience, par analogie avec ceux qui existent autour de nous. Si nous observons les animaux, nous pouvons repérer les comportements instinctifs que nous avons sublimé mais qui sont toujours les principaux « votants » qu’il faut satisfaire. Se détourner des instincts est une fausse bonne idée : par quoi remplacer cet élan ? Les idéalistes ont les polyconsciences les plus conflictuelles. Une sévère guerre intérieure les a ravagés et la déchéance des personae vaincues est terrible. Il n’y a pas pire Croisé que celui qui cherche à tuer une partie de lui-même.

 

Nous pouvons nous raconter nos parents. Sachant à présent qu’ils étaient eux aussi des polyconsciences, ils sont plus faciles à excuser pour leurs mauvais côtés : ce n’était qu’une partie d’eux. Ils se trouvaient également obligés de satisfaire à leurs instincts, sans doute en ayant eu plus de difficulté à les sublimer dans une société qui offrait moins de dérivatifs. Nous pouvons leur pardonner, et prendre en considération la bonne partie, car ils avaient l’impératif, noyé dans leur polyconscience, de faire de leur mieux, pour nous spécialement, instinct absent d’un autre que notre géniteur biologique.

 

La reconnaissance de la polyconscience procure une assurance extraordinaire, parce qu’elle donne le mode d’emploi de notre psychisme, sans avoir à le reconstruire. Personne à mettre au cachot. Pas de violence à se faire, au contraire : chaque persona a un discours qui se tient, dans les limites de sa propre cohérence, a donc le droit de le faire valoir. Elle doit pouvoir accéder à l’assemblée des personae, exposer ses arguments. On peut la contredire, mais pas la museler. Au final c’est l’assemblée qui vote pour le meilleur choix. La persona insatisfaite n’est pas moquée, elle reçoit plutôt un message consolateur : « Attends le résultat. Si tu as raison, tu auras ton heure ».

 

La polyconscience efficace est une démocratie participative. Elle est dynamique. Elle ne donne pas toujours satisfaction à la même persona. Elle utilise l’avis de l’une ou l’autre en fonction du contexte et des performances mémorisées. Elle en accueille facilement de nouvelles, par les contacts avec d’autres individualités, par les lectures, ou les expériences dans le monde réel. Elle peut redevenir instinctive si cela semble nécessaire, par exemple dans une situation vitale où la sensibilité et le compromis ne sont plus de mise.

 

En possession du mode d’emploi de la polyconscience, nous la recomposons sans la détruire. Nous reconnaissons dans les autres des personae identiques. Les relations sociales deviennent des mélanges de représentations, plus faciles quand elles sont culturellement proches, mais toujours possibles parce que les considérations de pouvoir, instinctives, ne sont qu’un élément de ces polyconsciences, et non le principe directeur comme chez la plupart des hommes monoconscients.

 

Nous verrons dans ce livre le fonctionnement intime de la polyconscience, ses implications philosophiques, ses connexions biologiques et sociologiques, et nombre de ses applications, comme la facilité avec laquelle un polyconscient manipule un monoconscient — le contraire est également vrai, nous le verrons plus loin —, non pas forcément dans une optique de domination, mais d’agrément du voisinage… Les ressorts polyconscients du monoconscient sont faciles à analyser quand on est soi-même polyconscient, et il est possible d’influencer gentiment leur équilibre pour modifier le comportement final du Moi. Les empathes le font intuitivement, en jouant sur le renforcement positif de la polyconscience quelque soient ses valeurs, car il existe toujours au milieu des personae directrices l’ego instinctif, qui veut faire reconnaître l’importance de cette enveloppe individuelle, facile à flatter par le positivisme.

Le polyconscient peut utiliser une approche plus sophistiquée et plus délicate, qui favorise chez l’autre sa propre évolution vers la polyconscience, en reconnaissant les autres personae plutôt qu’en confortant les plus dictatoriales.

