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oct 142014
 

Dans un jeu télévisé, un candidat se voit proposer de choisir entre 3 portes : 2 cachent une chèvre, la 3ème une voiture flambant neuve. La règle prévoit qu’au moment où le candidat choisit une porte, le présentateur ouvrira l’une des 2 autres portes, qui dissimule une chèvre. Le candidat a-t-il intérêt à maintenir son choix initial ou à choisir la porte restante ?

Une partie des gens ne change pas son choix. Plus qu’une intuition, c’est une peur de le remettre en question alors qu’on ne voit pas de raison claire de le faire. « Dans le doute, je ne bouge pas ».

Une autre partie des gens ne change pas son choix, sur l’intuition suivante : la chance de mon choix initial était de 1/3 ; elle est à présent de 1/2, comme la porte restante : pas de raison de changer.

Pourtant c’est bien ce qu’il faut faire. La probabilité du choix initial est toujours de 1/3 et c’est l’autre porte qui capitalise les 2/3 restants. Cette conclusion provoqua l’envoi de dix mille courriers de protestation à l’analyste Marilyn vos Savant, dont de nombreux mathématiciens professionnels, refusant d’accepter le résultat.

Au début on demande de choisir l’une des 3 portes. La probabilité de faire le bon choix est 1/3. Que votre choix soit bon ou non, le présentateur peut toujours ouvrir une porte cachant une chèvre. En faisant cela il ne semble pas donner d’indice supplémentaire pour savoir si votre choix initial est correct ou erroné. Vos chances paraissent toujours identiques. Mais en fait il vient d’augmenter la probabilité que la 2ème porte, que vous n’aviez pas choisie, soit la bonne, en éliminant la 3ème. La probabilité que votre choix de départ soit erroné était de 2/3 ; dans ce cas de figure, changer après l’ouverture de la 3è porte vous fait gagner… avec cette probabilité de 2/3.

En disant que les deux portes restantes ont une chance de 1/2, on ne tient pas compte que le présentateur a choisi la 3ème porte parmi les 2 restantes. Les chances auraient bien été de 1/2 s’il en avait ouvert une au hasard et que ce fut une chèvre.

 Posted by at 10 h 52 min
sept 182014
 

Dieu ne pose aucun problème aux scientifiques. Tous le connaissent et l’appellent de noms divers, selon un aspect auquel ils se réfèrent, la Nature, l’Évolution, les lois fondamentales de l’Univers, l’espace-temps, le Multivers… Un désaccord ne survient que lors d’une tentative de prise de pouvoir sur Dieu, c’est-à-dire lorsque qu’une théorie prétend le décrire. Le scientifique se contente de demander : Quelle connaissance possédez-vous à l’appui, que je puisse partager avec le minimum de doute ? Quelle méthode expérimentale imaginez-vous pour confirmer votre hypothèse ?

Une religion est une théorie de Dieu.

Le Jugement Dernier est un accélérateur de particules destiné à confirmer la théorie chrétienne de Dieu (ce serait un joli nom, d’ailleurs, pour le successeur du LHC).

 Posted by at 21 h 42 min
août 102014
 

roger-pol-droit 1/10
2 livres qui flirtent avec l’imposture. Quelques idées intéressantes mais archi-connues au milieu de réflexions trop basiques susceptibles d’intéresser seulement l’aspirant philosophe tout débutant…

Thèmes les plus stimulants (remaniés) si vous ne les avez pas déjà essayés :
—Inventer un pays imaginaire où chacun crée une histoire reliée à la trame principale.
—Soirée où chacun joue un personnage ayant vécu à cet endroit dans le passé.
—Choisir son totem animal ou son daimon et raconter sa vie fétichisée.
—Silence 5 mn pour tout le monde, pour laisser agir le langage non parlé (il n’est pas question de s’ignorer).
—Choisir un sujet et chercher à déterminer l’opinion d’une des personnes présentes sans qu’elle la dise.
—Prendre plusieurs extraits de livres et en faire un nouveau en reliant les scènes.
—Inventer des pseudo-lois scientifiques, farfelues mais plausibles (cf « Ventilationnisme »)
—Se trouver un pseudo, non pas raccourci mais au contraire définissant le plus complètement possible son identité.
films-stupides

