Août 072012
 

Qu’est-ce que la phénoménologie ?
Lors de mes premières lectures sur la discipline, je n’y comprenais strictement rien. Quelle graine peut-elle faire pousser dans un esprit du XXIè siècle ? me suis-je demandé. Tout enfant éduqué avec quelques matières scientifiques sait que le monde n’est pas tel qu’il lui apparaît. Le moindre microscope ou télescope mène à des plans de réalité différents. La conscience, comprend-on quelques années plus tard, n’occupe qu’une fraction infime de cette échelle peut-être infinie entre macro et microcosme. Que les objets se présentant à la conscience fassent l’objet de représentations par l’esprit afin d’être manipulés par lui, apparaît incontournable même pour celui qui n’a jamais suivi le moindre cours de philosophie.
La phénoménologie me semblait une sorte de masturbation intellectuelle stérile, comme si l’on était en train d’uriner et que l’on posait sa conscience sur le rond des toilettes, pour la voir s’émerveiller du processus complexe caché derrière le jet.

Le seul intérêt me semblait historique, le monde à l’époque de Husserl étant moins bien compris, mais pourquoi la phénoménologie gardait-elle une actualité bouleversante chez les auteurs contemporains, alors que plus personne ne cite Anaximandre et sa découverte que la Terre n’est pas cette assiette plate sous la cloche du ciel ? Je repris plus attentivement mes lectures.
Il m’apparut que la question fondamentale de la phénoménologie repose sur le cogito de Descartes, dont elle est issue : « Je pense, donc je suis »… mais existe-t-il quelque chose d’autre ? Le monde « réel » est un postulat ; il ne peut être apprécié qu’à travers « ce qui pense » que je définis comme « je ». Le phénoménologue authentique s’affranchit de ce postulat. Sa pensée doit partir du principe que rien n’est certain d’exister en dehors du « je ». Il peut par exemple imaginer que son existence est une sorte de jeu virtuel spécialement conçu pour lui par Dieu afin de le mettre à l’épreuve.

Je trouvais là beaucoup d’ironie à faire sur la phénoménologie mais au moins elle devenait cohérente avec son principe de base. Pourtant l’immense majorité des philosophes de cette discipline semble avoir fait sien ce postulat comme quoi il existe un univers matériel indépendant du « je ». A nouveau je ne comprenais plus ce qu’apporte la phénoménologie par rapport à la moindre matière scientifique de base, alors que la science est loin d’avoir résolu une foule d’autres questionnements philosophiques. Chaque article ou revue titrant sur la phénoménologie déclenchait chez moi l’énervement que l’on éprouve devant les plus grandes impostures.

Un jour, enfin, je tombe sur une conférence lumineuse de Foucault, exprimant remarquablement l’opposition entre philosophie analytique et phénoménologie. Plutôt que des doctrines, il en fait un mode de pensée. Il explique qu’au sein de la phénoménologie existent effectivement des différences radicales, de l’idéalisme transcendantal de Husserl (selon lequel toute la réalité est constituée par l’esprit) et le réalisme d’un Roman Ingarden (il existe des entités indépendantes de l’esprit et la finalité de la science, par exemple, est de les connaître comme telles).

*

« Cependant, quelques caractéristiques semblent communes aux phénoménologies. Les phénoménologues pensent qu’il existe une attitude naturelle qui se caractérise par une forme de naïveté. Car, dans cette attitude, nous croyons n’être pour rien dans ce qu’est la réalité qui nous entoure. Or, nous sommes doués de conscience et d’intentionnalité. Dès lors, les choses sont visées et comme constituées par notre conscience. Elles ne sont pas données passivement à notre appréhension. C’est nous qui donnons sens à ce qui nous entoure, par des actes de notre conscience. C’est la thèse du primat de l’intentionnalité.
La philosophie doit ainsi opérer une sorte de conversion phénoménologique. On passe à la phénoménologie en pratiquant un changement complet d’orientation. Au lieu de se tourner vers les choses, on analyse le sens qu’elles ont pour nous, et comment il se constitue pour un sujet. On passe du domaine des significations objectives, telles qu’elles apparaissent dans les sciences positives, alors qu’on ne pense nullement la façon dont elles se donnent à nous et comment elles le peuvent, à celui du sens, dont on fait l’expérience immédiatement dans ce qui est vécu subjectivement. Cela revient à opérer une réduction, ou une épochè phénoménologique. Les phénoménologues en discutent la nature exacte et les modalités.
Pour Husserl, l’intentionnalité est une caractéristique des phénomènes ou des actes de la conscience, qui originellement n’est pas au monde, mais le construit intentionnellement. L’intentionnalité désigne ainsi la relation que la conscience entretient avec les choses, que cette intentionnalité les présente comme données ou au contraire qu’elle marque leur absence. Pour Heidegger, et en général les existentialistes, c’est la réalité humaine elle-même qui est intentionnelle.

