Jan 162013
 

La polyconscience explique que nous ayons des difficultés à faire de la société une démocratie participative.

Notre psociété — société intérieure — est construite sur le modèle de la société des personnes et, selon le principe de bidirectionnalité, empêche celle-ci d’évoluer selon la seule poussée des idées.

A l’échelon du groupe de ses proches, la polyconscience du citoyen ne fonctionne pas selon le mode démocratique mais sur celui de célébrité : il demande à son ami analyste financier un avis sur un bon placement, à un autre habile en mécanique la raison du bruit bizarre dans sa voiture, à une copine infirmière la signification de tel symptôme. Il identifie à chaque fois une compétence meilleure que la sienne et lui délègue son pouvoir de décision, en essayant de récupérer au passage une initiation à cette compétence.
Imaginez s’il utilisait la démocratie : chaque avis proche doté du même poids, il ferait le total des votes pour chaque décision. Subodorons que son argent serait moins en sécurité s’il attribue la même importance à l’avis de son fils de 6 ans qu’à celui de son ami analyste financier.
Plus intelligemment, en tenant compte de toutes les opinions proportionnellement à leur pertinence, notre citoyen utilise une sorte de démocratie participative locale, qui semble remarquablement efficace dans la mesure où son jugement sur la compétence des autres est correct ; des erreurs sont possibles, mais globalement la panconscience l’aide beaucoup en attribuant à chacun une situation sociale à peu près ajustée à ses capacités.

Mais alors, pourquoi ce système efficace localement ne fonctionne-t-il pas à une échelle pourtant essentielle : la bonne marche d’une nation ?

Pour identifier le meilleur choix du sommet de la hiérarchie et des compétences, qu’il ne peut juger lui-même avec exactitude, tellement les affaires à gérer sont devenues complexes, le citoyen élit en fait le meilleur acteur, le guignol le plus applaudi, refusant fermement d’abandonner son unique voix, ou de voir diminuer son poids.
Cherchons-en la raison au niveau de la hiérarchie polyconsciente. Dans notre exemple précédent, nous avons parlé de tâches déléguées, relativement accessoires : placement financier, souci mécanique, ennui mineur de santé. Très différente est « l’élection » de la direction polyconsciente, c’est-à-dire de la personnalité. Elle n’est pas du tout démocratique. Si c’était le cas nos caractères seraient fort semblables : nous finirions tous par élire le même profil, une merveille théorique de compromis, bonhomme énergique ou prudent quand la situation l’exige, dur ou sentimental si le besoin s’en fait sentir. Or nous sommes différents. Plus nous sommes nombreux même, plus notre variété s’exacerbe. Ce qui assure notre diversité est le besoin de différentiation, un moteur instinctif implanté par l’évolution naturelle.

Sous son impulsion, nous élisons notre propre « guignol », ce visage reflété par le miroir qui nous semble tellement peu fidèle à notre complexité intérieure. Malgré tout, c’est la représentation que nous tenons « à bout de tête » pour que les autres se l’approprient. Ils vont nous juger sur les caractéristiques de ce masque. Qui en dit long. Qui est infidèle. Mais d’une infidélité agissant comme un repère : c’est notre choix, rigoureusement partisan, de spécificité de caractère. Nous avons vu dans le tome 1 que ce choix n’est pas fixe : en groupe il se déplace si notre caractère habituel est exercé de façon plus flamboyante par un autre membre du groupe. Toujours la nécessité de différentiation associée à celle de communion.

La tête pensante de la société, qui est la partie émergente de la polyconscience géante formée par les citoyens, ne peut pas être élue différemment. D’autant que cette société est une culture parmi d’autres. Elle doit présenter sa spécificité au sein du vaste monde. Les cultures en relation fonctionnent comme un groupe de personnes ; remarquez que nos cultures utilitaristes latines, quand l’utilitarisme nord-américain est devenu caricaturalement efficace, se sont rabattues vers la promotion de l’individualisme communautaire, son opposé. Même les anglais, créateurs de l’utilitarisme, ne l’exercent plus avec autant d’enthousiasme que leurs anciens colons, constatant la ferveur sans rivale de ceux-ci.

Et l’on peut prédire sans risque que les nord-américains eux-mêmes se verront bientôt supplanter dans l’ultra-utilitarisme par les cultures asiatiques, et reviendront à une vision plus communautaire de leur société.

 Posted by at 22 h 16 min

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