 Posted by at 5 h 29 min
juil 232014
 

Le conflit fondamental individualité/solidarité se retrouve dans le mode de pensée et dans l’armature même des concepts. Quand un philosophe dit « la vérité est ceci » et un autre « la prétention de toucher à la vérité est une utopie dogmatique », le second n’a pas davantage raison que le premier. Chacune de ces formules contient sa propre exactitude. Le fait qu’elles semblent s’exclure l’une l’autre ne donne pas d’importance préférentielle à la seconde, bien qu’elle semble plus « sage ».
La seconde formule est une déclaration solidaire, et la première individualiste. La confusion entretenue à propos de la vérité est qu’elle n’est pas binaire (oui ou non) mais une force. On peut la considérer comme totale à l’intérieur de l’esprit qui la conçoit (encore n’est-ce vrai qu’en s’arrêtant à la fusion consciente, sans descendre au niveau de la polyconscience), mais elle s’estompe, comme un champ magnétique, à distance de sa source. Une vérité, contrairement à l’idée générale, n’a pas d’existence propre. Elle est« régénérée » par les autres esprits qui s’en emparent, à l’aide de paradigmes identiques. Sa continuité à travers un grand nombre de cerveaux humains peut ainsi donner une impression d’« universalité », mais elle reste la propriété de cet ensemble, quelle que soit la référence étroite qu’elle peut avoir avec le réel.

Cette vision n’adoube-t-elle pas justement la seconde formule : « la prétention de toucher à la vérité est une utopie dogmatique » ? Non, parce que justement en la redéfinissant correctement, nous pouvons y « toucher ». Individuellement.
« Pas de vérité » est solidaire, c’est-à-dire que celui qui le dit possède sa vérité (ou s’il est polyconscient en possède plusieurs et les hiérarchise à sa façon très personnelle), mais ne veut pas l’imposer aux autres. « Choisissez votre propre vérité », voilà le message. Sont-elles toutes aussi judicieuses ? Généralement la solidarité de l’orateur ne va pas jusque là. Il va quand même tenter de vous faire partager les éléments de la sienne. Si j’étais acerbe, je dirais que la formule est une manipulation pour vous rendre plus malléable au mimétisme. Tandis que celui qui entre en matière avec un « je détiens la vérité » va déclencher la rébellion immédiate de votre personnalité et vous rendre particulièrement méfiant (sauf si vous êtes agenouillé devant votre gourou). Lequel est le plus honnête, en fait ? Est-ce bien celui que l’on croit ?
Nous pourrions estimer que la brute présentant sa vérité sans pommade et l’accompagnant d’arguments suffisamment convaincants pour emporter malgré tout notre adhésion, a sans doute une force d’exactitude supérieure à celui qui emploie la manière solidaire, le « consensus ».

La démonstration en est faite à rebours par le type de vérité que l’on essaye de transmettre. S’il s’agit d’une vérité scientifique, l’orateur n’a guère besoin de montrer abondance de solidarité. Ses arguments sont adossés à des évènements reproductibles, à ce chien fidèle qu’est le Réel. Les auditeurs acquis aux mêmes paradigmes sont contraints de les ingurgiter. Ils peuvent dire en privé que l’autre est prétentieux, arriviste, méprisant pour le travail des autres… il y a peu d’espace pour en faire autre chose qu’un mouvement d’humeur. Cela devient « la » vérité.

La vérité philosophique est différente, parce qu’elle s’adresse à quelque chose d’éminemment différent du Réel qui est la pensée humaine ; son rôle est justement de s’écarter du Réel pour le contempler et le définir. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Il s’agit justement pour l’esprit de s’approprier la maîtrise du Réel, ainsi que de la façon dont les esprits des congénères s’approprient eux aussi le Réel. Il existe ainsi une méthode individualiste (fournir sa vision aux autres) qui s’oppose à la méthode solidaire (emprunter la vision des autres pour en faire la sienne). Bien sûr cela circule dans les deux sens, mais nous avons vu dans « Stratium » qu’il faut une illusion d’indépendance pour que cela soit productif, sinon nos esprits seraient des clones.

La paradoxe de la vérité philosophique est celui-ci : la plupart des penseurs la voient comme relative parce que nos esprits sont tous différents, mais à l’intérieur d’un esprit donné, c’est la seule qui puisse être définie comme absolue. La pensée se confond avec sa propre vérité. La seule chose qui la menace est la foule des pensées alternatives chez les autres, que nous sentons affleurer à l’orée de notre fusion consciente. Cependant si nous consolidons fermement celle-ci, nous pouvons parfaitement croire détenir la vérité absolue, et dans cet espace c’est rigoureusement exact.

La sage affirmation « pas de vérité » est donc une ouverture solidaire, une incitation à sortir de son exacte vérité individuelle pour rejoindre une autre moins forte et plus consensuelle. Cette proposition n’a rien de juste en soi.