La phénoménologie use souvent d’un vocabulaire particulier, et il est difficile de la présenter dans son langage tout en restant intelligible à ceux qui ne le connaissent pas ou le trouvent passablement confus. La comparaison avec la philosophie analytique s’avère de nouveau utile. Classiquement, un philosophe analytique se demandera si telle ou telle preuve en faveur de l’existence de Dieu, disons la preuve ontologique, est correcte ou non, à moins qu’il ne juge que toute proposition comprenant le terme «Dieu» est, dès le départ, dépourvue de signification. En revanche, le phénoménologue s’intéresse à la façon dont les choses nous apparaissent ou nous sont données dans l’expérience. Il cherche moins à analyser des arguments, en faisant d’autres arguments, qu’à décrire la vie intentionnelle et à l’interpréter.

Cela ne veut pas dire qu’un phénoménologue n’argumente pas. Toutefois, il suffit de lire alternativement, disons, Idées pour une phénoménologie (1913) de Husserl, et Analyse de l’esprit (1921) de Russell, pour saisir la différence de méthode, mais aussi d’objet. Husserl adopte une « attitude philosophique », lui permettant de parvenir à l’essence de la vie intentionnelle, en dépassant l’attitude naturelle propre à la psychologie. Russell s’interroge classiquement, comme Hume avant lui par exemple, sur la possibilité d’une vie mentale dans un monde de causes physiques – ce qui va devenir l’un des thèmes centraux de la philosophie de l’esprit. La finalité de la philosophie, pour Husserl, c’est de parvenir à une science nouvelle, différente des sciences qui ne s’interrogent pas sur le mode de constitution de leur objet par et dans la vie intentionnelle, qui sont donc incapables de pénétrer la nature même de la pensée et de l’esprit. C’est la description de cette vie intentionnelle qui est au centre de la phénoménologie. C’est pourquoi le phénoménologue aura tendance à tenir pour naïve et superficielle la philosophie analytique. Ne prend-elle pas ce dont on doit interroger le fondement pour acquis? Elle semble incapable d’en « interroger » l’origine intentionnelle. La description de l’objet de la vie intentionnelle (analyse noématique) et des intentions subjectives qui le constituent dans des actes de conscience (analyse noétique) ne sont pas détachables l’une de l’autre. En travaillant à de telles descriptions, nous en venons aux structures essentielles des choses, pense le phénoménologue. Nous ne nous « contentons » pas de faire l’épistémologie de la psychologie ou de réfléchir à une distinction entre causalité et liberté, par exemple.

