Mai 252013
 

Ce que l’on peut dire des tentatives de relance de la métaphysique se résume ainsi : la métaphysique a cet intérêt extraordinaire que chacun peut y placer toutes ses croyances et les relier dans un système de cohérence absolument parfait. Une oeuvre sans défaut, que l’on ne peut s’empêcher d’admirer comme on le ferait d’un objet d’art étonnant et auto-suffisant. C’est-à-dire qu’il peut ne servir à rien. Ou, presque toujours, servir de coffre-fort aux intentions qui ont motivé l’oeuvre et dont l’auteur ne sait rigoureusement rien — à part qu’elles existent et qu’elles sont bien joliment cachées au sein du coffre métaphysique —.
Tous les bébés naissent métaphysiciens. Et au final, dans une boucle qui se referme, l’on meurt souvent métaphysicien, parce qu’aucune des justifications physiciennes de l’existence n’a eu le panache des enchantements que notre imagination a su construire par dessus. Entre les deux, certains parviennent à s’observer, comme un créateur considérerait son oeuvre, un créateur dont les intentions ne lui appartiennent pas, qui sont les principes matériels. Sans doute est-ce encore une illusion. Sans doute ces motivations propres à lui-même, les observe-t-il avec d’autres intentions qui lui appartiennent encore. Mais quand il sélectionne seulement celles lui semblant raisonnablement universelles, il peut capturer progressivement son être. Jamais n’a-t-il la certitude de voir sa forme précise, mais il sait qu’il est là, dans le filet…

Cela voudrait-il dire que la métaphysique n’ait aucun avenir, qu’elle serait désespérément illusoire ? Non. En fait la question même est stupide. Si l’être humain peut être décrit, jusqu’à ses étages psychiques les plus élaborés, par des concepts physiques, son mode de fonctionnement est métaphysicien. Aucune science n’aurait été possible sans la métaphysique. Toute théorie matérialiste solide est née dans la métaphysique. Il s’agit du 2ème cercle de l’esprit, celui ouvert à toutes les imaginations, toutes les propositions. Notre psychisme est un lieu de confrontation. Rien à voir avec le pouvoir comme nous l’exerçons en société ; il s’agit là d’un mécanisme purement neurologique. De nouveaux schémas sont continuellement fabriqués et comparés aux valeurs existantes. Ce mécanisme, qui concerne l’entraînement du moindre réflexe à notre disposition, est encore présent dans la formation des ensembles mentaux les plus complexes. Nos connaissances forment une bibliothèque de valeurs. Juste à côté, derrière une porte battante, se trouve le laboratoire de métaphysique, d’où s’échappent fumerolles éclairs et parfums de soufre. Sans lui, la bibliothèque ne contiendrait que quelques ouvrages instinctifs sommaires, issus de l’héritage génétique. Du chaudron métaphysique proviennent une multitude de recettes alternatives, magiques, certaines indigestes, d’autres qui finiront par devenir les plus beaux fleurons de la bibliothèque.

La métaphysique n’est pas la réalité ; elle est le mode de capture obligatoire de la réalité. Il faut être capable d’imaginer toutes les aliénations pour savoir ce qu’est un esprit sain. La métaphysique contient le devenir de la réalité. Sans savoir l’identifier. Ce n’est pas son rôle ; c’est celui du bibliothécaire logique, indépendant des intentions de l’auteur, qui regarde combien de lecteurs l’ouvrage a attirés et enthousiasmés.

Utilisons les salles de notre édifice psychique à bon escient. La métaphysique est le solarium, du toit duquel nous pouvons semer le pollen de notre imagination à tous vents, et voir quelles plantes curieuses poussent alentour. Ce domaine, cependant, n’existe que dans notre esprit. Si nous voulons connaître le monde, mieux vaut demander un bon livre à la bibliothèque.

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