C’est une évidence quand la vérité d’un individu isolé est confirmée par la suite comme la plus exacte. Par exemple Galilée refusant l’héliocentrisme, sans qu’il soit besoin de se cantonner à un exemple scientifique : prenons la situation d’un étranger arrivant dans un village xénophobe (n’en existe-t-il pas ?) et qui est soutenu par un seul des habitants. S’il réussit parfaitement son intégration au bout de quelques années, cela fait de la « vérité » de l’habitant unique la meilleure. Que se serait-il passé si celui-ci avait décidé de rejoindre solidairement la vérité des autres, c’est-à-dire de rejeter l’étranger ? Toute la communauté se serait trompée.

En philosophie il existe autant de vérités que d’hommes… et aucune n’a la même valeur intrinsèque que ses rivales, exposées sur le champ de bataille des concepts. Se contenter de dire leur multiplicité est renoncer à les évaluer. C’est un refus de faire intervenir sa propre individualité. Or elle existe, n’en doutons pas.

Le sage est seulement quelqu’un qui s’exhorte davantage à la sagesse que les autres.

 Posted by at 4 h 55 min
juin 082014
 

Je bascule ici la rubrique « Livres disséqués » auparavant tenue sur le blog VINCRE, qui se consacre plus spécifiquement à la culture et aux évènements de Nouvelle-Calédonie.

Sorman-Guy-Les-Vrais-Penseurs-De-Notre-Temps 5/10 Acheter sur Amazon

J’ai commis l’erreur de ne pas relever la date de publication : 1989. Titre accrocheur mais discours fortement daté. Ouvrage de Candide allant s’informer auprès des théoriciens pour redescendre leurs hautes envolées à des niveaux de conscience plus acceptables. Si vous connaissez aujourd’hui l’un des sujets traités, vous n’apprendrez rien. Complètement inutile pour la partie science si par exemple vous êtes abonné à Science&Vie ou une revue équivalente. Les penseurs choisis par Sorman ont eu leur heure de gloire mais, à quelques exceptions près, sont devenus dépassés, comme s’il interviewait un Einstein sur la fin de sa vie, tempêtant toujours contre les incertitudes quantiques. Ce livre est un musée des penseurs de la fin du siècle dernier et non un ouvrage d’actualité. Continue reading »

 Posted by at 19 h 19 min
mar 222014
 

la-vie-a-t-elle-un-sens Grande impatience à recevoir cet ouvrage. On peut discourir philosophiquement sur la plupart des BD. Mais les « BD philosophiques » ne sont pas légion. Allez voir en passant le Filozophon, recueil de dessins parus sur ce blog et d’autres, téléchargeable gratuitement ici

Le début de ce sens dessiné de la vie est décevant.
p13 – Non, M. Umberto Eco, Snoopy n’est pas dans les affres de sa condition de chien, mais de celle d’un penseur existentiel isolé parmi ses congénères, peu préoccupés de telles question, comme l’indique le pastiche de Art Spiegelman.
Quant à Charlie Brown, il ne ressemble pas aux enfants de son âge, mais à un enfant qui n’aurait pas grandi. Ses difficultés se résument à un seul handicap : il ne sait pas mentir, parce qu’il ne sait pas reconnaître le mensonge, un élément fondamental de la relation humaine. Une grosse tare, vraiment. On peut donc juger cette BD comme un encouragement à nous déculpabiliser du mensonge, puisque le pauvre Charlie, avec son éthique à 2 balles, se pourrit continuellement la vie.

L’intérêt des articles remonte progressivement, jusqu’à une série de perles qui justifient entièrement l’achat de l’ouvrage :

p75 – Manara féministe ? par Sonia Feertchak
Il faut oser, pour une philosophe féministe, voir ainsi les filles de Manara, offertes à tous les appétits qui passent. On ne saisit plus très bien la différence avec la condition féminine des années 50 ; après tout, les femmes de cette époque montraient le même enthousiasme à jouer du mieux possible les rôles parfaitement définis pour elles par la société masculine aussi bien que la plupart des femmes elles-mêmes. Seules les références ont changé. Une époque, ainsi, n’est pas plus féministe qu’une autre, mais définit la femme d’une façon différente. Je préférerais ne pas voir l’époque qui la déclarerait définitivement semblable à un homme…
Sonia est convaincante, néanmoins. Recommandons Manara à toutes les femmes émancipées…

p76 – Crumb, la subversion par la lucidité
Excellent texte de Clément Rosset sur un sujet culte : Crumb, le déconstructeur, le « conservateur anti-conformiste », à l’opposé de l’onirisme de Manara tant par les dialogues que le dessin.