Quelle est alors la méthode à l’œuvre chez le phénoménologue ? C’est celle des variations imaginatives. Dans l’analyse, nous éliminons certaines caractéristiques, et cela laisse l’objet intact, mais l’élimination d’autres caractéristiques détruirait l’objet: dès lors, nous savons que nous avons mis le doigt sur quelque chose d’essentiel à cet objet. Cela conduit à l’« intuition eidétique » que telle ou telle caractéristique appartient à l’essence de l’objet. Cette essence dépend souvent d’un certain acte de la conscience constituant une chose dans et par la saisie de son essence. Dès lors, ce qui importe le plus au phénoménologue est de dégager l’essence des activités conscientes de constitution des choses (la perception, la mémoire, le jugement, etc.). Nous parvenons à des vérités « apodictiques », qui peuvent être tenues pour nécessaires: par exemple, qu’un être humain doit avoir un passé et un futur, ou que tout objet matériel perceptible a des faces et des aspects autres que ceux qui se présentent à un moment donné. Nous découvrons aussi l’« ego transcendantal », qui transcende le monde, en tant qu’il le vise intentionnellement par des actes de conscience. Le rapport qu’entretiennent les egos est l’intersubjectivité. Comment partageons-nous un monde commun, tout en étant des individualités subjectives ? Les phénoménologues examinent aussi le rôle du (et des) corps, de la parole et d’autres modes de communication – ce point est particulièrement important chez Merleau-Ponty. Ils ont également beaucoup étudié des formes particulières d’expérience, comme l’expérience esthétique, et la façon dont les œuvres d’art encouragent et résultent à la fois de cette expérience supposée particulière (Ingarden).

L’un des thèmes fondamentaux introduits par Husserl et développé par les phénoménologues est celui du monde vécu (Lebenswelt). L’une des tâches de la phénoménologie serait de montrer comment les entités idéalisées des sciences, mais aussi toutes les activités humaines (art, religion, pratiques culturelles et corporelles) tirent leur sens de ce monde vécu, qui en est le soubassement. C’est la tâche propre et indispensable de la phénoménologie de décrire et d’analyser ces structures fondamentales du monde vécu.

La phénoménologie se voit comme « philosophie première », exclusive des autres approches. Si le phénoménologue a raison, il n’y a pas d’autres méthodes appropriées en philosophie que celles de la phénoménologie, comme description de la vie de la conscience, fondation de tout ce que nous pouvons percevoir, compréhension des choses, etc. Le phénoménologue considère que, grâce à la réduction phénoménologique, il entre dans l’attitude philosophique authentique, et accède ainsi au sens des phénomènes. Qui se priverait en effet d’une méthode qui rompt avec la naïveté et l’inauthenticité d’une interrogation qui se trompe d’objet (les objets extérieurs au lieu de ce qui est le contenu même de la conscience comme constitutive du sens pour nous de la réalité)? Cela explique qu’on ait pu dire que « depuis que la métaphysique a trouvé sa fin, soit comme un achèvement avec Hegel, soit comme un crépuscule avec Nietzsche, la philosophie n’a pu se poursuivre authentiquement que sous la figure de la phénoménologie» (Marion, 1984, p7).

Un philosophe analytique pense plutôt que, loin d’être finie, la métaphysique se porte à merveille, puisque Peter Strawson, David Armstrong, David Lewis, Jonathan Lowe, John Hawthorne, Peter van Inwagen, Frédéric Nef, et bien d’autres, écrivent des articles et des livres de métaphysique, et qu’on l’enseigne un peu partout dans toutes les universités du monde (mais rarement en France il est vrai). Certains phénoménologues pensent cependant qu’il s’agit là d’une erreur de perspective : quand la métaphysique est finie, certains peuvent encore prétendre, les malheureux, en faire. Or, aujourd’hui, seule la phénoménologie porte « l’intention philosophique à un achèvement ignoré de la philosophie même » (Marion, 1984, p7). C’est à des remarques de ce genre qu’on mesure le fossé entre philosophie analytique et phénoménologie, et qu’il ne s’agit pas d’un débat interne entre des thèses philosophiques, mais bien d’une division difficilement surmontable. Pour le philosophe analytique, le phénoménologue exagère l’importance des actes de la conscience et tend vers un idéalisme discutable. Ne se contente-t-il pas de descriptions psychologiques somme toute banales, mais dans un vocabulaire ésotérique et avec une prétention fondationnelle ? Pour le phénoménologue, le philosophe analytique est inauthentique et n’a pas fait une conversion grâce à laquelle il peut renouer avec ce qu’est la philosophie authentique. La conciliation des opposés semble fortement compromise. »

*

Grâce à ce texte extraordinairement clair et précis de Foucault, la motivation réelle de la phénoménologie m’apparut enfin clairement : elle est l’ultime tentative, la plus actuelle, de diviniser notre conscience. Elle est l’émanation de cette intelligence émotionnelle qui refuse désespérément de se voir réduire à des instincts évolués, affinés longuement par un univers matériel dépourvu d’âme. Elle tente de sauver la métaphysique des coups de boutoir de la science en la plaçant définitivement hors de sa portée.