 

Le laborieux continuera l’analyse, le commerçant le renforcement positif, tandis que le thérapeute dispose, avec la polyconscience, de l’outil le plus respectueux de l’autre.

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Juil 082011
 

Jeune, on apprend une foule de choses qui nous semblent dénuées d’importance, et désapprises aussitôt.
Ainsi, plutôt que soumettre les mémoires à une sorte de vierge de fer scolaire, est-il plus rentable de faire découvrir les importances.

Quoi de plus efficace à cet âge que les contes et allégories, même en mathématiques ? L’enseignement est trop énoncé, jamais assez raconté.

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Juin 272011
 

En France, la philosophie est accaparée par les enseignants.
S’il y a bien une névrose profonde dans l’enseignement philosophique, c’est de réclamer à son élève de penser par lui-même, puis de lui opposer systématiquement un texte, comme si tout avait été dit, pour tous. C’est le désapproprier de son discours et garder le pouvoir à l’enseignant. Où est passé Socrate, qui accouchait les pensées et ne se gardait aucun droit sur elles ?

Le postulat de la religion philosophique est que les mots n’appartenant pas à un nom propre n’ont aucune valeur, et inversement les mots nantis d’un nom propre ont une valeur assurée.
Je me moque des anciens propriétaires ! Achetons-nous donc la responsabilité de ces mots et voyons si nous sommes capables d’en conserver la valeur, des siècles plus tard et dans un monde tellement différent.

Irrités par l’apostrophe « la philosophie ne sert à rien », la plupart des philosophes français se détournent de la pensée pure, basculent dans l’idéalisme et le militantisme, qu’ils ont relooké avantageusement sous le terme de « philosophie agissante », un contresens, qui fait de la discipline non plus une recherche personnelle mais un outil de pouvoir.
Le vrai philosophe déteint sur les autres ; le philosophe agissant impose son maquillage.
Je vous supplie, messieurs, de ne plus vous réclamer de la philosophie pour agir ! Choisissez « filousophe » !

Le milieu enseignant se glorifie d’être parmi les rares à enseigner la philosophie à l’âge scolaire, mais quel en est l’effet sur ces esprits meubles davantage occupés à construire des illusions nécessaires qu’à les détruire ? Combien en profitent ? Pourquoi chercher aveuglément à taguer son adulte recherche obsessionnelle de vérité, comme Freud a tagué son Oedipe sur les autres ? Combien se détournent, jeunes, de la philosophie, comme d’un martinet stupidement scolaire, et mettront des décennies avant de se réintéresser à des questions existentielles ?

L’enseignement est la dictature des digéreurs, tandis que les inventeurs, dissimulés, offrent de rares compagnonnages.

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Mai 072011
 

Comme l’éducation parentale, où les carcéraux engendrent des libéraux qui donneront naissance à leur tour à des carcéraux, la société éducative provoque de grands mouvements de balancier : La génération 68, qui a désiré la révolution sociale, a engendré une progéniture dont le seul désir est de ne pas chuter hors de la société. Les enfants de nos enfants seront-ils à nouveau rebelles, rejetant le conformisme sécuritaire ambiant ? C’est fort probable.
Ce rebond social participe-t-il à nous faire bondir de branche en branche au fil de l’évolution ?

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Mai 052011
 

La première faute que nous pouvons nous reprocher quant à l’état du monde que nous allons laisser à nos enfants
est de les y avoir fait naître.

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Mar 212011
 

Jean Dubuffet est tombé dans le travers de généralisation quand il traitait les professeurs d’éponges cramponnées — cramponnés à la situation d’écolier, à la réception et la régurgitation du savoir —, après avoir côtoyé certainement quelques exemples prétentieux de la profession.
La tâche en fait est terriblement difficile : Il s’agit non pas de s’étourdir et se gargariser de l’altitude à laquelle est parvenue son esprit sur une matière infiniment complexe — où parviennent bien d’autres que les professeurs —, mais de redescendre l’expliquer à l’éléve, encore au pied de l’échelle de conscience.

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