Août 222012
 

A propos des enfants d’immigrés algériens en France, le sociologue Abdelmalek Sayad écrit :
« Comme dans l’ancien contexte colonial, nombre de traits culturels, tels, par exemple, certains détails vestimentaires (…), certaines conduites ou croyances, continuent à être investis d’une fonction supplémentaire, celle de signes distinctifs. Renoncer à ces signes ne manque pas d’être interprété comme une marque d’allégeance à l’autre et, corrélativement, comme un reniement ou un « retournement » de soi (Sayad, 2006, 167-168). »
Que signifie le fait qu’une croyance puisse être investie « d’une fonction supplémentaire » ? Il semble à première vue légitime de caractériser une croyance par sa fonction représentative, autrement dit par sa prétention à s’ajuster à la réalité : l’individu se représente ainsi sa propre croyance comme visant la vérité. Cependant, si l’on suit l’auteur, une seconde caractéristique peut venir se greffer sur la première. Cette caractéristique serait fonctionnelle : en plus de représenter le monde, une croyance peut également constituer un marqueur identitaire dont l’abandon semble avoir un coût social important puisqu’il risque d’être interprété comme une trahison à l’égard d’un groupe particulier. La croyance en question se voit ainsi dotée d’une fonction : celle de souligner une appartenance distinctive ou, plus essentiellement, de maintenir sa fidélité à l’égard du groupe social en question. L’écart entre ces deux types de considération est manifeste et réside, en partie, en ce que les caractéristiques fonctionnelles ne semblent entretenir aucun lien avec l’idée même de « vérité » et donc de « représentativité » au sens où nous avons entendu ce terme plus haut.

Prémisses fausses. Existe-t-il en réalité une croyance qui ne soit pas colorée de l’appartenance à un groupe ? Voilà la question juste. Les croyances sont tellement empreintes de mimétismes et de sillons culturels que ce qui en est dépourvu ne parvient pas à obtenir le statut de croyance, seulement de proposition, d’hypothèse à vérifier. On ne peut consolider une croyance que lorsque d’autres la partagent. Elle n’est jamais intrinsèque à l’individu, plutôt aux représentations qui le composent, les « personae », universelles. Le seul moyen, pour l’individu, de considérer sa croyance pour ce qu’elle est véritablement, est de construire un Observateur. Peu en possèdent un modèle développé, et surtout, peu y font appel en permanence, car il est parfois plus gênant qu’utile, s’attaquant aux croyances « bénéfiques » autant qu’aux péjoratives.
L’opposition entre cognitivisme (la croyance est générée par des données) et fonctionnalisme (la croyance répond à une fonction, en particulier sociale), que Ouzilou s’efforce de démonter et de réduire, n’est construite que sur la méconnaissance du fonctionnement sous-conscient de l’esprit. Elle n’existe pas en théorie polyconsciente.

 Posted by at 10 h 08 min

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