La phénoménologie est une doctrine étroitement liée à la forme d’esprit, ce qui explique la difficulté de sa compréhension par les intelligences rationnelles. Il faut reconnaître qu’en ces temps de science conquérante, il n’existe plus beaucoup de soutien aux visions émotionnelles de l’existence, en dehors des croyances brutes, difficiles à maintenir pour un esprit éduqué.
Or le conflit entre raison et émotion, nous l’avons détaillé dans ce livre, est essentiel à notre humanité. La science trop omniprésente est en train de nous transformer en extensions de nos ordinateurs et autres machines, dont nous devenons les habiles logiciels d’intelligence « naturelle », mus par les toujours insatiables centres du plaisir.
S’il est nécessaire de préserver ce dualisme querelleur de l’esprit, il n’est pas surprenant de le voir transposé en philosophie dans cette opposition entre phénoménologie et philosophie analytique, proche des principes scientifiques.

La tentative de divinisation, en phénoménologie, apparaît jusque dans les termes utilisés : les objets sont « présentés à notre appréhension », la nouvelle appellation de l’homoncule divin est le « Dasein » heideggerien. Tout est homocentrique. On s’attendrait d’emblée à voir la phénoménologie séparer deux types de phénomènes : ceux en rapport avec les objets inertes et ceux liés aux autres consciences, « présentés » de façon imprévisible de l’une à l’autre. Mais non, ce n’est que bien après Husserl que les relations interpersonnelles sont étudiées par la phénoménologie, et, en l’absence de théorie vérifiable du fonctionnement de l’esprit, elles restent bien mystérieuses.
Sans surprise, la phénoménologie a connu une dérive théologique : le « je » est remplacé par le Transcendant (Dieu) au cœur de la donation phénoménologique (de la façon dont les choses nous apparaissent). La visible palpite de l’invisible. L’Être devient l’Appel. Les notions de « résurrection », de « gloire du corps » surdéterminent théologiquement l’analyse phénoménologique. C’est au cœur de la description phénoménologique qu’on découvre la Révélation, la Transcendance, le Divin.

Le défaut principal de la phénoménologie est qu’en prétendant étudier les intentions, en réalité elle s’en coupe, puisqu’elle travaille en système fermé : la conscience s’utilise elle-même, avec ses intentions, pour découvrir ce que sont celles-ci. L’objectivité ne peut venir que de l’extérieur, c’est-à-dire du monde réel indépendant, de ce qu’il a à nous dire sur lui-même. Bien sûr, on peut soutenir que nous sommes toujours en circuit fermé, puisque nous appréhendons ce message à travers notre conscience. Mais l’extérieur commence à gagner une individualité propre quand différentes consciences parviennent aux mêmes conclusions, voire que l’on peut prédire les résultats auxquels parviendront toutes les consciences sur un sujet précis, même si cette stabilité n’est pas définitive.

La conscience apparaît difficile à diviniser, étant donné sa fragilité. Je ne sais pas ce que peut éprouver un phénoménologue dont la conscience s’altère ou s’effiloche pour cause de maladie. Perçoit-il alors que la conscience est une sorte de floraison d’un corps source de bien d’autres « phénomènes », dont nous n’avons absolument pas la maîtrise ?

En conclusion il faut protéger la phénoménologie pour ce qu’elle a de positif, ce militantisme pour la reconnaissance de la part subjective et émotionnelle essentielle à notre humanité, et la moquer pour ses prétentions totalitaires, qui la ramènent dans les rangs des religions.