p80 – Belle analyse de Denis Moreau sur les « retours de réel » et nos façons de défendre nos illusions, même quand leur fragilité devient évidente. A mettre dans la bibliothèque de tout psy.

p84 – Enfermés dans l’infini, par Marc-Antoine Mathieu
Géniales bulles qu’aurait pu souffler un Raymond Devos au meilleur de sa forme, soutenues par un dessin « crumbien ». Un extrait :

infini85

 Posted by at 13 h 11 min
fév 272014
 

La déviance positiviste de l’esprit humain apparaît de façon caractéristique dans le pari de Pascal. Voilà une argumentation en apparence purement logique en faveur de la croyance en Dieu. Pourtant ce n’est pas une conclusion de notre cerveau rationnel. Celui-ci dirait : comme il n’existe aucune preuve de l’existence de Dieu, je dois gérer ma vie au mieux sans donner de réponse à cette question.
Le pari est celui du cerveau émotionnel. Je mise ma croyance, ce qui ne me coûte pas grand-chose (mais cela ne coûte pas rien, c’est une organisation de sa vie qui n’est pas forcément la plus judicieuse), et peut me rapporter gros (si Dieu existe, mais l’on ne sait rien de la récompense en fait, les gens racontent peut-être n’importe quoi). Comme l’on ne rencontre jamais la preuve de l’existence de Dieu, sa probabilité est excessivement faible, tout de même, face à tous les autres critères de comportement que nous avons sous les yeux. Dès lors, avec une récompense qui a fort peu de chances de se réaliser, et une stratégie choisie par les croyants qui n’est pas forcément la meilleure à suivre, on se retrouve avec un très grand nombre de perdants. Petits perdants, certes, mais perdants quand même. Comme au casino. Sauf que le gagnant, celui qui a tiré le jack-pot, n’existe même pas. En fait le pari de croire en Dieu serait enfin séduisant si un gagnant revenait du Paradis et nous disait « C’est fantastique ! », avec preuves indubitables à l’appui.

Cela n’empêche pas nos cerveaux émotionnels d’être joueurs, d’attendre de l’univers qu’il se conforme à nos espérances, tandis que le cerveau rationnel hausse les épaules, et voit son discours coloré malgré lui par les envies de l’autre.

Ce texte ne critique en rien les valeurs associées à la croyance en Dieu. Chacun peut décider qu’elles sont la meilleure stratégie à suivre pour conduire sa vie, indépendamment de l’existence de Dieu. C’est le cas sous de nombreux climats sociaux, et c’est au final la principale motivation des croyants « éclairés », qui voient la confirmation finale de la présence de Dieu comme un bonus, et non une consécration obligatoire.

D’où cette conclusion polyconsciente, parce que très à contre-courant de ce que vous avez commencé à lire : croire n’est peut-être pas un pari.

 Posted by at 2 h 24 min
déc 122013
 

La connaissance est une échelle de pouvoir.
Tout en bas se trouvent ceux qui en ont peu, et en tirent donc peu de pouvoir ; grâce à cette liberté, ils acceptent tout ce qui est enveloppé d’une apparence sensée, avec une grande fraîcheur naïve ; peu barricadés dans leurs certitudes, ce sont eux qui sont susceptibles des progrès les plus rapides.
Au milieu se trouvent ceux qui fixent leur attention davantage sur leur connaissance que leur ignorance ; un diplôme leur attribue un pouvoir ; ceux-là sont plus attentifs à la source d’une nouvelle connaissance qu’à son contenu ; accorder de l’importance à une idée ne parvenant par les canaux hiérarchiques serait menacer leurs propres habits de pouvoir ; ils trient plutôt qu’ils ne créent.
Enfin tout en haut de l’échelle sont perchés ceux qui voient d’autant mieux l’étendue de l’ignorance qui les assiège encore qu’ils ont établi quelques cartes de ces territoires ; ils retrouvent la liberté des gens du bas ; ces sages étudient avec plaisir les idées les plus incongrues, d’où qu’elles soient originaires, car de ces graines fleurissent les plus beaux arbres conceptuels au sein des terres obscures.

 Posted by at 2 h 49 min
déc 122013
 

Parler d’art universel est risquer de se faire mal comprendre. Pour le spectateur, l’art est avant tout un moyen d’identification du soi, de sa propre singularité, et de ce qui lui fait écho chez les autres, en particulier l’artiste. On se confronte au phénomène étrange de l’identité, cette intrication de mimétisme et d’originalité. On découvre des briques communes avec des esprits étrangers par delà la culture, voire même au-delà de l’espèce.

