Juil 232012
 

La seconde partie de l’Homme Polyconscient est bien avancée. Voici l’introduction du chapitre Philosophie :

L’histoire de l’humanité a vu surgir trois modes fondamentaux de pensée : religion, philosophie et science. La religion est le plus humain, dans le sens qu’il nous est spécifique. Le postulat généré par la pensée, ou croyance, est inamovible, sacré. Le raisonnement sera jusque-boutiste pour le conserver, quitte à modeler le monde réel pour qu’il lui corresponde.
La philosophie est toujours d’essence humaine, mais son questionnement devient sincère : elle identifie les postulats comme tels, tente d’apercevoir ce qu’ils cachent, conclue rarement, préférant laisser les questions ouvertes.
La science détermine ce que le monde réel a à nous dire, indépendamment de notre état d’humain. Cet état lui-même tente d’être décrypté, par ses racines matérielles et non plus par les intentions « corrompues » de la conscience.
Parmi ces trois voies, deux sont théoriquement soeurs, philosophie et science, parce qu’elle se disent toutes deux sincères et affranchies des considérations de pouvoir, tandis que la religion est clairement fondée sur le pouvoir, initialement de l’homme sur le monde, puis elle s’est trouvée viciée insidieusement du pouvoir de l’homme sur l’homme, avant de revenir plus récemment vers ses fondamentaux.
Pourtant philosophie et religion sont engagées dans une gué-guerre chronique, devenue d’ailleurs bien inégale : la philo apparaît telle un moustique s’attaquant au tank de la science : elle a certes encore bien des choses à dire, mais si la science a parlé dans le même domaine, la voici contrainte de se taire, ou de protester dans les cercles les plus fermés de ses supporters.
Quelle est la raison de cette discorde, si les objectifs poursuivis sont les mêmes ?

Tout d’abord, philosophie et science sont loin d’être étanches au pouvoir. Ne concluez pas de cette introduction que nous sommes soit religieux, philosophe ou scientifique. Nous sommes les trois à la fois, ce qui se comprend aisément dans le cadre de la polyconscience ; nous tendons à valoriser l’une ou l’autre des personae correspondantes. Mais dans le religieux monoconscient gémit un scientifique qui aimerait avoir la certitude que le monde métaphysique est tel qu’il l’imagine. Dans le scientifique ou le philosophe rôde un croyant qui refuse de remettre en question les postulats dans lesquels il a tant investi.
Cette porosité des trois modes de pensée est telle, chez l’individu, qu’un scientifique de profession peut être plutôt religieux de comportement parce qu’il devient acerbe si l’on conteste un peu fortement ses certitudes ; tandis que la plupart des cadres de la religion sont devenus très pragmatiques vis à vis de la science, et ont accepté de reculer les frontières de leur royaume spirituel.

La discorde entre science et philosophie tient à un deuxième phénomène : la seconde thésaurise soigneusement le savoir des aînés, et lui accorde une importance toujours empreinte de sacré, quelle que soit la valeur de cette pensée. L’historicité est importante, cependant il existe en philosophie une religion de l’historicité.
Le scientifique, lui, ne se gêne pas pour faire table rase de tout ce qui a été dit sur un sujet. Une théorie incomplète sera balayée par une autre. Du fait que même les scientifiques s’inquiètent de voir le pouvoir changer de mains avec une telle brutalité, ils continuent à citer la théorie dépassée, mais elle a désormais autant d’utilité qu’une pièce de musée.

Nous allons voir, dans les textes suivants, pourquoi philosophie et science sont devenus adversaires, et comment elles peuvent à nouveau converger.

 Posted by at 10 h 29 min

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