 Posted by at 5 h 31 min

  7 Responses to “Pour ceux qui n’ont jamais rien compris à la phénoménologie”

  1. Un phénoménologiste voit la matière comme une catégorie de pensée. Il s’acharne à démontrer qu’au-delà de l’apparence, elle n’est que ce que l’enquête de l’esprit en fait. La définition de la matière comme « ce qui reste quand la pensée a disparu » ne lui est pas accessible, car le primat du cogito divin est supérieur à tout.

    • Cher « adminé,

      L’intervention par vous écrite le 12 août 2012 est certainement trop savante et profonde pour que je puisse la saisir.
      J’aimerais donc vous demander mettre en lumière la distinction que vous faites entre « phénoménologiste » et phénoménologue.
      Je voudrais également savoir ce que vous entendez par « catégorie de pensée ». Je croyais, certainement à tort, qu’une catégorie était nécessairement « de pensée ». Ainsi, je suppose chez vous une dictinction entre catégorie et « catégorie de pensée ». Que pouvez-vous m’apporter comme éléments de réponse à cela ?
      Vous faites usage de l’article « un » devant « phénoménologiste ». Quel est-il ? Car, en effet, de Brentano à Husserl, de Husserl à Heiddegger, de Heiddegger à Sarte et Merleau-Ponty, jusqu’à aujourd’hui, il y eu, ce me semble, beaucoup de phénoménologues. L’article « un » unifie la défnition de la matière comme étant celle de tout phénoménologue. Qu’en dites-vous ?
      Que dites-vous de phénoménologues qui disent que la matière n’est pas une apparence ? Quand nous mangeons une glace, ce n’est pas nous-mêmes que nous mangeons, mais bien la matière. Si la matière n’est qu’une apparence à laquelle nous donnons forme par l’entendement, qu’est-ce qu’on mange quand on mange une glace ? De surcroit, si la matière est ce qui reste quand on abstrait toute pensée, alors la matière n’est pas seulement ce qui apparaît, mais peut-être quelque chose qui existe et se donne à nous à titre d’apparence.
      La proposition « tout son a une durée » est nécessaire. Elle ne peut donc pas ne pas être. L’essence du son est tel qu’il a une durée. En tant que sujet, je peux faire l’expérience du son avec ses qualités sensibles (hauteur, tonalité, chaud, aigu, grave, fort, etc) et ses qualités objectives (vibrations, fréquence, etc), respectivement, je peux en faire une expérience quotidienne, et une expérience scientifique. Mais qu’est-ce qui me permet dire que cette fréquence-là est du son, et que cet musique-là est du son ? N’est-ce pas l’essence du son dont j’ai connaissance sans le savoir. Selon le peu que je puisse entendre à ces hautes matières, je crois que la phénoménologie nous apprend à révéler ce qui est connu sans être su. Faisons varier par imagination notre conception du son. Il arrive un instant où je ne peux plus imaginer le son sans durée : « tout son a une durée » se révèle comme essence du son. Je suis un sujet qui découvre une essence du monde, essence qui n’a pas besoin de moi pour être, mais qui a besoin de moi pour être révélée. Que le son ait une durée ne dépend pas de mon expérience. Cette vérité est antérieure à toute expérience possible. Ainsi, ce qui reste de la pensée quand on fait abstraction est accessible à la pensée. Qu’en dites-vous ? Corrigez ma pensée pour je progresse.

      • Cher Petit, votre ton montre le peu de satisfaction que vous éprouvez à voir bousculer le bastion de la phénoménologie. Saisissez bien l’esprit de cet article : il ne remet pas en question l’approche phénoménologique, mais pointe son côté réducteur. Si l’on veut accentuer la distinction entre « phénoménologue » et « phénoménologiste », peu nécessaire dans mon texte, disons que le premier est un pratiquant, le second un défenseur de la discipline. Analogie avec un chrétien : certains éprouvent seulement leur foi, d’autres la diffusent. Nous pouvons ainsi dire « un » chrétien en sachant fort bien que chacun manipule le concept de sa religion de manière très personnelle. Il en est de même des phénoménologues. Les plus radicaux ont nié l’existence de la matière, les plus nuancés restent inconfortables avec l’idée de la matière impliquée directement dans le contenu de l’espace conscient.