Ainsi l’art n’est universel que dans son principe, et nullement dans sa forme.
Il pourrait être symbolisé par deux personnes contemplant des tourbillons, fort semblables entre eux. La première personne pointe un doigt et s’exclame : « Regarde celui-ci, il est fantastique ! ». La seconde fait la moue et en désigne un autre : « Ah ? moi je préfère celui-là… ».

 Posted by at 2 h 20 min
nov 052013
 

Voici l’introduction d’un manuscrit bientôt publié intitulé pompeusement « Je ». Ce n’est pas une biographie de l’auteur, du moins je l’espère, car c’est une dissection fort mutilante du « Je », plus exactement de ce que nous considérons chacun comme notre « Je ». Comment s’est-il formé? Englobe-t-il la totalité du conscient? S’étend-il dans l’inconscient? Mais au fait, qu’est-ce que la conscience exactement?
Sans être un traité de neurosciences, ce livre s’attache à respecter l’approche scientifique du fonctionnement de l’esprit, puis s’en détache. Il indique la voie du réenchantement, par-dessus cette machinerie neuronale, pour aboutir finalement à des conclusions étonnantes.

Si ce sujet vous intéresse, je cherche des relecteurs. Merci de me contacter sur cet email pour obtenir un exemplaire du livre complet au format PDF.
Vos commentaires et critiques seront précieux.

Introduction

Ce livre a une prétention : montrer une vue d’ensemble de la personne humaine, par une approche aussi bien biologique, c’est-à-dire par le réel, que philosophique, c’est-à-dire par le conceptuel. Vous pouvez, par simplification, le placer dans la catégorie neurophilosophie. Malheureusement ce terme a pour certains une couleur péjorative ; on lui reproche de vouloir rétrécir l’espace de la philosophie au profit des neurosciences. Derrière l’anathème «réductionnisme», cependant, se cache une volonté elle-même réductrice : le refus d’intégrer des informations dérangeantes à la vue d’ensemble qui sera notre sujet. Le repère «réduction» est le balai qui les envoie sous le tapis.
Notre propre méthode sera de bannir la négation, ou plus exactement de la fragmenter, de même que les affirmations, et de montrer comment elles établissent une continuité. Nous irons jusqu’à définir le rôle de l’affirmation et de la négation, autour du repère. Les antagonismes de la science et de la philosophie deviendront alors, sous nos yeux, nécessaires.

Rassurez-vous, nous ne ferons pas que voler, solitaires et inaccessibles, dans l’espace théorique. De multiples exemples nous connecterons à la vie quotidienne. Nous offrirons une profondeur et une solidité différentes aux racines des concepts de liberté et de moralité. L’écosystème du terreau psychique étant mieux compris, nous y planterons avec succès de nouvelles graines philosophiques.
En ce sens, ce livre n’est pas catégorisable. Quand vous l’aurez refermé, aucun autre ne paraîtra avoir le même sens qu’auparavant, peut-être même celui vos recettes de cuisine ! Comment une assertion d’une telle fatuité est-elle possible ? C’est assez simple : vous ne serez plus le «Je» qui a retenu le sens de tous ces livres et des autres «Je» qui les ont écrits. Vous serez côte à côte avec lui, et avec les autres…
Laissons ce parfum de mystère vous entraîner dans les abysses de ces pages, après un avertissement tout de même :

Notre aventure s’adresse à tous ; cependant, ne présupposons pas que vous ayez un intérêt à vous connaître. Que vous soyez déjà passionné par les courbes émoustillantes des circonvolutions cérébrales en petite tenue, ou au contraire que l’IRM fonctionnelle vous semble relever de la masturbation scientiste, notre première question est :

Est-il judicieux de se contempler de près le nombril psychique ? Continue reading »

 Posted by at 19 h 37 min
mai 252013
 

Ce que l’on peut dire des tentatives de relance de la métaphysique se résume ainsi : la métaphysique a cet intérêt extraordinaire que chacun peut y placer toutes ses croyances et les relier dans un système de cohérence absolument parfait. Une oeuvre sans défaut, que l’on ne peut s’empêcher d’admirer comme on le ferait d’un objet d’art étonnant et auto-suffisant. C’est-à-dire qu’il peut ne servir à rien. Ou, presque toujours, servir de coffre-fort aux intentions qui ont motivé l’oeuvre et dont l’auteur ne sait rigoureusement rien — à part qu’elles existent et qu’elles sont bien joliment cachées au sein du coffre métaphysique —.
Tous les bébés naissent métaphysiciens. Et au final, dans une boucle qui se referme, l’on meurt souvent métaphysicien, parce qu’aucune des justifications physiciennes de l’existence n’a eu le panache des enchantements que notre imagination a su construire par dessus. Entre les deux, certains parviennent à s’observer, comme un créateur considérerait son oeuvre, un créateur dont les intentions ne lui appartiennent pas, qui sont les principes matériels. Sans doute est-ce encore une illusion. Sans doute ces motivations propres à lui-même, les observe-t-il avec d’autres intentions qui lui appartiennent encore. Mais quand il sélectionne seulement celles lui semblant raisonnablement universelles, il peut capturer progressivement son être. Jamais n’a-t-il la certitude de voir sa forme précise, mais il sait qu’il est là, dans le filet…

Cela voudrait-il dire que la métaphysique n’ait aucun avenir, qu’elle serait désespérément illusoire ? Non. En fait la question même est stupide. Si l’être humain peut être décrit, jusqu’à ses étages psychiques les plus élaborés, par des concepts physiques, son mode de fonctionnement est métaphysicien. Aucune science n’aurait été possible sans la métaphysique. Toute théorie matérialiste solide est née dans la métaphysique. Il s’agit du 2ème cercle de l’esprit, celui ouvert à toutes les imaginations, toutes les propositions. Notre psychisme est un lieu de confrontation. Rien à voir avec le pouvoir comme nous l’exerçons en société ; il s’agit là d’un mécanisme purement neurologique. De nouveaux schémas sont continuellement fabriqués et comparés aux valeurs existantes. Ce mécanisme, qui concerne l’entraînement du moindre réflexe à notre disposition, est encore présent dans la formation des ensembles mentaux les plus complexes. Nos connaissances forment une bibliothèque de valeurs. Juste à côté, derrière une porte battante, se trouve le laboratoire de métaphysique, d’où s’échappent fumerolles éclairs et parfums de soufre. Sans lui, la bibliothèque ne contiendrait que quelques ouvrages instinctifs sommaires, issus de l’héritage génétique. Du chaudron métaphysique proviennent une multitude de recettes alternatives, magiques, certaines indigestes, d’autres qui finiront par devenir les plus beaux fleurons de la bibliothèque.

La métaphysique n’est pas la réalité ; elle est le mode de capture obligatoire de la réalité. Il faut être capable d’imaginer toutes les aliénations pour savoir ce qu’est un esprit sain. La métaphysique contient le devenir de la réalité. Sans savoir l’identifier. Ce n’est pas son rôle ; c’est celui du bibliothécaire logique, indépendant des intentions de l’auteur, qui regarde combien de lecteurs l’ouvrage a attirés et enthousiasmés.

Utilisons les salles de notre édifice psychique à bon escient. La métaphysique est le solarium, du toit duquel nous pouvons semer le pollen de notre imagination à tous vents, et voir quelles plantes curieuses poussent alentour. Ce domaine, cependant, n’existe que dans notre esprit. Si nous voulons connaître le monde, mieux vaut demander un bon livre à la bibliothèque.

 Posted by at 0 h 25 min
mai 132013
 

Il existe une confusion constante dans l’esprit des gens entre «différence» et «inégalité», de même qu’entre «égalité» et «clonage».

Les êtres humains sont tous fondamentalement différents et simultanément organisés autour des mêmes «briques» psychiques, d’instinctives aux étages inférieurs jusqu’aux «valeurs» communes des étages supérieurs. C’est la qualité de leur auto-organisation conjointement avec le parcours environnemental spécifique à chacun qui produit l’originalité individuelle. Du moins le pensent ceux qui ont abandonné l’idée d’un principe métaphysique quelconque — l’âme restant le plus populaire — déterminant cette originalité, dont on n’a trouvé aucune trace jusqu’à présent, et qui ne semble nécessaire que si l’on n’a pas fait son deuil de la divinité d’Homo sapiens.