        Je ne comprends pas votre difficulté avec « catégorie de pensée ». La pensée est stratifiée. Une pensée sert à en catégoriser d’autres. Toute catégorie éprouvée en conscience est effectivement une pensée, tout en formant le sommet d’un fractionnement, dont la filiation peut être suivi jusqu’à la matière. C’est parce que celle-ci nous « présente » des catégories que nous pouvons les saisir en pensée. Le terme « matière » fait d’ailleurs partie des réductions phénoménologistes courantes, car elle est également stratifiée, et il n’existe pas de frontière entre ses étages d’organisation et ceux du vivant finissant par aboutir au contenu de notre conscience.

        Enfin votre phrase « Je suis un sujet qui découvre une essence du monde, essence qui n’a pas besoin de moi pour être, mais qui a besoin de moi pour être révélée » est parfaitement juste, et cependant sa formulation est caractéristique du bastion phénoménologiste. Vous démarrez par « Je suis ». Je vous propose un autre début : « L’univers a produit ‘Je’, étape actuellement la plus avancée pour s’organiser et comprendre sa propre essence ». C’est un travail difficile, fort peu élaboré au niveau de la soupe de particules, et que ‘Je’ a fait notablement progresser.

        Sans doute parler de « divinisation de la conscience » vous a-t-il paru moqueur. En fait je n’ai rien contre le principe de diviniser, au contraire, et il y a sans doute davantage d’ironie à faire sur les divinisations de la science. La tentation est grande de situer la divinité dans l’incommensurable Réel, ce que font la plupart des tendances religieuses contemporaines (le « Grand Tout » est le point de départ mythique de l’auto-organisation du réel). Je pense qu’il faut la chercher dans ce vers quoi nous emmènent les contenus de la conscience, toujours en train de progresser par une sorte de reptation entre individualisation du ‘Je’ et collectivisation (‘Je’ n’est pas grand-chose sans ‘le reste’).

        Vous pouvez lire le détail de ces réflexions, que je vous promets étonnantes et strictement rationnelles, dans « Stratium » et bientôt sa suite.

  2. J’avais même projeté un livre tordant le cou à la phénoménologie, dont le titre aurait été : «Fragments post-Hume»

  3. Il est vrai que la phénoménologie présente certaines limites en tant qu’outil interprétatif des œuvres d’art. Cependant, c’est un outil nécessaire dans mon travail de recherche en master 2. Autant je vais utiliser des théories comme le fonctionnalisme, le morphologisme, l’ethnoanthropologie de Jacqueline Delange et autres; pour faire une analyse approfondie des statuaires rituelles-objet de mon étude- autant je vais utiliser la phénoménologie. La science évoluant dans la dialectique kantienne, je trouve que la phénoménologie a sa raison d’être dans le débat scientifique qui se caractérise essentiellement par son dynamisme. Dans mon domaine, en Histoire de l’art, c’est l’une des théorie qu’il est difficile de mettre de coté; vu le caractère du corps de l’art- objet d’étude de l’histoire de l’art- de plus en plus polysémique.

  4. Dans tous les cas, quel que soit le discours, aucun débat n’est jamais clos. Il y a toujours des limites dans chacune de nos études. Je ne peux me passer de la phénoménologie des mes travaux de recherche malgré ses limites.

  5. J’avoue que je ne comprends pas grand chose à la phénoménologie quel que soient ses variantes. On ne donne jamais au grand jamais d’exemple bien concret. Je vais donc partir du réel comme exemple Le récit de la création du monde en six jours(sans tenir compte de sa signification symbolique ou non ou de son historicité scientifique) est on le sait construit comme un rondo de Mozart avec six couplet s et un refrain répété six fois avec quelques variantes. Couplets: le 1er jour il fit ceci, le 2ème il fit cela, etc. Refrains : il y eut un matin et un soir ,ce fut le énième jour.C’est donc une simple chanson. Fait-on de la phénoménologie ( Le texte en soi est un phénomène) ou du structuralisme ou les deux?
    PB MICHEL compositeur (site sur Google)

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