Ce qui sépare «inégalité» et «différence» est l’existence de principes moraux. Ils tranchent entre différences «éthiques» et «inacceptables». Nous percevons immédiatement la difficulté de la tâche, surtout avec le caractère multistandard, nous l’avons vu, de la morale. Pour limiter les conflits résultant de l’application de principes qui ne contiennent aucunement l’absolu qu’on leur prête, la solution est de les restreindre à ceux recueillant une relative unanimité parmi les membres d’un groupe. C’est là une des fonctions essentielles du groupe : cloisonner des ensembles capables d’une relation harmonieuse parce que partageant la même morale. Un groupe, comme ses préceptes, n’a aucune vocation à s’étendre — erreur responsable des conflits majeurs de l’humanité — ; un groupe a vocation à entrer en relation avec les autres, de façon à former des sociétés de groupes, échelons successifs, chacun doté de ses propres règles morales spécifiques. Continue reading »

 Posted by at 20 h 30 min
mar 172013
 

sexeProfiter du sexe ? Y réfléchir de près n’est pas une bonne idée. Mieux vaut laisser s’ébattre son inconscient, et mettre l’Observateur (1) en veilleuse. Le lit est étroit : à la fois piste de danse pour les instincts et nid de sommeil pour la conscience… pas toujours facile pour cette dernière ; devrait-elle s’offrir un caisson d’isolation sensorielle ? Plus souvent, on lui propose un verre…
Mais si l’Observateur est congédié, ce qu’il laisse se réveiller est-il acceptable ? La bête va-t-elle plaire ? On n’aime ni les trop agressives ni les trop gentilles. A Dieu va…

Il existe avantages et inconvénients à la diversité de notre espèce. Le bénéfice est que peu importe l’individu, un compagnon (une compagne), quelque part, lui est adapté. La difficulté est de le rencontrer. Deux méthodes tentent de contourner ce problème : la liberté des moeurs d’une part, vaste ensemble de cabines d’essayage où les gens peuvent s’enfiler et vérifier si le résultat est plaisant ; d’autre part le code social, qui définit le comportement du partenaire idéal, tente ainsi de nous transformer en rangées de Barbie et Ken.
Tandis que la panconscience (2) insiste à nous vendre ces jouets, l’instinct nous pousse vers les cabines d’essayage. Malheureusement, jusqu’à présent, on ne leur a pas découvert un mode d’organisation efficace. Il se trouve toujours quelqu’un pour dire que le voisin s’est emparé d’un modèle que l’on désirait par dessus tout. Ça ne plaisante pas ! Certains ont été jusqu’à chercher des armées pour le récupérer. Un véritable foutoir… Continue reading »

 Posted by at 4 h 49 min
jan 162013
 

La polyconscience explique que nous ayons des difficultés à faire de la société une démocratie participative.

Notre psociété — société intérieure — est construite sur le modèle de la société des personnes et, selon le principe de bidirectionnalité, empêche celle-ci d’évoluer selon la seule poussée des idées.

A l’échelon du groupe de ses proches, la polyconscience du citoyen ne fonctionne pas selon le mode démocratique mais sur celui de célébrité : il demande à son ami analyste financier un avis sur un bon placement, à un autre habile en mécanique la raison du bruit bizarre dans sa voiture, à une copine infirmière la signification de tel symptôme. Il identifie à chaque fois une compétence meilleure que la sienne et lui délègue son pouvoir de décision, en essayant de récupérer au passage une initiation à cette compétence.
Imaginez s’il utilisait la démocratie : chaque avis proche doté du même poids, il ferait le total des votes pour chaque décision. Subodorons que son argent serait moins en sécurité s’il attribue la même importance à l’avis de son fils de 6 ans qu’à celui de son ami analyste financier.
Plus intelligemment, en tenant compte de toutes les opinions proportionnellement à leur pertinence, notre citoyen utilise une sorte de démocratie participative locale, qui semble remarquablement efficace dans la mesure où son jugement sur la compétence des autres est correct ; des erreurs sont possibles, mais globalement la panconscience l’aide beaucoup en attribuant à chacun une situation sociale à peu près ajustée à ses capacités.

Mais alors, pourquoi ce système efficace localement ne fonctionne-t-il pas à une échelle pourtant essentielle : la bonne marche d’une nation ?

Pour identifier le meilleur choix du sommet de la hiérarchie et des compétences, qu’il ne peut juger lui-même avec exactitude, tellement les affaires à gérer sont devenues complexes, le citoyen élit en fait le meilleur acteur, le guignol le plus applaudi, refusant fermement d’abandonner son unique voix, ou de voir diminuer son poids.
Cherchons-en la raison au niveau de la hiérarchie polyconsciente. Dans notre exemple précédent, nous avons parlé de tâches déléguées, relativement accessoires : placement financier, souci mécanique, ennui mineur de santé. Très différente est « l’élection » de la direction polyconsciente, c’est-à-dire de la personnalité. Elle n’est pas du tout démocratique. Si c’était le cas nos caractères seraient fort semblables : nous finirions tous par élire le même profil, une merveille théorique de compromis, bonhomme énergique ou prudent quand la situation l’exige, dur ou sentimental si le besoin s’en fait sentir. Or nous sommes différents. Plus nous sommes nombreux même, plus notre variété s’exacerbe. Ce qui assure notre diversité est le besoin de différentiation, un moteur instinctif implanté par l’évolution naturelle.

Sous son impulsion, nous élisons notre propre « guignol », ce visage reflété par le miroir qui nous semble tellement peu fidèle à notre complexité intérieure. Malgré tout, c’est la représentation que nous tenons « à bout de tête » pour que les autres se l’approprient. Ils vont nous juger sur les caractéristiques de ce masque. Qui en dit long. Qui est infidèle. Mais d’une infidélité agissant comme un repère : c’est notre choix, rigoureusement partisan, de spécificité de caractère. Nous avons vu dans le tome 1 que ce choix n’est pas fixe : en groupe il se déplace si notre caractère habituel est exercé de façon plus flamboyante par un autre membre du groupe. Toujours la nécessité de différentiation associée à celle de communion.

La tête pensante de la société, qui est la partie émergente de la polyconscience géante formée par les citoyens, ne peut pas être élue différemment. D’autant que cette société est une culture parmi d’autres. Elle doit présenter sa spécificité au sein du vaste monde. Les cultures en relation fonctionnent comme un groupe de personnes ; remarquez que nos cultures utilitaristes latines, quand l’utilitarisme nord-américain est devenu caricaturalement efficace, se sont rabattues vers la promotion de l’individualisme communautaire, son opposé. Même les anglais, créateurs de l’utilitarisme, ne l’exercent plus avec autant d’enthousiasme que leurs anciens colons, constatant la ferveur sans rivale de ceux-ci.

Et l’on peut prédire sans risque que les nord-américains eux-mêmes se verront bientôt supplanter dans l’ultra-utilitarisme par les cultures asiatiques, et reviendront à une vision plus communautaire de leur société.

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déc 292012
 

Des gens connus soutiennent l’enseignement de la philosophie dans les cursus scientifiques.
Ce n’est pas souhaitable pour plusieurs raisons :
Si ces gens considéraient leur propre histoire avec recul, ils s’apercevraient que leur enthousiasme pour la philosophie provient justement de sa découverte alors qu’ils se sont construits en son absence, sur d’autres bases. C’est la richesse de la confrontation entre leurs positions antérieures et les nouvelles, issues du questionnement philosophique, qui les a éblouit. En favorisant un mélange précoce, ils en auraient perdu la saveur, et la fécondité du conflit. L’absorption d’une philosophie académique nuit à la diversité. Certes, elle ne propose jamais une seule réponse, mais elle en propose justement une telle floraison qu’il n’est plus très facile d’inventer la sienne.

C’est la deuxième raison : la philosophie ne s’apprend pas. Elle se découvre. Elle se présente au moment où l’esprit est prêt à la recevoir. Un tel questionnement est éventuellement nocif à une autre phase de son histoire personnelle. L’arbitraire d’un enseignement à un âge déterminé est pire encore que forcer à ingurgiter des mathématiques un esprit n’ayant pas encore mûri les structures nécessaires à les digérer. La contrainte a un effet systématique : elle décourage et détourne cet esprit de la discipline pendant bien des années.

Enfin, toutes les autres sciences sont capables de développer l’esprit critique, cet avantage particulièrement proéminent de la philosophie. C’est une affaire de manière d’enseigner. Il est nécessaire, en fait, de mettre un peu de philosophie dans tous les apprentissages. N’est-ce pas, après tout, la matière la plus indissociable de notre humanité ?

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déc 212012
 

Le-Monde-Polyconscient-final

Avez-vous jamais voulu savoir comment l’arborescence de milliards de neurones, à présent illuminée par les IRM comme des sapins de Noël, pouvait faire naître votre pétillante conscience ?
Notre expédition, à travers ces pages, n’est pas technologique. Elle poursuit un mythe, le Moi. Nous ne le trouverons pas. C’est toute une société intérieure que nous découvrirons à sa place, dans une démarche spéculative, mais bien outillée scientifiquement : évolution, auto-organisation, repères, confrontation avec les théories existantes ; nous vérifierons la congruence de la polyconscience avec le monde que nous fréquentons.
Vous-même risquez d’y perdre votre « Je ». Ce livre n’est point un mets pour tous les esprits. Dotez le vôtre de quelques rations de survie avant de lui faire explorer la jungle polyconsciente…

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